//img.uscri.be/pth/12c0352846ae1b46c313635a70aa3c114801eadb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,48 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LA FACE CACHEE D'UNE VOCATION

De
167 pages
L'auteur, qui a exercé la médecine pendant près de trente ans, fait part de ses convictions à un jeune étudiant qui se lance dans la carrière. Attaché à la liberté du médecin, l'auteur en marque néanmoins les limites, tout en s'inquiétant de l'intrusion de plus en plus forte de la loi dans la moralité privée. Il développe également l'idée que la médecine est une branche de l'économie comme le reste. Pour finir, il dit sa foi dans une organisation nouvelle de la médecine au profit de tous.
Voir plus Voir moins

LA FACE CACHÉE D'UNE VOCATION Lettres à unfutur médecin
Préfacede
Bernard LEBEAU

Les acteurs de la science collection dirigée par Richard Moreau professeur honoraire à l'Université de Paris XII, correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France Les derniers siècles ont vu la transformation de la société et du monde. La collection Les acteurs de la science cherche à en rendre compte en publiant des études sur les acteurs de l'épopée scientifique moderne ou sur certains de leurs précurseurs; des inédits et des réimpressions de textes anciens écrits par les savants qui firent la Science ou sur eux par leurs pairs; des débats et des évaluations sur les découvertes les plus marquantes depuis le siècle des Lumières et sur la pratique de la Science. Dans la même collection Richard Moreau, Préhistoire de Pasteur, 2000. Jean-Pierre Dedet, Histoire des Instituts Pasteur d'Outre-Mer, 2000. Jean-Pierre Gratia, Les premiers artisans belges de la Microbiologie et les débuts de la Biologie moléculaire, 2001. Préface de R Moreau. Michel Cointat, Rivarol (1753-1801) Un écrivain controversé, 2001. Paulette Godard, Souvenirs d'une universitaire rangée. Une vocation sous l'éteignoir, 2001. Préface de R. Moreau. Michel Comtat, Les couloirs de l'Europe, 2001. Préface de R Moreau. Serge Nicolas, La mémoire et ses maladies selon Théodule Ribot, 200 1. Michel Cointat, Histoires de fleurs, 2001. Préface de R Moreau. Pierre Pignot, Les Anglais confrontés à la politique agricole commune ou la longue lutte des Britanniques contre l'Europe des pères fondateurs, 2001. Jacqueline Bonhamour, Jean-Marc Boussard (sous la dire de) Agriculture, régions et organisation administrative. Du global au local. Colloque de l'Académie d'agriculture de France, 2002. Roger Teyssou, La médecine à la Renaissance, et évolution des connaissances, de la pensée médicale, du quatorzième siècle au dix-neuvième siècle en Europe, 2002. Richard Moreau, Michel Durand-Del ga, Jules Marcou (1824-1898), précurseur français de la géologie nord-américaine, 2002. Claude Vermeil, Médecins nantais en Outre-Mer (1962-1985), 2002. Jean Boulaine, Richard Moreau, Olivier de Serres et l'évolution de l'agriculture moderne (série Olivier de Serres), 2003. Richard Moreau, Les deux Pasteur, le père et le fils, Jean-Joseph Louis Pasteur (Dole, Marnoz, Arbois), 2003. Richard Moreau, Louis Pasteur. Besançon et Paris: l'envol, 2003. Yvon Houdas, La Médecine arabe aux siècles d'or, 2003.

Pierre SCHULLER

LA FACE CACHÉE D'UNE VOCATION
Lettres à un futur médecin

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5605-0 BAN: 9782747556057

«Celui qui souffre est une proie facile pour chacun, tout le monde est sage à côté de celui qui souffre» FriedrichNIETZSCHE

