Santé riche et médecine pauvre

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L'auteur constate une dégradation de l'identité médicale et de l'image de la médecine alors que ses succès n'ont jamais été aussi nombreux. Cette détérioration est particulièrement marquée dans les hôpitaux publics depuis l'instauration de la "nouvelle gouvernance" en 2004 qui marque l'éviction quasi complète des praticiens des instances dirigeantes. Cette volonté s'appelle la "démédicalisation" de la gestion hospitalière. Elle va de pair avec sa "financiarisation".
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008443
Nombre de pages : 250
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DominiquePERSOONS
SANTÉ RICHE ET MÉDECINE PAUVRE
SANTÉ RICHE ET MÉDECINE PAUVRE
Santé riche et Médecine pauvre
Éthique et pratique médicales fondée par Richard Moreau Collection dirigée par Roger Teyssou
La collectionLes Acteurs de la Science, prévue pour recevoir des études sur l’épopée scientifique moderne, se dédouble pour accueillir des ouvrages consacrés spécifiquement aux questions fondamentales que la santé pose actuellement. Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des enjeux souvent essentiels pour la vie de l’homme. Elle reprend certains titres publiés auparavant dansActeurs de la science.
Dernières parutions
Daniel BIRNBAUM,C’est la lutte finale, 2015. Jacques ROBERT,Mal de mère et maux d’enfants, 2014. France BERETERBIDE,Essais cliniques dans les pays du Sud : entre impérialisme éthique et relativisme moral ?, 2014. Lucien KARHAUSEN,Mythologies médicales, 2014. Nausica ZABALLOS,Vie et mort d’un hôpital psychiatrique : le Camarillo Hospital (1936-1996), 2014. Monica GINNAIO,: histoire du Mal de la Misère en ItalieLa pellagre , 2013. Pr Jean-Luc WAUTIER (avec la collaboration de Marie-Paule Wautier),Le sens de la médecine ou la révolution culturelle dans le système de santé, 2013. François VACHON,Mon corps m’a dit, Vite et mieux comprendre quand une urgence médicale menace vraiment sa vie, 2013. Philippe GARNIER,Infections nosocomiales et trou de la sécu, maux croisés de santé, 2013. Jean-Adolphe RONDAL,La réhabilitation des personnes porteuses d’une trisomie 21, 2013. Annagrazia ALTAVILLA,La recherche sur les cellules souches : quels enjeux pour l’Europe ?,2012. Michel NADOT,Le mythe infirmier, 2012. Thierry PATRICE, Chercheurs, Éthiques et Sociétés,L’avenir de l’avenir, 2012. Achref SNOUSSI et Jean-Pierre CAMILLERI,L’éternelle jeunesse, L’art de bien vieillir, 2012. Laurence DE CHAMBRIER,patient malgré lui. Réflexions sur le Le certificat de bonne santé obligatoire,2011. Emmanuel BABIN,Le cancer de la gorge et la laryngectomie. La découration, 2011..
Dominique PERSOONSSanté riche et Médecine pauvre
Du même auteur
Le livre noir des médecins des hôpitaux, Éditions Elzévir, 2010.
Quand Bruxelles s’éveillera, Auto-édition St-Jacques à Lunéville, 2013.
La médecine au cœur de la nouvelle économie, Éditions L’Harmattan, 2014.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08872-3 EAN : 9782343088723
« C'est plus marrant d'être un pirate que de s'engager dans la marine. » Steve Job
«En étudiant 21 couples s’embrassant 9 fois par jour, les chercheurs ont découvert que plus les partenaires s’embrassent, plus les bactéries de leur microbiote sont communes. Cette flore microbienne commune aurait pour effet de consolider le système immunitaire des deux partenaires. Le couple serait donc plus à même de combattre des infections semblables ou de digérer les mêmes aliments. Un baiser avec la langue d'une dizaine de secondes entraîne l'échange de 80 millions de bactéries entre deux individus. Une pratique universelle qui serait donc bénéfique à la santé humaine. » http://www.microbiomejournal.com/content/2/1/41
Introduction
La médecine n’est plus ce qu’elle était. D’un artisanat révolution-naire à l’époque de Louis Pasteur, la médecine est devenue une sorte de no man’s land politique ultra-sensible. Il faut se rappeler qu’en 1928 puis en 1945, l’Assurance-maladie a été mise en place sans inviter les médecins. Il peut sembler paradoxal en effet de ne pas confier aux médecins l’organisation de la Santé publique d’un pays ou du moins de cogérer leur propre profession... Il n’est écrit nulle part que la médecine appartient à la classe politique et encore moins aux appareils administratifs même dans un système social appelé « pari-taire ». Cet embrigadement de la médecine institué en 1945 n’est d’ailleurs pas resté sans conséquence fâcheuses:
a dû s’incliner devant desétatisée » D’abord, la médecine « décisions économiques assez rudes dès les années 1970. Elles ont créé un malaise au sein de la profession. Valéry Giscard d’Estaing a décidé de raréfier le nombre de médecins pour freiner l’accès aux soins et donc empêcher les cotisants de « trop » se soigner. Le but était d’alléger les charges de la SÉCU et de soulager les cotisations des entreprises. Cet accès raréfié aux soins est évidemment peu compa-tible avec la déontologie médicale. Et cette décision a créé des déserts médicaux qui embarrassent aujourd’hui les agences de Santé. Était-elle vraiment nécessaire ? La profession de médecin est devenue la plus vieillie de Franceavec une moyenne d’âge de… 53 ans, au point de dépasser les notaires connus pour être traditionnellement vieux ! Dans 5 ans, 30% des praticiens hospitaliers partiront à la retraite, sans personne pour les remplacer.
