Le Kilimandjaro sans et avec handicap

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Le mal des montagnes ? Moi ? Non !

En êtes-vous bien sûr ?

L’exposition à l’environnement en haute altitude entraîne des réactions de l’organisme secondaires à la baisse d’oxygène dans l’air. Certaines sont adaptatives. D’autres sont défavorables, tel le mal aigu des montagnes (MAM), conséquence d’une mauvaise adaptation au manque d’oxygène. Le MAM guette tout le monde lorsque certaines règles ne sont pas respectées, comme ne pas monter trop haut, trop vite. Sa prévention est possible.

Une consultation pré-trekking me paraît nécessaire avant tout départ en haute altitude pour dépister les contre-indications, les mauvais répondeurs exposés au MAM. Un trekking ou une expédition, ça se prépare afin de majorer les plaisirs des yeux, tout en réduisant les risques. Cette préparation doit être physique et physiologique.

Ce livre vous informe sur le milieu de la haute montagne et vous donne quelques conseils pour évoluer en haute altitude. Il relate l’expérience d’un groupe de quinze personnes sur les pentes magiques de Sa Majesté le Kilimandjaro, dont l’une d’entre eux, moi, avait une lourde charge dans son sac à dos, le traitement d’une insuffisance surrénale.

Avoir mené de front ces deux statuts indécrottables de médecin et handicapée, décuple ma victoire qui a métamorphosé ma qualité de vie. J’ai été caressée par les lumières de Sa Majesté, par ses voiles rouges et orange. Quel bonheur !


Valérie Foussier est médecin endocrinologue pour enfants et adultes. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Coaching Diabète, Diabète et grossesse, Revivre après un cancer du sein, Bien vivre sans surrénales.


