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Psychiatrie en Afrique, l'expérience camerounaise

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 348
EAN13 : 9782296339972
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Léon FODZO

PSYCHIATRIE EN AFRIQUE L'EXPÉRIENCE CAMEROUNAISE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Santé, Sociétés et Cultures dirigée par Jean Nadal et Michèle Bertrand
Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d'un champ culturel et linguistique, d'un imaginaire social, des mythes et des rituels? Qu'en est-il alors du concept d'inconscient? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire. Dernières parutions : L'homme maghrébin dans la littérature psychiatriqut;, R. Berthelier. Promouvoir la santé, Dr. M. Bass. Le diable et le bon sens. Psychiatrie anthropologique de l'Afrique Noire à l'Europe, D. Schurmans. Une psychiatrie moderne pour le Maghreb, Gh. El Khayat. Les cultes du corps. Ethique et sciences, B. Andrieux. L'enfant et l'eau (sous la direction de J. Le Camus, J.-P. Moulin, C. Navarro). Gestions religieuses de la santé, F. Lautman, 1. Maitre (eds.). Pères et bébés, J. Le Camus. Psychothérapie des femmes africaines. D. Lutz-Fuchs. Les Racines criminelles, P. Delteil Thérapies corporelles des psychoses, G. Pons Carrefours sciences sociales et psychanalyse, B. Doray et JM Rennes La décision sur soi, A. Lacrosse. Psychopathologie de la Côte d'Ivoire, D. Tchichi. La perception quotidienne de la santé et de la maladie, Flick Uwe. Le père oblitéré, L. Lesel. La démiurgie dans les sports et la danse. N. Midol Sujet, parole et exclusion, F. Poché L'interculturel de la psychosociologie à la psychologie clinique, D.Paquette Clinique de la reconstruction; une expérience avec des réfugiés en exYougoslavie, A. Chauvenet, V. Despret, J-M. Lemaire. Yo Garéï, G. Dorival. Communication et expression des affects dans la démence de type Alzheimer par la musicothérapie, S.Ogay Adoption et culture:de la filiation à l'affiliation sous la direction de S. Dahoun. Thérapiefamiliale et contextes socioculturels en Afrique Noire, G. Dimy Tchetche. @ Éditions l'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5381-3

INTRODUCTION

La psychiatrie en Afrique, c'est aujourd'hui une réalité dont on peut parler. Mais c'est une réalité parfois contestée, de l'intérieur comme de l'extérieur du continent. L'existence des services de psychiatrie ou services pour fous est connue sinon de tous du moins de la majeure partie de la population. Même ceux qui vivent loin des grandes métropoles africaines en ont entendu parler: en bien ou en mal, parfois à travers des anecdotes qui circulent sur quelques-uns des soignants qui y ont travaillé. Des citadins de ces villes hospitalières et même certains professionnels de la santé travaillant dans la même enceinte que celui logeant ces services pour malades mentaux ne savent pas toujours ce qui se passe dans ce lieu mais ils ont chacun leur petite idée là-dessus. C'est donc dire que ce rayon de la médecine ne laisse indifférent aucun de ceux qui sont informés de son existence. Des faits de maladie mentale éclatent de temps à autre sur les lieux publics et défraient les chroniques gourmandes qui s'étalent à la une des journaux locaux et nationaux. C'est à chaque fois une nouvelle occasion offerte aux médias pour s'apitoyer sur le sort des malades mentaux négligés ou abandonnés; pour s'attarder sur les conséquences de leur présence dans les rues: agressions potentielles, spectacles de désolation etc... Ces articles se terminent régulièrement par la 5

condamnation plus au moins voilée du personnel soignant, la critique des forces du maintien de l'ordre qui laissent se pavaner en toute liberté dans les rues de la ville des malades dont la vocation est d'être enfermés. Les médias, souvent proches du pouvoir, font de rares et discrètes allusions à la santé publique, et jamais à celle du pouvoir politique. Ces attitudes constituent en réalité un rejet de la maladie mentale et de tout ce qui gravite autour. Douala représente l'une des trois grosses agglomérations urbaines camerounaises sujettes à de tels phénomènes. Mais qu'est-elle en fait cette psychiatrie en Afrique? Peut-on augurer de son avenir?

