//img.uscri.be/pth/f0b05e085d6bb2908980cc2990a549c830a53d71
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Réflexions sur l'infection à Virus VIH

De
176 pages
Et si le SIDA permettait d'inventer la médecine de demain ? Telle est l'hypothèse de l'auteur. Dans la nuit de l'inconnu, de l'angoisse, de l'effroi, médecins et malades, main dans la main, ont défriché des terres inconnues. Ils ont ainsi trouvé une médecine nouvelle, plus proche de l'individu. Ces hommes et ces femmes, réunis dans l'adversité, ont pris conscience du fait que la parole aimante, sincère et vraie est le meilleur remède contre le mal et la solitude.
Voir plus Voir moins

REFLEXIONS
SUR L'INFECTION A VIRUS VIH(Ç)L'Harmattan, 1998
ISBN: 2-7384-7272-9Thierry DIGNAND
REFLEXIONS
SUR L'INFECTION A VIRUS vrn
A
Etre soi
POSTFACE DE
M. LE PROFESSEUR JEAN- PAUL ESCANDE
Éditions L'Harmattan L 'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École-Polytechnique
Montréal (Qc) - CANADAH2Y lK975005 ParisCollection Santé, Sociétés et Cultures
dirigée par Jean Nadal
Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y
apporter des remèdes, hors d'un champ culturel et linguistique, d'un
imaginaire social, des mythes et des rituels?
Qu'en est-il alors du concept d'inconscient?
Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures
propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus
près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire.
Dernières parutions
Psychopathologie de la Côte d'Ivoire, D. TCHECHE.
La perception quotidienne de la santé et de la maladie, FLICKUWE.
Le père oblitéré, L. LESEL.
La démiurgie dans les sports et la danse, N. MIDOL.
Sujet, parole et exclusion, F. POCHÉ.
L'interculturel de la psychosociologie à la psychologie clinique,
D.PAQUETIE.
Clinique de la reconstruction.. une expérience avec des réfugiés en
exYougoslavie, A. CHAUVENET, V. DESPRET,J-M. LEMAIRE.
Yo Garéi; G. DORIVAL.
Communication et expression des affects dans la démence de type
Alzheimer par la musicothérapie, S.OGAY.
Adoption et culture:de la filiation à l'affiliation sous la direction de S.
DAHOUN.
Thérapiefamiliale et contextes socioculturels en Afrique Noire, G. DIMY
TCHETCHE.
Psychiatrie en Afrique, l'expérience camerounaise, Léon FODZO.
Santé, jeunesse et société. La prise en charge des jeunes /8-25 ans au
sein d'un Service de Prévention à l'hôpital, B. N. RICHARD.
L'OMS: bateau ivre de la santé publique, Bertrand DEVEAUD, Bertrand
LEMENNICIER.
Médecine des philosophies et philosophie médicale, J CHAZAUD.
Pour une clinique de la douleur psychique, M. BERTRAND.
L'adolescence en créations. Entre expression et thérapie, J.L. SUDRES,
P. MORON.
Psychiatrie en Côte-d'Ivoire et contexte socio-culturels, Georges
TCHETCHEDIMY.
Sociologie de la santé, Alphonse D'HoUTAUD.Ce livre est dédié à Jean-Philippe Laporte."La médecine est de toutes les professions la plus noble; et
cependant, par l'ignorance et de ceux qui l'exercent et de ceux qui
les jugent à la légère, elle est dès à présent reléguée au dernier
rang. Un aussi faux jugement me semble provenir principalement
de ce que la profession médicale seule n'est, dans les cités,
soumise à aucune autre peine qu'à celle de la déconsidération; or, la
déconsidération ne blesse pas les gens qui en vivent. Ces gens
ressemblent beaucoup aux figurants qu'on fait paraître dans les
tragédies; de même que les ont l'apparence, l'habit et le
masque d'acteurs, sans être acteurs, de même, parmi les
méde1cins, beaucoup le sont par le titre, bien peu le sont par le fait."
Hippocrate, De l'Art médical, Paris,
Le Livre de Poche, 1994, pp. 84-85.INTRODUCTIONLe SIDA a déjà fait couler beaucoup d'encre. Pendant de~
années, chaque mois ou presque apportait sa floraison d'ouvrages
sur le sujet: médecins, sociologues, philosophes, psychologues
prenaient à tour de rôle la plume pour donner leur point de vue.
