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Femmes handicapées citoyennes

De
131 pages
Même si le handicap est aujourd'hui reconnu et mieux accepté, il ne rend pas la vie facile à ceux qui en sont porteurs. La difficulté d'intégration dans la vie de la cité, dans l'entreprise, dans l'accès à la culture est encore plus grande lorsqu'il s'agit d'une femme. La femme handicapée vit une double discrimination : celle d'être une femme et celle d'être handicapée. L'association "Femmes pour le dire, Femmes pour agir" a été créée afin de promouvoir par tout moyen à sa disposition la citoyenneté de la femme handicapée.
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FEMMES HANDICAPÉES CITOYENNES

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.ft (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00344-3 EAN : 9782296003446

Coordonné par

Maudy PlOT
Association « Femmes pour le dire, Femmes pour agir»

FEMMES HANDICAPÉES CITOYENNES
Avec le parrainage de Madame Lucie Aubrac

Actes du Forum du 25 novembre 2003

Hôtel de Ville de Paris

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

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1200 logements villa96 12B2260 Ouagadougou 12

LES FEMMES HANDICAPÉES ONT LA PAROLE

Le 25 Novembre 2003, l'association « Femmes pour le dire, Femmes pour agir» organisait le premier « Forumfemmes handicapées citoyennes» à l 'Hôtel de ville de Paris.
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Très tôt ce matin là, des femmes et des hommes, handicapés ou non, se pressaient aux portes de I'Hôtel de ville de Paris. Qu'y venaient-ils faire? Echanger, écouter, faire entendre leur« différence », apprendre à regarder autrement. Des employés de la Mairie de Paris apportant à la hâte des chaises supplémentaires pour accueillir les participants, c'est l'image que l'on pourrait retenir de cette journée. Combien étaient-elles, combien étaient-ils? cinq cents, sept cents ou plus? Difficile d'estimer cette foule qui avait envahi le splendide salon des Arcades de l'Hôtel de Ville. Dorures aux plafonds, odeurs de cire des parquets en bois, décors pompiers des peintres officiels de la troisième république, le décor est solennel et grandiose, mais la première adjointe au Maire de Paris, Anne Hidalgo, l'a dit: «vous êtes ici chez vous». A l'évidence les participantes ont bien l'intention de se sentir chez elles à la Mairie. L'intitulé de la journée parle de « citoyenneté », elles sont décidées à prendre la parole et à parler concret. Pas question de langue de bois aujourd'hui. Les fauteuils roulants font crisser les lattes du plancher, les cannes blanches rigolent bien, sous ses airs décontractée, l'assistance va

s'impliquer dans le débat sous les dorures de la République. L'objectif de la journée tel que l'énonce la présidente de l'association, Maudy Piot : donner la parole non pas aux experts et aux spécialistes, mais aux femmes en situation de handicap elles-mêmes. La réunion s'ouvre avec l'intervention de la marraine du forum: Lucie Aubrac. Du haut de ses quatre-vingt-onze ans, la vieille darne raconte presque un siècle d'histoire du handicap (elle dira de «mes handicapés à moi»). Elle commence avec les gueules cassées de la guerre de 14 et le facteur de son village qu'elle a vu revenir en 1918 avec une «manche de sa veste vide », et ira jusqu'au combat contre les mines anti-personnelles de l'association Handicap International, sans omettre, bien sûr, de rappeler ce que le régime nazi programma pour purifier la « race supérieure». En quelques mots, elle donnait à l'ouverture de cette journée une certaine gravité qui reviendra parfois planer sur les débats dans les heures suivantes. Le public, ému de rencontrer l'histoire vivante, l'applaudira longuement, sidéré par la vivacité et l'énergie de son discours. «Le féminisme, c'est l'autre face, trop souvent cachée de l'humanisme ». Lorsque l'historienne Yvonne Knibiehler prend la parole, c'est pour retracer l'histoire du mouvement féministe: brillante démonstration de l'actualité et de l'universalité de la question. Le ton est donné: après Lucie Aubrac, la figure historique qui combattit la pire des oppressions, c'est l'historienne qui rappelle que déjà dans l'antique Athènes, les femmes étaient considérées comme inférieures parce que «humides, et molles» par opposition aux hommes «secs et durs» (sic). On sourit dans les travées, mais chacun et chacune a compris qu'on aura affaire à des femmes qui croient à la justesse de leur cause et qui sont déterminées.

