//img.uscri.be/pth/37c218106bb9ce5bc7005b86a74848b231a8fcda
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La démarche qualité dans les soins de santé

De
232 pages
La qualité des services de soins de santé est l'un des plus grands défis de ce siècle, marqué par l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), recommandés par la communauté internationale. Pour y parvenir, les efforts des gouvernements africains sont, depuis quelques temps, orientés vers l'amélioration de l'offre des services de soins de santé d'une part, et la stimulation de la demande des soins de santé, d'autre part.
Voir plus Voir moins

Benjamin Alexandre NKOUM LA DÉMARCHE QUALITÉ
DANS LES SOINS DE SANTÉ et Antoine SOCPA (eds)
Un défi en Afrique
La démarche qualité désigne l’approche et l’organisation opérationnelles permettant
d’atteindre les objectifs fixés par la politique de santé en termes de qualité. Elle est un LA DÉMARCHE QUALITÉ processus mis en œuvre pour implanter un système de soins de qualité afin de s’engager
dans une démarche d’amélioration continue. La démarche qualité est donc un ensemble DANS LES SOINS DE SANTÉ d’actions que mène une structure pour se développer, et parvenir à la satisfaction de
ses clients. En effet, ce sont des actions préétablies et systématiques pour donner la
confiance appropriée en ce qu’un produit ou service satisfera aux exigences données, Un défi en Afriquerelatives à la qualité.
La qualité des services de soins de santé est l’un des plus grands défis de ce siècle,
marqué par l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD),
recommandés par la communauté internationale. C’est un gage pour la production
des résultats globaux de satisfaction de l’approche systémique pour l’amélioration de la
qualité (Systemic Quality Improvement). Pour y parvenir, les efforts des gouvernements
africains sont, depuis quelque temps, orientés vers l’amélioration de l’offre des services de
soins de santé d’une part, et la stimulation de la demande des soins de santé, d’autre part.

Benjamin Alexandre Nkoum, PhD, est cadre supérieur de santé et docteur
en sciences de l’éducation de l’université de Provence Aix-Marseille-I. Il est
enseignant-chercheur et directeur de l’École des sciences de la santé (ESS)
de l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC) à Yaoundé, au
Cameroun. Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques et par ailleurs directeur
de la revue scientifique Tropiques Santé, il est membre du Comité national
d’éthique de la recherche en santé humaine (CNERSH) au Cameroun et coordonnateur du
laboratoire de recherche dénommé Association des chercheurs en sciences de la santé (ACSSA).
Antoine Socpa, PhD, est anthropologue, maître de conférences, et
enseignantchercheur au département d’anthropologie de la faculté des arts, lettres et
sciences humaines de l’université de Yaoundé-I au Cameroun. Ses activités
de recherche et d’enseignement concernent les champs de l’anthropologie
de la santé et du développement, sociale et politique. Il dispense des cours
d’anthropologie de la santé et de recherche qualitative à l’ESS de l’UCAC.
Il est membre du laboratoire ACSSA et coordonnateur du laboratoire dénommé Center for
Applied Social Sciences Research and Training (CASS-RT). Il est par ailleurs secrétaire Préface de Joseph Ndi-Okalla
général de l’Association panafricaine d’anthropologie (APA) et président de l’Association
camerounaise d’anthropologie (ACA).
Photographie de couverture © US Army Africa.
ISBN : 978-2-343-05100-0
24 €

Benjamin Alexandre NKOUM
LA DÉMARCHE QUALITÉ DANS LES SOINS DE SANTÉ
et Antoine SOCPA (eds)
Un défi en Afrique






La démarche qualité
dans les soins de santé




















Benjamin Alexandre NKOUM et Antoine SOCPA (eds)











