Mikael un enfant en analyse

De
Publié par

Que fait l'enfant en analyse ? Parler, jouer, dessiner lui permettent-ils vraiment d'aller mieux ? Quel est le rôle de l'analyste ? Nombreux sont les parents qui confient leur enfant à un thérapeute et sont curieux de savoir ce qui se passe derrière la porte de son bureau.
A quatre ans, Mikael est très jaloux de son petit frère. Il tyrannise ses parents. Dépassés par sa demande d'attention exclusive, ils décident alors de recourir à l'aide d'un psychanalyste. Au fil des séances, l'enfant donne libre cours aux questions qui le taraudent sur la sexualité, « la fabrication des bébés » et sa place dans la fratrie. En écrivant son « roman familial », il devient à lui-même son propre biographe.
Danièle Brun relate ici le travail poursuivi pendant sept ans avec Mikael. Elle restitue les scènes jouées, parlées, rêvées, dessinées auxquelles l'entourage ne peut avoir accès, et nous introduit dans le secret d'une analyse d'enfant.
Danièle Brun est psychanalyste et professeur
de psychopathologie à l'université Paris VII ; Denis Diderot.
Collection « Le passé recomposé »
Publié le : mercredi 15 janvier 1997
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782702151501
Nombre de pages : 264
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
1
Comment se passe l'analyse ?
S'il est vrai que l'enfant vit au quotidien la différence entre les grandes personnes et lui, s'il est également vrai qu'il se construit sur cette différence et qu'il lui arrive souvent de s'en prévaloir, il ne tient pas son statut d'enfant comme allant de soi. Exclusif et exigeant, l'enfant voudrait avoir tout ce qu'ont les grands et il souhaite les égaler. Aussi les observe-t-il attentivement, et s'il les admire ou les envie pour leur pouvoir de décision, il ne se prive pas de recenser leurs défauts ou leurs incohérences. Mais que faire de tout ce qu'il enregistre et de tout ce qu'il imagine ? Comment dire ses sentiments d'injustice ? À qui en faire part ? L'entourage n'est pas et ne peut pas être un auditoire de choix.
La solution qu'il trouve en créant des fantasmes est bancale à bien des égards, car l'enfant n'en a pas la maîtrise même s'ils lui permettent de cultiver des rêveries de héros. De nouveaux personnages vont occuper la scène de son théâtre intérieur, qui s'ébauchent puis se construisent sur ce que les parents laissent passer du plus profond d'eux-mêmes, au-delà de leurs attitudes éducatives, et à partir de ce que leurs injonctions comportent de paradoxal.
Les fantasmes des adultes
Le temps des séances ouvre à l'enfant un espace pour les pensées et les fantasmes qui l'habitent. Ces pensées, ces fantasmes sont moins adressés aux adultes qui l'entourent qu'ils ne sont suggérés par leur présence à ses côtés, et stimulés par tout ce qui reste de ce qui n'est pas dit et n'a jamais lieu d'être dit. L'enfant est d'ailleurs bien incapable d'en informer ses parents, même lorsqu'ils l'interrogent sur ce qui s'est fait ou sur ce qui s'est dit en séance. Aussi, pour répondre à leur demande, leur raconte-t-il une autre histoire, consciemment remémorée, qui n'a plus rien à voir avec le contenu latent de la séance.
L'enfant sait d'instinct que ses parents n'ont pas vocation à entrer dans sa vie psychique. Il comprend aussi que s'il leur faisait part de ses fantasmes, ils seraient confirmés dans l'idée qu'il est mauvais. De sorte que son innocence est en jeu, au même titre que la leur, dans chaque tentative de récit. Le bureau du psychanalyste peut devenir pour les parents l'équivalent de ce que leur chambre est pour l'enfant, c'est-à-dire un lieu mystérieux. L'équilibre, pour eux comme pour lui, entre une culpabilité trop manifeste ou au contraire trop éludée est d'autant moins acquis d'avance que la culpabilité, pour eux comme pour lui, est une source non négligeable de résistance au déroulement de l'analyse.
