Inventer le don de sperme

De
Alors que resurgit le débat sur l’assistance médicale à
la procréation dans ses aspects pratiques, éthiques
ou légaux, l’histoire des thérapeutiques de la stérilité
et des technologies reproductives reste, elle, peu
connue. Ce livre d’entretiens retrace l’histoire du premier système
institutionnalisé de don de gamètes en France, le Centre
d’étude et de conservation des oeufs humains et du sperme
(Cecos), créé en 1973 en réponse à la stérilité conjugale involontaire
d’origine masculine. À travers la trajectoire de son
fondateur le Pr Georges David, il s’agit de comprendre l’apparition
d’un espace professionnel spécialisé, la mise en place
d’un ensemble de pratiques et de savoir-faire, ainsi que les
conditions ayant permis la reconnaissance du système par les
pouvoirs publics. Chemin faisant, le lecteur est invité à découvrir
sous un angle inédit ce que fut le monde médico-hospitalier
et biomédical en pleine mutation des décennies de
l’après-guerre. Georges David, membre de l’Académie nationale
de médecine et membre correspondant de l’Académie
des sciences, ancien membre du Comité consultatif national
d’éthique, témoigne de cet itinéraire singulier.

Fabrice Cahen est historien, chargé de recherches à l’Institut
national d’études démographiques. Ses recherches explorent
les dimensions collectives de la production de la vie humaine,
dans la France du XXe siècle en particulier.

