Je me souviendrais de vous oublier. Récits inattendus

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Loin d’être un essai clinique qui tenterait de livrer une interprétation de la folie, cet ouvrage rassemble des récits de vies, des histoires de fous en somme, racontées par un professionnel de santé qui, trente ans durant, a côtoyé des hommes et des femmes ordinaires, perdus dans des mondes que nous ne comprenons pas.

À travers les destins cruels, violents, douloureux, parfois drôles et toujours bouleversants de Daphnée, Frania, Rachel, Marie-Jo et les autres, il rend hommage à une humanité qui ébranle nos a priori et nous interpelle. Il nous plonge au coeur des vies de ces malades mentaux qui inspirent peur, rejet et abandon au point qu’on nie leur existence. Il nous livre le quotidien des relations tissées entre les patients et le personnel soignant, médecins, infirmiers, agents des services, dont la sollicitude et l’empathie sont chaque jour au plus proche de la souffrance cachée et ignorée derrière les murs des établissements psychiatriques.

Ouvrir ce livre, c’est accepter de dépasser ses préjugés et de s’interroger sur le cheminement de l’esprit humain quelle que soit sa complexité.

* * *

Alain Fabre est né à Millau dans l’Aveyron. Psychologue de formation, il commence sa vie professionnelle comme infirmier dans un établissement public de santé de la région parisienne en 1976. Sa carrière évolue par la suite vers une fonction d’expertise en formation et de direction. Il livre ici son expérience avec le regard « naïf » du jeune provincial venu à Paris, dans un style simple et personnel, sans retenue ni prétention moralisatrice.

Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954975221
Nombre de pages : 202
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AVERTISSEMENT AUX LECTEURS
Les pages qui suivent retracent des pans de vie vécus par des hommes et des femmes ordinaires au destin hors du commun. Les personnages qui animent ces histoires ne sont pas imaginaires et toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé n’est certes pas « pure coïncidence ». Cet ouvrage retrace fidèlement une réalité que j’ai côtoyée au quotidien, celle de nombreux malades mentaux perdus dans les brumes de leurs pensées tourmentées. La vie ne les a pas épargnés. J’ai souhaité leur rendre ici hommage pour lutter contre l’indifférence et l’oubli dont ils sont victimes. Je voulais leur témoigner mon respect et mon affection. Ils ont marqué ma vie d’homme et de professionnel en m’ouvrant des perspec-tives de réflexion insoupçonnées. Ils m’ont conduit aux limites de la compréhension en m’interrogeant sur la complexité de l’esprit humain et sur les difficultés à vivre une vie simple où les obstacles s’imposent à nous comme une évidence. Je remercie le destin d’avoir permis que nos chemins se croisent un jour. Je suis heureux et plus riche de les avoir rencontrés. Pour des raisons de confidentialité évidente que le secret professionnel nous impose, les noms, prénoms, dates et
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lieux ainsi que certains détails ont été modifiés pour éviter toute identification possible. À l’heure où j’écris ces lignes, beaucoup d’entre eux nous ont quittés. Deux patients m’ont autorisé à évoquer leur parcours de vie, étonnés que l’on puisse encore, quelque trente ans plus tard, s’intéresser à eux. Alain Fabre
PRÉFACE
Cher ami, Très touchée que vous m’ayez demandé de préfacer votre ouvrage. Quand j’ai commencé à le lire, il m’est revenu un sou-venir : lors de mon départ en retraite, j’avais organisé un pot d’adieu pour mes patients. À ma grande surprise, ils avaient préparé un discours qui se terminait en ces termes : «Vous partez avec toutes nos vies.» Vous aussi êtes parti avec leurs vies et vous leur avez donné un sens. Comment ne pas vibrer face à la détresse de Daphnée, à l’abandon de Jean-Marie, au courage de Frania, comment ne pas rire du festin de Dédé, de l’outrecuidance du « tou-bib ». J’ai encore sur la langue le goût suave des bonbonsLa pie qui chante, devant les yeux l’envol des billets dans l’église, dans les oreilles les cris du jeune homme qui s’est émasculé. Ces vies, vous avez su nous les rendre proches, leur don-ner un sens, car vous êtes de ceux pour qui la psychiatrie n’est pas l’accueil aseptisé et distant, mais une réelle em-pathie face à la souffrance psychique. Soyez-en remercié. Très amicalement. Marie-José Cottereau
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J’ai un cadeau pour toi
uand elle entendait son pas lourd gravir l’escalier, Qde bouger. La porte s’ouvrait, laissant filtrer un elle se cachait sous sa couverture. Plus question rayon de lumière. Il entrait avec sa respiration d’asthma-tique. Elle se raidissait dans son lit. Il tirait les draps et s’allongeait sur elle. Il prenait soin de ramener ses cheveux derrière sa nuque : il voulait voir ses yeux. Immobile, elle restait figée dans l’obscurité, tandis que les larmes coulaient sur ses joues de petite fille. Il fallait serrer les dents. Un mauvais moment à passer… Mais au fil du temps, cela se répétait plus fréquemment, jusqu’à en devenir quotidien. Il allait et venait brutalement. Elle essayait alors de s’échapper mentalement, se concen-trait sur le son de la télé, amplifié au maximum. C’était bien pratique : personne n’entendrait les bruits en provenance de la chambre. Il mettait un doigt sur sa bouche. De la sienne s’échappait un « chut » prolongé, baigné de son haleine fétide. Quand il repartait, il prenait soin de l’embrasser sur la joue en lui adressant un sourire satisfait. Pour sa part, elle se bornait à un « bonne nuit papa ».
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