L'industrie du médicament et le Tiers Monde

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EAN13 : 9782296298750
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L'INDUSTRIE DU MÉDICAMENT ET LE TIERS MONDE

BIBLIOTHÈQUE

DU DÉVELOPPEMENT

Collection dirigée par Elsa Assidon et Pierre Jacquemot

German Velasquez

L'industrie

du médicament

et le Tiers Monde

ÉditioDS L'Harmattan 7, rue de l'École-Polyteehnique 75005 PARIS

@

L'Harmattan, 1983
2-85802-302-6

ISBN:

A Christine

INTRODUCTION

Un des facteurs importants pour résoudre les problèmes actuels de santé dans les pays sous-développés est la possibilité pour ces pays de s'approvisionner en médicaments essentids qui correspondent à la pathologie de chaque pays. C'est pourquoi le problème de l'approvisionnement et/ou la fabrication et la distribution de médicaments dans les pays sous-développés constitue un élément déterminant dans l'application de n'importe quel programme national de santé cohérent, et qui prétende répondre aux véritables besoins en santé de la population. Par l'approvisionnement en médicaments nous allons désigner, dans notre travail, l'ensemble des activités que constituent l'achat, la production et/ou la préparation, le contrôle, et la distribution de médicaments. La contribution à la recherche de solutions alternatives dans le domaine de l'approvisionnement en médicaments dans les pays du Tiers Monde constitue l'objet de ce travail. Nous n'aborderons ce problème que du point de vue économique. En raison de l'augmentation de la facture pharmaceutique de nombreux pays, les composantes socioéconomiques de l'usage de médicaments ont pris aujourd'hui une importance toute particulière. C'est pourquoi les politiques pharmaceutiques nationales, composantes d'une politique nationale de santé, sont passées du niveau technique et clinique au niveau économique et social. La production étant la base de l'approvisionnement en médicaments, nous commencerons notre travail par une analyse historique de l'industrie pharmaceutique à partir des années cinquante, époque où a débuté la production industrielle de médicaments. Nous analyserons également 7

la structure et les caractéristiques des multinationales pharmaceutiques, dans le but de pouvoir comprendre leur rôle dans les pays du Tiers Monde. Nous verrons après, très rapidement et schématiquement, quelques aspects de la médecine en Occident. Cette référence est importante dans la mesure où elle peut nous aider à comprendre la situation sanitaire et les différentes questions liées aux médicaments dans les pays du Tiers Monde. Nous analyserons ensuite les différents niveaux technologiques de la fabrication des produits pharmaceutiques, la technologie propre à la séparation (<< Formulation ») et les différentes questions liées au transfert de technologie dans ce secteur. Nous envisagerons la fabrication de médicaments dans les pays sous-développés comme partie d'une politique pharmaceutique et celle-ci comme composante essentielle d'une politique nationale de santé. Loin de prétendre élaborer de grandes théories sur la question des médicaments, notre intérêt va vers la contribution à la recherche d'alternatives et de propositions concrètes qui puisse servir à améliorer l'approvisionnement en médicaments dans les pays du Tiers Monde. Nous espérons que l'ensemble des suggestions, mécanismes et mesures étudiés dans la seconde partie « alternatives dans le domaine de l'approvisionnement en médicaments », puissent servir de contribution concrète à l'action de différents ministères de la Santé des pays du Tiers Monde. L'analyse de l'expérience pharmaceutique du Bangladesh, Lesotho, Mozambique, Sri Lanka et d'autres pays prétend non seulement vérifier certains aspects de notre hypothèse de travail, mais aussi contribuer à la coopération entre les pays sous-développés à travers la divulgation et l'échange d'expériences de ces pays.

