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La Nymphomanie

De
192 pages

Comme la naissance et les progrès de la maladie que nous appelons fureur utérine, viennent absolument des impressions et des mouvements des fibres intérieures des organes, je crois devoir me dispenser de donner ici la description des parties extérieures de la femme.

Je me bornerai donc à décrire le plus succinctement qu’il me sera possible, ses parties intérieures, et surtout celles qui concourent immédiatement aux impressions et affections de la matrice, comme siège principal des fâcheux accidents dont j’entreprends de faire l’effrayant tableau.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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D. T. de Bienville

La Nymphomanie

Ou Traité de la fureur utérine

NOTICE SUR L’AUTEUR

Malgré les recherches les plus consciencieuses nous n’avons pu découvrir ni l’année ni le lieu de naissance du Dr DE BIENVILLE. La plupart des recueils biographiques et des dictionnaires de médecine ne font même aucune mention de son nom ou de ses écrits. ÉLOI, dans son Dictionnaire de Médecine, lui consacre quelques lignes que nous retrouvons reproduites à peu près littéralement dans la Biographie universelle de WEISS, ainsi que dans celle des éditeurs Didot. A ces exceptions près, rien. Le Dictionnaire des Sciences médicales du Dr DECHAMBRE, un recueil pourtant considérable, ne fait non plus aucune mention de notre auteur.

Quand on considère que DE BIENVILLE vivait dans la dernière moitié du siècle passé, qu’il était un praticien renommé, comme en témoigne ÉLOI, qu’il a publié plusieurs travaux dont un seul, son Traité de la Nymphomanie, a dû lui assurer une grande notoriété puisqu’il a eu deux éditions françaises, une anglaise et deux allemandes, on peut s’étonner à bon droit de l’oubli dans lequel il est laissé aussi injustement.

DE BIENVILLE, s’il n’était pas né en France, devait du moins en être originaire. Son nom est celui d’une très vieille maison de souche française dont plusieurs membres se sont illustrés tant au service de la France qu’à celui du Canada et qui, notamment, a donné un gouverneur à la Louisiane. Notre auteur appartenait-il à cette lignée de gentilshommes ? Cette supposition n’offre certes rien d’invraisemblable.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons inférer de certains passages de la Nymphomanie, que DE BIENVILLE avait consacré plusieurs années de sa jeunesse à des voyages dans le nord de l’Europe, ce qui laisse supposer qu’il devait se trouver dans une situation de fortune assez favorable. Après avoir reçu le grade de docteur, probablement dans une des Universités de Hollande, il s’établit à Rotterdam d’abord, à la Haye ensuite. Dans cette dernière ville il paraît avoir pratiqué son art avec un certain succès. D’après nous, DE BIENVILLE, ayant réussi de la sorte à se créer une clientèle, aura continué à habiter la capitale hollandaise et doit y être mort quelques années avant ou quelques années après le commencement de ce siècle.

Nous connaissons de lui : 1° La Nymphomanie. Amsterdam, 1771, in-8°. Idem, 1788, in-12 ; une traduction allemande parue à Amsterdam en 1772 ; une anglaise, publiée à Londres en 1775 ; une seconde, allemande, faite par A. Hiltenbrandt, imprimée à Presbourg en 1782 ; 2° Le pour et le contre de l’inoculation de la petite vérole, ou dissertation sur les opinions des savants et du peuple sur la nature et les effets de ce remède. Rotterdam, 1771, in-8° ; 3° Recherches théoriques et pratiques sur la petite vérole. Amsterdam, 1772 ; 4° Traité des erreurs populaires sur la santé. La Haye, 1775, in-8° ; dont une traduction allemande par Kritzinger, publiée à Leipzig, 1776.

La Nymphomanie est à coup sûr un ouvrage aussi curieux par sa matière que remarquable par la façon sagace dont l’auteur a traité son sujet. Encore aujourd’hui ce traité peut être consulté avec le plus grand fruit, car sous le rapport pathologique, il laisse fort peu à désirer. Nous n’en dirons pas autant des moyens de curation prônés par l’auteur, lesquels, en plus d’un endroit, sont en contradiction évidente avec les connaissances thérapeutiques que nous possédons actuellement. Cependant, même sous ce dernier rapport, les indications de l’auteur inspirées par une réelle expérience méritent d’être examinées.