Note de l'édition

La collection Les acteurs de la Science a pour vocation d'accueillir des ouvrages sur l'Histoire de la Science et des Savants, mais aussi sur ceux qui actuellement font la science ou en appliquent les résultats. Après deux ouvrages sur le principe de précaution, il a paru non seulement utile, mais nécessaire de donner la parole à des membres des professions de santé et d'abord à des médecins, compte tenu des difficultés d'exercice de leur profession qu'ils rencontrent actuellement. Deux ouvrages ouvrent cette série. Le docteur Pierre Schuller a voulu tirer les leçons de son expérience professionnelle pour éclairer l'avenir de ses futurs confrères tandis que le docteur Philippe Raux-Doumax, qui est chirurgien, donne sa vision en quelque sorte militante, du moins très réaliste de l'avenir de sa profession. Ces deux textes sont d'un grand intérêt et méritent toute l'attention des professionnels comme de ceux qui ne le sont pas. Tous sont des malades en puissance et sont donc directement intéressés par ces diagnostics clairs et précis.
Richard MOREAU, Directeur de collection

PREFACE

Chers tous deux,

Vous me demandez de m'immiscer dans votre correspondance, d'écrire la préface de votre face à face. Que puis-je vous apporter? Bien peu à Pierre, hélas! Son beau livre est terminé, sa carrière médicale achevée. Il sait déjà posséder mon amicale affection. Quoi de plus pour vous, lecteur, médecin du futur? Les épîtres de Pierre vont venir vous éclairer, vous aider dans le labeur de votre construction, vous fournir des plans, des matériaux, une méthode. Vous resterez pour vous-même maître d'œuvre car les lignes qui suivent ne sont pas des conseils, tout juste des remarques et des appréciations fondées sur une longue expérience. Sagesse de l'ancien. Manne pour le débutant s'engageant dans un long voyage aux chemins variés, chacun choisissant ou se voyant imposer la carrière dans laquelle il taille sa pierre, les lieux dans lesquels il construit sa vie professionnelle, son mode d'exercice. Ces choix et ces contraintes nous façonnent, tous différents. Ces différences expliquent nos divergences d'appréciation sur des faits identiques. Elles font aussi la richesse des débouchés fournis par l'Ecole de Médecine (ce n'est pas une faculté !). Diplôme en main, jeune étudiant, vous pourrez aussi bien décider d'exercer la plus belle et la plus difficile des spécialités médicales: la médecine générale, être le chercheur d'avantgarde d'un laboratoire de l'INSERM, rejoindre l'industrie pharmaceutique ou les bureaux de l'inspection de la santé, adhérer à une ONG de médecine humanitaire ou dévoyer le serment d'Hippocrate en devenant le conseil d'une compagnie d'assurance vie, vous plonger dans les soins hyperbares des sous-mariniers ou vous envoler dans les hautes sphères de la médecine aéronautique... et j'omets volontairement les dizaines d'autres spécialités médicales ou chirurgicales.

Vous comprenez ainsi l'originalité de notre profession aux multiples facettes. Pierre l'expliquera à sa façon, vous guidera sans vous conseiller. Je ne l'eus pas fait de la même façon: je suis différent. Pierre était jusqu'à peu ORL en pratique libérale. Je suis encore pour quelques années hospitalo-universitaire, pneumologue. Ma vision de notre monde, se faisant d'un autre point de cette planète, ne peut être la même, bien que souvent convergente. De plus, je ne suis pas toujours en accord avec moi-même car sur ma seule tête se posent alternativement quatre casquettes: la plus lourde et ma préférée, portée largement plus de la moitié de mon temps, est celle de soignant, en salle ou en consultation; la deuxième en temps consacré, parfois superposée à la première, est celle de l'enseignant, du professeur d'université; la troisième, trop souvent sacrifiée par manque de temps, mal taillée lors de sa confection, est celle de chercheur clinique; la quatrième, peu seyante mais nécessaire, est administrative, inhérente à ma fonction de chef de service. Ces casquettes munies d'oreillettes vont me permettre de vous transmettre quatre messages. Coiffez-vous en quelques instants! La casquette soignante : Le troisième principe du serment d'Hippocrate est un fondement de notre éthique: «je dirigerai le régime des malades à leur avantage». Sachons l'appliquer quotidiennement! Evitons les examens inutiles, qualifiés par certains du terme imagé d'iconolâtrie (un splendide document radiologique fait plaisir au médecin mais n'améliore pas les conditions de vie du patient)! Pesons méthodiquement les avantages et inconvénients de toute thérapeutique avant de la prescrire! Sachons donner au patient ce qu'il attend de nous: compétence, franchise, empathie! Méritons notre salaire qu'il soit factuel ou mensuel, privé ou public! Refusons systématiquement toute pratique charlatanesque, même si certaines d'entre elles ont malheureusement obtenu de pseudo reconnaissances scientifiques! Travaillons sur des bases solidement établies, ce que les anglophones appellent «Evidence based medecine»! J'évite ainsi le terme de consensus que Pierre n'aime pas. Attention cependant, trop 10

