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La Neurasthénie

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486 pages

La neurasthénie est une affection sans lésion organique, une névrose, pouvant atteindre toutes les parties, non seulement du système cérébro-spinal, mais aussi du système de la vie organique. On la définit généralement : un affaiblissement durable de la force nerveuse. De là ces expressions de faiblesse nerveuse, d’épuisement nerveux, souvent employées comme synonymes de neurasthénie.

Cette définition n’est pas suffisamment complète.


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À propos deCollection XIX
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Léon Bouveret
La Neurasthénie
Épuisement nerveux
INTRODUCTION
La neurasthénie n’a guère que des symptômes subject ifs. Les signes objectifs, appréciables par les procédés ordinaires de l’inves tigation clinique, y sont très peu nombreux. Dans beaucoup de cas, ils font même entiè rement défaut. C’est là un obstacle à l’étude de cette névrose. De plus, les t raits du tableau clinique y sont généralement mal accusés. La neurasthénie n’a pas d e phénomènes morbides qui sollicitent vivement l’attention du clinicien, comm e les attaques convulsives, les paralysies, les contractures, les anesthésies de l’hystérie. Jusqu’à ces dernières années, une sorte de discrédit était attaché à l’étude de cette affection nerveuse. Elle ne trouvait point place dans les ouvrages classiques, ou bien elle 1 n’y était représentée que par l’irritation spinale. Beard raconte quelque part quelles difficultés il rencontra pour publier dans un journal de médecine ses premiers travaux sur l’épuisement nerveux. H. Spencer était alors en Amé rique ; il déclarait que des recherches de ce genre ne pouvaient intéresser le public médical. En effet, à une époque où la pathologie des affections organiques du système nerveux offre encore une si riche moisson d’observations nouvelles, il semble que le clinicien soit peu tenté de s’attarder à l’étude d’une affection nerveuse dont les symptômes paraissent obscurs et qui n’a point d’anatomie pathologique. Cependant la neurasthénie est une maladie commune et avec laquelle le pathologiste et le praticien ont également à compter. Elle confine à diverses maladies nerveuses, à desnévroses et à des psychoses, dont la nosologie d oit la séparer. Le praticien qui n’a point appris à reconnaître les états neurasthéniques est exposé à de regrettables erreurs de diagnostic. Certaines formes de l’épuisement nerveux simulent le début de quelques affections organiques du cerveau et de la moelle épinière. La neurasthénie n’est pas seulement, comme on le cr oit encore généralement, la névrose des classes élevées, des gens qui ont une c ertaine culture intellectuelle. On la rencontre aussi dans les classes inférieures, et el le n’est point rare dans la pratique hospitalière. Elle y apparaît isolée ou combinéeà l’hystérie, soit spontanément, soit sous l’influence des traumatismes. La plupart des malades que nous qualifions de nerve ux, bizarres, hypocondriaques, après un examen médical trop souvent incomplet, son t de vrais neurasthéniques. Nous nous débarrassons d’eux en leur conseillant quelque cure thermale ou l’usage indéfiniment prolongé des médicaments antispasmodiq ues. Les neurasthéniques ont droit à plus de sollicitude. Ce sont de vrais malad es qu’on peut souvent améliorer et parfois guérir. Quelque variés et disparates que soient les symptômes de la maladie dont ils souffrent, il est cependant possible d’étudier ces symptômes, comme on étudie ceux de l’hystérie. Il est vrai que la neurasthénie provoque des troubl es fonctionnels très divers du système nerveux et qu’elle les associe en de nombreuses formes cliniques. Cependant, lorsqu’on a patiemment observé un certain nombre de neurasthéniques, on est frappé de ce fait, sur lequel insiste avec tant de raison M. Charcot, à savoir que, quelle que soit la diversité des causes, des symptômes et des formes cliniques, il y a entre tous ces états nerveux des traits communs, qui sont constants ou à peu près constants, et qui témoignent très nettement de l’autonomie de la neur asthénie. Que le patient soit un homme du monde frappé par un grand revers de fortun e, qu’il soit un ouvrier illettré, victime d’un traumatisme, le tableau clinique peut présenter dans les deux cas les mêmes symptômes, si bien que, comme le fait encore observer M. Charcot, en ne