La nouvelle édition que nous soumettons au public médical et lettré est à très peu de chose près la fidèle reproduction de la seconde édition publiée par DE BIENVILLE lui-même. Les quelques corrections que nous nous sommes permis de faire sont purement grammaticales et nous semblaient indispensables. Le texte est resté intact, quoique, en maint endroit, il eût peut-être gagné à une légère revision.

 

Dr X. ANDRÉ.

INTRODUCTION

Partager la peine et le plaisir de l’homme, dont elle est la tendre et fidèle compagne, lui donner pour successeurs et pour héritiers des enfants qu’elle conçoit et porte neuf mois dans son sein, pour les nourrir encore de son lait, après leur naissance : telles sont les nobles attributions de la femme, et les importantes fonctions qu’elle est destinée à remplir sur la terre, Ce n’est donc pas sans raison que cet être sensible, et pour ainsi dire créateur de notre espèce, a fixé de tout temps l’attention du naturaliste, commandé l’admiration du philosophe, et excité l’enthousiasme du poète. Mais, si le sexe a de quoi nous intéresser, sous le double rapport de la société qu’il embellit, et de la régénération à laquelle il a tant de part, quel sujet de tristesse et de méditation n’offre-t-il pas à l’âme compatissante, qui envisage les dangers dont il est environné aux différentes époques de la vie ! Fallait-il donc qu’avec de si brillantes prérogatives la plus belle et la plus intéressante moitié de l’espèce humaine, fût asservie à tant de misères ! fallait-il qu’elle ne fût, pour parler le langage d’Hippocrate, qu’un foyer d’infirmités et de douleurs !

Si parmi les maladies auxquelles la femme est exposée, il en est un grand nombre qui atteignent également l’homme, il en est aussi d’autres qui lui appartiennent exclusivement, parce qu’elles affectent les organes qui lui sont propres, ou les fonctions auxquelles ces organes sont destinés. Au nombre de ces affections spéciales, il en est une qui, tout en se présentant parfois chez l’homme, relève pour ainsi dire directement du domaine des maladies de la femme : nous voulons parler de la nymphomanie ou fureur utérine appelée encore hystéromanie, érotomanie ou métromanie.

Cette maladie peut exister depuis la puberté, où la sensibilité utérine se développe, jusqu’à la décrépitude où elle s’ éteint. Cependant, on l’observe plus fréquemment chez les jeunes filles d’un tempérament sanguin et d’une imagination ardente ; chez les femmes mariées que de faibles époux ne peuvent satisfaire, chez des veuves naturellement lascives, qui ont été privées tout à coup de leurs jouissances ordinaires ; enfin, chez les Vénus publiques ou mercenaires, que la réclusion force quelquefois à une continence plus ou moins prolongée1. Les climats chauds où les passions fermentent, le séjour des grandes villes où mille objets les excitent, la bonne chair, l’abus des liqueurs alcooliques et des aromates, l’excès des plaisirs, les dérangements de la menstruation, les liaisons dangereuses, les spectacles, les peintures et les lectures lascives, sont encore autant de causes qui peuvent disposer à la nymphomanie ou la produire.

Cette maladie est à coup sûr une des plus étranges de celles qui s’imposent à l’étude du médecin et à l’attention du père de famille. Mystérieuse à ses débuts, intermittente dans la manifestation de ses symptômes et cependant continue dans ses progrès, elle éclate a l’imprévu avec toute la violence d’un accès de folie furieuse, épouvantant alors tous ceux qui en sont les témoins. La jeune fille ou la femme qu’on croyait chaste, prouve alors, tant parses paroles que par ses transports et ses gestes d’une liberté sans limites, qui le dévergondage de ses sens a chassé de son âme jusqu’à la dernière parcelle de pudeur.

La plupart des spécialistes considèrent la nymphomanie, comme une affection de l’utérus ou de ses dépendances ; Pinel la range au nombre des névroses génitales de la femme ; d’autres en placent le siège dans l’encéphale, et la rangent parmi les folies impulsives.