d'originalité relève souvent d'excès, source de dangers pour les patients! A l'opposé, il faut parfois du courage pour sortir des sentiers battus... avec prudence. Quel difficile exercice! Ecoutons le patient! Il a souvent raison. Il n'est pas notre patient. Nous sommes son médecin. Traitons-le comme s'il était notre parent, notre frère. La casquette enseignante: Le professeur Hamburger, un des pères de la greffe rénale, disait dans les années soixante: «J'aimerais que l'on ne s'entêtât point à devenir médecin, si l'on a pas la rage de l'être». Notre métier s'apprend à parts égales dans les livres et au lit du malade. L'enseignement intégré récemment proposé facilite cette dualité. Il a l'inconvénient de fractionner l'étude de la pathologie, spécialité par spécialité, au cours du deuxième cycle (du D2 au D4, soit de la quatrième à la sixième année des études médicales). Il induit des examens multiples, préparés à la hâte, n'impliquant que la mémoire immédiate: le vite appris s'oublie quelques mois après. Heureusement demeure la récapitulation nécessitée par le concours de l'internat, en cours de transformation en un examen classant dont nul ne connaît encore parfaitement les modalités pratiques. Les réformes succèdent aux réformes sans changer la nature des étudiants. De génération en génération, nous retrouvons les volontaires, les curieux, les bénévoles, les passionnés, les «enragés d'Hamburger» qui feront les meilleurs praticiens de demain; nous déplorons les blasés, les nonchalants, les feignants, dont nous nous demandons ce qu'ils sont venus faire en médecine. Si vous n'aimez pas l'homme, ne vous consacrez pas à ces études ni à son étude! Si apprendre vous rebute, fuyez les lieux de cet enseignement! Apprêtezvous à un constant renouvellement de votre savoir bien au-delà de l'obtention de votre diplôme! La formation continue est une obligation déontologique puisqu'il est classique de dire que 50% du savoir médical est à renouveler tous les cinq ans. La casquette chercheuse: Si certains d'entre nous ne se coiffent que de celle-ci (casquette sur tête chercheuse dont le choix se justifie par les multiples pistes qui restent à explorer), Il

tout médecin se doit d'avoir le goût de la recherche. La formation continue, dont nous venons de souligner l'importance, passe pour beaucoup de confrères par la lecture. Il s'agit d'une véritable recherche, personnelle, bibliographique. Tout médecin généraliste a aussi la possibilité de participer à la recherche clinique par l'inscription à des associations responsables de protocoles testant certaines nouvelles thérapeutiques. Dans les maladies au pronostic encore sévère, l'inclusion d'un maximum de patients dans les essais est de la responsabilité de tous. Il en est de même pour la pharmacovigilance et trop de médecins oublient leur devoir de déclaration des accidents induits par les médicaments. Reproche identique pour les oublis de déclaration de certaines pathologies infectieuses, oublis altérant la qualité de la recherche épidémiologique. Soyons solidaires! Chacun d'entre nous participe au progrès de la médecine, science inexacte et néanmoins admirable car d'évidence utile à l'espèce humaine. Je reste ébahi à l'énumération (très partielle) des fruits de la recherche observés en mes trente années d'exercice: en imagerie, apparition successive de l'échographie, de la tomodensimétrie (scanner), de l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et tout récemment de la tomographie par émission de positons (TEP-scan) ; en cardiologie, naissance des explorations non invasives, de la coronographie passant en quelques années d'un acte purement diagnostique à un acte thérapeutique (angioplastie dilatant le vaisseau obstrué), permettant d'éviter les actes de chirurgie lourde; dans plusieurs spécialités (gastro-entérologie, gynécologie, pneumologie, urologie), mise au point de l'endoscopie interventionnelle qui diminue beaucoup le risque opératoire; merveilleuses aventures des transplantations d'organes; terrible histoire du sida, maladie gravissime, brutalement apparue il y a vingt ans, dont sont découvertes en quelques années la nature virale, les modalités diagnostiques, les premières possibilités thérapeutiques antirétrovirales puis la trithérapie qui réduit à zéro la charge virale de certains patients dont la guérison est ainsi espérée. Recherche = espoir. Espérons ensemble. 12

