Le Sida autour de moi

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Le Sida inspire de la terreur à tous ceux qui ont vu tant de malades décharnés ! Dans la tradition, un cadavre ordinaire ne rebute pas à cause de son aspect "d'homme qui dort". Le corps d'un homme mort du Sida n'a pas d'aspect, mais revêt l'image "d'un cadavre mort". Aujourd'hui, quand on vient à évoquer "la maladie du siècle" dans les conversations, le mal n'est plus pour l'auteur un écho lointain, mais un défilé de visages d'amis disparus. Et chaque visage possède sa propre histoire du Sida. Une réflexion sur le sida aujourd'hui en Afrique Noire.
Publié le : dimanche 1 février 2004
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EAN13 : 9782296346499
Nombre de pages : 138
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LE SIDA AUTOUR DE MOI

Alfred Yambangba SA WADOGO

LE SIDA AUTOUR DE MOI

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur

Ma première campagne électorale, Imprimerie de la Savane, Bobo-Dioulasso, 1979 Le métier de vulgarisation agricole, Imprimerie de la Savane, Bobo-Dioulasso, 1980 La question des ONG au Burkina Faso. Le difficile dialogue avec les peuples, publié en italien avec le concours du Ministère italien de la Coopération et des Affaires Etrangères, Edition L'Arciere Cuneo, 1988
Répertoire des Organisations PNUD, Lomé, 1992 Non Gouvernementales en Afrique,

Le Président Thomas Sankara. Chef de la révolution 1983-1987. Portrait, L 'Harmattan, Paris, 2001

burkinabè :

L'école de mon village: L' Harmattan, Paris, 2002

1936-1958.

Un élève

raconte,

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5723-5 EAN : 9782747557238

A ma femme, Germaine, la première et la dernière lectrice de mes manuscrits, à la recherche de traîtres coquilles souvent bien cachées; A Marie-Thérèse Houtain, toujours aussi fidèle dans son rôle de correctrice de mes textes, malgré une santé préoccupante ces derniers mois; A mes enfants, aux enfants de mes amis et à tous les enfants du monde! Pour combien de temps encore devons-nous ressentir des frissons de peur en pensant à vous, nos enfants, qui ne réalisez pas toujours que la mort est là, dans vos frivoles

aventures sexuelles dites « pour essayer voir». ..
Ouagadougou (Burkina Faso) le 10 août 2003 Alfred Yambangba Sawadogo

Je salue la mémoire de toutes les victimes de la pandémie du Sida. Aux familles éplorées, je présente mes condoléances les plus émues. Par respect pour les personnes et pour leurs familles, les noms des victimes de la maladie évoqués dans ce livre, ont été changés alors que les faits restent authentiques. Ouagadougou le 10 août 2003 A. Y. S.

SOMMAIRE

1. LA MEMOIRE COLLECTIVE ET LA VA~IOLE

Il

2. LES DEBUTS DU SIDA DANS LE VILLAGE ...15 3. LES DIVERSES APPELLATIONS DU SIDA
AU VILLAGE 19 31

4. ET LES MOUSTIQUES DANS TOUT ÇA ? .. 5. SIDA: O~IGINE PEU CLAIRE? 6. LE LEVIRAT ET SES MEFAITS 7. LA CONTAMINATIONPA~LES
AUTRES VOIES 8. LE SIDA: LA MALADIE QUI FAIT PEU~

35 37

51 53

9. LA VIE SEPAREE DES COUPLES
10. «DENISE SI FRAGILE »

77
81

Il. LE SIDA A TRA VE~S DES VISAGES
D'AMIS. . .. . .. . .. . .. . . . . .. . .. . .. . ... . .. . . . . ... . ... . .. . .. . . ... 89

12.« COMMENT

J'AI ECHAPPE AU SIDA»

101 123

13. COURAGEUSE ATTITUDE 14. DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DES MALADES DU SIDA ET DES SEROPOSITIFS

