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ENFANT (UN) NÉ TRÈS PRÉMATURÉMENT

De
142 pages
Un matin d'avril 1984, après vingt-huit semaines et demi de gestation, Ronan est né. Tu vivras ! sont les premiers mots que sa maman lui adresse, mots qu'elle répétera comme une incantation. Après un séjour en réanimation et puis en néonatologie, il quitte l'hôpital avec un poids de 2,4 kg. La vie a été la plus forte ! Face aux découragements et aux visites de l'inhumain, ce livre invite à conjuguer les forces pour entretenir la vigilance, le respect et la tendresse. Il donne à penser et suggère des possibles.
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Un enfant né très prématurément
Tuvivras!

Au-delà du témoignage Quand le meilleur devient le pire! Quand soudain, sur le chemin surgit l'événement, celui-là même qui peut vous terrasser et vous laisser au bord, celui-là même aussi qui peut faire de vous un autre... Des hommes, des femmes racontent et se racontent. Ils utilisent l'écriture comme un filet pour empêcher la chute. Ils refusent la violence du silence qui enferme. Ces hommes, ces femmes qui écrivent ne s'arrêtent pas au pourquoi mais s'engagent sur le chemin du pour quoi, en vue de quoi... Ils retraversent leur vécu et en dégagent les lignes de force. Ils introduisent la pensée dans l'expérience, rejoignent l'universel dans le singulier et risquent une parole critique pour suggérer d'autres possibles. Ils jettent un pont vers le lecteur et l'incitent à les rejoindre. Dominique Davous, que la mort d'un de ses enfants a conduite à l'écriture, dirige la collection Au-delà du témoignage, dont elle propose qu'elle devienne pour ceux qui la fréquenteront, auteur ou lecteur, un jardin où l'on se promène avec envie. .. contre le pire et pour le meilleur. Déjà paru dans la collection Écritures Davous Dominique, A l'aube du huitième jour. .. Capucine, 1997.

À paraître dans la collection Au-delà du témoignage Jorat Jeanne, Une enfant face au sida, Daphné ou l'art de vivre, 1999.

@

L' Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-8392-5

Aline Boulétreau

Un enfant

né très prématurément
Tuvivras!

L'Harmattan

À tous ceux qui nous ont accompagnés.

Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l'étrange, au merveilleux, à l'inexplicable que nous rencontrons.
R. M. RILKE, Lettres à un jeune poète, 1903

Préface

Infirmière dans un service de néonatologie, j'ai été évidemment beaucoup interpellée par œ témoignage qui va suivre. Beaucoup seront choqués, voire scandalisés par les pratiques ici énoncées.
Heureusement, ces services pour tout-petits se sont, depuis, ouverts encore un peu plus aux parents, obligeant les personnels à réfléchir et à modifier leur comportement. Il reste à faire, cependant, pour que les parents ne soient plus jamais considérés comme des gêneurs, mais plutôt sollicités et confortés dans leur rôle afin que s'établisse un réel partenariat entre parents et soignants. Il est nécessaire pour cela que les soignants ne se sentent plus tout-puissants, qu'ils abandonnent leurs anciennes habitudes de travail et prérogatives pour se tourner enfin et seulement vers le mieux-être du bébé accueilli, à considérer comme un être à part entière. Il suffit pour cela de prendre une certaine distance et de se dire: «Si j'étais ce parent-là et que ce bébé né plus tôt que prévu soit

mon enfant. ..

»

Si l'on pense cela très sincèrement, la vision que l'on a de son travail et des protagonistes (enfant, parents, soignants) en sera automatiquement modifiée. Les rôles s'en trouveront changés: plus question de parents gênants posant des questions embarrassantes, mais présence de parents investis et intéressés par la vie et le devenir de leur enfant. Plus question non plus de soignants pressés, fermés, stressés, mais présence de soignants disponibles et affables, car c'est ce type de soignants que l'on désire pour son propre enfant. Et l'heureux gagnant de cette empathie sera, bien entendu, le bébé.