8

PREMIÈRE PARTIE Cadre général de l'étude et problématique

1. LES MULTINATIONALES PHARMACEUTIQUES

Histoire
L'origine du médicament remonte à l'époque de l'apparition de l'homme même. Déjà 36 siècles avant Jésus-Christ, fut trouvée une pharmacopée attribuée à l'empereur chinois Chen Nong. Vers l'an 1600avant J.-C., les Égyptiens employaient plus de 700 médicaments parmi lesquels on retrouve des sédatifs tels que l'opium, la jusquiane, le chanvre indien, le séné, le ricin, ainsi que des diurétiques (I). A ces médicaments s'ajoute une grande quantité de substances hétéroclites, allant de l'intestin de l'antilope au sang de cerf, dont l'action parfois efficace ne peut s'expliquer que par une espèce de foi, d'ambiance mystique, magique ou religieuse qui accompagnait leur emploi. Tout au long de l'histoire des peuples, l'emploi de drogues a été lié aux pratiques magiques ou religieuses qui accompagnaient leur préparation et leur prescription. Et on peut dire que même de nos jours l'usage des médicaments leur reste étroitement lié. Les Indiens de l'Inde, par exemple, accompagnaient l'administration de drogues de cérémonies liturgiques. La Grèce antique plaçait la médecine sous la. protection du dieu Esculape qui veillait sur la santé des hommes. De l'histoire romaine le seul nom qui reste en matière médicale est celui de Galien, médecin de Marc Aurèle, qui
(1) LOUIS Charles: Les médicaments et l'industrie pharmaceutique, Vie Ouvrière, Bruxelles, 1973, 226 p., p. 8. Ed.

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est à l'origine du terme « pharmacie galénique», science qui étudie les formes sous lesquelles les médicaments doivent être présentés et administrés (2). « Durant la longue période d'obscurantisme médiéval, la science médicale et pharmaceutique se réfugie dans les couvents et dans quelques rares centres privilégiés. Un édit de Charlemagne dans les "Capitulaires" conseille la culture des plantes médicinales. L'école médicale de Salerne, créée sous son impulsion, fut le seul Centre de l'Occident renommé durant tout le Moyen Age, avec les écoles rabbiniques du Ba~-Languedoc, qui devaient donner naissance en 1220 à l'université de Montpellier (3). » La découverte de l'Amérique, au xve siècle, s'accompagne de celles de nombreuses drogues comme le quinquina, l'ipeca et la salsepareille, etc. Au début du XVIe siècle, le « médecin, alchimiste, magicien» suisse Paracelse introduit pour la première fois l'idée de « prin~ cipe actif» en parlant de la nécessité de rechercher la « quintessence des plantes». En 1691 paraît la première édition de la Pharmacopée universelle de Lémery. La botanique progresse rapidement, de nombreuses drogues minérales apparaissent, notamment le sulfate de soude et la magnésie au XVIIe siècle, l'eau de chaux, la liqueur arsénicale de Fowler et le chlorate de potasse au XVIIle siècle. Les découvertes au cours du XIXesiècle sont la base de ce que certains appellent aujourd'hui « la révolution thérapeutique» ou l'apparition des « médicaments miracles». Des éléments minéraux sont isolés Oe brome, l'iode, le magnésium), plusieurs principes actifs d'origine végétale sont mis en évidence (la morphine en 1804, la quinine en 1820, la digitaline en 1844, la cocaïne en 1858, etc.). « Jusqu'à cette époque, la préparation des drogues ou de remèdes était du domaine de l'artisanat. Au XIxe siècle le monopole de la fabrication de médicaments était reconnu aux seuls pharmaciens dans leur officine. Mais vers la fin de ce siècle, les acquisitions de la chimie orga(2) PELT., Jean-Marie: Les médicaments, Ed. du Seuil, Paris, 1969, 190 p., pp. 31 et suiv. (3) PELT., Jean-Marie: op. cit., p. 35. 12