La démarche qualité
dans les soins de santé


Un défi en Afrique





Préface de Joseph Ndi-Okalla


























































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05100-0
EAN : 9782343051000




Le présent ouvrage a été conçu à partir de certaines
communications présentées et sélectionnées lors du deuxième
colloque scientifique international organisé du 14 au 15 mai 2013, par
l’École des Sciences de la Santé (ESS) de l’Université Catholique
d’Afrique Centrale (UCAC) à Yaoundé au Cameroun.
Colloque international
Du 14 au 15 mai 2013
Démarche qualité dans les services de soins de santé au Cameroun
Comité scientifique
Pr Chantal Eymard (Présidente)
Université de Provence-Marseille-France
Pr Marie HATEM Université de Montréal (Canada)
Pr Ibrahima CHEIKH NIANG Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
Pr Peter GESCHIERE Université d’Amsterdam (Pays-Bas)
Pr MBONJI EDJENGUELE e Yaoundé I (Cameroun)
Pr Valentin NGA NDONGO Université de Yaoundé I (Cameroun)
Pr Paul NCHOJI NKWI Université Catholique de Bamenda (Cameroun)
Pr Godefroy NGIMA Université de Yaoundé I (Cameroun)
MAWOUNG
Pr Antoine SOCPA Université de Yaoundé I (Cameroun)
Pr Claude ABE Université Catholique d’Afrique Centrale (Cameroun)
Pr Honoré MIMCHE IFORD/ Université de Yaoundé II (Cameroun)
Dr Benjamin Alexandre École des Sciences de la Santé de l’Université Catholique
NKOUM d’Afrique Centrale (Cameroun)
Dr Pierre OUM NDIGI Université de Yaoundé I (Cameroun)
Dr Julienne Louise NGO École des Sciences de la Santé de l’Université Catholique
LIKENG d’Afrique Centrale (Cameroun)


Les auteurs

Benjamin Alexandre Nkoum ; Marie Hatem ; Kan Koffi ; Etienne
Kimessoukié ; Francis Ampère Simo Kouam ; Honoré Mimche ;
Antoine Socpa ; Félicien Fomekong ; Kaltsam Magrama, Yves
Bertrand Djouda Feudjio.