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PREMIÈRE PARTIE
LA PSYCHIATRIE A DOUALA

Douala est la plus importante ville du Cameroun: en peuplement, en êconomie, en brassage des populations et de cultures. Le Cameroun compte parmi les pays africains dont l'avenir est des plus prometteurs avec des potentialités riches et variées, avec une économie florissante. Douala dispose d'un aéroport international moderne qui accueille les gros porteurs, type Boeing 747, d'un port en pleine expansion qui joue en plus le rôle de porte d'entrée de l'Afrique Centrale. Cette ville possède un hôpital général, l'Hôpital Laquintinie, vieilli et vétuste en cours de rénovation, hôpital au sein duquel le service de psychiatrie représente le seul lieu d'accueil et de traitement des malades mentaux de la vaste région sud-ouest du pays. L'hôpital qui porte le nom d'un médecin militaire français, Laquintinie, fut construit en 1931. Le service de psychiatrie y est présent depuis les années 60, avec une organisation qui progressivement se renforce et se spécifie. Nous y avons pris place comme médecin chef de service de neuropsychiatrie en avril 1979 avec un effectif de personnel en poste de dix soignants pour une capacité de 65 lits souvent débordée. Aujourd'hui, onze ans après, l'effectif du personnel n'a guère varié malgré les nombreuses mutations du personnel hospitalier et la création à Yaoundé d'une école de formation supérieure avec une section pour infirmières psychiatriques. On retrouve toujours dans notre service un psychiatre chef de service, un infirmier psychiatrique faisant fonction de surveillant de pavillon, un infirmier diplômé d'Etat, cinq aides9

soignants, un garçon de salle. On dénombre en moins une assistance sociale et nous verrons plus loin comment, dans l'état actuel des choses, la présence de ce corps de métier bien indispensable dans un service de psychiatrie est bien discutable au sein de l'Hôpital Laquintinie et peut-être même partout ailleurs dans la ville de Douala. La secrétaire médicale qui travaille dans le service de psychiatrie doit assurer également le secrétariat de plusieurs autres services (trois ou quatre selon les époques) et s'abstenir d'installer son bureau dans aucun de ces services. Elle doit partager son outil professionnel avec ses collègues dans un local commun de secrétariat médical pour l'hôpital où elles sont alors regroupées. Notons que l'Hôpital Laquintinie compte mille lits d'hospitalisation mais ce chiffre est constamment dépassé parce qu'il représente le seul hôpital général public de la ville de Douala; les dispensaires de quartier récemment transformés en hôpitaux d'arrondissement pratiquent des hospitalisations essentiellement en pédiatrie et en maternité pour les femmes qui doivent accoucher sans complications supposées. Notre service de psychiatrie offre 65 lits d'hospitalisation dont 10 chambres à un lit bétonné pour recevoir et isoler momentanément des malades agités à des moments critiques excluant toute cohabitation possible. Cette capacité totale doit servir à accueillir les patients en provenance des quatre provinces sur les dix que compte le pays. Ces provinces limitrophes de Douala sont: Littoral, Sud-Ouest, Nord-Ouest, Ouest, et totalisent une population de 5,5 millions d'habitants, soit la moitié du Cameroun. En pratique les patients sont issus en majeure partie de la population de Douala (un million d'habitants) et ses environs immédiats (un million d'habitants), les guérisseurs se partagent les malades éloignés de ce centre jusqu'à leur chromisation qui ouvre alors la porte du service de psychiatrie de l'hôpital. Le rythme de rotation doit donc y être rapide. Ill' est en effet: la moyenne de séjour chez nous est de deux à trois mois. 10

Il nous a semblé utile de communiquer notre expérience pratique à Douala, avec les réflexions qu'elle a suscitées en nous. Ce que nous y avons vu et fait pourrait ressembler à ce que d'autres confrères ont rencontré, vécu et exprimé ailleurs en Afrique ou en différer. De ces échanges pourraient naître des éléments permettant de constituer des axes de recherche d'une psychiatrie organisée en Afrique. C'est le souhait que nous formulons en rédigeant ce texte.

