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Tempête sur l'homéopathie

De
224 pages

En août 2005, la fameuse revue médicale anglaise « The Lancet » publie une vaste analyse reprenant la totalité des études concernant les produits homéopathiques et conclut à l’inefficacité de ces produits. Une nouvelle tempête souffle sur l’homéopathie. Les homéopathes et les laboratoires Boiron crient à l’injustice devant cette nouvelle attaque des « ennemis » de l’homéopathie !

En fait, l’étude du Lancet ne dit pas que l’homéopathie est inefficace. Elle indique que l’effet de ces produits n’est pas supérieur à celui d’un placebo (substance inerte biologiquement, en général de l’eau tout simplement), ce qui n’est pas la même chose.

Pour bien comprendre les termes de ce débat, il faut explorer toutes les pièces du dossier, revenir à l’époque de la création de la méthode, il y a deux siècles. L’homéopathie est née sous l’impulsion d’un homme, Samuel Hahnemann, qui fait figure alors d’un grand expérimentateur. Il invente les préceptes de l’homéopathie : principe de similitude, hautes dilutions (si bien qu’il n’y a plus aucune molécule de la substance initiale dans les granules vendus en pharmacie !), individualisation. Mais… depuis deux siècles, la méthode n’a guère évolué. La médecine, elle, a fait des bonds de géant. A tel point que pour tous, y compris les homéopathes, les maladies graves (cancers, etc.) ne peuvent pas être traitées par les granules homéopathiques.

Pourtant l’homéopathie garde son efficacité grâce à la relation médecin/malade ; les granules homéopathiques quant à eux ne contiennent que de l’eau et un peu de sucre. Mais alors, comment expliquer que ces granules soient remboursés par la Sécurité Sociale ?

Parce que l’homéopathie fait l’objet d’un passe-droit juridique lui évitant d’avoir à démontrer l’efficacité de ses produits. Alors que tous les autres médicaments doivent produire des dossiers prouvant leur efficacité ! Un scandale juridique masqué par nos politiciens au mépris du grand public qui croit au contrôle rigoureux des instances supérieures en matière de Santé.


Elie ARIE, cardiologue, a exercé pendant 32 ans en CHU et en cabinet de ville. Il a écrit de nombreux articles de vulgarisation dans Les Echos, Le Monde, Le Quotidien du Médecin, notamment sur les médecines dites parallèles.

Roland CASH est médecin, normalien, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris. Economiste de la santé, il participe à de nombreuses missions pour les institutions de santé : Hôpitaux, Ministère de la Santé, Sécurité Sociale.

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Extrait


1.1 Qu’est-ce que la maladie ?

  Il peut paraître curieux de poser cette question. Chacun a l’expérience de la fièvre, la toux, la diarrhée, la douleur… Quand les symptômes ont une certaine durée et une certaine intensité, on se sent et se dit malade, on va éventuellement consulter pour recevoir un traitement, et on attend une guérison ou au moins une rémission. La maladie est cet état particulier qui forme une parenthèse dans un parcours de santé. Chez le malade chronique, le diabétique ou l’insuffisant cardiaque par exemple, la situation est différente : la maladie est devenue un état permanent, le contexte de vie ; il s’agit alors de la maîtriser, de faire en sorte qu’elle perturbe le moins possible la vie quotidienne : avec le vieillissement croissant de notre population, l’objectif de « stabiliser une maladie chronique » remplace de plus en plus celui de « guérir une maladie aiguë ».