9 Préface
L’Université Catholique d’Afrique Centrale, Institut Catholique de
eYaoundé, en la 20 année de la fondation, s’honore d’un fleuron plus
ancien qu’elle, en son sein, l’École des Sciences de la Santé dont la
genèse remonte à plus de 50 ans. La place et l’importance de l’École
des Sciences de la Santé au sein du système des formations aux
professions de la santé au niveau local, régional, africain et
international sont bien établies. L’UCAC s’honore ainsi, à travers un
développement institutionnel exemplaire, d’une école qui n’a cessé de
donner la priorité aux services de santé pour la personne humaine. Le
e50 anniversaire de l’École des Sciences de la Santé a célébré
l’anamnèse de ces étapes et des différents protagonistes de cette
aventure.
C’est cette Institution qui, grâce au dynamisme académique de son
Directeur, Docteur Benjamin Alexandre NKOUM, a invité à une
rencontre scientifique internationale importante, consacrée à la
« Démarche qualité dans les services de soins de santé »,
considérée comme « un défi en Afrique ».
Le Rectorat remercie Monsieur le Directeur de l’École des
Sciences de la Santé et toute son équipe, le comité scientifique, pour
pareille initiative. Voici un thème qui place au cœur des réflexions et
des contributions de cet ouvrage, l’exigence de la qualité, la qualité
dans les soins de santé et la prise en soins. Comment ne pas insister à
nouveaux frais, à cette occasion, sur le droit à la santé et à la qualité
des soins de santé dont doit bénéficier toute personne humaine ? Le
droit à la santé participe fondamentalement des droits de la
personne humaine pour une vie de dignité, notamment le droit à
bénéficier d’un niveau optimal de santé physique et mentale. Dès
1946, le préambule de la Constitution de l’Organisation mondiale de
la santé souligne qu’en matière de santé, il s’agit d’un état de
bienêtre physique, mental et social intégral et pas simplement l’absence de
maladie ou d’infirmité. Le préambule insiste aussi sur la jouissance de
ce droit fondamental pour toute personne humaine sans
discrimination de race, de religion, d’opinion politique, de condition
sociale et économique. La Déclaration universelle des droits de
l’homme (1948) insiste aussi sur la Santé comme participante à part
entière, pour atteindre et maintenir un bon niveau de vie (Article
11 25).Différentes Conventions internationales (1966, 1993) reviennent
sur les Droits sociaux où est intégré ce droit à la santé, à la qualité des
soins de santé. Depuis lors, à différents niveaux et à différentes
instances, s’est établie une reconnaissance qui prend diverses formes
de mise en œuvre, en termes de défis, d’obligations, de dispositions, à
partir de la Responsabilité publique des États, l’implication des ONG,
etc.
Les Églises chrétiennes et l’Église Catholique en particulier,
articulant « Santé et Salut » maintiennent aussi toute leur orientation,
dès qu’il s’agit de mettre au centre la Personne humaine, « créée à
l’image et à la ressemblance de Dieu ». La longue tradition de
formation des Agents et personnels de la Santé l’atteste. Et la longue
tradition sur plus de 50 ans des activités de cette École est un exemple
patent de ce souci d’apporter toute la qualité des soins destinés au
Patient, au Malade, reconnu et identifié au Seigneur lui-même :
« J’étais malade, vous m’avez visité, vous m’avez soigné… »
(Évangile, Matthieu 25). L’École des Sciences de la Santé de
l’Université Catholique d’Afrique Centrale est garante de cette
orientation.
De plus en plus, depuis une vingtaine d’années, il est question dans
tous les secteurs de la Formation, de la Recherche et de la Production,
de la « Quality Insurance ». Dans quelle mesure cette « Démarche
Qualité » s’inscrit-elle dans la planification, l’exécution, l’évaluation,
des soins de santé ? Il y a là plusieurs enjeux qui se prêtent aux
réflexions et aux contributions de ce volume, en lien avec les défis à la
qualité des soins, au carrefour de tant de logiques sociales,
économiques, politiques, souvent en conflit. Il y a là des enjeux
existentiels, sociaux, éthiques, managériaux qui nous interpellent tous
quant à l’« impératif catégorique » (Kant) de la qualité des soins.
Chers lecteurs, chères lectrices, votre volume au thème ambitieux
dans notre contexte africain est une grande contribution à la promotion
du bonheur humain intégral. Que les fruits de ce travail puissent servir
à mieux sensibiliser tous les acteurs et protagonistes de la santé, à
cette question de la démarche qualité, et puisse promouvoir la Qualité
de Vie.
P., Prof., Dr Joseph NDI-OKALLA
Vice-recteur de l’Université Catholique d’Afrique Centrale
12 Avant-propos
Le présent ouvrage est l’aboutissement des différentes activités du
deuxième colloque international organisé du 14 au 15 mai 2013 à
Yaoundé, par l’École des Sciences de la Santé de l’Université
Catholique d’Afrique Centrale. Il est composé de différentes
communications sélectionnées par le comité scientifique en rapport
avec les principales thématiques dudit colloque.
En effet, la démarche qualité dans les soins de santé intègre et
privilégie avant tout une perspective éthique et humaniste. Elle
souligne ainsi une volonté permanente d’efficacité et d’efficience dans
les interventions de soins.
Elle s’inscrit désormais comme un impératif catégorique dans le
fonctionnement des services de santé dans le monde et plus
spécifiquement en Afrique et au Cameroun. Il s’agit d’un des plus
egrands défis de ce 21 siècle qui va en droite ligne dans les Objectifs
du Millénaire pour le Développement recommandés par la
Communauté internationale.
En ce sens, les efforts du gouvernement camerounais sont
davantage orientés vers l’amélioration de l’offre des services de santé
dans nos établissements de soins d’une part et, vers la stimulation de
la demande de soins de santé d’autre part.
L’organisation de ce colloque qui a généré le présent ouvrage avait
donc pour but majeur de matérialiser cette perspective de démarche
qualité dans une double dimension de réduction de la morbidité et de
la mortalité dans les différentes institutions sanitaires du pays. Il s’agit
là de deux indicateurs fondamentaux d’évaluation des soins du