Il

CHAPITRE

I :

LES HOSPITALISATIONS

Les malades qui sont hospitalisés dans notre service le sont le plus souvent dans un état de gravité extrême, 90 % d'entre eux y sont conduits par autrui. Quelques-uns de ceux qui viennent d'eux-mêmes consulter pour soins externes pourraient être hospitalisés, malheureusement ils s'y opposent toujours sous divers prétextes: risque de perte d'emploi, de déconsidération par l'entourage, de confirmation de jugements péjoratifs fréquemment portés sur eux par des adversaires, d'exploitation en tous sens de cette situation par leurs ennemis. Parce que les notions d'incurabilité et d'irresponsabilité demeurent encore fortement attachées à la maladie mentale, quel que soit le niveau d'atteinte, plus qu'à toute autre maladie humaine, même d'issue rapidement fatale. L'entourage familial, professionnel ou confessionnel partage ces réticences du patient et attend la plupart du temps les moments d'aggravation aiguë, ceux où la contention physique devient inévitable, pour décider de solliciter l'hospitalisation d'un de ses membres pourtant connu depuis longtemps comme porteur d'un trouble psychique grave. Ainsi on peut grossièrement regrouper les malades qui sont présentés pour être hospitalisés en trois catégories: les états bruyants, les états silencieux, les actes isolés graves. Ce sont tous des 13

urgences qui arrivent à toute heure de la journée comme de nuit. a) Les états aigus bruyants Les états d'agitation typiques sont bruyants et s'accompagnent d'une intense activité verbale et gestuelle. Ils représentent par excellence, aux yeux du public, les états de folie. Ils sont de degrés et de significations variables et comprennent les agitations anxieuses, les agitations avec délire, les agitations confuses avec ou sans onirisme. L'agitation anxieuse Elle apparaît brusquement chez un sujet ordinaire sur le lieu du travail, sur la voie publique, en pleine réunion, au milieu d'un repas de groupe, ou d'une prière, en milieu familial tantôt sans cause apparente, tantôt après une dispute ou une réprimande. Les personnes qui accompagnent le patient à l'hôpital ne lui connaissent parfois aucun facteur déclenchant, ni aucun antécédent. En réalité, très souvent au cours de l'hospitalisation, après que le calme est revenu, l'entourage décrit le caractère irritable, la nervosité d'habitude, du malade présent, parfois ses nombreuses colères disproportionnées pour des désaccords minimes apparus pendant des confrontations du passé. Quelquefois on retrouve la notion d'hospitalisation épisodique de quelques heures dans les années écoulées. C'est un sujet paniqué, aux aguets, qui se présente à vous. Il est silencieux par moments, tonitruant à d'autres selon qu'il s'abandonne abattu et impuissant à son triste sort ou qu'il se débat pour échapper à sa fin qu'il croit imminente ou à cette catastrophe qu'il ne peut ni décrire ni expliquer.