Bien que l'analyse d'enfants soit désormais entrée dans les mœurs, les fantasmes des adultes sur ce qui se dit pendant les séances entre l'enfant et son psychanalyste, ou sur ce qui s'y passe, n'ont rien perdu de leur vigueur. En effet, quels qu'aient été le motif de la consultation et la nature des symptômes, la plupart des parents imaginent que leur enfant va vider son cœur ou livrer les secrets de la famille, et ils ne peuvent s'empêcher de l'interroger pour savoir ce qui s'est passé. Mais ils ne savent pas découvrir dans les craintes qui viennent tarauder leurs pensées, même si ils sont prêts à en reconnaître la vanité, la résurgence de leur propre curiosité infantile. Ils espèrent, cependant, comme tout parent qui se respecte et quoiqu'en même temps ils le redoutent fortement, que l'espace clos de la séance of frira à l'enfant une incitation à parler ou à jouer sans retenue, afin que le psychanalyste prenne acte des symptômes qui ont justifié leur venue et qu'il parvienne à y remédier. Pour simpliste, voire idéalisant dans sa dimension réparatrice, que puisse paraître ce point de vue, si l'on sait que les analyses d'enfants sont, tout autant que celles des adultes, semées d'obstacles, il a le mérite de faire une large place à l'association libre que Freud inaugura lors de son auto-analyse, dont il fit grand usage pour interpréter les rêves, et qu'il instaura en règle fondamentale pour l'analyse des adultes.
Il faut tout de même préciser à quel point l'aide que peut représenter la psychanalyse est étrangère à l'enfant, parce qu'il n'est pas susceptible d'en acquérir, comme les adultes, une compréhension intellectuelle. Ajoutons que l'enfant mesure mal l'embarras de ses parents devant ses symptômes. Il les voit mécontents et pâtit avec eux, sinon comme eux, de l'atmosphère familiale, mais il n'y a ni homologie ni coïncidence entre ce qui justifie la plainte des parents et ce dont l'enfant lui-même débattra au cours de ses séances.
Quant à la règle fondamentale, ou plus exactement, à l'association libre, l'enfant n'est pas en mesure d'entendre l'énoncé de son principe, ni même, sauf exception, une incitation ponctuelle en ce domaine. Et à supposer qu'il veuille bien l'entendre, il y désobéira ou tentera de s'y soustraire, dans un mouvement transférentiel d'opposition, qui est au demeurant bien compréhensible. C'est un exemple, parmi d'autres, de ces épisodes qui émaillent la cure, et au cours desquels l'enfant entre en conflit avec son psychanalyste qu'il assimile, de cette façon, à ses parents.
Spontanément, et le plus souvent, il arrive à sa séance avec un projet qu'il concrétise en jouant ou en dessinant. Autant d'occasions grâce auxquelles le processus associatif se met en route.
À l'inverse de l'adulte, toutefois, l'enfant gère avec plus de naturel et moins de conflit interne la distinction qui se crée au fil des séances entre les personnages de son monde intérieur et ceux de sa réalité quotidienne.
Loin d'opposer, comme l'adulte, une résistance à l'ouverture de l'espace de sa vie psychique, il la voit s'instaurer avec une satisfaction certaine, encore que cela puisse parfois déclencher des manifestations d'agressivité à la maison qui déroutent bien des parents. Certains y perçoivent, à juste titre, le signe d'une souffrance dont l'origine leur échappe. Ce que les parents prennent pour l'expression d'une souffrance est, dans l'évolution de la cure, une étape intermédiaire sur le chemin qui mène l'enfant à s'exprimer en mots plutôt qu'en pleurs, en symptômes, en menus accidents ou en mouvements de colère, et à diversifier ses possibilités d'actions ainsi que les thèmes de ses investigations.
L'enfant se rend progressivement plus disponible pour le sport, pour l'école ou pour de nouvelles amitiés.
Le cadre des séances
Venir une, deux ou trois fois par semaine, raconter ses rêves, ses souvenirs, certains épisodes de son existence, dessiner, jouer... et voir se constituer le dossier sur lequel il aura lui-même écrit son nom, dans lequel on rangera ses productions : tout cela prend vite place dans la vie de l'enfant, qui est étonnamment réceptif à l'instauration des conditions de l'analyse. Ce dossier qui reste dans le bureau du psychanalyste, tout en étant parfaitement accessible à l'enfant, gardera les traces de son activité psychique.
En effet, à partir du moment où on met en place avec lui le cadre des séances, on inscrit l'enfant dans un processus où la temporalité de la rencontre est matérialisée par la constitution d'un dossier.
Dès les premières séances, et souvent dès la première, ils s'inquiètent du sort de leur dossier pour l'avenir :
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

L'inceste

de presses-universitaires-de-france

suivant