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« Le handicap dans sa dimension réelle et imaginaire » Le handicap est source de violence: il oblige le sujet handicapé à se battre, à lutter, à s'exposer aux regards. Comme lieu de violence, il remet en cause les acquis, ébranle les repères, déstructure l'identité. Il oblige souvent à affronter l'insupportable, à voisiner avec les limites de ce que l'on considère comme humainement tolérable. Il contraint à accepter une liberté restreinte et, parfois, la frustration à perpétuité... La singularité, source de richesse et d'exception, devrait pouvoir être vécue par la société comme un apport positif. Cette charge que le sujet dit handicapé porte dans son corps, dans sa vie psychique, ne peut-elle pas être considérée comme un plus qui fait de lui un être, un citoyen à part entière, qui, avec cette surcharge, a droit à la considération, au respect, aux aménagements qui lui permettront de parcourir l'aventure de la vie? Il a droit à être différent, la société a le devoir de l'accueillir et de lui donner toutes ses chances. (Maudy Piot) La première table ronde se met en place. Six femmes ayant un handicap différent vont témoigner de leur désir de mères. Elles viennent témoigner de leur expérience sans autre qualification que celle d'avoir vécu (<< diplômées de la vie» selon la célèbre formule de Françoise Giroud). Le débat du matin s'intitule «Désir d'enfant, corps de femme ». Maternités singulières que celles de ces femmes si différentes entre elles mais qui ont en commun d'avoir fait le choix d'élever des enfants, contre vents et marées parfois. La salle est archi-comble, et même au fond, là où les fameuses « arcades» empêchent toute visibilité, on prend des notes. Les fauteuils des salles voisines ont été rapatriés, la mairie apporte encore des chaises. Certains sont toujours debout, mais on écoute avec attention, on s'étonne et on admire le 9

parcours de ces mères. «y a t-il des questions dans l'assistance?» Inutile de demander deux fois si quelqu'un veut intervenir. Ici, le public lève la main tout de suite, comme s'il attendait depuis trop longtemps de pouvoir prendre la parole. Les micros passent rapidement d'une main à l'autre, les interventions sont riches, émouvantes, expertes. La salle sait de quoi elle parle. A midi, c'est une cohue bon enfant pour aller déjeuner. Le repas est offert pour partie par la mairie de Paris, et pour les autres assiettes par l'association organisatrice. Des prouesses d'imagination, notamment pour trouver des sponsors, ont pennis de donner à chacun le droit de se restaurer agréablement. Fait incroyable, on respecte les consignes! Les aveugles et mal-voyants en premier, les fauteuils roulants en deuxième et les valides...à la queue! Dans les couloirs, on retrouve de vieilles connaissances, on en découvre de nouvelles, et l'atmosphère détendue semble vouloir inciter les participants à rester à table jusqu'à quatre heures. Un petit coup d'œil à l'autre bout de l'étage. Coïncidence des dates: les « Catherinettes» défilent sur leur podium. On est le 25 novembre, c'est le jour de la Sainte Catherine. L'immense salle des fêtes qui leur a été attribuée semble trop grande pour un public resserré autour de ces demoiselles à marier d'urgence (elles ont déjà atteint 25 ans!) Autres femmes, autre monde! La télévision s'empresse de filmer les chapeaux créés par de grands couturiers. Elle ne passera pas la porte ne serait-ce que pour entrevoir les sept cents femmes handicapées «citoyennes». Hiérarchie des valeurs du P.A.F. ? Quatorze heures trente, il faut battre le rappel, et reprendre les travaux dans le salon des Arcades. Au plafond la monumentale peinture « Pégase terrassant l'ignorance et la barbarie» semble vouloir mettre sa fougue au service de la 10