considérant que ces symptômes, il peut être impossi ble de reconnaître la cause de la maladie nerveuse. Ainsi que l’hystérie, la neurasthénie a des symptômes cardinaux qui dominent les autres troubles fonctionnels de fréque nce et de valeur moindres et qu’on peut aussi qualifier de stigmates neurasthéniques. Je n’ai pas l’intention de faire l’historique de l’ épuisement nerveux. Assurément, la maladie n’est pas nouvelle. Imparfaitement décrites, la plupart des formes cliniques en sont cependant depuis longtemps connues. A la neura sthénie appartiennent l’irritation spinaleFrank, le de névrospasme de Brachet, l’état nerveux de Sandras, lanévralgie 2 protéiformede Cerise, lanévralgie généralede Valleix, lenervosisme, lade M. Bouchut névropathie cérébro-cardiaquede Krishaber. La richesse de cette terminologie est d’ailleurs la preuve d’une difficulté réelle à définir la neurasthénie et à en tracer les limites. De là u ne tendance à grouper certains symptômes et à les présenter comme des espèces nouv elles dans la famille des névroses. Ainsi furent constituées la névralgie gén érale, l’irritation spinale et la névropathie cérébro-cardiaque. Or, il n’est pas douteux aujourd’hui que ce ne sont point là des névroses distinctes, mais seulement des form es cliniques d’une névrose plus générale, la neurasthénie ou épuisement nerveux. 3 Cette conception nouvelle est attribuée à un médecin américain, Beard , de New-York. C’est à lui que nous devons le terme deneurasthénie, aujourd’hui très généralement accepté. Observant en Amérique où la maladie est, p araît-il, bien plus fréquente qu’en Europe, il a pu en étudier plus complètement les tr ès nombreuses manifestations. On pourrait même reprocher à l’auteur américain un tro p grand luxe de détails. Il est probable qu’il a trop agrandi le cadre de la neuras thénie. Dans sa monographie, plusieurs formes cliniques restent encore confuses, et les principaux symptômes, si nécessaires pour établir le diagnostic, ne sont pas suffisamment mis en lumière. 4 Un autre médecin américain, M. Weir Mitchell , nous a fait connaître, dans une monographie pleine de vues originales, une des form es les plus communes de la neurasthénie, forme particulièrement observée chez la femme. Il a proposé un traitement nouveau de cette neurasthénie féminine, basé sur la combinaison systématique de certains agents physiques. Ce traitement possède une réelle efficacité, et il commence à remplacer, chez nous comme en Amérique, le traitement banal du névrosisme grave de la femme par les antispasmodiques et l’hydrothérapie. Les publications des deux médecins américains ont b eaucoup contribué à éclairer l’histoire de la neurasthénie. Elles en ont bien établi l’autonomie. Elles eurent encore un autre résultat non moins heureux. Elles appelèrent définitivement l’attention du public médical sur cette névrose si fréquente et si mal co nnue, et les plus éminents cliniciens commencèrent à l’observer et à l’admettre dans leur enseignement. L’étude de la neurasthénie sortit ainsi du discrédit dans lequel elle était tombée. Depuis 1880, époque à laquelle les ouvrages de Beard et de M. Weir Mitc hell furent connus en Europe, les publications deviennent de plus en plus nombreuses, et presque toutes témoignent de la même rigueur d’observation que nous sommes habitués à rencontrer aujourd’hui dans l’étude des maladies nerveuses. C’est en m’appuyant sur les travaux de Beard et de M. Weir Mitchell, sur les publications postérieures et sur un certain nombre d’observations personnelles, que je vais essayer de retracer l’histoire de la neurasthénie.
1Beard,Die sexuelle Neurasthenie,traduction allemande, Vienne, 1885, p. 8.
e 2 Bouchut,rveuses,Dit Nervosisme aigu et chronique et des maladies ne édition, 2 Paris, 1877.
3Beard, G. Die Nervenschwäche (Neurasthenia), traduction allemande de M. Neisser, Leipzig, 1883.
4Mitchell, Weir Du traitement méthodique de la neurasthènie et de quelques formes de l’hystérie,traduction française de M.O.Jennings, Paris, 1888.