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Préface

Car chacun, chacune dans son service hosPitalier; a le pouvoir faire évoluer pratiques et mentalités. Des formations diverses variées sur les comPétences du nouveau-né, sur les traitements de douleur de l'enfant, sur la gestion du stress, sur les moyens communication, sont accessibles.

de et la de

Pourquoi, de nos jours, les soig;nants sont-ils amenés à réfléchir ensemble sur la prise en charge de l'enfant né prématuré et sur l'accueil de sa famille ? Parce que l'on sait aujourd'hui que lefœtus est doté de comPétences, qu'il est capable de percevoir les sensations maternelles et dy répondre. (Des observations faites à l'échographie ont montré que le fœtus suce son pouce ou attrape le cordon ombilical pour le téter dès que sa mère parle ou chantonne.) En effet, des cinq sens la vision est le moins développé pendant la vie fœtale puisque l'utérus constitue un lieu sombre, ne laissant pas passer beaucoup de lumière. L'un des premiers organes des sens à se développer avec le système nerveux est le toucher: vers 20 semaines de gestation, les récepteurs cutanés sont présents sur tout le corps. L'ensemble du système auditif est fonctionnel à partir de 20 semaines d'aménorrhée. Dès la onzième semaine de gestation, les premiers récepteurs olfactifs sont en place et, à partir de la douzième semaine, les bourgeons g;ustatifs existent. On ne peut donc ig;norer que le bébé prématuré est un être à part

entière.
Lors de sa venue au monde, le nouveau-né est totalement démuni. Il est déPendant, impuissant et immature. Cette situation de déPendance déclenche, chez l'adulte, de l'émotion et une attitude de maternage que Winnicott a appelées le holding et le handling. Le holding, qui signifie «porter» en anglais, correspond à la façon dont la mère porte son bébé, pas seulement un portage physique, mais un portage dans ses pensées et dans ses paroles. Quant au handling (<< maniPuler»), il correspond à la manière dont la mère maniPule son bébé, le soig;ne, s'occupe de son corps et entre en relation avec lui par le contact physique. Holding et handling vont permettre la mise en Place de la sécurité affective de base chez l'enfant, le sentiment d'unité corporelle et de «continuité d'exister».

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Préface

Nous soignants ne devons jamais oublier qu'à la naissance, le petit de l'homme est incapable de satisfaire seul à ses besoins vitaux, assurés par conséquent par ses géniteurs ou les personnes qui le prennent en charge. Ainsi, le besoin d'attachement. Tous les soins qu'une mère et un père prodig;uent à leur bébé ne sont pas seulement affaire de plaisir pour eux et pour lui; ils sont absolument nécessaires et, sans eux, le bébé ne peut pas grandir et se transformer en adulte. Le bébé, même immature comme l'est le prématuré, doit pouvoir accéder totalement au corps de sa mère et, sans sa présence vivante, les gestes les plus habiles d'une soignante ne sont que gasPillage. La grossesse écourtée, l'accouchement souvent décrit comme violent et raPide, la séparation précoce des parents d'avec leur enfant, les barrières matérielles que constituent l'incubateur, le scope, la sonde d'intubation, la sonde de gavage, le cathéter de perfusion. .. sont, à l'évidence, source d'angoisse et de culpabilité pour les parents et peuvent meme devenir une barrière à la relation parent/enfant. Il nous faut concevoir et reconnaître ces mécanismes pour comprendre les réactions des parents et aussi les aider à travers une prise en charge optimale. Dans cette optique-là, l'accueil est essentiel: celui du père, d'abord, car il constituera le lien entre le bébé et sa maman. Celui de la mère, ensuite: il nous faut lui éviter la confrontation brutale seule avec son bébé, sans explications préalables, lui parler des rythmes et capacités de son enfant, de la possibilité de le toucher, de le prendre dans ses bras, sans la forcer; favoriser la création des premiers liens,. lui donner accès aux soins de base, à son rythme, en lui montrant d'abord, puis en faisant avec, puis en laissant faire. Si les critères d'hygiène et de sécurité sont respectés, pourquoi ne pas laisser à la famille la liberté d'agir selon ses habitudes et crayances, essayer de la rassurer sans excès, de diminuer l'angoisse, de déculPa-

biliser la maman en disant:

«Ce n'est pas votre faute.

»

La famille doit toujours savoir à qui elle a à faire; le nom et la fonction de l'interlocuteur sont essentiels. Je crois que la Plupart des équiPes travaillent dans ce sens.

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Préface

L'arrivée des psycholog;ues et psychomotriciennes, tant attendus dans les services hospitaliers, a également permis d'appréhender différemment le corps et l'esprit du bébé et de ses parents. Une prise de conscience sur la douleur et l'inconfort la Plupart des équiPes à modifier leurs pratiques. Je crois cependant qu'il faut charge de travail qui incombe ne doivent pas nous servir néfastes, ne respectant pas les du bébé a obligé

rester en tous points vigilant car la aux soignants, la fatig;ue et le stress d'excuse et cautionner des attitudes droits et les besoins de l'enfant.

Il faut aussi rendre les bébés à leurs parents et user de la parole. Combien de fois aij"e pu observer k miracle des mots prononcés par l'adulte pour ces tout-petits!

Brigitte Herbelin
Infirmière en néonatologie HôPital de Montmorency (95)

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