nique allaient bouleverser toutes les traditions en ouvrant la voie à la recherche industrielle (4). » En 1897, en Allemagne, la fabrique de produits chimiques Bayer inaugure la préparation de médicaments industriels fournis sous forme de spécialités, c'est-à-dire sous un nom précis et un emballage propre, avec l'acide acétylsalicylique commercialisé sous le nom de marque « Aspirine ». En 1909, Paul Ehrlich découvre le « Salvarsan » (Arsphénamine) qui permettra trente ans plus tard à Domagk, en 1935, de découvrir un produit actif contre les affections bactériennes, le Prontosil, qui marque la naissance du groupe des sulfamides. Ceux-ci sauveront des millions de vies humaines dans la lutte contre les maladies infectieuses jusqu'à l'apparition des antibiotiques qui restreindront le champ de l'application clinique des sulfamides. L'apparition des sulfamides est un véritable bouleversement. D'un seul coup, la chimie fait irruption dans la médecine et bouscule des habitudes séculaires, le pronostic des maladies, les rapports entre médecins et malades, le pouvoir des médecins, l'économie de la santé et surtout le système de fabrication des, médicaments. On passe de l'artisanat d'officine à la production industrielle à grande échelle. L'année 1944 inaugurera avec la pénicilline (isolée par Fleming en 1929) l'ère quasi miraculeuse des antibiotiques. Déjà en 1950 la pénicilline, qui n'était pas brevetable, car c'est une substance naturelle, était fabriquée industriellement par dix-neuf firmes américaines différentes. A la même époque, S. Waksman découvre un autre antibiotique: la streptomycine, et une méthode de criblage permettant d'obtenir de nouveaux composés. Ces substances naturelles qui elles, doivent être modifiées pour être utilisées en médecine humaine, sont brevetables. Le laboratoire Merck obtient le brevet en 1948 mais il le perd après avoir accordé une licence de production sans restriction à une autre société, la Rutgers Research Foundation, qui s'empressa de commercialiser la streptomycine sous son nom générique, de la fabriquer et de la vendre à des
(4) LOUIS Charles: Les médicaments et l'industrie pharmaceutique, Ed. Vie Ouvrière, Bruxelles, 1973, 226 p., p. 11. 13

distributeurs. Le produit apparaît sur le marché, conditionné par plusieurs firmes tout en étant vendu sous le nom générique (5). L'histoire de la fabrication et de la commercialisation à grande échelle de la pénicilline et de la streptomycine influencera de façon définitive le comportement des compagnies pharmaceutiques à partir des années cinquante. C'est à cette époque, nous le verrons, que les grandes firmes ont cessé de commercialiser des produits de ba. pour se consacrer à la production de spécialités protégées par des brevets et des noms de marque. Dans les deux cas, pénicilline et streptomycine, on a assisté à une croissance rapide de la demande. Les produits n'étant pas protégés par des brevets, pour les raisons que nous avons expliquées, leur apparition s'accompagna de l'entrée de nombreux fournisseurs sur le marché, d'une intense concurrence, et de la diminution des prix et par conséquent des profits. Ainsi par exemple, dans le cas de la pénicilline, les prix sont passés de 20 dollars U.S. pour 100 000 unités en 1943, à 4,5 cents U.S. en 1950. Après cette expérience, il devient clair pour les firmes pharmaceutiques de l'époque que leurs profits dépendront dans le futur de marchés mieux protégés, marchés obtenus par une forme ou une autre de différenciation des produits. Ainsi, en 1948 Lederle introduit sur le marché l'auréomycine (chlorotétracycline), Parke Davis la chloromycétine (chloramphenicolf en 1949) et Pfizer la terramycine (oxytétracycline), en 1950. Ces médicaments sont produits et commercialisés exclusivement par la firme qui en connaît la structure chimique. L'apparition simultanée de ces trois produits pratiquement identiques (chlorotétracycline, chloramphénicol et oxytétracycline) limite le marché de chaque société en le partageant. Dans leur lutte pour gagner chacune à son profit un marché plus large, ces sociétés cherchaient à différencier leurs produits à tout prix, sur des critères de « qualité », de « présentation », puisque l'effet thérapeutique était identique, et à
(5) Voir TEMIN P. : (( Technology regulation and market structure in the modern pharmaceutical industry », in The Bell Journal of Economics, vol. 10, n° 2, 1979; U.S. FEDERAL TRADE COMMISSION: Economic Report on Antibiotics Manufacture, Washington D.C., 1958. 14