Des malades témoignaient de leur vécu. Des romans, des pièces
de théâtre ont été écrits autour de cette pathologie. Il est vrai que
nous vivons à l'heure du village planétaire et que l'irruption d'une
mort nouvelle, causée par un virus inconnu jusqu'à une période,
somme toute, bien récente, ne peut que surprendre. Mais l'effet
de sidération a été d'autant plus fort que nos sociétés, en proie au
vertige du vide, voulaient croire en une science et une médecine
toutes puissantes. Des victoires réelles avaient certes été
acquises, permettant d'accréditer cette thèse. Ainsi l'OMS
(Organisation Mondiale de la Santé), organisme prestigieux s'il
en est, venait de déclarer que, pour la première fois dans l'histoire
de l'humanité, un fléau, en l'occurrence la variole, venait d'être
éradiqué de la surface de la planète. Désireux de séduire leurs
électeurs potentiels, nos politiques n'avaient pas peu contribué à
entretenir cette illusion. Ainsi Nixon, au début des années 1970,
avait promis au monde une victoire sur le cancer avant la fin de la
décennie. L'homme s'en était peu à peu pris à rêver: n'était-il pas
sur le point de devenir invulnérable? N'allait-il pas, enfin, accéder
au statut d'immortel? Et patatras, subitement, le mirage
s'évanouit. La mort, que nos sociétés avaient trop tendance à oublier,
refait son apparition, tfappant en priorité la jeunesse via la
sexualité. Eros ouvre la porte à Thanatos.
Pour la première fois les malades se sont organisés pour prendre
en main leur destin. Des associations se sont créées. Elles ont
largement contribué à l'ample médiatisation de l'affection et sont
parvenues de ce fait à sortir la maladie de l'anonymat, du ghetto
dans lequel elle se trouvait initialement enfermée. Les
gouvernements des pays occidentaux, prenant peu à peu conscience de
l'ampleur et de la gravité du problème, ont débloqué des sommes
importantes pour la prévention, la recherche. En Occident, à ce
Iljour, la peur et l'exclusion ont été à peu près contenues, voire
évitées.
Depuis un an cependant, le SIDA fait beaucoup moins "recette".
L'intérêt du public s'est, semble-t-il, brutalement déplacé.
L'emploi, l'insécurité, la citoyenneté monopolisent l'information. Les
médias, considérant que la maladie est "passée de mode", n'y
consacrent désormais que peu d'espace. La maladie se banalise.
Alors pourquoi écrire mais aussi pour qui écrire? Je me suis
longtemps posé la question. Par besoin personnel certainement.
Pour donner un sens à mon combat, à mon existence. Pour
maintenir parfois un fil avec la vie. Mais surtout, parce que j'ai
l'impression que mon vécu de malade et les questionnements
auxquels j'ai été confronté peuvent être utiles à d'autres:
personnes atteintes tout d'abord, qui ont ou auront à vivre cette
expérience de cohabitation avec un virus potentiellement mortel;
proches ensuite, souvent désemparés face au mal; soignants enfin
dont je tiens à remercier sincèrement le dévouement de tous les
instants. Il s'adresse en premier lieu aux personnes atteintes par
l'infection à VIH, mais aussi à toute personne concernée de près
ou de loin par une maladie grave, invalidante, une maladie
chromque.
Cela fait déjà quatorze ans que je dois m'habituer à l'idée d'avoir
une vie un peu plus brève que la moyenne des êtres humains, que
je suis quotidiennement confronté à la peur, au tàit d'avoir une
santé fragile. J'en suis peu à peu arrivé à la conclusion que cette
précarité pouvait être un moteur pour accomplir ce que je crois
au plus profond de mon être, une manière aussi de lutter contre
l'angoisse qui saisit et glace si on tente d'extraire ce que l'on sait
enfoui au fin fond de soi. Je n'ai, en effet, rien à perdre. QueUe
chose plus formidable y a-t-il que de vivre sa vie, ses idées,
jusqu'au bout? Il y a longtemps que les honneurs, l'argent ne sont
plus mes motivations. Je pense profondément que de cette
pandémie, mal effioyable, peut ressortir un bien si nous nous attelons
tous à la tâche. Elle a en effet déjà permis de modifier
profondé12ment le visage de la médecine qui y a gagné en humanité. Le
malade tend, de plus en plus, à devenir un partenaire à part
entière du système de soins. Cette évolution est, je pense,
inéluctable et salutaire. Des progrès considérables restent toutefois à
accomplir pour que l'hôpital devienne un pôle d'excellence
humaine. C'est toutefois possible compte tenu de la grande
humanité des personnels qui y travaillent, du savoir qui s'y accumule,
année après année.