CHAPITRE PREMIER
DÉFINITION ET NATURE DE LA NEURASTHÉNIE
La neurasthénie est une affection sans lésion organ ique, une névrose, pouvant atteindre toutes les parties, non seulement du syst ème cérébro-spinal, mais aussi du système de la vie organique. On la définit généralement :un affaiblissement durable de la force nerveuse.là ces expressions de De faiblesse nerveuse,d’épuisement nerveux, souvent employées comme synonymes de neurasthénie. Cette définition n’est pas suffisamment complète. A ux symptômes de dépression, d’affaiblissement de la force nerveuse, sont souven t associés des symptômes d’excitation, et cette association est assez exacte ment désignée sous le nom de faiblesse irritable. Nous ne pouvons présumer la na ture de la maladie que par une induction fondée sur l’observation des symptômes. Il est probable qu’il s’agit d’un trouble intime de la nutrition des éléments nerveux. Deux p ropriétés de ces éléments sont compromises : ils réparent plus lentement la force épuisée et ils n’accumulent plus au même degré la force produite. De là ce double carac tère de faiblesse et d’irritabilité, propre à la plupart des états neurasthéniques. Les centres nerveux réagissent les uns sur les autres. Les centres supérieurs exercent sur les centres inférieurs une influence d’inhibition. Ils en règlent et en modèrent l’activité. Ainsi nous connaissons bien l’influence modératrice du cerveau sur la moelle épinière. C’est par le faisceau pyramidal que les centres moteurs cérébraux et spinaux sont mis en relation. Une interruption de ce faisceau a pour co nséquence l’exagération du pouvoir réflexe de la moelle. Il y a beaucoup d’autres influences modératrices de ce genre dans le fonctionnement du système nerveux. La neurasthénie trouble cette fonction d’inhibition , comme les autres fonctions. De cette insuffisance des actions modératrices procède l’exagération du pouvoir réflexe dans les centres de la vie de relation et de la vie organique. Des excitations légères qui, dans un systèmenerveuxéquilibré, s’épuisent rapidement et s’évanouissent sans bien provoquer aucune réaction, peuvent, au contraire, chez un homme frappé d’épuisement nerveux, susciter des actes réflexes nombreux et d’une énergie hors de proportion avec le degré de ces excitations elles-mêmes. C’est ains i que nous pouvons comprendre comment des symptômes d’excitation figurent si fréquemment dans le tableau clinique de la neurasthénie. Cette faiblesse irritable des centres nerveux n’est pas nécessairement associée à l’appauvrissement du sang. Beard insiste avec raiso n sur cette indépendance de la neurasthénie et de l’anémie. Cependant la confusion de ces deux états est commune, et elle n’a pas peu contribué à obscurcir l’histoire d e l’épuisement nerveux. Beaucoup de neurasthéniques ont le visage coloré, un sang de co mposition normale, une nutrition générale satisfaisante. Il faut en conclure que ce trouble intime de la nutrition des éléments nerveux dont procède la neurasthénie, est d’une nature très spéciale, indépendant de l’état du sang et des fonctions digestives. Les centres nerveux cérébro-spinaux ne sont pas seu ls mis en cause. Aux troubles des fonctions du cerveau et de la moelle épinière s’ajoutent des troubles fonctionnels des principaux viscères. Trois appareils sont particuli èrement intéressés, les appareils circulatoire, digestif et génito-urinaire. Dans ces organes, le désordre de l’innervation présente le même caractère de faiblesse et d’irrita bilité. Ces troubles viscéraux apparaissent dans toutes les formes de l’épuisement nerveux, quelle que soit d’ailleurs la
cause provocatrice. Ils ne font pas défaut, ils peuvent être intenses et précoces, dans les cas de neurasthénie due à une influence agissant directement sur les centres cérébraux. Il est de notion vulgaire que certains états psychiques se manifestent, non seulement par des troubles des fonctions cérébrales, mais aussi p ar des troubles fonctionnels de l’estomac, du cœur et des organes génito-urinaires. Du reste, beaucoup de maladies organiques du système cérébro-spinal engendrent des phénomènes morbides de ces mêmes organes ; tels sont les vomissements de la méningite, les crises gastralgiques de l’ataxie, la tachycardie de l’atrophie bulbaire, le priapisme et l’impuissance de certaines affections traumatiques ou organiques de la moelle épinière. Une névrose peut bien intéresser les mêmes régions des centres nerveux et provoquer des symptômes analogues. L’hystérie viscérale n’est pas contestée. La neurasthénie viscérale n’est pas moins rigoureusement établie. Les troubles circulatoires ne sont pas seulement très fréquents, ils interviennent aussi dans la pathogénie d’un certain nombre des symptômes de l’épuisement nerveux. Chez la plupart des neurasthéniques, le tonus vasculaire est affaibli et le cœur très excitable ; le système vaso-moteur