Ensuite, la profession a été placée sous le contrôle d’une administration puissantela loi de 1981-1983 de Jack Ralite avec sous la présidence de François Mitterrand. Cette décision a éteint, petit à petit, l’autorité des médecins au sein des hôpitaux, jusqu’au « directeur-unique-patron » de Nicolas Sarkozy. Les caisses régio-nales d’Assurance-maladie ont été supprimées en 1996 et remplacées par une autorité unique ainsi qu’une surveillance politique accrue. Enfin, l’indépendance morale et éthique des médecins est passée sous lecontrôle de l’Étatavec la création de la Haute Autorité de Santé en
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2004 sous la présidence de Jacques Chirac. Ayant écarté les médecins, l’Administration de l’Assurance-maladie a mené un règne sans partage sur la santé des Français. Elle a monopolisé une Économie qui aurait pu être très sociale. Hélas, son Management n’a pas permis d’inventer unegestion citoyenne des questions de Santé. Mais hélas une seconde fois, après 40 années de cette gestion centrale, la Santé publique est quasiment ruinée : les soins délivrés aujourd’hui en 2015 ne seront remboursés que dans … 35 ans.
La médecine ne participe plus à sa propre gestion, elle est coincée entre une administration puissante et une demande de soins de santé, puissante elle aussi. Cet engouement médical est systémati-quement dénoncé sous le qualificatif de « surconsommation de soins », mais cette analyse est-elle exacte ? Rien ne le démontre, l’engouement pour les soins de santé est peut-être le signe d’un changement d’époque et de société. Il semble prédire une aspiration à une société du bien-êtreindividuelet personnalisé,et un mode de consommation beaucoup plus personnel.Le succès de la médecine traditionnelle montre que les citoyens modernes aiment être soignés très correctement, et avoir les justes soins adaptés à leur cas personnel. On peut comprendre que la médecine est une économie individuelle, de personne-à-personne, un îlot d’humanité dans un océan de consommation de masse.
Cette demande desjustes soinsexige un engagement complet des médecins, alors que leurs rangs ont été décimés par 40 années d’austérité. Entre la suppression de 50% du nombre d’étudiants en médecine (1977) jusqu’à l’interdiction de percevoir leurs honoraires (2015), les médecins ont été ciblés par une stratégie systématiquement anti-médicale aussi bien par les gouvernants de droite que par ceux de gauche. Cette stratégie a été présentée comme nécessaire à l’équilibre de nos finances. Mais n’a-t-elle pas empêché, en réalité, la recherche de cette nouvelle société du bien-être individuel,plus sincère et plus humaine ? Ce qui aurait été combattu, ce serait le déclin de la consom-mation de masse de biens manufacturés et de services financiers, installée depuis les années 1950 au sein de l’État-providence. Les commanditaires du système actuel, les grands groupes de banque et d’industrie, auraient fait pression pour entraver le succès de l’économie sociale qui comprend la médecine traditionnelle, mais aussi l’agriculture biologique, le petit commerce local, une Justice bien dotée, un enseignement alternatif ou toute forme d’Écologie
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citoyenne. Pourquoi une « austérité » survole-t-elle tous les partis politiques depuis les années 1970 ? Pourquoi ce Management administratif est-il resté imperturbable alors que la situation économique du pays sa changé complètement en quarante ans ? Probablement parce que ce new Management est lui-même un projet politique, insidieux, et pas une simple méthode de comptabilité. Les Managements public et privé sont soudés à une conception politique particulière dite néo-libérale. Notre crise politique actuelle, dont celle de la médecine, serait donc d’abord une crise de son management néo-libéral. L’hypothèse de ce livre est que la remise en question de la médecine traditionnelle est une mauvaise nouvelle sociale. Son déclin n’est pas quelque chose de positif, il ne s’agit pas d’un « progrès », mais au contraire d’une perte d’une profession soucieuse du bien-être de chacun. Ce déclin serait voulu par un courant d’idées antisociales qui animerait les ministères et les Administrations depuis plus de 40 ans. Il s’agirait d’une idéologie d’État formatée dans les écoles de management et de commerce. Cette idéologie serait véhiculée par les Hauts Fonctionnaires de l’État en communauté avec les fonctionnaires des grandes entreprises privées. Ils seraient tous d’accord pour favoriser la consommation de masse (macroéconomie), et renforcer le rôle de l’État pour règlementer cette consommation (procédures bureaucratiques). En contrepartie ils empêcheraient l’émergence d’une économie de services de personne-à-personne (microéconomie)le et commerce équitable, moins régulés et plus indépendants. La médecine symbolise ce bien-être personnel ; on peut même dire qu’elle est une économie sociale extrêmement florissante. Elle serait donc une concurrente de la maxi-économie de distribution, mondiale, planifiée et dirigiste. Les médecins ont été mis sous sa tutelle, et ils n’ont pas eu les moyens de se défendre. Qui véhicule ce new management néo-libéral, quelle est cette bureaucratie puissante, quelle est sa culture et que cherche-t-elle à installer ? Pour y répondre, nous allons regarder du côté de Londres. 1°) Nous allons tâcher de comprendre s’il existe une idéologie non favorable à la médecine traditionnelle. Le management installe-t-il une société néo-libérale, qui ne serait pas favorable à une médecine forte ? Le témoignage deDavid Graeberest sollicité. David Graeber est un anthropologue et économiste américain, militant du mouvement alter-
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