Jérôme van Wijland est conservateur des bibliothèques et directeur
de la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine.
Il a notamment coordonné la réception et l’inventaire du fonds
des archives des Cecos.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782373610550
Nombre de pages : 120
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Avant-propos
Fabrice Cahen
i les sociologues, anthropologues, juristes et phi-losophes s’intéressent depuis plusieurs décennies deSla stérilité involontaire et de la procréation médicale-aux nouvelles technologies reproductives, l’histoire ment assistée est encore peu étudiée en France. Parmi les rares ouvrages à consacrer des développements signiïcatifs à cette histoire, du moins à l’un de ses cha-pitres majeurs – la création des « banques de sperme » françaises –, on peut citer le livrePasseurs de gamètes 1 de la sociologue Simone Bateman-Novaes , paru en 1994 et qui demeure toujours une référence de premier plan, ainsi que le plus récentSemences de vie, publié en 2011 (à l’occasion du trentenaire du Cecos-Alsace) sous la direc-tion d’André Clavert, médecin biologiste, et de Marie-Jo Thiel, professeure d’éthique et de théologie à l’Univer-sité de Strasbourg. Comme la majorité des travaux sur le sujet, ces deux ouvrages ont pour point commun d’être
1.également les contributions de Simone Bateman à Voir JacquesMaître & Guy Michelat (dir.),Religion etsexualité, Paris, L’Harmattan, 2002, qui exploitent notamment un matériau d’entretiens avec Georges David.
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centrés sur des problématiques touchant au droit et à l’éthique ou, plus exactement, d’appréhender la tension entre l’évolution des pratiques biomédicales et le respect des principes normatifs en vigueur. Les formes prises en France par le don de gamètes et par les technologies de PMA en général ont été sou-mises à toutes sortes de questionnements sur la morale sexuelle sous-jacente, sur les risques liés à la manipu-lation du vivant ou sur les bouleversements introduits dans l’ordre de la ïliation. Mais la restitution de l’histoire sociale, institutionnelle et matérielle a été relativement négligée, comme s’il ne s’agissait là que de considéra-tions bassement accessoires. C’est la raison pour laquelle réinscrire la genèse du système Cecos (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains) dans un moment précis de l’histoire des sciences et des tech-2 niques biomédicales, dans une certaine conïguration de l’administration de la santé publique, dans un agence-ment particulier d’acteurs et d’actrices, nous est apparu comme une nécessité, y compris pour aborder à nou-veaux frais (de manière à la fois moins passionnelle, plus compréhensive et plus réexive) des questions sociétales qui ne cessent de travailler l’opinion. Malgré l’existence d’une documentation imprimée abondante et de fonds d’archives précieux désormais accessibles aux lecteurs – en particulier les cartons de la Fédération Cecos déposés par Georges David à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine – l’entretien oral reste une voie privilégiée pour rassem-bler les pièces de cette histoire des formes médicalisées
2. Le titre que nous avons donné à cet ouvrage fait écho au livre de Jean-Paul Gaudillière,Inventer la biomédecine. La France, l’Amérique et la production des savoirs du vivant après 1945, Paris, La Découverte, 2002.
Avant-propos
de la reproduction humaine. Le Pr David, éminent spé-cialiste de la fertilité, fondateur des Cecos à l’aube des années 1970, constituait à l’évidence un témoin de pre-mier ordre pour explorer ce passé. Parvenu à un moment de son existence qui lui paraissait propice au récit de vie et à un retour plus libre sur sa trajectoire profession-nelle, il a entamé avec Jérôme van Wijland une discus-sion informelle qui s’est muée en une longue série d’en-tretiens triangulaires, accomplis entre septembre 2012 et février 2015. Georges David avait déjà beaucoup dit et écrit par le passé. Pour que ces entretiens produisent des résultats satisfaisants, il convenait donc de le soumettre à un questionnaire moins attendu. Nous cherchions en premier lieu à éclaircir un certain nombre de points factuels quelque peu obscurs, chose toujours dicile lorsque les faits commencent à dater. Ainsi, il convenait de remettre en ordre la séquence, souvent présentée de façon oue, allant du dépôt des statuts de l’association « Cecosperme », en janvier 1973, à la rencontre avec la ministre Simone Veil, nommée dans le gouvernement Chirac en mai 1974. Notre seconde intention était d’ex-plorer des aspects plus latéraux et plus personnels du parcours individuel de Georges David. Face à cet exer-cice souvent impitoyable, il a joué autant qu’il a pu le jeu de l’anamnèse et de l’introspection, faisant l’eort de se remémorer divers épisodes de sa vie professionnelle « pré-Cecos », acceptant de faire violence à sa pudeur naturelle en se replongeant dans son histoire familiale. Il s’agissait enïn de confronter le regard rétrospectif du « patron » à celui de ses collaborateurs/trices au sein des Cecos, de manière à reconstituer de façon plus « cho-rale » ce tissu de relations et d’interactions. Jérôme van Wijland et moi-même nous sommes chargés de mener ces entretiens, de les retranscrire, de rechercher les informations nécessaires au comblement
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de certaines lacunes mémorielles tenaces ; enïn de réorganiser le texte ainsi produit pour le rendre plus uide, procédé que nous pourrions comparer à celui du montage d’un ïlm documentaire. Ce redécoupage com-prenait l’insertion de contrepoints, à savoir les extraits d’entretiens annexes qui nous ont été accordés par Jean-Claude Czyba (professeur des universités, praticien hospitalier en biologie de la reproduction), Françoise Czyglik (maître de conférences des universités, prati-cien hospitalier des hôpitaux de Paris, responsable du Cecos Bicêtre), Alain Jardin (urologue et andrologue), Pierre Jouannet (biologiste de la reproduction, respon-sable du Cecos-Bicêtre-Cochin, 1989-2007), Jean-Marie Kunstmann (biologiste de la reproduction), Dominique Le Lannou (chef du service de biologie de la reproduc-tion-Cecos, CHR de Rennes), Marie-Jeanne Mayaux (épidémiologiste), François Pinon (hémobiologiste des hôpitaux de Paris), Jacques Poirier (neurologue, neuropathologiste et histologiste) et Jacqueline Selva 3 (généticienne) . Le résultat de cette entreprise collective n’a donc guère à voir avec le récit satisfait d’un « grand témoin » s’appropriant une série de prouesses technolo-giques. La forme biographique standard n’avait du reste pas eeuré l’esprit de Georges David qui, dès le début, avait souhaité que le recueil d’entretiens s’étende à ses collaborateurs/trices, auxquel/les il n’a eu de cesse de rendre hommage. Avant d’évoquer ce qui se dégage de ces entretiens, il est nécessaire de replacer la naissance des Cecos dans une histoire plus vaste, c’est-à-dire à la fois dans une temporalité étendue et dans un cadre internatio-nal dont on a trop souvent tendance à l’extraire. Bien
3. Ces extraits apparaitront dans le texte signalés par une bande latérale grise.
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