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délirante Le sujet gesticule, s'excite, développe un discours contenu ou abondant avec un ou plusieurs thèmes entremêlés. Son discours est chaotique ou cohérent mais avec une conviction inébranlable qui apparaît d'emblée hors du champ de la réalité quotidienne. TI se présente comme le Messie, arrivé juste à point pour sauver le monde, comme le Président de la République, ou bien il se plaint d'être vendu par un membre de sa famille pour s'enrichir, ou d'être faussement accusé des fautes ou des crimes qu'il n'a pas commis. L'agitation confuse L'état de confusion montre un sujet égaré. Il déambule, questionne en désordre sans logique dans l'agencement de ses interrogations. Il a perdu les repères de sa situation dans le temps comme dans l'espace. Il se perd dans sa maison, recherche inlassablement ses affaires jusqu'aux objets qu'il porte sur son corps: ses lunettes, son porte-monnaie. Il ne sait pas, ou croit faussement savoir, là où il se trouve à cet instant précis. Certains patients âgés ne parlent pas ou murmurent tout seuls un langage inaudible, ou incompréhensible, en l'accompagnant d'une activité gestuelle incessante sans but, sans mouvement positif. Quelques-uns de ces mouvements sont reconnus comme des gestes correspondants à la profession que le patienta exercée dans le passé. Cette désintégration de la conscience et de l'intelligence conduit l'intéressé à ranger sans cesse ses affaires toute la nuit, mettant sa chambre et la maison sens dessus-dessous, communiquant ses insomnies à toute la maisonnée. Les états d'agitation représentent au moins les trois quarts des motifs d' hospitalisation dans notre service (44). Certains individus sont souples, d'autres sont furieux, chargés d'une forte agressivité c1astique sur les objets et sur les personnes. 15

. L'agitation

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b) Les états aigus silencieux Les états aigus silencieux s'opposent aux états d'agitation précédents par la réduction à l'extrême ici des mouvements du corps aussi bien que de l'expression verbale. Tout semble figé jusqu'à la mimique du visage. Ce sont soit des états de mutisme, soit des états d'indifférence. mutisme Le patient ne parle pas spontanément. Même fortement stimulé, il remue tout au plus ses lèvres et n'articule aucune parole. Ce qui ne l'empêche pas d'enregistrer parfois tout ce qui se déroule autour de lui. Il est triste et a perdu le goût de vivre. Le désintérêt vis-à-vis de lui-même comme pour celui du monde qui l'entoure est grand. Il a quitté son travail sans mot dire et s'enferme chez lui en refusant de manger. Il est abattu et triste. Lorsque par moments il consent quelques brides de réponses c'est pour clamer son indignité à vivre ou son mnocence.

. Le

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L'indifférence

Dans d'autres situations le malade n'est ni triste, ni gai. Il est indifférent à tout, mais malléable à volonté: répond si on lui parle, s'alimente si on le lui demande. Ignorant toute spontanéité et toute initiative, il est dans un état de passivité exemplaire.

Les plaintes silencieuses Le contact existe bien entre le patient et autrui, ou entre lui et le médecin. Il n'est ni agité, ni manifestement agressif. Tout simplement il se plaint des symptômes pathologiques qui le font souffrir; il se plaint aussi à travers un délire dans lequel il accuse une situation intolérable ou une tierce personne. Cette femme de trente ans que nous avons consultée ne pouvait plus sortir de chez elle - parce que tous les hommes qui la fixaient du regard cherchaient à la violer. Elle était persuadée que ceux 16

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qui venaient dans son salon, petits ou grands, et qui venaient chercher son mari ou ses enfants la violaient pendant son sommeil. C'est ainsi qu'elle ne dormait plus à midi, ne sortait plus au salon que tard dans la nuit à l'heure où tous les visiteurs étaient censés être rentrés chez eux et les portes du salon verrouillées. Ces malades assiégés par des idées bizarres suggèrent souvent eux-mêmes l'idée de l'hospitalisation ou acceptent facilement celle proposée par leur famille. Pour échapper à l'esprit maléfique qui habite leur maison. L'hospitalisation représente alors un refuge, et intervient parfois après plusieurs changements successifs de domicile. Ces changements d'habitation et de quartier n'ont rien modifié au contenu et à l'intensité des idées qui les poursuivent. c) Les actes isolés graves En dehors des crises d'agitation et des crises douces, de nombreux malades sont hospitalisés pour des actes, uniques ou répétés, jugés dangereux. Même si dans l'intervalle des faits le comportement redevient normal. La tentative de suicide est le plus honni de ces actes. Dans certaines campagnes de l'Ouest-Cameroun l'homme jeune qui se pend (cas le plus fréquent) reçoit comme premier traitement lorsqu'il est dépendu vivant, avant même tout interrogatoire, une bastonnade copieusement administrée. Cette correction unique suffit la plupart du temps pour le guérir de cet acte et des idées de mort. L'agressivité de degré important, sans cause apparente ou jugée disproportionnée quant au conflit causal, représente un autre motif important d'hospitalisation. C'est le cas du sujet qui a réuni tous ses effets vestimentaires, documentaires, ou 17