et l’innervation du cœur sont dans une sorte d’équilibre instable. Sous l’influence d’excitations diverses, psychiques ou physiques, surviennent brusquement des modifications, passagères ou durabl es, de l’activité du cœur, des spasmes ou des dilatations des vaisseaux périphériq ues. Les troubles des circulations locales sont très manifestes à la peau, sur les muq ueuses, dans la rétine. Ils existent vraisemblablement aussi dans les organes profonds, le cerveau et la moelle épinière. De là le développement d’anémies et de congestions cér ébrales et spinales dont les symptômes s’ajoutent à ceux de la neurasthénie elle-même. Ainsi s’explique l’erreur des pathologistes qui méconnaissent cette névrose et en considèrent toutes les manifestations comme autant de symptômes de troubles circulatoires du cerveau et de la moelle épinière. On a souvent donné une interprétation également err onée des troubles gastro-intestiuaux et génito-urinaires qui font partie du tableau clinique de la neurasthénie. On les a regardés comme le point de départ de la névrose elle-même. Sans doute, les excès génésiques sont une cause efficace et commune de l’épuisement nerveux. Mais il faut se garder de conclure à l’origine génitale de toutes l es neurasthénies dans lesquelles on observe des troubles, même prononcés, des organes g énito-urinaires. — Cette réserve est plus nécessaire encore quand il s’agit de troubles digestifs. Combien de dyspeptiques ont des digestions laborieuses, même des signes de dilatation de l’estomac, qui ne peuvent en aucune façon passer pour de vrais neuras théniques. L’atonie gastro-intestinale neurasthénique est un syndrome particulier et qui doit être distingué dans le groupe des dyspepsies. Les troubles viscéraux de l’épuisement nerveux, ceux surtout qui intéressent l’appareil circulatoire et les voies digestives, sont donc le plus souvent des phénomènes secondaires. Ils sont l’effet, non la cause, de la névrose. Ils sont dominés par cette modification première du système nerveux dont la na ture intime nous est mal connue, mais dont la réalité ne saurait être contestée. Du reste, l’étude de l’étiologie de la neurasthénie va mettre en lumière le rôle prépondér ant de cette atteinte directement portée à la fonction des centres nerveux.
CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE DE LA NEURASTHÉNIE
La neurasthénie est une maladie commmune, du moins si l’on tient compte des formes légères, et elle tend à le devenir de plus en plus. On l’a nommée, assez justement, la maladie du siècle. Autrefois, les classes étaient séparées par des ba rrières plus infranchissables. Chaque individu, par nécessité pl us satisfait de son sort, n’aspirait guère à sortir du milieu dans lequel le hasard l’avait fait naître. Aujourd’hui, les barrières se sont abaissées. Pour tout homme doué de quelque intelligence, le but de la vie est de s’élever plus haut que ses ancêtres. Le cerveau travaille davantage, et souvent le labeur imposé est au-dessus de ses forces. De là les préoccupations intenses, les désillusions, les revers de fortune, sources communes des passion s dépressives. Le caractère s’est assombri et le système nerveux est devenu plus vulnérable. Ainsi s’explique la fréquence croissante des maladies nerveuses et particulièrement de la neurasthénie. Aussi cette névrose n’est pas seulement, suivant l’ expression de Beard, unmal américain.Elle existe également en Europe et dans tous les pays civilisés où la lutte pour l’existence, de plus en plus ardente, entretient un e activité exagérée des fonctions du système nerveux. Hérédité.— La neurasthénie peut se développer chez un homme jusque-là tout à fait indemne, en dehors de toute influence héréditaire. J’ai vu bon nombre de neurasthéniques dans les antécédents desquels il était impossible de découvrir aucune trace d’hérédité nerveuse. Le surmenage permanent d u cerveau suffit à en produire l’épuisement durable. 1 Comme le fait judicieusement observer M. Déjerine , ce fait est d’une importance réelle au point de vue de la pathogénie des maladies nerveuses. On sait combien grand 2 est le rôle de l’hérédité dans le développement de ces maladies. Morel , Legrand du 3 Saulle, Möbius et plus récemment M. Féré considèrent la plupart de ces maladies comme les membres d’une même famille, qui, sous l’i nfluence de l’hérédité et de conditions favorables, se développent, se succèdent et s’aggravent à travers plusieurs générations. La neurasthénie, qui peut naître spontanément, en dehors de toute hérédité nerveuse, constituerait le premier membre de la fam ille névropathique, le terrain éminemment favorable sur lequel, les circonstances aidant, vont germer et se développer, dans les générations suivantes, des aff ections nerveuses de gravité croissante. Pourtant, l’hérédité de la neurasthénie n’est rien moins que fatale. Telle est la fréquence