système de santé dans un pays.
Par ailleurs, la démarche qualité est l’un des moyens essentiels
pour parvenir à la promotion de la santé des populations en tenant
compte des paradoxes y afférents.
La démarche qualité dans les soins, sans être une panacée, n’en est
pas moins une approche fédératrice qui implique compétence et
responsabilité de la part des professionnels de la santé. Si elle met
l’accent sur le respect des normes de bonnes pratiques
13 professionnelles, elle consacre la recherche permanente de l’efficacité
et de l’équité dans les soins.
Dans cette perspective, la formation des professionnels de santé
doit intégrer dans ses programmes une logique qui promeut la qualité
dans les pratiques de soins.
Les différentes interventions se sont articulées autour des
thématiques proposées ; entre autres : l’acquisition des équipements
biomédicaux et la mise en œuvre d’un plan de développement des
ressources humaines ; l’accès aux médicaments essentiels de qualité ;
le développement d’un système d’assurance qualité sur les
médicaments, réactifs et dispositifs médicaux essentiels ; la maîtrise
des pandémies émergentes et des catastrophes diverses ;
l’administration des soins de qualité ; la prophylaxie des maladies
évitables ; l’enseignement dans le domaine de la santé et la qualité des
ressources humaines et enfin, la recherche dans le domaine de la
santé.
De toutes ces interventions, il apparaît que pour mieux saisir la
substance et l’effet de la qualité dans les pratiques en santé, celle-ci
doit être appréhendée dans son champ conceptuel, son
opérationnalisation et dans la perspective de la recherche en tant que
priorité de cette approche.
Abondant dans le cadre des soins infirmiers, la démarche
scientifique des soins s’affiche avec force et évidence comme une
logique qui intègre la démarche qualité. En ce sens, le soignant doit
faire de la démarche scientifique un élément de compétence et
d’autonomie professionnelle. Dans cette perspective, la démarche
qualité lui permet de développer ses capacités d’émancipation et la
responsabilité dans les prestations des soins.
La problématique de la démarche qualité dans la prise en charge de
la tuberculose et du SIDA au Cameroun a également été débattue. Il
en est ressorti que trois raisons seraient à l’origine de l’inefficacité
constatée dans l’action des unités de prise en charge des malades sur
le terrain : l’absence de passerelle entre le Comité national de lutte
contre le SIDA (CNLS) et le Programme national de lutte contre la
Tuberculose (PNLT), le conflit de leadership entre ces deux structures
et le déficit de formation du personnel de mise en œuvre. La fusion de
14 ces deux unités pourrait constituer l’une des solutions, pour une action
plus efficace et efficiente.
L’autre problématique explorée a été celle du recours au secteur
informel du médicament au Cameroun. Constatant que la crise
économique a eu pour conséquence la pratique du pluralisme
thérapeutique au niveau des malades et surtout, le choix des
médicaments de la rue comme source de traitement, cette situation a
soulevé quelques questionnements quant à la qualité même de ces
médicaments de la rue en rapport avec la qualité des soins de santé au
Cameroun.
Prenant appui sur les données quantitatives issues d’une enquête
menée en 2010, il en est ressorti que : les jeunes, les ménages dirigés
par les hommes, les familles pauvres, recourent plus à l’informel pour
obtenir les médicaments. Par ailleurs, le faible niveau d’instruction de
certaines populations renforce cette tendance.
Quant aux médicaments de la rue, ils sont tout simplement de piètre
qualité tant du point de vue de leur provenance que de leur mode de
conservation qui laisse à désirer ; ils constituent de ce fait un réel
danger pour le public. Cette situation nécessite alors une action
urgente des pouvoirs publics si on veut sauver l’état de santé de la
majorité des populations au Cameroun.
Une communication s’est également intéressée à la perception
sociale et aux ripostes des populations démunies autour des hôpitaux
de référence de Yaoundé, pour démontrer que, pour cette catégorie
sociale, les hôpitaux de référence sont des lieux d’exclusion. Ils sont
des lieux de production et de reproduction des comportements
discriminatoires, des espaces de violence et du harcèlement sur les
malades ; ceci pourrait donc expliquer pourquoi cette tranche de la
population a recours au traitement de la rue ou alors s’intéresse aux
charlatans.
La question de l’utilité de la recherche pour les soins infirmiers a
été soulevée dans l’une des communications. Ainsi, il est apparu que
la recherche est une nécessité pour la profession infirmière. C’est
d’ailleurs pour cela qu’il s’est avéré utile de parvenir à la conception
des programmes de recherche à partir des problèmes identifiés en
pratique clinique. D’où le déroulement des différentes étapes à suivre
15 pour mener une recherche en soins, la nécessité d’intégrer les résultats
et les recommandations y afférents.
Le droit médical ou en santé a aussi été abordé dans le cadre de ce
colloque. Il a été question d’étudier l’apport du droit dans l’évaluation
des soins de santé. Après avoir rappelé le cadre juridique régissant les
professions de santé au Cameroun, l’exposé s’est appesanti sur les
exigences juridiques pour la qualité des soins.
Il en est ressorti que le soignant est tenu d’être compétent, car
soumis à l’obligation des résultats et l’obligation des moyens pour la
grande satisfaction des bénéficiaires de soins. Dans cette perspective,
plusieurs dispositifs juridiques ont été définis pour autoriser le
soignant à poser des interventions sur l’organisme du patient : le sens
de la responsabilité, le consentement éclairé du malade et le
professionnalisme du soignant.
Sans être exhaustive, l’économie de ces différentes présentations
souligne avec force et pertinence la richesse du grand débat que
suscite le concept de la qualité et surtout celle de la démarche qualité
d’un point de vue épistémologique, voire paradigmatique. Il s’agit là
d’un thème heuristique à plus d’un titre, c’est d’ailleurs ce qui en fait
l’intérêt scientifique et praxéologique dans les pratiques en santé.

