L'homme qui se souvient de tout

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Nous déléguons aujourd’hui une grande partie de notre mémoire aux ordinateurs, tablettes et autres smartphones.
Nous avons oublié comment ne pas oublier.
Chaque année, quelques dizaines de personnes font un joyeux pied de nez à notre époque.
Venues du monde entier, elles se retrouvent pour disputer une compétition singulière. L’objectif ? Obtenir le titre de « grand maître de la mémoire ». L’élu doit notamment être capable de se souvenir de l’ordre des cartes d’un jeu entier en moins de deux minutes, et, en une heure, de celui de mille chiffres quelconques.
Ces hommes et ces femmes n’ont rien d’exceptionnel. Ils sont comme nous, ni plus ni moins doués.
Suivons-les dans les coulisses du championnat du monde de la mémoire. Ils ont des choses surprenantes à nous apprendre.
Publié le : mercredi 27 mai 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094841068
Nombre de pages : 100
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Troels Donnerborg & Jesper Gaarskjær

L'homme qui se souvient de tout

Un voyage dans les coulisses de la mémoire

Préface de Sébastien Martinez

Traduit du danois par Marie Louise Albers

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La mémoire ou le pouvoir de l’imagination

Par Sébastien Martinez

Numéro un français au championnat du monde de la mémoire, Sébastien Martinez a réalisé neuf records de France. Ingénieur de formation, il forme des étudiants à la mémorisation, notamment pour les aider à réussir leurs concours. Son site : www.apprendrecestsamuser.com.

Pourquoi certains arrivent-ils à apprendre, d’autres non ? Cette question, je me la pose pour la première fois en 2009. Je suis alors étudiant en deuxième année d’école d’ingénieur. J’ai horreur du par cœur, mais je veux réussir mes examens et travailler le plus efficacement possible – c’est-à-dire le moins possible. Pour moi, l’apprentissage passe alors exclusivement par la compréhension. Il me paraît parfaitement inutile et inintéressant de mémoriser des informations brutes. C’est pourtant ce que l’on me demande dans certaines matières. J’ai 22 ans et, comme Mark, « l’homme qui se souvient de tout », je suis à des années-lumière du petit monde de la mémorisation.

Le hasard veut alors que je tombe sur Une tête bien faite, un livre écrit par le psychologue anglais Tony Buzan, une véritable star parmi ceux que l’on appelle les mnémonistes – vous allez d’ailleurs faire sa connaissance dans les pages qui suivent. J’apprends la lecture rapide, à prendre efficacement des notes et, surtout, la mnémotechnie. Contre toute attente, très vite, ça me passionne. Je découvre que le par cœur n’est pas si pénible, qu’il peut même être amusant. Ce que je déteste va devenir un véritable hobby car j’apprends à le maîtriser. C’est-à-dire à me maîtriser.

Je commence par essayer de mémoriser une liste de vingt mots. Échec. Puis, en appliquant une des techniques exposées dans le livre, je la retiens sans difficulté. Je n’en reviens pas. C’est presque trop simple… En vérité, j’ai même l’impression que cette technique m’est familière. Comme si je l’avais déjà apprise, longtemps auparavant. Pourtant, je n’en ai jamais entendu parler. 

Je m’entraîne. D’abord avec un jeu de cinquante-deux cartes. Au début, il me faut trente bonnes minutes pour le mémoriser. Mais rapidement, à force de persévérance, je tombe en dessous des dix, puis des cinq minutes. Me voilà devenu mnémoniste, alors même que j’ignorais tout de cette discipline quelques semaines plus tôt.

Je réalise que cette sensation de déjà-vu n’était pas anodine. En réalité, cette nouvelle méthode que j’ai l’impression d’avoir découvert, je l’applique depuis toujours, mais sans m’en rendre compte. À vrai dire, nous l’utilisons tous à notre insu. Pourquoi, lorsque je rencontre une Stéphanie, son prénom reste-t-il gravé dans ma mémoire ? Parce que c’est également le prénom de ma sœur. Cette expérience d’une association minimale, elle nous est à tous très familière. Elle va de soi. Or elle est au fondement de la mémoire. De la même manière, lorsque vous lisez un livre, votre esprit se remplit d’images et de sensations singulières. Vous rappelez-vous la sensation de vitesse et le plaisir de voler dans les airs éprouvés par Harry Potter quand il dispute un match de Quidditch ? L’euphorie lorsque, pour la première fois, il permet à son équipe de gagner le match ? Et avez-vous gardé en mémoire le décor, peut-être flou mais unique, dans lequel se déroulait la scène tragique du dernier roman que vous avez dévoré ? C’est précisément cette aptitude à l’imagination, une aptitude naturelle, joyeuse, presque enfantine, que l’on mobilise lorsque l’on mémorise. La seule différence réside dans la prise de conscience de ce que l’on fait. Et c’est ainsi en augmentant volontairement l’intensité de ses divagations, en les maîtrisant, en imaginant avec précision des choses les plus saugrenues possibles que l’on travaille sa mémoire. Mémoriser, c’est convoquer nos cinq sens. 

Aujourd’hui, alors que j’ai formé plusieurs centaines de personnes, je sais que développer sa mémoire consiste avant tout à prendre conscience de mécanismes qui sont déjà les nôtres. Les techniques de mémorisation ne forcent pas le cerveau, elles accompagnent et amplifient son mouvement naturel. Ne dit-on pas d’un événement extraordinaire qu’il est « mémorable » ? Eh bien, l’art de la mémorisation consiste à rendre mémorable, donc extraordinaire, ce dont on souhaite se souvenir.

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