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le sens de la médecine

De
172 pages
Après plus de 40 ans dans le système hospitalo-universitaire, l'auteur nous décrit la révolution des concepts et des pratiques en médecine. Sa vision critique nous retrace les grandes étapes : le diabète, la chimie et ses avancées méconnues en médecine et diététique, la transfusion, le SIDA. Mais des fumeries d'opium aux salles de shoot, où est le progrès ? La nouvelle loi de santé publique reprendra-t-elle la formule de l'hôpital de Pergame : "Les incurables ne rentrent pas ici" ?
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Le sens de La médecine Pr Jean-Luc Wautier
ou la révolution culturelle dans le système de santé Avec la collaboration de Marie -Paule Wautier
Un instantané des divers aspects de la médecine : après plus de 40 ans
dans le système hospitalo-universitaire, l’auteur nous décrit la révolution
des concepts et des pratiques en médecine. Sa vision critique, mais non
partisane, nous retrace les grandes étapes : le diabète de Claude Bernard à Le sens de La médecine
nos jours, la chimie et ses avancées méconnues en médecine et diététique,
la transfusion, le SIDA. Mais des fumeries d’opium aux salles de shoot
ou la révolution culturelle dans le système de santéoù est le progrès ? On nous annonce une nouvelle loi de santé publique,
reprendra-t-elle la formule de l’hôpital de Pergame : « Les incurables ne
rentrent pas ici ».
Jean-Luc Wautier est Docteur en médecine et Docteur
ès sciences, Professeur d’hématologie à l’Université Denis
Diderot à Paris. Directeur d’une équipe de recherche, il
a publié plus de 300 articles scientifques, fut lauréat de
plusieurs prix et est membre de l’Académie nationale de
pharmacie.
En couverture : Pergame (Bergama), deuxième siècle de notre ère. Caducée d’Asclépios sur une
colonne des ruines de l’hôpital.
ISBN : 978-2-343-01612-2
17 €
Le sens de La médecine Pr Jean-Luc Wautier








Le sens de la médecine
ou la révolution culturelle
dans le système de santé


Éthique et pratique médicales
Collection dirigée par Richard Moreau et Roger Teyssou

La collection Les Acteurs de la Science, prévue pour
recevoir des études sur l’épopée scientifique moderne, se
dédouble pour accueillir des ouvrages consacrés spécifiquement
aux questions fondamentales que la santé pose actuellement.
Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en
dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des
enjeux souvent essentiels pour la vie de l’homme. Elle reprend
certains titres publiés auparavant dans Acteurs de la science.

Dernières parutions

François VACHON, Mon corps m’a dit, Vite et mieux
comprendre quand une urgence médicale menace vraiment sa
vie, 2013.
Philippe GARNIER, Infections nosocomiales et trou de la sécu,
maux croisés de santé, 2013.
Jean-Adolphe RONDAL, La réhabilitation des personnes
porteuses d’une trisomie 21, 2013.
Annagrazia ALTAVILLA, La recherche sur les cellules souches :
quels enjeux pour l’Europe ?, 2012.
Michel NADOT, Le mythe infirmier, 2012.
Thierry PATRICE, Chercheurs, Éthiques et Sociétés, L’avenir de
l’avenir, 2012.
Achref SNOUSSI et Jean-Pierre CAMILLERI, L’éternelle
jeunesse, L’art de bien vieillir, 2012.
Laurence DE CHAMBRIER, Le patient malgré lui. Réflexions
sur le certificat de bonne santé obligatoire, 2011.
Emmanuel BABIN, Le cancer de la gorge et la laryngectomie.
La découration, 2011.
Rémi BORDES, Dire les maux. Anthropologie de la parole dans
les médecines du monde, 2011.
François CLOUTIER, La médecine verticale, 2010.
Gilbert et Anne-Christine PIERRE, Parole d’une autiste muette,
Enigme et évidence, 2010.
Gérard MEGRET, Êtes-vous un bon malade ?, 2010.
Bernard JOUANJEAN, Physiologie du risque face à l’Histoire,
2009.
Eric SOLYOM, Les cahiers d’un chirurgien. Témoin de la faillite
du système de santé, 2009.
Pr Jean-Luc Wautier
Avec la collaboration de Marie-Paule Wautier










Le sens de la médecine
ou la révolution culturelle
dans le système de santé










































































Du même auteur

The Role of Platelets in Blood-Biomaterial Interactions,
Kluwer Academic Publishers, 1993.

Molecular Mechanism of Erythrocyte Adhesion
to Endothelium: Overview and Advances,
Lambert Academic Publishing, 2013.




















































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01612-2
EAN : 9782343016122



En médecine aussi tout a changé et la révolution
médicale contemporaine n’a pas été des moindres
causes de l’amélioration sociale que nous avons vécue.
Depuis cent ans et surtout depuis cinquante ans, la
médecine a fait plus de progrès qu’en mille ans.

