Séduire

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"Même "enfant de Bohème' et contrairement à ce que prétendit Carmen, l'amour connaît beaucoup, beaucoup de lois ! Car c'est là qu'interviennent tous nos sixièmes sens, de loin les plus importants..."





Patrick Lemoine, psychiatre, chercheur, écrivain, nous fait découvrir dans son nouvel ouvrage la véritable nature de ces mystérieux "atomes crochus" dont on parle tant, et que l'on comprend si peu... Mettant à contribution tous les domaines du savoir, de la littérature à la science, il explore pour nous le rôle de nos sens dans l'entreprise de séduction. Égayant son exposé de très nombreux exemples, aussi divertissants qu'insolites, tirés du règne animal, il nous offre une véritable "Histoire naturelle de l'amour".Pour parfaire son enquête sur les dessous de la séduction, et pour déterminer ce qui attire les hommes et les femmes, Patrick Lemoine s'est livré à de surprenantes expériences. Les résultats de cette étude qui a notamment conduit des hommes et des femmes à renifler des tee-shirts sont riches en enseignements sur notre animalité latente et font partie des nombreuses originalités de cet essai hors normes.Un livre où l'on ne cesse, page après page, de s'instruire en se divertissant ? le plus souvent aux dépens de ce Casanova endiablé que l'homme s'imagine être...