Publié le : mardi 1 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954556116
Nombre de pages : 218
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Mise en jambes Shira hut et lava Tower
Lundi. Je me réveille spontanément par un urgent besoin de sortir à 6 h. Prof n’est pas pressé de se lever. Déjà les ferme-tures éclaires de la tente m’énervent. Je sors, me soulage et salue les sommets du Shira, du Mawenzi et du Kibo qui déjà me narguent. La journée commence bien. Je sors mon ther-mos pour un thé à la menthe et café avant l’heure. Fabuleux cette sensation d’être servi et réchauffée avant les autres, surtout lorsqu’il nous faut replier nos affaires et préparer nos sacs avant l’ouverture du restaurant d’altitude.
8 h on ouvre les portes où nous attend un petit déjeuner aussi copieux qu’à l’hôtel, avec en plus le fameux porridge que deux ou trois osent gouter. Nous prenons un peu de temps pour la première séance d’asepsie de l’eau. On nous propose deux méthodes : eau avec comprimés, eau bouillie. Fotoflore, Prof et d’autres optent pour l’eau avec comprimés. L’eau est
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bouillante à la réception. J’opte pour l’eau bouillie dans laquelle je laisse infuser le thé Kilimandjaro, autre objet fétiche, dans ma bouteille thermos bleu turquoise. Je laisse refroidir et transvase dans mes bouteilles plastique de 1/2l qui sont rapidement déformées. Ça leur donne un genre.
Shira hut 3800 m
Bien lestés, nous commençons par gravir un passage pentu, poussiéreux, embouteillé, sans fin, direction Shira Hut 3800 m entourées de bruyères géantes. Ça tombe bien puisqu’on doit marcher pole pole. Nous nous arrêtons pour laisser passer les porteurs bien chargés pour éviter qu’ils ne se déséquili-brent avec leurs chaussures qui leur tiennent à peine aux pieds. Sous le soleil bien sec, nous savourons notre repas pré-paré par notre chef cuistot, saupoudré de poussière sur les glaciers du Kibo.
Heureusement que j’ai mes barres de céréales avec une tranche de pain de mie prise au petit déj car il a oublié les féculents, carburant pour notre cylindrée : poulet + œuf, petite banane, jus de fruit. Moulin à Parole ferme la marche avec John qui nous accompagne.
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MISE EN JAMBE SHIRA HUT LAVA TOWER
Toute la troupe progresse sans MAM dans l’euphorie de cette végétation, aux lianes au vert épais, aux teintures jaunes et blanches des fleurs sur des pavés gris, au-dessus de 3000 m.
La journée se passe sans encombre. Je réussis à boire mes trois litres d’eau. Mon IS est discrète. Pas d’hypoglycémie, pas de fatigue ni troubles digestifs.
Nous arrivons vers 16 h à Shira hut dans une brume accordéon, au carre-four de plusieurs routes, ce qui explique cette ruche de toile. Des toi-lettes touristes, cabane en bois, sont à disposition pour ceux qui ont pris leur pince-nez et qui sont curieux. J’ai oublié mon pince-nez, alors toilettes nature.
18 h on prend l’apéro sous une brise dorée. On se rapproche de sa Majesté.
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Lava Tower 4600 m
LE KILIMANDJARO
Mardi. 3840 m, réveillée par une envie pressante à 5 h 45 après une nuit d’une traite. Les tentes givrées jalonnées d’amas de bruyères ressemblent à des glaçons éparpillés çà et là. Cette nuit, une petite bruine a nettoyé l’air. Sa Majesté cuivrée puri-fie mes neurones. Aujourd’hui, troisième jour de marche, avec au programme 8 h de marche, 800 m de dénivelé. Déjeuner au col de lava Tower à 4600 m. Descente vers Barranco Hut 3950 m sous le glacier Heim. A ce niveau d’altitude, le MAM est possible. Je décide de troquer mes comprimés pour mon flacon, pour ne pas être aux prises de nausées-vomissements, ma terreur. Je fais une injection pour toute la journée. C’est aussi psychologiquement plus confortable sans risque de perdre mon pilulier dans les passages délicats ou bien en cas de défaillance, avec maladresse. Il me faut une demi-heure supplémentaire pour assurer mes soins, raison pour laquelle
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je me lève plus tôt que les autres. J’apprécie énormément ma bouteille thermos qui garde l’eau encore chaude pour une tasse de café à la frontale. Je découvre une sensation nouvel-le après avoir fait mon injection, une impression d’avoir com-blé un vide, une sensation de sécurité. Je déguste mes barres de céréales au lit ! Je me brosse les dents à l’eau itède. Grand luxe en haute montagne.
Juste avant de partir, Kidjama me demande si par hasard je n’avais pas une paire de lunettes de soleil en rab. Et oui dans mon sac à miracle j’avais une paire de lunettes de glacier. « Les couleurs sont bizarres à travers » me rétorque-t-il. L’important c’est que ta cornée ne devienne pas bizarre elle aussi et je pars dans un fou rire à avaler de travers. Dada est très élégante dans son turban bicolore bleu turquoise fuchsia. Nous partons, les trois filles en tête avec un guide pole pole, consigne de Prof pour que tous puissent être sur la photo sommitale. Apres la traversée du Shira plateau, l’ambiance change radicalement. La végétation s’appauvrit. La tempéra-ture dégringole. Le paysage devient lunaire. Prof veille à me donner toutes les demi-heures, deux abricots secs qu’il détient dans sa poche, près à dégainer, sous le regard inquisi-teur du groupe. Il me fait aussi penser à boire, ce que j’oublie à 4000 m.
En plein terrain volcanique, en attente d’un arrêt carburant, je commence à ralentir le pas. Mes cuisses ne répondent plus. Ma respiration et mon rythme cardiaque s’accélèrent de façon inadaptée. Verdict : hypoglycémie. Entre temps, Moulin à paro-le me rattrape. Il veut marcher avec moi. On discute un
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moment et je pars dans un second fou rire après une de ses réparties : « tu n’es pas prêteur » en s’adressant à Prof qui veille au grain. Je rétorque : ah non, il n’est pas préteur du tout. Ces éclats de rire ont eu le bon gout de traiter mon hypo-glycémie en utilisant d’autres circuits. Je retrouve mes forces, mon rythme cardio respiratoire régulier adapté. Plusieurs réclament à cor et à cri la pause déjeuner. Après une série de micro pauses pour pallier au malaise des uns et des autres, on s’arrête en haut du col à 4600 m. Vue impressionnante sur l’Arrow Glacier. Nous rajoutons la couche polaire et pour cer-tains la couche Goretex. Mon thé chaud évite que je sorte le mien, que je réserve pour des températures plus basses. Les premiers symptômes du MAM se font ressentir. Dormeur s’al-longe. Habituellement c’est moi qui prends cette position hori-zontale pour un micro sommeil obligatoire. Dada est envahie par une migraine tenace. Fotoflore, Atchoum, Intrepide, Baroudeur et Prof se plaignent de maux de tête. On attend que Pieds nus se rechausse et on repart emmitouflés direction Barranco.
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Dans une foule de séneçons et d’épilobes géants, nous sommes coursés par un brouillard haillonneux emmitouflé sur la Lava Tower. Ses étreintes filandreuses s’effilochent sous le vent qui s’amuse. Ongles noirs, Discret, Premier 3000, Vétéran MKongwec entendent le mécontentement de leur deux genoux. Je profite de mettre mes quadriceps au repos en actionnant les gilets de sauvetage : triceps (mollets et fes-siers), ce qui donne une allure déhanchée, dodelinante de myopathe. Car je suis une myopathe à l’endurance !
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Les températures sont plus douces, on évolue en tee shirt jusqu’à Barranco Hut 3950 m. Au passage le guide du jour nous indique le chemin escarpé à flanc de montagne pour le lendemain, Breasfast Wall.
Un bonjour au bureau des guides avant de regagner nos tentes. Je me rends compte des bienfaits de mon week-end end acclimatation en discutant avec les autres.
J’enfile mes chaussures pieds sensibles, un vrai bonheur. Le dîner se passe dans une ambiance festive. Cinq ont franchi pour la première fois la barre des 4000 m dont Premier 3000 m qui a déjà deux victoires à son palmarès. J’ai reculé ma barre à 4600 m. Le cuistot nous étonne toujours avec ses plats appétissants. N’oublions pas qu’on est à 3940 m. Une pensée pour nos porteurs qui ont monté au péril de leur vie, le ravi-taillement , chargés de pastèques, d’ananas pour le bien-être de notre corps, jusqu’à la décoration pour le régal de nos yeux. Ce soir, je n’ai pas faim. Je m’abstiens de finir mon assiette
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que Prof s’empresse d’engloutir. Comme d’habitude, je vais me coucher la première, gagnée par la fatigue et un petit mal de tête qui pointe. En écrivant ces lignes, je prends conscience que mon MAM commence à cet instant. Je m’en-dors avec lui.
Chaque jour est un miracle.
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