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Préface

Semmelweis. Mais, qui est donc cet homme ? J’ai entendu son nom pour la première fois lors de mon voyage à Budapest en août 2006 où j’ai été amené à donner une conférence dans le cadre du 40ème congrès de la Société internationale d’histoire de la médecine. Ce colloque avait pour partenaire le Musée Semmelweis d’histoire de la médecine qui avait par ailleurs organisé une exposition de matériel médical dans l’Académie des sciences où se tenait cette réunion. Pour autant, si j’ai visité l’exposition, j’ai commis l’erreur regrettable de ne pas visiter le musée. Aujourd’hui, je mesure l’ampleur de cette omission. M. Robert Delavault me permet par la valeur de son manuscrit de compenser cet oubli. Qui est donc Semmelweis ? Pourquoi cet homme a-t-il laissé son nom à la postérité ? En fait, il me serait aisé de citer son travail d’obstétricien qui a été considérable et remarquable en tous points. Mais, ce qui m’a le plus frappé, c’est que cet homme avait compris les bases de l’asepsie bien avant Pasteur. En effet, chaque praticien, médecin, dentiste ou autre, se lave les mains avant chaque acte selon une technique toute particulière : les paumes, le dessus des mains jusque sur les

avant-bras, entre les doigts, les ongles d’une main venant gratter la paume de l’autre. C’est Semmelweis qui en a décrit le protocole. Et c’est une sage-femme de mes patients qui m’en a rappelé les fondamentaux. À chaque fois qu’un praticien se lave les mains, c’est par conséquent un peu de ce médecin hongrois qui résiste au temps qui passe. C’est plein d’allant et d’enthousiasme que l’auteur nous emmène au cours de la vie de ce praticien, de ses pérégrinations, de ses coups de tête guidés par son altruisme et son humanisme. Semmelweis, dévoué à ses malades, passionné par sa quête d’absolu médical, n’a jamais dérivé de ses valeurs de praticien et c’est sans concession qu’il a évolué tout au long de sa carrière, au risque de déplaire quelquefois. M. Robert Delavault est l’auteur de plusieurs ouvrages en rapport avec l’histoire de la médecine. C’est aussi un scientifique de renom qui est aujourd’hui encore, membre de la Société française d’histoire de la médecine. C’est donc honoré que j’ai accepté, lorsqu’il m’en a fait la demande, d’écrire la préface de son nouveau travail. Je ne peux cacher que c’est empreint de curiosité tout d’abord, d’intérêt, puis de passion pour l’histoire de cet homme que se plaît à décrire M. Robert Delavault, que j’ai parcouru les pages de ce livre. Je ne doute pas que les lecteurs y trouveront le même plaisir, car si Semmelweis était un humaniste, l’auteur d’une telle biographie en est un également. Aussi, ce dernier a-t-il transposé la vie de ce chercheur avec les qualités indéniables que requiert cette vertu. 6

C’est avec rigueur et méthodologie que M. Robert Delavault nous offre dans le présent opus le détail des minutes essentielles de l’existence du grand homme qu’a été Semmelweis. Il ne peut qu’en être félicité et remercié. Docteur Xavier Riaud

Docteur en chirurgie dentaire Lauréat de l’Académie nationale de chirurgie dentaire Docteur en histoire des sciences et des techniques Directeur de collection aux éditions L’Harmattan