Tout ceci ne semble pas poser de problème de définition majeur, mais a pourtant connu dans le temps et dans l’espace de multiples interprétations liées aux contextes culturels. De tout temps, il y a eu des débats entre causes extérieures et dérèglement intérieur, entre causes surnaturelles et causes naturelles. Classiquement, dans les sociétés anciennes à forte organisation collective, la maladie d’un individu était vécue comme une perturbation de l’harmonie générale et conçue comme un symptôme de dérèglement du corps social.
Ainsi, un malade était perçu comme possédé par de « mauvais esprits » qui menaçaient l’ensemble de la société, et le traitement consistait en des rites d’exorcisme auxquels participaient tous les membres de la collectivité, sous la direction du prêtre-sorcier-médecin, profession unique dont le rôle consistait beaucoup plus à protéger le groupe qu’à guérir un individu : à ses origines, la médecine était indissociable des croyances collectives, et la fonction de médecin de celle de prêtre-sorcier.
Aussi, les méthodes thérapeutiques employées associaient le plus souvent des remèdes destinés à traiter un symptôme donné (le plus souvent par l’utilisation de plantes) et des rites cherchant à restaurer l’harmonie perturbée du groupe social.
Ceci dit, en Occident, nous sommes surtout liés au mouvement issu de la médecine grecque, avec des noms comme Hippocrate, Galien, de grands noms qui ont dit beaucoup de bêtises, bien sûr (critique facile après quelques siècles), mais qui ont eu le mérite de tenter d’établir des relations entre causes et effets, entre symptômes et anomalies anatomiques, entre symptômes et remèdes ; leur manière de pensée a conduit à la démarche scientifique contemporaine.
On a cependant longtemps parlé « d’humeurs » et « d’esprits », et l’Eglise a beaucoup freiné l’enthousiasme des médecins en voyant dans la maladie un mal envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs péchés, ce qui du coup rendait caduque toute tentative de remédier au mal. Il faut attendre la diminution de l’influence de l’Eglise et le siècle des Lumières pour que la volonté de rechercher les causes réelles des maladies soit promue. Ceci dit, l’état de maladie est resté un grand mystère jusqu’au XIXè siècle, sans même parler de la maladie mentale où la frontière entre le normal et le pathologique a fait la fortune de plusieurs générations de philosophes et de psychanalystes.
Et à propos de problèmes de frontière, on peut compliquer le débat : qu’y a-t-il de plus normal, lorsqu’on est enfant et que l’on doit se constituer un capital immunitaire, de contracter des infections banales avec fièvre et éruptions ? Il s’agit là d’un phénomène naturel, et c’est son absence qui serait inquiétante. Dans 90% des cas, les symptômes disparaissent en quelques jours sans intervention de qui que ce soit. Est-ce une maladie ? Ces problèmes constituent-ils vraiment un dérèglement tel que l’on doit faire intervenir ces concepts de maladie, de médecine, de thérapeutique ? La réponse ne va pas de soi.
On pourrait tenir le même raisonnement pour les symptômes liés au vieillissement. Personne ne traite de maladie cette peau qui se ride, ces articulations moins souples, ces performances physiques ou intellectuelles qui ne sont plus les mêmes que lorsqu’on avait cinquante ans de moins. La presbytie qui touche 100% des individus après un certain âge n’est en général pas rangée non plus dans les maladies. Alors pourquoi parler de maladie devant cette prostate qui enfle (80% des hommes de plus de 80 ans ont des cellules cancéreuses dans leur prostate), devant ces troubles de mémoire ? Les exemples peuvent être multipliés, et encore une fois, nous ne cédons pas à la facilité d’illustrer le propos par la maladie mentale.

  Où voulons-nous en venir ? A quelque chose de très simple : la maladie n’est pas seulement un concept objectif s’imposant à nous comme une évidence, c’est aussi un concept culturel et social. La description des symptômes, la façon de les appréhender, de les comprendre, de les interpréter sont des constructions de notre culture, et ne sont pas toujours les mêmes dans d’autres cultures.
On peut citer quelques exemples comme :
- l'histoire de ce médecin colonial français qui s'était mis à traiter une population africaine atteinte à 90% d'elephantiasis (maladie parasitaire qui provoque des œdèmes des jambes, enflées de façon spectaculaire) et avait dû arrêter lorsqu'il s'aperçut que les jeunes filles guéries, en retrouvant des jambes normales, ne trouvaient plus à se marier : les jambes éléphantesques étaient devenues une norme de beauté ;
  - les sociétés méditerranéennes, où l'hystérie5 était considérée comme une manifestation des sentiments de la femme normale, même l'hystérie sur commande (les « pleureuses professionnelles » des enterrements, s'arrachant les cheveux sous l’effet d’un chagrin réellement ressenti, sur commande rémunérée, pour la mort de quelqu’un qu’elles n’avaient pas connu) ;
  - ou, à l'opposé, l'éducation britannique victorienne : « never complain, never explain ».

  La science médicale moderne cherche à apporter autant d’objectivité que possible face à ces constructions culturelles. On sait que le choléra est dû à une certaine bactérie, on sait comment on l’attrape, on sait que si on avale un antibiotique capable de tuer cette bactérie, on guérit ; et même si certains peuvent le considérer comme une punition des dieux, ce qui n’est ni démontrable ni réfutable, cela ne change rien à l’efficacité du traitement. Tel est le propre de la démarche scientifique : faire la part de l’objectif et de l’interprétation contextuelle. Mais cette démarche est très récente en médecine, quelques dizaines d’années tout au plus, et encore constate-t-on qu’elle n’a pas encore pénétré tous les esprits ; il reste des traces parfois importantes de visions du passé, de visions datant d’une époque où l’on ne comprenait pas bien les tenants et les aboutissants des affections du corps et où on en donnait des interprétations fantaisistes, du moins d’après nos critères actuels. C’est un peu comme si les astrophysiciens continuaient à étudier et commenter l’astrologie. Ou comme si les chimistes se basaient encore sur les principes de l’alchimie.