Mais tout ou presque reste à accomplir pour que les malades
retrouvent la place que la Cité devrait leur accorder de tous
temps: une place digne, une place de personne souffiante, une
place de personne mourante parfois. Une place d'homme
certainement. Pour ce faire, il est nécessaire que le combat contre la
maladie devienne un, que les énergies dépensées contre tel ou tel
fléau se capitalisent enfin, au lieu de s'éparpi11er, de s'atomiser
comme nous le voyons trop aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'opposer
le cancer au SIDA, l'insuffisance respiratoire aux troubles
cardiaques. Ces querelles de clocher sont ridicules et dépassées. Elles
font perdre un temps et une énergie considérables, nécessaires à
d'autres luttes.
Et si pour cela, il fallait bouleverser nos habitudes, nos façons de
voir les choses, s'il fallait repenser la société, en un mot faire de
la politique, j'y suis prêt, cela en vaut la peine. Je souhaite que
nous soyons de plus en plus nombreux à nous engager dans cette
réflexion, dans cette voie. Nos sociétés occidentales sont en
panne, en manque, malades de l'absence de projets mobilisateurs
qui permettraient de surmonter la grisaille du quotidien, qui
donneraient des lignes de force, des perspectives. L'humanité a
besoin d'utopies pour aller de l'avant. Elle a montré de par le passé
qu'elle pouvait accomplir de grandes choses. Puisse cet ouvrage
être ma modeste contribution au défi qui nous est collectivement
lancé, une petite brique dans l'énorme édifice à construire. Il
tente de pointer nos carences, afin que nous puissions y remédier.
L'infection à VIH, par les tensions qu'elle induit, met en évidence
13les fractures de notre société. Une grande politique de santé
publique fait cruellement défaut. Elle reste à mettre en place.
Nous sommes tous des malades en puissance. Nous sommes
frères dans la souffrance. Sachons ne jamais l'oublier.
Nous y gagnerons en humanité.
14INFECTION À VIR, CORPS ET MÉDECINEChronicité de la pathologie
J'aimerais commencer ce livre par un bref historique de la
maladie. Il s'impose à mon sens, ne serait-ce que pour mettre en
perspective la vitesse avec laquelle les découvertes scientifiques se
sont, finalement, succédé au fil des années. Jamais, dans l'histoire
de la médecine, les choses n'ont été si promptement menées.
Depuis l'apparition du fléau, il n'a fallu que quinze ans pour trouver
les causes du mal, définir précisément ses modes de
contamination et pouvoir disposer, enfin, d'une prise en charge sérieuse de
l'infection. Mais ces quinze années ont paru bien longues aux
malades, à leurs proches, aux soignants. Elles laisseront dans les
mémoires le souvenir de blessures profondes et douloureuses tant
elles ont été lourdes en souffrances humaines, en deuils, en
angoisses, en espoirs déçus. Des vies dans la fleur de l'âge ont été
irrémédiablement brisées, fauchées. Des progrès conséquents
restent encore à accomplir avant de pouvoir disposer d'un
traitement curatif Le seront-ils prochainement? Je le souhaite
ardemment.
1981. Alerté par les statistiques qui mettent en évidence
l'apparition soudaine d'une hausse significative de la mortalité dans la
population des hommes jeunes célibataires, le CDC d'Atlanta
(Center for Disease Control and Prevention) se penche
attentivement sur la question afin d'essayer d'en comprendre les causes.
Cet accroissement anormal du nombre de décès se produit de
manière quasi exclusive aux abords des côtes Ouest puis Est des
Etats-Unis. Etrange, d'autant plus que les morts en question
semblent causées, pour la plupart, par des maux qui ne fTappent
d'ordinaire pas cette catégorie de population. Un grand nombre
de ces jeunes gens se sont éteints suite à des insuffisances
respiratoires provoquées par un parasite, le pneumocystis carinii
connu pour ne devenir pathogène, en général, que chez des
personnes en état de sévère immuno-dépression. Nombre de ces jeunes
gens présentaient, en outre, des nodules cancéreux de la peau sur
17