intensifier leurs efforts de publicité pour identifier le pr~ duit avec leur marque. Ce qui allait être le futur visage de l'industrie pharmaceutique commençait à se dessiner: 1;1 concurrence entre produits à effets thérapeutiques identiques remplaçait avantageusement la concurrence entre plusieurs fournisseurs pour un seul produit (6). En 1952 on commence à vérifier les effets secondaires parfois graves des antibiotiques et, trois anS plus tard, en 1955, le Stalinon (médicament français) provoque un~ cinquantaine de morts par troubles cérébraux et digestifs. En 1962, débute l'utilisation d'une pénicilline semisynthétique, l'ampicilline, qui marque un pas ÏInportant dans la fabrication des antibiotiques. « Mais 1962, c'est aussi le drame du "Softenon." L'industrie pharmaceutique est profondément ébranlée lorsqu'un pédiatre allemand, le Dr. Lenz, met en évidence les fœtopathÏes provoquées par la thalidomide. On estime que près de 10 000 bébés, dont 7 000 en Allemagne ont été atteints de malformations graves à la suite de l'ingestion de la thalidomide des futures mères durant les trois premiers mois de la grossesse (7). » De nouveaux médicaments sont ensuite introduits à une cadence accélérée: en dix .ans seulement, entre 1950 et 1960, plus de 3800 produits apparurent sur le marché américain (les tranquillisants, les cardiovasculaires, les antidiabétiques, les stéroïdes...). Mais ce qu'il nous faut surtout souligner, c'est le fait que la majorité des entreprises pharmaceutiques actuelles sont des filiales de grandes entreprises ayant une activité commerciale dans des domaines proches ou ayant quelque rapport avec le domaine pharmaceutique. AiIl$i par exemple les grandes entreprises pharmaceutiques suisses sont nées des sociétés de produits chimiques ou de colorants. En ce quiconceme l'histoire des grandes multinationales pharmaceutiques aujourd'hui existantes, qui pourrait avoir un intérêt pour analyser l'expansion et la concentration dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, il n'existe malheureusement aucune étude de fond. La
(6) Voir BRUDON Pascale: L'industrie pharmaceutique suisse dans les

pays sous-développés, Mémoire pour l'I.U.E.D., Genève, 1981, 293p.,
pp. 8-9. (7) LOUIS Charles: op. cit., p. 17.