mobiliers et immobiliers, pour y mettre le feu. C'est le cas aussi du sujet qui a blessé sauvagement un familier ou mortellement un inconnu rencontré sur son chemin. Des vitrines alléchantes de certains commerces ou des véhicules décorés semblent avoir exercé un attrait certain sur plusieurs malades que nous avons hospitalisés sur ordre des pouvoirs publics. Les fugues de plusieurs jours ont fourni l'occasion de maintes hospitalisations. Si certaines d'entre elles se sont révélées faire partie d'un syndrome démentiel, d'autres par contre sont d'authentiques fuites confusionnelles de crises d'épilepsie. d) Regroupement nosographique

Nous avons mentionné dans une étude antérieure (44) le chiffre de 397 patients hospitalisés dans notre service en 1982. D'année en année les nouveaux chiffres obtenus s'en éloignent peu, ils oscillent entre 300 et 400 et peuvent être repartis ainsi qu'il suit par ordre de grandeur décroissante. Cette classification thérapeutique et clinique ainsi que l'évolution de la maladie permettent souvent de les affiner et de les reclasser dans la nosographie officielle. 1°) Psychoses aiguës

Nous regroupons sous cette appellation les psychoses brusques qui apparaissent d'emblée chez des sujets jeunes ou adultes. Bouffées délirantes polymorphes Le délire apparaît d'emblée chez un sujet sans problème psychiatrique connu. Avec un polymorphisme des thèmes qui n'ont pas de lien logique entre eux. Le délire est toujours 18

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intensément vécu par le malade et les mécanismes délirants sont aussi multiples que les thèmes hallucinations psychosensorielles, psychiques, interprétations, convictions, intuitions etc...

. La confusion mentale
Le trouble de la conscience est marqué: il va de la simple obnubilation à la stupeur. La désorientation temporo-spatiale fait du malade un sujet égaré: il ne se retrouve plus dans ses repères (date, année, espace de vie), il s'égare dans sa maison ou dans sa chambre. Souvent il vit une expérience délirante onirique: il vit et agit les hallucinations visuelles, auditives, qui s'emparent de lui, dont les thèmes sont professionnels, mystiques, érotiques, ou des visions d'animaux dangereux. Les signes physiques et biologiques sont parfois présents et se rapportent alors aux causes organiques ou toxiques de ces confusions. maniaque C'est un état d'excitation psychique et motrice intense avec exaltation de l'humeur, hyperactivité motrice, qui aboutissent à un trouble de l'idéation (avec fuite des idées avec fabulation, pensée optimiste) et de l'activité (avec agitation, dispersion, impulsions). dépressif Certains de ces accès se signalent d'emblée par des actes graves. Nous avons reçu deux individus présentant des automutilations graves sur leur sexe. Il n'y avait pas de modification notable de leur humeur mais ils paraissaient préoccupés par quelque chose. C'est l'interrogatoire qui permettait de mettre en évidence des signes dépressifs. L'un était en rupture conjugale, sa femme venait juste de le quitter et ce départ lui paraissait définitif, irréversible. L'autre souffrait depuis longtemps de troubles de la sexualité. Ces deux automutilations ne s'inscrivaient pas dans un tableau 19