Dans ce dernier cas, une distinction essentielle est à établir suivant que la maladie est classée dans les folies primitives ou encore dans les folies sympathiques. Comme le dit excellemment l’éminent DrBouchereau2, « toutes ces questions ont une importance très secondaire : elles sont subordonnées aux théories qui régnent dans la science, elles doivent se modifier comme elle, pour disparaître un jour et faire place à une interprétation nouvelle, » Ce qui est certain, c’est que la nymphomanie arrivée à sa phase aiguë, participe des maladies mentales par l’inconscience et l’aberration des actes et des idées,et des névroses génitales, par les troubles physiques qui ne se manifestent que trop violemment et dont les conséquences fatales sont la consomption, le marasme et la mort.

L’hérédité n’est pas étrangère à la nymphomanie. Les femmes d’une même famille se transmettent avec une grande énergie ces tendances morbides jusqu’à ce que toute faculté reproductive s’éteigne sous l’influence des excès : la race finit après avoir possédé une force prolifique exubérante.

Parmi les femmes dont la folie est la conséquence de l’hérédité, il n’est pas rare d’en rencontrer avec des tendances nymphomaniaques s’associant à des manifestations religieuses exagérées. Dans leurs accès de nymphomanie on les entend débiter les propos les plus orduriers, et, immédiatement après, elles prient en apparence avec ferveur ; leur attitude est dévote à un moment, mais bientôt leurs gestes sont d’une obscénité révoltante. C’est tantôt le délire religieux poussé presque jusqu’à l’extase, tantôt c’est le délire érotique le plus indescriptible : ces phases si différentes se succèdent sans transition aucune.

La vieillesse ne préserve pas les femmes de la fureur utérine ; quand toutes les fonctions intellectuelles ont disparu, que les sentiments sont confus et la liberté affaiblie, les instincts peuvent s’assouvir sans rencontrer aucune résistance inspirée par la morale. Alors on voit parfois une excitation génésique puissante s’emparer d’elles, en même temps que l’agitation maniaque se développe : ces accidents peuvent précéder un ramollissement du cerveau, ou se prolonger un certain temps, sans grande variation dans leur intensité ; en tout cas, le résultat inévitable, c’est la mort.

La nymphomanie n’était pas inconnue aux anciens. Certains écrivains en citent plusieurs cas et les signalent comme une punition de l’oubli ou du mépris du culte de Vénus. Hippocrate nous parle de la passion désordonnée de Perdiccas pour Phila, Erasistrate de celle d’Antiochus pour Stratonice et Galien de celle d’une dame romaine pour le danseur Pylade. De nos jours, les progrès d’une civilisation raffinée, ont créé des besoins et des moyens de jouissance dont la première conséquence est une recrudescendence formidable de maladies nerveuses et d’affections organiques. Les arts et les lettres, au lieu d’enrayer la marche ascendante de la débauche publique et privée, ne servent bien souvent n’à en cacher les horreurs à tous les yeux ; bien plus, ils rendent aimables et attrayants les goûts les plus dépravés. L’avenir nous apparaît bien sombre ! puisse-t-il ne pas nous ramener les ignominies de la fin du Bas-Empire !

 

Dr X. ANDRÉ.

PRÉFACE

DE L’ÉDITION ORIGINALE

CERTAINS préjugés peut-être s’opposeraient à mon but, si je ne commençais par rendre compte au public des raisons qui m’ont engage à traiter et à approfondir une question aussi importante et aussi délicate que celle-ci. Le premier soin d’un auteur doit être de s’acquérir de la confiance sur la nature des objets qu’il propose ; ce n’est point encore assez, il doit même prouver qu’il mérite cette confiance. Ses recherches et ses découvertes heureuses et prudentes, ses principes évidents, ses preuves morales et physiques, la netteté de sa méthode, la vérité et la facilité des moyens qu’il emploie, la nouveauté même de son sujet et de sa façon de démontrer, sont la route qu’il doit prendre pour persuader sans tromper, pour secourir sans être blâmé, et pour réussir sans craindre ou les faux préjugés, ou les envieux.

Sans chercher à pénétrer les motifs qu’ont eus les auteurs anciens et modernes de laisser cette matière dans l’obscurité du silence, ou du moins de ne l’ébaucher qu’imparfaitement, je m’en tiendrai seulement à exposer les raisons que j’ai eues de la traiter ex professo.