cause du jour. C'est Geneviève Lang, élue dans le dixneuvième arrondissement de la capitale qui reprend le micro pour lancer un plaidoyer en faveur de l'engagement citoyen des femmes en général et des femmes handicapées en particulier. « Voter, c'est le meilleur moyen de faire avancer notre cause» explique en substance la professeure au CNAM. Deuxième table ronde de la journée: « Femme singulière et société ». On parle engagement politique justement et de la difficulté de ne pas être « la handicapée de service}) quand on est élue dans un conseil municipal. Six femmes, avec des handicaps différents et des professions variées débattent de l'accès à l'emploi. -« Faut-il taire ou non son handicap au moment de l'embauche? -« et comment on fait, quand on est commerciale et épileptique? » -« On se retrouve au chômage alors qu'on a fait la preuve de sa compétence... » Les micros sont à nouveau tendus vers la salle. Mais, maintenant l'impatience est plus grande que le matin. Tout le monde veut s'exprimer. On prie les intervenantes de faire court. Celles qui font trop long suscitent des remous, mais si on les coupe, l'autre moitié de la salle proteste contre l'abus de pouvoir du meneur de jeu! Difficile exercice de la démocratie directe. La tension monterait presque devant l'urgente nécessité de devoir s'exprimer. Les comédiennes de la Compagnie « Regard' en France» interviennent avec humour et détendent un peu l'atmosphère. Elles ponctuent la journée de portraits poignants et vrais. Julia Kristeva, qui arrive à l'instant dans le forum attendra quelques secondes avant de pouvoir s'exprimer. La psychanalyste, présidente du « Comité National Handicap: sensibiliser, informer, former» explique pourquoi le Il

Président de la République lui a confié une mission pour améliorer l'image des personnes handicapées en France. « Je m'appelle Martine. Je suis née malentendante profonde. On a dit que normalement je ne parlerai j'amais. J'ai été rééduquée depuis l'âge de trois ans. J'ai appris à parler et également à écouter, à lire sur les lèvres. J'ai conscience qu'en milieu familial j'ai eu beaucoup de chance. Et ensuite je me suis engagée dans la vie associative pour tenter de faire valoir les besoins des personnes sourdes et malentendantes. Il reste beaucoup à faire, car comme les politiques c/1angent souvent, on doit tout recommencer! Je voudrais ajouter: l'accès à l'information politique, les
personnes sourdes n y accèdent pas. Aucun débat politique

n'est sous-titré, aussi bien dans les conférences qu'à la télévision. C'est certainement le premier combat qu'on souhaite vous faire toucher du doigt", Je tiens à remercier tous les hommes qui sont présents, qui montrent ainsi qu'ils ont pris conscience que nous, femmes, nous avons un rôle à jouer dans la société. Je propose qu'on les applaudisse! ». Troisième table ronde: «Image de soi, regard des autres» ou comment on vit sa féminité quand on a un corps différent. La journée a été dense, l'auditoire est fatigué et l'attention n'est plus la même. Pourtant les interventions sont tout aussi fortes que le matin. Par la singularité de leur parcours, par la confrontation de leurs expériences très différentes, les six témoins questionnent sur le regard porté sur les femmes handicapées. Il reste un quart d'heure ensuite pour poser des questions. La salle est déçue, presque frustrée:

- « On n'a pas parlé du handicap psychique»
- « et de la question
de l'emploi» « et pourquoi on n'annonce pas les stations dans le métro? » - « c'est à l'école que tout se joue»

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Chacune a sa revendication, sa rancœur parfois, pas toujours en rapport avec le thème du moment. «Moi aussi, je suis handicapée!» s'exclame à bout d'arguments une participante. Il est dix huit heures, même Pégase au plafond semble exténué, depuis le temps qu'il écrase la barbarie et l'ignorance! L'adjointe au Maire de Paris en charge des personnes handicapées vient conclure. Pénélope Komitès a passé la journée en réunion du Conseil de Paris, dans la grande salle voisine. Elle explique qu'elle est venue jeter un coup d'œil à la mi-journée et qu'elle a été impressionnée par la densité de la foule et la richesse des interventions qu'elle a pu entendre. Les femmes handicapées ont fait la démonstration de leur force. L'adjointe invite à marquer cette journée d'une pierre blanche, COlnme un point de départ à l'action des femmes dans le monde du handicap. Cette journée de temps forts, d'échanges, d'émotions et de vérité restera gravée dans les mémoires. Comme le dit une participante: « Je pars différente ». L'association «Femmes pour le dire, Femmes pour agir» va récolter les revendications, les vœux émis, et continuer à travailler afin de répondre le mieux possible aux attentes révélées au cours de cette journée. Maudy Piot et Vincent Lochmann

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