15

bibliographie sur ce sujet se limite à des publications de luxe à caractère publicitaire, superficielles et anecdotiques comme De l'histoire du médicament, Histoire de la Pharmacie et de l'Industrie pharmaceutique (8). Dans ce dernier ouvrage nous pouvons lire textuellement, au sujet de l'histoire de la multinationale suisse Hoffmann La Roche: «En 1893 Fritz Hoffmann, alors âgé de vingtcinq ans, décide de voler de ses propres ailes. Financé par son père, qui investit dans cette opération 200 000 francs, il racheta à Bohny, Hollinger et Cie leur département pharmaceutique... (9). » Comme nous l'avons constaté dans cette rapide introduction historique, la fabrication industrielle du médicament n'a pas plus de soixante ans. Les étapes de l'innovation pharmaceutique qui ont marqué la naissance et l'évolution de cette industrie sont: - l'apparition des sulfamides, 1935 ; - celle des antibiotiques, 1944; - celle des anti-tuberculeux, 1945. C'est à cause de ces produits qu'on a pu parler de «révolution thérapeutique des médicaments miracles». Ils ont permis de soigner des maladies autrefois mortelles et ont conféré dès cette époque à l'industrie pharmaceutique le prestige dont elle jouit aujourd'hui encore. A partir de 1950, avec l'apparition des produits chimiques de synthèse, la structure de fabrication est bouleversée. Non seulement ces produits (remplaçant les médicaments d'origine naturelle en grande partie) permettent l'adoption de méthodes de production de masse, mais même pour les produits d'origine naturelle ces mêmes méthodes ont commencé à être employées. Cela a conduit à concentrer la production dans les usines conçues dès le début pour ce type de fabrication et a rendu presqu'impossible la production en «arrièreboutique» (10).
(8) MEZ-MANGOLD Lydia: De l'histoire du médicament, Ed. Hoffmann La Roche, Bâle, 1971, 175 p. BOUSSEL Patrice, BONNEMAIN Henri, BOVE Frank: Histoire de la pharmacie et de l'industrie pharmaceutique, Ed. de la Porte Verte, Paris, 1982, 320 p. (9) BOUSSEL, BONNEMAIN, BOVE: op. cit., p.246. (10) Voir CILlNGlROGLU A. : Le transfert de technologie pour les produits pharmaceutiques, O.C.D.E., Paris, 1975, 135 p., p. 18. 16

Pour compléter cette vision historique il faudrait également parler de l'histoire de l'industrie pharmaceutique dans les pays sous-développés. Nous ne le ferons pas ici car on ne peut parler de la naissance d'une industrie du médicament dans le Tiers Monde, mais seulement du simple phénomène d'expansion de l'industrie pharmaceutique occidentale, que nous aborderons dans le deuxième point de ce chaptire.

Concentration et pharmaceutique

expansion de l'industrie

La concentration toujours plus forte de l'industrie pharmaceutique des pays industrialisés augmente la maîtrise déjà existante sur le savoir-faire qui, dans des conditions d'oligopole permet une grande spéculation de prix, l'élargissement des conditions et des restrictions, et même le blocage de transfert de certaines technologies. C'est pourquoi il convient d'analyser de près le phénomène de concentration de l'industrie pharmaceutique. Ce phénomène, tout en n'étant pas l'exclusivité de ce type d'industrie, possède dans ce cas des caractéristiques particulières qui découlent de conditions historiques et technologiques propres et qui dépendent du contexte économico-politique et social. Il est vrai que si nous comparons cette industrie avec d'autres, son degré de concentration n'est pas aussi élevé. Dans chacun des pays producteurs, les cinquante plus grandes firmes produisent 75 à 95 070du total de la production; les vingt premières produisent de 60 à 75 070et les quatre plus grandes produisent de 25 à 50 %. Alors que dans l'industrie automobile par exemple, dans la plupart des pays les cinq plus grands constructeurs réalisent plus de 90 % de la production (11). Technologiquement l'industrie pharmaceutique peut
(11) Voir: BURSTALL M.-L., DUNNING J.-H., LAKE A. : Les entreprises multinationales, les États et la technologie. L'industrie pharmaceutique, O.C.D.E, Paris, 1981, 2SSp., p. 62. 17

être caractérisée par l'emploi de méthodes de «recherche» (non brevetable) et non de méthodes de production. Ce n'est pas une industrie qui tourne autour de la production d'un seul produit mais de nombreux médicaments différents qui doivent être brevetés un par un. Il est vrai qu'il n'existe pas une seule société pharmaceutique qui possède 5 070du marché mondial ou 10070 d'un marché national (12). Mais il faut d'abord voir que le marché de médicaments est divisé en un certain nombre de secteurs fortement démarqués. A l'intérieur de ces sousmarchés- fragmentés par groupes thérapeutiques - il arrive souvent que le leader d'un sous-marché réalise plus de 40 0J0des ventes totales dans ce secteur et que moins de dix compagnies en réalisent plus de 80 0/0. C'est donc à l'intérieur de ces sous-marchés thérapeutiques que l'on
TABLEAU 1 Pourcentage d~ ventes en 1973 de cinq firmes leaders, aux États-Unis daDS.neuf dasses thérapeutiques.