1Benjamin Alexandre Nkoum


1 Ph.D, Directeur de l’ESS/UCAC
Président du comité d’organisation du colloque
16








Première partie

Introduction à la démarche qualité dans les soins
Leçon inaugurale

La démarche qualité dans les soins : pour une perspective de
professionnalisation en santé

1Benjamin Alexandre NKOUM
Introduction
Dans la plupart des pays de la planète, les efforts et les moyens
nécessaires sont déployés dans le domaine de la santé pour prodiguer
aux populations des soins de qualité. Sous l’impulsion de l’OMS
(2003), la démarche qualité s’affiche alors comme une approche
inéluctable dans la rationalisation des ressources disponibles et des
services. C’est dans cette perspective que s’inscrit le référentiel qualité
dans le système de santé.
En effet, inscrit dans la démarche qualité, le concept de référentiel
est généralement associé à celui de compétence et représente ainsi la
traduction des normes directement objectivables servant à l’évaluation
des pratiques professionnelles en santé. Dans le domaine de la santé,
le référentiel compétence est à la base de tout processus de prestation
de soins ; il se réfère à la concrétisation de la professionnalité.
La démarche qualité dans les soins de santé intègre avant tout une
perspective de professionnalité sans toutefois éluder celle de
professionnalisme, qui prend en compte l’altérité du bénéficiaire de
soins, ainsi que l’aspect humaniste et éthique.
Par ailleurs, la démarche qualité s’affiche comme une approche qui
intègre la nécessité d’une acquisition permanente des compétences
professionnelles et d’une amélioration constante des connaissances et
des pratiques de soins de santé.
En ce sens, l’utilisation du référentiel qualité dans le système de
santé en tant qu’outil de démarche qualité implique la définition des
compétences attendues pour exercer une profession de santé. Le
référentiel qualité se présente ainsi comme un système de repérage