Le célèbre Astruc, à la fin de son traité des Maladies des Femmes, nous en a laissé un petit essai latin qui paraît avoir échappé avec peine à la modestie de sa savante plume ; encore a-t-il affecté de l’écrire en cette langue pour le dérober aux yeux du vulgaire, et n’en donner la connaissance qu’aux hommes instruits et obligés par état de remédier aux désordres de la nature.

Je n’oserais condamner l’excès de modestie d’un homme si respectable ; mais je ne crois point que son silence soit une loi. Je sais que tout homme qui écrit pour être utile à ses semblables, doit connaître les vraies bornes de la pudeur et s’y soumettre ; et, bien loin de manquer à ces lois sacrées, je suis persuadé que les moyens que j’emploie ne peuvent que tendre à affermir cette vertu. Quel motif plus puissant et plus sûr pour établir son empire, que d’offrir aux yeux des personnes mêmes du sexe le tableau vif et frappant des maux affreux et incroyables prêts à accabler une jeune fille, au premier pas qu’elle fait pour sortir de la voie de l’honnêteté ? Puisse mon pinceau être assez expressif et mes couleurs assez naturelles pour inspirer toute l’horreur qu’on doit avoir d’un pareil vice ! Puisse mon secours servir à vaincre de si dangereuses faiblesses !

L’esprit humain, borné par lui-même, séduit et aveuglé par les passions, est bien plus sensible à la crainte d’une punition physiquement démontrée, qu’aux menaces d’une correction moralement établie que l’éloignement rend peu touchante, et dont l’espérance efface le terme, la mesure, et souvent la réalité. Quelles obligations le public n’a-t-il pas à l’énergique traité de l’Onanisme ? Quelle vertu n’ont pas ces images vraies et effrayantes que le célèbre Tissot y peint avec force ? Combien de milliers de jeunes gens ont-ils évité, par ces avis, l’abîme où ils allaient se plonger ! Que de milliers encore s’en sont retirés par son secours, au moment de périr au milieu de ce désordre, peint avec tant de vivacité et de vérité dans son ouvrage !

Au reste, peut-on regarder comme dangereux un livre qui ne tend qu’à détourner d’une volupté illicite, à effrayer les jeunes personnes qui pourraient avoir du penchant pour cette malheureuse manie, et à retenir la fougue vicieuse du tempérament, par des leçons puissantes, et par des principes et des conséquences puisées dans la nature faite pour persuader ?

Si cet ouvrage vient à tomber entre les mains des jeunes personnes, soit par l’inattention des pères et mères, soit par la négligence des personnes faites pour veiller à leur éducation, soit enfin par la séduction de quelques âmes libertines qui ne manquent jamais d’artifice pour se procurer l’entrée des maisons honnêtes, si en un mot par tel accident que ce puisse être, une jeune fille se trouve à même de lire ce livre, qu’en arrivera-t-il ? Rien. Elle sera dans le cas, tout au plus, de gémir sur l’assemblage prodigieux des imperfections auxquelles son sexe est sujet, et sur les causes infiniment multipliées de son dérangement et de son entière destruction.

Les connaissances prématurées qu’elle sera à même d’acquérir par cette lecture, ne serviront point à l’enorgueillir ni à la corrompre ; elle sentira la fragilité de sa nature, elle respectera et chérira même des principes qui la garantiront certainement du naufrage prochain auquel le sexe est exposé par sa faiblesse.

C’est pourquoi, bien persuadé du peu de mal que peut faire mon ouvrage, je n’ai point hésité de le mettre au jour, par rapport au bien réel qu’il doit produire. Car quels avantages n’en pourront pas tirer les pères, les mères, et toutes les personnes chargées de l’éducation des jeunes filles ? Avec quelle connaissance et quelle discrétion ne pourront-ils point diriger et éclairer les dispositions naissantes de ces tendres élèves ? Et combien ne s’estimeront-ils pas heureux de pouvoir devenir eux-mêmes les médecins secrets d’une maladie capable de couvrir de honte celle qui en est attaquée, et de causer les plus cruels chagrins à ceux qui ont donné le jour à cette infortunée ? D’ailleurs, je ne vois aucune raison solide qui puisse forcer, ou simplement autoriser la médecine à garder le silence sur un mal qui ne doit pas être un objet moins important que les autres de ses recherches et de ses secours.

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