Classes
thérapeutiques

% des ventes

en 1973 76,3 91,9 83,9 97,2 83,3 73,6 87,9 99,8 71,4

Nombre de firmes pour 50 % des
ventes en 1973

Antibiotiques Tranquilisants oraux Diurétiquesoraux Antiarthritiques Antihistaminiques
Analgésiques

2 1 3 1 2 3 2 2 4

Psychostimulants Hypoglycémiantsoraux Sédatifs

Source: SCHWARTZMANN, David; Innovation in the plulrmaceutical industry, Balûmore Md, Tbe John Hopkins Univ. Press, 1976,Table 6-4. (12) BURSTALL, DUNNING, LAKE: op. cit.. p.18. 18

doit analyser la concentration de l'industrie pharmaceutique. D'après le tableau ci-dessous on peut constater, dans les neuf classes thérapeutiques les plus importantes, qu'aux États-Unis les cinq premières firmes occupent au minimum 71,4070 du marché, ce qui signifie déjà une concentration considérable. Même au niveau global le degré de concentration de Pindustrie pharmaceutique n'est pas négligeable. Selon les estimations du « Stanford Research Institute U.S.A. », parmi les trois mille compagnies pouvant être considérées comme fabricants de produits pharmaceutiques équipés selon les normes générales, près de cent compagnies approvisionnent 90 % du marché mondial de produits pharmaceutiques.
TABLEAU 2 Nombre d'entreprises de l'indnstrie pharmaceutique
Pharmacies

en France.

Années
1950 1960 1965 1970 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981
Source: SNIP (Syndicat

Entreprises

d'officine avec
un annexe de

industrielles 970 565 400 380 347 344 341 331 332 323 320
National

Total 1960 880 531 465 401 393 385 368 364 350 345

fabrication 990 315 131 85 54 49 44 37 32 27 25
de l'industrie pharmaceutique

- France).

19

A l'analyse plus détaillée du cas de l'industrie pharmaceutique française (voir tableau 2), nous vérifions qu'en trente ans le nombre d'entreprises de fabrication de produits pharmaceutiques est passé de 970 en 1950 à 320 en 1981. Cette réduction est due à la fusion, l'absorption et/ou la disparition d'entreprises en fonction de la capacité financière de chacune d'elles à faire face à la concurrence. En Allemagne et en Grande-Bretagne la concentration de l'industrie pharmaceutique a été (et continue d'être) beaucoup plus forte qu'en France, où la fabrication artisanale de médicaments - en officine - était plus forteTABLEAU 3 Production mondiale de produits pharmaceutiques, 1960 1975

-

Pays Autriche Belgique Danemark F;nalande France Allemange Italie Pays-Bas Norvège Portugal Espagne Suède Suisse
Royaume-Uni

Production (en millions de dollars)

1960 60 40 544 536 352

1965 32 70 70 24 1042 907 576 130 11 33 219 58 200 695 4386 191 110 1 271 950 11 250

1970 56 166 120 35 1293 1724 895 240 17 78 545 124 360 748 6850 287 190 2825 2000 19 000

1975

1978

.

83

États-Unis Canada Australie Japon
Pays en développement

75 47 120 538 3214 140 433 420 7000

.

Total
Paris, 1981.

162 288 447 820 188 279 90 127 2934 3600 4480 5850 2221 3240 522 614 48 236 1 556 1 520 287 480 940 1680 1488 2890 10420 14 500 642 730 480 450 6086 Il 500 5 100 8600 38 500 57 000

Source: O.C.D.E., Les entreprises multinationales, les États et la technologie,

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