Robert Debré, L’honneur de vivre



À mes enfants, mes petits-enfants

À tous les miens
qu’ils le soient par la naissance ou par l’affection.


Merci à Christophe Mollo
pour sa relecture attentive et bienveillante. Avant-propos


La médecine est l'art de conserver la santé et de la rétablir
quand elle fléchit. Confondue d'abord avec les religions, les
systèmes philosophiques et les traditions folkloriques, elle
commence à se dégager de tout ce qui l'aveugle avec Hippo-
ecrate, qui vivait en Grèce au siècle de Périclès (V siècle avant
J.-C.). Vaste esprit synthétique, héritier d'une longue tradition, il
fait de l'art de soigner une science de l'observation, définit les
lois de la santé et établit une thérapeutique naturelle. Il laisse
également un corps de doctrine remarquable et toujours en
vigueur aujourd'hui (égalité de traitement des malades —
illustrée notamment par une savante toile de Girodet,
Hippocrate refusant les présents d'Artaxerxés, 1792 — , secret
médical, modération des rémunérations accordées aux médecins
etc.). Cent ans après lui, les médecins de l'école d'Alexandrie
fondent l'anatomie en disséquant, les premiers, des cadavres
ehumains. Puis le flambeau passe à Rome avec Galien (II siècle
après J.-C.), premier physiologiste qui laissera, en outre, des
études très complètes sur les plantes médicinales.
Peu après, l'Empire romain est livré à l'anarchie. C'est l'époque
confuse des temps barbares. Les hôpitaux naissent dans la
chrétienté médiévale à côté des monastères. Mais, si la
souffrance de l'homme commence à être socialement prise en
compte, la science médicale proprement dite, pratiquée surtout
par des prêtres ou des moines, est intimement mêlée aux
croyances religieuses et n'arrive pas à se dégager de cette
confusion des genres. Lorsque l'instruction commence à se
répandre, l'Eglise interdit progressivement aux clercs l'exercice
de la médecine et confie cet art aux laïcs.

Une description de mon parcours est nécessaire : né près de
Caen, en Normandie, j'y ai naturellement fait mes études
jusqu'au moment de ma spécialisation ; je suis venu à Paris où
j'ai gravi les étapes de la carrière hospitalière pour accéder au
grade de Professeur des Universités Praticien Hospitalier en
hématologie et transfusion. Mon parcours a d'abord été guidé
11
par Daniel Cattan, puis Jacques Caen sous le contrôle et avec
les conseils de Jean Bernard. Tout cela paraît bien banal, mais
ma quête médicale m'a fait commencer d’abord par la gastro-
entérologie, puis l'hématologie, la recherche en immunologie et
biologie vasculaire et cellulaire. En fait, les spécialités médi-
cales telles qu'elles sont définies me paraissent trop étroites et je
ne m'y sens pas à l'aise. Les grands prêtres de la médecine qui
décident que telle maladie dépend de telle spécialité et non de
telle autre font un choix arbitraire, comme l'indique bien
l'histoire des spécialités ou leur disparité selon les pays. C'est
dire que pour quelqu'un qui est bien rentré dans le rang, je reste
un esprit peu conformiste ou ayant parfois une perception un
peu anticipée des événements.
Après quarante années d'exercice de la médecine, dont trente-
cinq consacrées exclusivement à un métier qui est une réelle
passion, j'ai voulu faire partager certaines de mes réflexions à
un public plus large que celui des spécialistes ou des groupes
d'experts. Les médecins humanistes qu’étaient Jean Bernard et
Jean Hamburger ont marqué une époque de la médecine ; ils ont
été remplacés par des techniciens ou des communicants piqués
d'éthique. Ce sont les grands prêtres d'une nouvelle religion
dégagée des pensées traditionnelles, mais synthétique et nous
épargnant la nécessaire réflexion par rapport aux problèmes
posés par l'évolution technique et sociale. Les sujets sur
lesquels ils sont interrogés sont souvent ceux qui font la une des
journaux, donc surtout du sensationnel sélectionné par les
rédacteurs en chef. Leurs réponses doivent être données à chaud,
dans l'instant, le temps médiatique est court, ultracourt, le sujet
d'aujourd'hui est rarement celui de demain.
A l'image de mes maîtres, j'ai tenté de rédiger non pas ma
biographie à travers mon expérience personnelle mais plutôt des
réflexions souvent réactionnelles à l'occasion de faits de société,
de faits du quotidien. Le fil conducteur est donc plutôt sous la
forme de courtes notes que de chapitres construits. La rédaction
d'articles médicaux et scientifiques (plus de 300), de chapitres
de livres (plus de 30), n'a pas suscité chez moi l'envie d'écrire,
une nouvelle fois, sous la même forme. Décrire sa carrière, la
vie hospitalière, les patients qui ont peuplé notre quotidien, les
étudiants ou les élèves auxquels vous avez tenté de transmettre
12
un savoir difficilement acquis, d'autres l'ont déjà fait et ma
contribution personnelle ne serait qu'un témoignage supplé-
mentaire. Un de mes collègues et amis a eu le courage de
s'attaquer au langage médical dans une sorte de mission ency-
clopédique, ou bénédictine, pour en décrypter l'origine et
l'évolution. Il lui a fallu beaucoup de temps et de talent pour
écrire Mots et Maux et beaucoup d'humilité pour le signer sous
un nom d'emprunt Omicron.
Les quelques réflexions que j'ai voulu partager évitent les sujets
comme le clonage, la fécondation médicalement assistée, la
thérapie génique… Sujets brûlants, d'actualité, mais souvent
plus spéculatifs que la réalité à laquelle nous sommes confron-
tés. Les problèmes existent. Est-il nécessaire de s'inventer des
questions, en imaginant que nous saurons mieux anticiper des
difficultés que nous ne savons régler aujourd'hui ?
