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Avant-propos

Rédiger un ouvrage sur la vie et l’œuvre de Semmelweis présente des difficultés que l’on peut, aujourd’hui, être en mesure d’améliorer. C’est pourquoi je me suis astreint à serrer d’au plus près la vérité sur l’existence et le travail de cet homme, malheureusement trop méconnu en France. Dans son pays, la Hongrie, et dans l’Europe entière, il a beaucoup souffert de l’incompréhension autour de lui. Puisse ce livre apporter une contribution nouvelle à la connaissance de celui qui a été à l’origine de la conception de l’asepsie. J’exprime ma reconnaissance à monsieur Karoly Kapronczay, directeur général du musée Semmelweis, à Budapest, pour l’aide qu’il m’a procurée, grâce aux documents qu’il m’a aimablement fait parvenir. Je ne saurais oublier la contribution de mon épouse, la collaboration technique du docteur Henri Lamendin (l’un de mes anciens élèves) et celle enfin du docteur Xavier Riaud qui a pris le temps de lire et de corriger ce manuscrit, page après page. Sans eux, ce livre n’aurait jamais abouti. R.D.

Chapitre I La naissance d’une vocation

Dans les champs de l’observation le hasard ne favorise que les esprits préparés. Louis Pasteur
(dans sa leçon inaugurale du 7 décembre 1854)

Au début du XIXème siècle, à Buda, en Hongrie, la famille Semmelweis, de la bonne bourgeoisie, loge dans un immeuble à la longue façade tournée vers le quai qui longe la rive droite du Danube ; il s’élève au pied du rempart qui entoure la colline où se dresse le château royal, non loin du Taban, quartier des tanneurs qui sera détruit en 1931. Le commerce de Josef Semmelweis1* qui tient boutique d’épicier est florissant. Ses épices, ses liqueurs, ses élixirs, ses teintures, sont réputés dans toute la ville, et attirent aussi de nombreux clients venus de Pest, de l’autre coté du fleuve. Ses rapports avec les apothicaires, qu’il concurrence, sont parfois tendus, mais son heureux caractère apaise souvent leurs querelles. En ce premier jour du mois de juillet 1818, Josef prépare, comme à l’accoutumée, une de ses drogues dont il détient le secret, la verse dans un flacon qu’il étiquette et qu’il range à côté d’autres fioles, auprès des pots de confiture, des cierges et des bougies, alignés sur des étagères, dans la cave voûtée, creusée en plein rocher, de son officine, quand du haut de l’escalier, un de ses commis l’invite à venir au plus vite. Son quatrième enfant, un garçon, vient de naître.
*

Toutes les notes sont regroupées en fin d’ouvrage.

À son baptême, célébré en l’église Notre-Dame, de la paroisse de Buda, il est prénommé Ignace-Fülöp (IgnacePhilippe), mais très vite, il sera « Natzi », dans le cocon familial. Heureuse sera sa petite enfance. Sa jeune et jolie maman, avenante, veille à sa joie dans la maisonnée ; à son berceau, elle le cajole, lui fredonne des chansons hongroises empreintes de douce nostalgie. Quand il devient en âge de marcher, elle prend sa menotte et il trotte à son côté dans les rues alentour. Aux beaux jours, quand s’ouvrent les marchés de rues, il s’émerveille devant les éventaires colorés des marchands de légumes et de fruits ; devant les étals où s’offrent, à l’envie des passants, les poissons aux écailles argentées, pêchés dans le fleuve ou dans le lac Balaton. Si sa mère s’attarde devant les étals de linge brodé et de vêtement, il trépigne pour aller vers des musiciens ou chanteurs ambulants, loqueteux souvent. À l’occasion, elle lui donne une piécette pour l’offrir au vagabond en quête d’une obole et lui apprend à se pencher sur la misère d’autrui. À la mauvaise saison, dès que les premières nappes de brume s’étirent au-dessus du Danube, leurs promenades se font rares. C’est le temps des veillées après les retrouvailles autour de la table familiale, dans la clarté dorée des bougies, alors que des ombres se projettent, mouvantes, sur les murs. Les conversations s’animent, avec la verve du père, dans un dialecte germanique, le souabe de Buda, de tradition parlé en famille. Ignace, apprendra le hongrois et l’allemand, que son père pratique couramment dans l’exercice de son commerce, mais de l’usage de ce dialecte, il héritera d’un accent dont il ne pourra jamais se départir. 12