La casquette administrative: Là encore, c'est un choix. Certaines voies médicales de santé publique en font l'unique couvre-chef des confrères qui les pratiquent. Tout médecin la porte un peu. Là encore, c'est une nécessité. Que nul n'entre ici s'il abhorre le travail de bureau, s'il déteste la paperasse, s'il se refuse à la rédaction de documents! Même le chirurgien aura à « soigner» ses comptes-rendus opératoires. La rédaction d'un certificat est un devoir requérant une précise recherche d'équité, impliquant la responsabilité médico-légale de son rédacteur. Personnellement, je n'ai pas à me plaindre du port intermittent de cette quatrième casquette portée par les chefs de service, mais elle m'est pesante. Je la dois à la confiance accordée par le maître ayant façonné l'interne puis le chef de clinique que j'ai été, traçant la voie dite royale de ma carrière. Il faut pour avancer, toujours beaucoup de travail (maintenant un Diplôme d'Etudes Approfondies dit DEA puis une thèse de sciences, des recherches et publications de niveau international), un peu de chance dans sa cooptation, un cocktail à parts variables d'ambition, de sens des responsabilités et d'inconscience ubuesque. Si vous choisissez cette voie, sachez qu'elle vous donnera plus de devoirs que de droits! Le pouvoir médical a été volontairement réduit par l'administration. Ses arguments pour le faire n'étaient pas sans fondement. La dictature hiérarchique d'avant 1968, que j'ai vécue, a été avantageusement remplacée par la responsabilisation de chacun au sein d'une équipe, service ou département. Egaux de droit, ses membres partagent leurs tâches, respectent l'autre, expriment leurs sentiments, écoutent les autres. Surtout, chacun des maillons de cette équipe, qu'il soit médecin, inftrmier ou administratif: garde en permanence à l'esprit l'objectif primordial de la chaîne de soins: l'intérêt du patient. J'eus aimé adjoindre à cette chaîne le décideur politique, mais il s'y unit trop lâchement, tenaillé entre les exigences financières de l'Etat et les réels besoins de la Nation sans omettre ses intérêts personnels. Ceci m'amène tête nue à la conclusion, car je n'ai pas de casquette politique. Différant de moi, d'autres médecins trouvent le temps de s'en couvrir. Ils sont plusieurs dizaines à 13

l'Assemblée Nationale. Certains sont admirables, quel que soit leur parti. D'autres oublient leur vocation, leur serment initial, rejoignant ceux, non médecins, qui nous estiment improductifs, inutiles dépensiers! Rappelons leur les devoirs de tout mandat en utilisant la devise républicaine que nous rappelle Pierre. Répétons-la: LIBERTE du médecin dans ses choix, dans ses possibilités d'exercice, dans sa responsabilité individuelle, EGALITE des médecins dans leurs droits et devoirs, EGALITE des malades dans l'accès aux soins et la qualité de ceUX-CI, FRATERNITE dans notre action de solidarité universelle à l'égard de tous, quelle que soit leur origine. Et maintenant, bonne route à tous deux pour de nouvelles découvertes. Soyez accompagnés de mes sentiments amicaux et confraternels.
Bernard LEBEAU*

*Professeur de pneumologie à l'université Paris VI - Pierre et Marie Curie, chef de service à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris

14

INTRODUCTION

GRANDEURS

ET SERVITUDES

« ... une grande vie: un rêve d'adolescence réalisé dans l'âge mûr... » Alfred de VIGNY