"L'Homme, trois fois humilié par Copernic (nous ne sommes pas le centre de l'univers), par Darwin (nous sommes des animaux, des singes [quasiment] comme les autres) et par Freud (nous sommes les jouets de notre inconscient), s'accroche à ses dernières bribes de fierté. Il voudrait bien que l'amour soit platonique, courtois, lyrique, romantique, que l'acte soit gratuit ou presque, surtout depuis que la pilule a libéré le sexe, l'a affranchi de la reproduction. La jouissance n'a plus d'arrière-pensée de biberons.Faux! dira l'éthologue pour qui toute parade nuptiale, à l'exception de celle des singes anthropoïdes (forcément!), est forcément guidée par l'instinct de reproduction. Mais qu'en sait-il, au fond, le bougre? A-t-il interviewé les tourtereaux, les rainettes et les hérissons après l'amour? Et si c'était juste pour prendre leur pied comme disent les escargots?... Encore une humiliation, encore un "propre de l'Homme' qui fout le camp! Dans un cas comme dans l'autre, nous sommes des animaux qui se reproduisent comme tout le monde...Nous sommes des êtres civils, sinon civilisés, urbains puisque urbanisés, nous avons inventé la politesse, la mode, la pudeur, la retenue, la modestie, bref nous avons construit des systèmes sociaux d'inhibition qui, multipliant les manières d'entrer en la matière, permettent à chacun d'avoir le temps, le loisir ou l'opportunité d'étudier l'éventuel(le) partenaire. À l'instar de la biche qui ne laisse en aucun cas le cerf l'approcher tant qu'elle n'est pas prête ou décidée et tant qu'elle n'est pas certaine qu'il est le meilleur, donc le plus apte, que ses graines seront les plus performantes, nous avons besoin de nous persuader que l'éventuel partenaire est le plus approprié... en attendant le coup de foudre. "Les choses étaient sans doute plus simples quand, à l'image des jeunes guerriers masaïs, l'âge, la parure vestimentaire, l'attitude générale, le comportement, la réputation, sautaient d'emblée aux yeux de n'importe quelle jeune fille disponible du voisinage et l'autorisaient à rêver sans risque d'ambiguïté d'une possible union. Il n'est d'ailleurs pas si loin le temps où les marieuses-entremetteuses de nos villes et campagnes d'Occident étudiaient soigneusement les "conditions' respectives des jeunes gens de manière à organiser des mariages durables et surtout féconds. J'entends encore une de mes grand-tantes supputer à propos du "bon métier' du jeune homme et des hanches d'une plantureuse jeune fille du voisinage, larges, solides à l'évidence, "faites pour porter des enfants et les accoucher sans problème'. On peut penser que lorsque l'impératif social prédominait, la séduction importait moins, voire ne comptait pas en dehors des ridicules histoires à la Roméo et Juliette, ces invraisemblables romances juste faites pour amuser les jeunes vierges en chaleur. Ce qui comptait, c'était d'être inséré dans son clan, son groupe et dans sa classe, de répondre à toutes les normes requises, de manière à pouvoir raisonnablement espérer être repéré par un membre d'un autre clan, mais de la même classe. Exogames, certes, mais entre gens du même monde, donc homogames! Du coup l'usage prénuptial des sens était banni. Comme aujourd'hui dans certaines cultures traditionnelles en Inde, les fiancés ne pouvaient (presque) pas se voir, à peine s'entendre, et en aucun cas se toucher. Encore moins se goûter ou se sentir. Peu importait finalement que l'autre fût avenant, intelligent, beau parleur, en un mot séduisant puisque souvent on ne faisait guère que s'entrevoir lors de la présentation initiale, lui baiser... le bout des doigts, ou les joues, selon le niveau de fortune, le jour des accordailles, avant de passer enfin aux choses sérieuses au soir des épousailles. Pourquoi séduire avant de consommer puisque la question de la conquête et a fortiori du consentement ne se posait pas, ou si peu? En revanche, la séduction s'imposait dès le soir, ou du moins dès le lendemain de la nuit de noces. Sa fonction était de stabiliser l'union, garder le partenaire désigné par le groupe et surtout ne pas (faire) perdre la face (au dit groupe).Le seul problème était que les filles par définition niaises, vierges au dernier degré, n'avaient aucune idée de la technique amoureuse, à l'inverse de leurs collègues extrême-orientales qui disposaient de solides traités pédagogiquement excitatoires comme le Kama-Sutra. Ces ouvrages qui excluent les préliminaires romantico-amoureux (de A jusqu'à Z, tout se passe au lit) n'avaient d'ailleurs rien d'amusant et leur étude des plus sérieuses faisait partie des arts d'agrément comme chez nous la cuisine, le piano ou la broderie. "Il ou elle est pour toi, même si tu ne l'aimes pas. Étudie ce livre, il t'aidera à t'exciter et à l'exciter aussi." Le film japonais "L'Empire des sens' met bien en scène ce principe: au début on voit une épouse accomplir son travail quotidien : elle brique son mari avant de le sucer puis se retourne pour se faire pénétrer. Une bonne ménagère quoi! On est dans le séquentiel. Cric, crac... cru! Plus tard, la jeune prostituée entre en scène. Elle prétend vivre un amour total fondé sur une séduction ultraromanesque, occidentale à bien des égards. La situation devient très vite ingérable pour les deux amants et la mort par castration en est la sanction finale.Avec le singe bonobo, l'Homme est une des rares espèces animales non migraineuses dont la femelle est (presque) en permanence disposée à s'accoupler, même en dehors des périodes de fécondité. Cette particularité a forcément des répercussions sur le comportement de chacun des deux sexes puisque d'un autre point de vue, l'acte d'amour avec tout ce qui le précède et tout ce qui lui succède n'a pas seulement une fonction de reproduction directe mais concourt au même titre que la politesse, les repas en commun, les rites funéraires, la religion... à réguler les rapports entre membres d'une espèce éminemment sociale. Même si le lien entre certaines périodes comme celles des menstruations et la (non-) fécondité n'a été connu en Occident qu'autour de 1749-1759, l'Église, héritière du judaïsme, interdisait les rapports sexuels au cours de ces périodes du fait de leur caractère considéré comme impur.De nos jours, en Occident, tout a changé et les conventions, comme le reste, ont évolué. Chacun doit se débrouiller pour trouver sa chacune; être amoureux fait partie des prérequis. Quoique!Encore plus qu'auparavant, il lui faut alors utiliser ce qu'il a de plus intime, de plus personnel, de plus biologique: à savoir ses sens. Cela peut paraître étonnant à première vue, mais plus nous sommes nombreux, plus la planète est encombrée de ces fourmilières humaines appelées villes et moins nous sommes sociaux, tout au moins dans nos modes d'appariements. Du coup, le célibat et la monoparentalité sont de plus en plus répandus.Il en résulte qu'à l'inverse d'autrefois où il fallait séduire pendant et surtout après la nuit de noces, afin de retenir, la séduction s'exerce aujourd'hui pour conquérir avant le premier accouplement. Jadis, la pire honte était le divorce qui signait l'incompétence de l'un, voire des deux partenaires. On peut donc en réalité considérer que si, autrefois, la parade humaine fut essentiellement per et postnuptiale, elle est aujourd'hui prénuptiale. Alors, agissant de manière parfois complexe, combinant les coups d'œil aguicheurs et les stratégies de retardement ("je ne suis pas celle que vous croyez'), l'allumage et la rebuffade, la femme se comporte souvent comme la biche éplorée et languide qui fait interminablement languir le cerf conquérant, histoire de le rendre encore plus bandant, pardon, fringant.Le repérage et la reconnaissance du partenaire possible, chez l'homme, comme chez la femme, se résume à l'utilisation combinée des sens, effectuée de manière plus ou moins préférentielle ou séquentielle en fonction de l'origine de chacun et contrôlée par le moi. Mais au-delà de cette analyse, il reste une part obscure, mystérieuse, cachée, cette subtile (al)chimie qui mélange sensualité et conscience, inconscient et expérience, instinct et libre-arbitre. Le gant de l'amour est-il entièrement de velours?"






Publié le : jeudi 28 octobre 2010
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EAN13 : 9782221120286
Nombre de pages : 200
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