13
Introduction


La médecine et la recherche médicale sont complètement intri-
quées avec le développement des sciences dites « dures » ou
expérimentales, mais aussi avec celui de la philosophie et de
l'abstraction. De l'Antiquité à nos jours, la conception du monde
en éléments est la base de la chimie et de la biologie, mais c’est
autant le fruit de théories que d'expériences démontrant leur
existence.
La médecine qui est plutôt un art humain, fruit de l'expérience
et du savoir, veut devenir scientifique ou evidence based medi-
cine (médecine basée sur les faits). Il s'agit en fait d'appliquer à
la médecine une méthodologie uniformisant les pratiques par
rapport à un état donné de la connaissance. L'histoire de
l'utilisation de l'aspirine en est une bonne illustration. L'écorce
de saule qui contient les constituants chimiques de l'acide
salicylique a été utilisée depuis des siècles en potion, en
application, pour ses propriétés antidouleur et lutter contre la
efièvre. Au début du XX siècle, la chimie allemande, leader
mondial, réussit à fabriquer une aspirine chimiquement pure :
l'acide acétylsalicylique. Bayer restera jusqu'à nos jours le
principal fabricant d'aspirine. Ses indications restent celles de la
tradition, fièvre et douleur, sans qu'aucun essai clinique ne
témoigne de son efficacité. L’aspirine soulage cependant de
nombreux utilisateurs sauf ceux qui souffrent de l'estomac ou
ont une tendance au saignement. Elle connaît une nouvelle
époque grâce à une observation faite chez les rhumatisants,
grands consommateurs d'aspirine, qui faisaient moins d'acci-
dents vasculaires. Un peu de connaissances sur les effets de
l'aspirine sur les plaquettes (cellules du sang responsables de
l'arrêt du saignement) et on organise des essais cliniques regrou-
pant des milliers de patients pour démontrer le bien-fondé du
traitement par l'aspirine dans la prévention, voire le traitement
des maladies vasculaires et cérébrales. La médecine scientifique
a aussi commencé son cheminement à partir des années 1960 et
ce chemin est aujourd'hui plus qu'une autoroute difficilement
contournable. A côté de cette démarche médico-statistique sont
15
enées, au XIX siècle, la médecine et la pathologie expérimen-
tales.
Claude Bernard est l'élève de Magendie, on est toujours le fils
ou l'élève de quelqu'un ; les médecins des hôpitaux de Paris, qui
sont souvent issus de grandes familles médicales, sont tous
enfants de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Claude
Bernard allie à une connaissance anatomique, une culture des
techniques cliniques et un grand sens de l'observation. Cet
abord de la médecine est un peu oublié aujourd'hui au profit de
la médecine statistique, base de l'épidémiologie qui n'explique
rien mais confronte la simultanéité d'événements. L'exemple le
plus frappant est la recrudescence des cancers du poumon chez
les femmes parallèlement à leur consommation tabagique :
l'humoriste constatera la même corrélation avec la disparition
du porte-jarretelles remplacé par les collants. C'est dire que
corrélation ne veut pas dire relation de cause à effet et que les
expériences chez l'animal peuvent conforter la notion de
causalité.
Claude Bernard utilisait la chimie pour doser le sucre dans le
sang et pour démontrer le rôle du foie et du pancréas dans la
physiologie et la pathologie. La chimie du vivant a franchi des
e étapes considérables dans la deuxième moitié du XX siècle
avec les découvertes des hormones, des médiateurs chimiques,
des éléments du code génétique. La même chimie a révolu-
tionné le monde du médicament en passant de l'extrait végétal
ou animal aux produits de synthèse. L'histoire de la chimie est
donc très liée à celle de la médecine.












16