de l’épuisement nerveux, que, s’il en était autrement, toute l’espèce humaine serait, dans un assez bref délai, vouée aux maladie s du système nerveux. On ne doit admettre cette influence fâcheuse de la neurasthénie chez les ascendants, que dans les cas d’hérédité convergente, c’est-à-dire lorsque deux, trois ou plusieurs générations ont été successivement frappées d’épuisement nerveux et d’autres maladies nerveuses. C’est dans ces conditions qu’on peut voir de la neu rasthénie initiale dériver, à travers plusieurs générations, les névroses graves et finalement la dégénérescence physique et mentale suivie de l’extinction de la race. Le plus souvent, l’hérédité est divergente ; un sang nouveau et normal se mêle au sang des ascendants névropathes et peut diminuer, jusqu’à la faire disparaître, l’influence fâcheuse de l’hérédité. Dans ces cas, les descendants restent indemnes ou ne dépassent pas le premier degré de la famille 4 névropathique, la neurasthénie. En effet, on a rema rqué que les antécédents
héréditaires des neurasthéniques sont généralement moins chargés que ceux des patients frappés des névroses graves, des psychoses et des maladies organiques du système nerveux. La forme héréditaire de l’épuisement nerveux peut d onc se montrer en dehors des causes communes de la maladie. Elle est généralemen t précoce et particulièrement tenace et rebelle au traitement. — Les formes acqui ses sont observées à une époque plus avancée de la vie, de trente à cinquante ans, c’est-à-dire pendant la période de la plus grande activité physique, intellectuelle et génésique. J’ai cependant rencontré un cas de neurasthénie acquise chez une petite fille de onze ans ; elle était tombée dans un état de prostration nerveuse profonde à la suite de la mort dramatique de son père et de son frère. Éducation.uvent l’influence funesteA la prédisposition héréditaire s’ajoute trop so  — des mauvaises méthodes d’éducation. Grâce à l’incur ie des parents et des maîtres, l’enfant reste longtemps capricieux, arrogant, entêté ; on néglige de développer en lui ces deux qualités éminemment précieuses et qui devraien t être le but de toute éducation, une volonté ferme éclairée par un jugement sain. L’inconvénient est moindre peut-être chez les jeune s garçons qui bientôt seront aux prises avec les difficultés de la vie ; dans la lut te pour l’existence, le caractère devient plus souple et la volonté se fortifie ; ainsi peuvent être corrigés les vices d’une mauvaise éducation. Mais ce correctif fait défaut chez les filles. On d éveloppe chez elles les facultés affectives aux dépens des facultés plus solides, et , dans beaucoup de maisons d’éducation, tout semble disposé pour favoriser le penchant naturel au mysticime et l’amour du merveilleux. Bien mieux que le jeune garçon, la jeune fille, devenue femme, reste ce que l’a faite l’éducation qu’elle a reçue. Voilà sans doute une des causes les plus efficaces de la plus grande fréquence chez la femme de l’hystérie et de la neurasthénie. Races.— Deux races paraissent plus prédisposées à la neurasthénie, la race juive et la race slave. C’est un fait bien connu que les mal adies du système nerveux sont 5 communes parmi les Israélites. M. Ziemssen a été frappé du grand nombre de neurasthéniques qu’on rencontre dans les grandes familles de l’aristocratie russe. Quant à l’extrême fréquence de l’épuisement nerveux parmi les Américains du Nord, elle est imputable, moins peut-être aux caractères propres de la race, qu’au genre de vie qu’ont adopté les Américains depuis plusieurs générations, à cette extraordinaire activité dans le travail et le plaisir, qui réalise à un si haut degré le surmenage permanent du corps et de l’esprit. Deux Américains, observés par M. Ziemssen, lui ont exposé leur manière de vivre. — Le premier est un homme d’affaires, depuis longtemps à la tête d’un grand établissement de New-York. Il est neurasthénique et souffre depuis des années de céphalée, d’insomnie, d’états d’anxiété. Il raconte en ces termes l’emploi de son temps : « Je travaille de toutes mes forces de huit heures du matin à dix heures du soir. Je n’ai pas le temps de manger ; je prends mon repas le plu s souvent debout, et il est généralement froid et peu appétissant au moment où je viens le prendre. A dix heures du soir, je suis tellement épuisé, que je ne puis arrêter mes livres de compte qu’au prix d’un très grand effort. Pendant la nuit, les affaires de la journée roulent confusément dans ma tête. Ce n’est que vers le matin que j’arrive à dormir quelques heures d’un sommeil agité. Au réveil, je suis épuisé d’une façon effrayante, e t je suis obligé de prendre un peu de cognac pour être capable de travailler. » — L’autre Américain, également neurasthénique, est un jeune négociant. Celui-là est agoragophobe, souffre d’insomnie et
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