. L'accès

. L'accès

schizophrénique (l'évolution l'a confirmé) et ne signifiaient pas une tentative de suicide comme on pouvait le penser d'emblée. Les accès délirants atypiques Ici, tantôt l'âge jeune des sujets s'associe à des bizarreries de comportement, au niveau verbal (altération de syntaxe, création de langage nouveau), psychomoteur (stéréotypie des gestes, rires immotivés) ou affectif pour orienter vers le diagnostic de schizophrénie et opter pour une hospitalisation; tantôt c'est l'âge avancé, au-delà de la soixantaine, qui va faire évoquer un syndrome démentiel et conseiller un traitement ambulatoire que la famille refuse très souvent. Parce qu'elle pense que des troubles aussi graves ne peuvent se soigner efficacement qu'en milieu hospitalier. Les décompensations névrotiques aiguës doivent pouvoir trouver leur place dans ce groupe de psychoses aiguës, parce que les malades connus et traités habituellement en externe pour une névrose caractérisée viennent de franchir un autre pas en entrant dans un état d'agitation aiguë, dans une crise névropathique spectaculaire, dans un acte de conduite suicidaire. C'est ainsi que nous avons hospitalisé secondairement plusieurs malades porteurs de névrose obsessionnelle et de névrose hystérique, certains d'entre eux ayant fait plusieurs crises de même type et ayant été hospitalisés respectivement et successivement à Douala puis à Yaoundé ou vice-versa. 2/ Psychoses chroniques

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Schizophrénie

Le malade chronique schizophrénique, est connu du service de psychiatrie pour y avoir déjà séjourné une ou plusieurs fois. Parfois il errait dans l'hôpital depuis plusieurs 20

semaines et a fini par agresser un personnel soignant ou un malade dans un autre service, ce qui a conduit ceux-ci à le faire hospitaliser. Parfois il n'a agressé personne mais sa présence paisible dans un fond de couloir a inquiété les occupants du voisinage. Le personnel de service de psychiatrie est souvent faussement alerté par les autres services ou les autorités de l'hôpital pour les sans-abri qui cherchent refuge et qui sont assimilés aux malades mentaux. Le schizophrène chronique est un malade délirant dessocialisé dont la conduite et le comportement sont inadaptés. Il est incohérent, apragmatique, ne manifeste aucun intérêt évident. La plupart d'entre eux arrivent dans le service après un circuit de plusieurs années dans les traitements traditionnels chez des guérisseurs. Psychose hallucinatoire chronique Ce sont les plus fréquentes des psychoses hospitalisées dans notre service après les psychoses schizophréniques. Psychoses puerpérales L'isolement de ce groupe de celui des psychoses aiguës est artificiel. Elles pourraient y trouver leur place car elles sont souvent d'apparition soudaine. Nous avons rassemblé ici les psychoses aiguës ou lentement constituées dans les limites d'une maternalité, qui apparaissent pour la première fois soit durant la grossesse soit dans les huit premiers mois suivant l'accouchement chez une femme jusque-là indemne de tout problème psychiatrique. Il est évident que chez certaines d'entre elles la maternalité n'a fait qu'exacerber les difficultés psychologiques mineures latentes. En fait ces cas de psychose sont nombreux et s'expriment sous différentes formes: dépressions, confusions mentales prédominantes; même celles qui sont transférées directement de la maternité distante seulement de deux bâtiments de notre service ne parviennent pas toutes en psychiatrie. Les réticences sont nombreuses: de la famille, des époux, des patientes elles-mêmes. Certaines aboutissent en psychiatrie après des drames effroyables dont 21

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les bébés récemment accouchés sont les victimes. Ces drames défraient la chronique des journaux à sensation qui vont jusqu'à informer le public que la police a fait enfermer les criminels dans les cabanons du service de psychiatrie. Et le service est ainsi offert au badaud qui veut voir les femmes qui ont tué leurs enfants. pathologies D'autres symptômes plus disparates sont de temps en temps l'objet d'une hospitalisation: l'insomnie rebelle, crises épileptiques suivies de troubles psychiatriques graves. Mais on doit noter que certaines psychoses confusionnelles se révèlent en cours d'hospitalisation être la suite de crises d'épilepsie compliquée. Tableau 1 Hôpital Laquintinie de Douala: Juillet 1986 Ca acité = 1000 lits d'hos italisation Infirmiers toutes catégories = 206 dont un spécialisé en s chiatrie Aides-soi nants = 154 dont cin travaillent en s chiatrie 36 médecins et dentistes dont un s chiatre.

. Autres

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