1
Ph.D, Enseignant/ chercheur, Directeur de l’ESS/UCAC.
19 aux pratiques des professionnels. Il est constitué de dispositifs
préétablis devant être respectés et appliqués par tous.
Dans le cadre de ce colloque, cet exposé inaugural vise à poser des
bases conceptuelles et théoriques qui serviront de fil conducteur aux
différentes communications scientifiques qui vont agrémenter cette
rencontre.
Nous développerons donc l’aspect conceptuel et épistémologique
de la qualité, et plus spécifiquement de la démarche qualité qui intègre
la notion d’accréditation, de soins de qualité, les finalités de la qualité
dans un système de santé et enfin la mise en œuvre de la démarche
qualité dans les services de soins, concrétisée dans le chemin clinique.
Approche conceptuelle et épistémologique de la qualité
La qualité est généralement envisagée comme ce qui n’offre plus
de prise à la critique ; elle s’affiche de ce fait avec force de l’évidence
comme une réalité fondamentalement irréprochable (J.G.Torres,
1996). La qualité prétend ainsi valoriser l’homme tout en cherchant à
reproduire de façon fiable des produits conformes aux normes établies
(J.P.Hubérac, 2001). Il apparaît alors que la qualité implique
forcément l’établissement des normes par lesquelles les résultats d’une
action sont mesurés et appréciés.
Toutefois, cette définition de la qualité ne laisse voir que l’aspect
normatif, c’est-à-dire « mesure et contrôle » de la qualité. Elle ne se
donne à voir qu’en tant que mesure de l’écart à la norme préétablie et
inchangeable. Cette acception de la qualité « sert à la mise en place
des normes pour constituer la conformité d’un produit ou d’un
service » (M. Vial, 2001a : 202). Cette approche justifie l’effort de
production de référentiels de bonnes pratiques et de définition des
responsabilités, consacré dans les procédures d’accréditation et de
démarche qualité, telles que proposées et mobilisées dans différents
systèmes de santé de par le monde.
La seconde acception de la qualité est philosophique. Elle désigne
un processus, un élan, une manière d’être provisoire. Elle est toujours
en mouvement vers une recherche du sens de l’action, elle n’est pas
mesurable.
20 D’un point de vue épistémologique, la qualité peut être scrutée à
partir de deux « gestes » qui la caractérisent : « la désignation et
l’attribution ». Par « désignation », il s’agira de chercher l’essence,
l’état, l’immuable de la qualité (M. Vial, 2001b). C’est
l’intemporalité. Elle s’inscrit dans le paradigme déterministe. C’est la
vision positiviste de la « qualité » que privilégie la démarche qualité
dans les procédures d’accréditation. Dans cette perspective, le geste de
la qualité que donne à voir « la désignation » est le normalisé, le
repérable. Ici la qualité a statut de loi, du définitif, du certain, du saisi.
Par contre, s’il s’agit d’identifier un processus, un élan, une
manière d’être provisoire, c’est alors « l’attribution ». Il est donc
question de faire naître plusieurs possibles, de dévoiler, d’exposer à la
vue ce qu’on ne voyait pas au départ. La qualité dans cette perspective
est de l’ordre de l’existence (M. Vial, 2001b) ; elle est incertaine,
insaisissable, irréductible. Elle est toujours en mouvement vers une
recherche de sens de l’action.
Ces deux mouvements rhétoriques de nature contradictoire
s’inscrivent dans deux paradigmes distincts : « la désignation » se
réfère au paradigme de la raison, c’est-à-dire de celui du contrôle du
sens, alors que « l’attribution » s’inscrit dans le paradigme de la
complexité, à savoir du questionnement du sens.
Comment alors articuler, faire cohabiter ces deux qualités pour
faire de la démarche qualité une approche de développement des
potentiels des acteurs de la santé ? Il est question de prendre en
compte tous les deux aspects de la qualité sans privilégier l’un au
détriment de l’autre. Dans le souci d’articuler les deux pôles de la
qualité, il est nécessaire de clarifier la place du référentiel qualité dans
les prestations des soins. S’il est fort pertinent de reconnaître quelque
utilité à cet outil dont la visée est de garantir un minimum de sécurité
et d’équité pour tous dans les soins, on doit cependant relever
quelques dérives possibles qui pourraient accompagner son utilisation
abusive au travers d’une standardisation et d’une protocolisation
excessives des soins (C. Eymard, 2001). L’un des risques entre autres,
serait la non-prise en compte de la singularité des malades et la
disparition de l’esprit d’initiative et de créativité chez les
professionnels de la santé. En ce sens, le référentiel qualité est un outil
21 de référence et non forcément un outil d’application ; c’est un outil de
confrontation aux particularités (Ibid.).
À propos de la procédure d’accréditation en santé
Depuis l’avènement de l’accréditation dans les établissements de
santé, tant en Europe que dans d’autres pays du monde, la démarche
qualité a été consacrée comme une approche incontournable pour
garantir la sécurité des patients et usagers des services de santé, et
rationaliser par ailleurs les ressources disponibles. Inscrite dans une
logique économique d’efficacité et d’efficience, la procédure
d’accréditation, bien que confinant les professionnels de la santé dans
une logique de contrôle sous-tendue par une finalité avouée de
productivité, n’empêche guère de lien entre qualité et recherche de
sens dans les soins.
L’accréditation est une démarche qui s’inscrit dans une logique
économique de la qualité. Il s’agit d’une procédure d’évaluation
externe à un établissement de santé. Elle se donne pour mission de
vérifier l’ensemble des fonctionnements et des pratiques
d’établissements de santé et vise à s’assurer de bonnes conditions de
sécurité et de qualité dans la prise en charge des patients.
En effet, la première procédure d’accréditation établie en 1999 en
France a permis de développer la démarche qualité dans les
établissements de santé, en portant essentiellement sur les démarches
transversales menées au sein de chaque établissement. Ainsi, trois
références structurent l’évaluation des pratiques professionnelles en
santé : la référence qui a trait à l’efficience et conduit les équipes et les
établissements à évaluer la pertinence des actes et soins réalisés ; celle
qui traite de l’évaluation des risques dans les secteurs d’activités
cliniques médico-techniques par une approche d’identification des
risques et aussi par une analyse des événements indésirables ; la
référence qui concerne l’évaluation de la qualité de la prise en charge
par pathologie ou problème de santé (ANAES, 2004). En ce sens,
l’évaluation de la pertinence vérifie l’adéquation des soins ou des
prestations aux besoins des patients, notamment sur le plan de la
sécurité et le coût (Ibid.). Le recueil de la satisfaction des patients est
suivi d’actions d’amélioration. L’évaluation de la satisfaction des
patients repose généralement sur l’identification de leur perception au
travers d’un questionnaire de sortie. Les aspects ayant trait à la qualité
22