131

15. UN CENTRE D'ACCUEIL DE MALADES
DU S IDA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . .. 135

1. La Mémoire Collective et la Variole
Dans mon village, la mémoire collective se souvient encore de ce que fut la grande épidémie de la variole. Ce qui caractérise cette maladie, ce sont les très nombreux boutons purulents qui parsèment le corps du malade. Il y eut de nombreux morts. Les gens avaient vite remarqué que la maladie était très contagieuse, de par son expansion rapide au sein d'une famille, ou simplement en constatant que le mal gagnait les villages de proche en proche. Alors, les chefs interdirent la tenue des marchés qui avaient lieu tous les trois jours; ils interdirent aussi les célébrations des funérailles qui rassemblaient des foules et, par extension, tout déplacement de personne d'un village à un autre. Puis les malades furent mis en quarantaine; chaque village construisit son camp de malades de variole à l'écart des habitations, avec une organisation autonome interne de la vie quotidienne de manière à supprimer tout contact entre les malades et les bien portants. La médication traditionnelle consistait à boire des décoctions de certaines feuilles et racines de plantes médicinales. Si les pustules poussaient très nombreuses sur la poitrine, les villageois en concluaient que les poumons étaient perforés ou le cœur atteint. Dans ce cas, le malade avait très peu de chance de guérir, ces organes étant considérés comme les plus vitaux. Par contre, si les pustules étaient plus nombreuses sur le visage, le malade avait beaucoup de chance de survie, rien de vulnérable n'étant en dedans du visage, pensaient-ils. Des familles entières furent décimées par la maladie. Le concept que les gens avaient de la variole:

Il

« c'est une maladie qui transperce le corps de part en part à la manière d'une quenouille à partir du dedans» (un instrument traditionnel pointu comme une flèche servant à filer le coton). Le nom local de la maladie est le « guênndba », ce qui veut dire « quenouilles ». La raison de cette appellation est que les cicatrices indélébiles que laisse la maladie sur le corps, sont semblables aux traces de la quenouille sur le sol de la case, quand les femmes filent le coton. Chez certaines personnes, ces cicatrices ressemblent à des grains de gros mil qui parsèment le visage et le rendent très laid. «A la vérité, déclare un ancien, la maladie s'est estompée quand seulement les vaccinations de masse furent entreprises par «le blanc»; la maladie avait été surtout meurtrière dans les milieux où le lait de vache était quotidiennement consommé, notamment parmi les éleveurs. (Quelle observation! Jenner, savant britannique qui trouva le vaccin contre la variole en 1852, avait fabriqué les premiers vaccins à partir de pis de vaches qui avaient contracté la « variole des vaches» ou petite vérole) ; moi, j'ai été vacciné à l'âge de quatre ans; ma mère me l'a dit et j'en porte encore les cicatrices à mon bras gauche. (Il tend son bras décharné et me montre en effet la cicatrice encore visible après 89 ans, son vaccin datant de 1913 ! Quelle mémoire I). Ce jour-là, poursuivit-il, toute la population avait été convoquée à la grande place du village. La vaccination avait duré trois jours. Le roi Naba Tanga venait de succéder à son père depuis seulement trois ans (1917). C'est beaucoup plus tard que les enfants furent vaccinés contre la rougeole et la forte mortalité infantile due à cette maladie s'estompa progressivement. Il y

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eut aussi les traitements contre « le toumma et le zankara » (le pian et la gale), mais là, ce n'était pas des vaccins, mais des injections faites uniquement aux malades. Enfin, il y eut le «kounoukougou» (la maladie du sommeil). Le malade passe tout son temps à dormir et maigrit à vue d'œil jusqu'à ce que mort s'ensuive. Quant à la méningite, au plus fort des épidémies répétitives dans le village, les malades avaient été chaque fois isolés dans un camp, loin des habitations. Cette fois encore, les vaccinations répétées ont fini par affaiblir la virulence des épidémies. Il reste maintenant à vaincre «la grave maladie du siècle» et là, tout le monde reste plongé dans l'inquiétude». - Dans l'inquiétude? - Oui, dans l'inquiétude! Parce que le vaccin tarde à venir. Or, par où la maladie nous arrive, c'est-à-dire par l'union entre l'homme et la femme, je peux affirmer que cette maladie n'aura pas de fin. Parce que de tout temps et quoi qu'il lui en coûtera, l'homme « cherchera» la femme. Déjà, il n'existe pas de village dans les environs, ou même de famille, où cette maladie n'a pas encore fait de victime. Et ce qui est grave, c'est que cette maladie est silencieuse, hypocrite, seulement visible quand les dégâts sont déjà irréparables. On nous parle de «capautte» (pour capote) ; comment du jour au lendemain te décider à utiliser une telle chose? Quelles explications donner? Mes femmes me recommanderont-elles cet usage? Pourquoi le feraient-elles? Parce que l'une d'elles m'aurait cocufié avec un homme atteint de la maladie? D'abord, elle ne saura pas que cet homme porte la maladie parce que rien ne le montre. Et même si cela était,

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