Un étrange amour

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Ce livre est la chronique des dix mois de la maladie du mari de l'auteur, mort d'un cancer. C'est un témoignage sur la souffrance, physique et psychique, provoquée par la maladie, mais aussi sur la façon dont celle-ci peut transformer les relations dans un couple. En effet, il veut cacher sa maladie à tout le monde, et c'est seule que sa femme doit l'aider, le soigner, le réconforter. Au cours de ces dix mois, ils découvriront, ou redécouvriront, la profondeur de leur amour, lassé par des années de vie commune, mais que la violence de l'épreuve révèle dans sa réalité et sa pureté.
Publié le : dimanche 19 juin 2011
Lecture(s) : 296
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EAN13 : 9782748184761
Nombre de pages : 143
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2 Titre
Un étrange amour

3

Titre
Sarah Hassan
Un étrange amour

Écrits intimes
Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8476-9 livre imprimé
ISBN 13 : 9782748184761 livre imprimé
ISBN : 2-7481-8476-9 livre numérique
ISBN livre numérique

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8 Un étrange amour
PRÉFACE
J’ai voulu écrire ce récit pour ceux qui ont
cru connaître Alain et qui ne l’ont pas compris.
J’ai longtemps hésité avant de me décider à
rédiger, me posant deux questions : était-ce le
trahir que de raconter ce qu’il avait voulu garder
secret ? Était-ce décent de décrire ses moments
d’angoisse, sa dégradation physique ?
Mais il n’a jamais été indécent, ni indigne, ni
abaissé, il est resté digne et courageux, jusqu’à la
fin. La faiblesse physique n’est pas une
indécence, l’angoisse de la mort, la peur
n’abaissent pas un homme, elles expriment son
humanité.
Quant à la trahison, je pense que ce n’en est
pas une. Il ne voulait pas qu’on sache qu’il était
malade : maintenant, que je le veuille ou non,
qu’il l’ait voulu ou non, tout le monde sait qu’il
l’a été. Je ne trahis pas son secret. Je voudrais
que l’on sache ce qu’il a vécu parce que sa
pudeur et sa fierté ont empêché de faire savoir
qu’il a fait preuve d’un grand courage et d’une
grande dignité.
9 Un étrange amour
Je voudrais aussi que l’on comprenne que, si
la maladie a tué notre amour, elle l’a aussi
révélé. On a tué mon amour, et je voudrais
qu’on sache à quel point je l’aimais, à quel point
il m’aimait.
Ce n’est pas seulement une histoire de
maladie et de mort que je voudrais qu’on lise,
mais aussi une histoire d’amour.
10 Un étrange amour






« Je compte sur toi ! » La porte à peine
refermée, il m’a serrée fortement dans ses bras.
Il est plus grand et plus fort que moi, ses bras
m’entourent, mais c’est moi qui le soutiens. « Je
serai là tant que tu auras besoin de moi, je ne te
quitterai pas, je t’aiderai jusqu’au bout. »
Nous ne savons pas, l’un et l’autre, que ce
contrat va nous mener plus loin que nous ne
pouvons l’imaginer, plus loin que nous-mêmes,
plus loin que la vie.
Je m’engage tout entière à ce moment, mais
je pense ne le faire que pour trois mois. Trois
mois de traitement, et il sera guéri ; et je serai
libre.
Nous revenons de l’hôpital, ce quatorze
janvier, et le verdict est tombé : la maladie s’est
aggravée.
Après trois mois de répit, de repos, d’illusion,
le monstre est revenu.
Pendant que nous le regardions marcher,
lourdement, accablé par le diagnostic, vers le
bureau des infirmières où il devait prendre
rendez-vous pour la chimiothérapie, le
Professeur a posé la main sur mon épaule :
« C’est inquiétant que la maladie ait repris
11 Un étrange amour
comme cela ! Si vous avez besoin de quelque
chose, n’hésitez pas à m’appeler… »
Ses paroles m’étonnent : non, je n’ai besoin
de rien. Je suis, certes, inquiète pour Alain, pour
ce qu’il va devoir supporter, mais je sais que la
médecine va le guérir. C’est un combat que
nous menons et nous en sortirons vainqueurs.
La première fois, la bête a reculé. Elle est
revenue maintenant, mais nous n’allons pas
faiblir, nous allons l’attaquer jusqu’à ce qu’elle
recule et s’en aille définitivement.
C’est ce que j’affirme, ce que je veux croire,
quoique ma gorge soit nouée depuis le départ
de l’hôpital. Car c’est un retour en enfer qu’on
nous a annoncé, celui que nous avons vécu
pendant trois mois. Cependant, ce que nous ne
savons pas encore, c’est que l’enfer comporte
de multiples chambres où l’on peut se perdre,
ou se retrouver.

Tout a commencé le jour de mon
anniversaire, le 9 juin précédent. Nous étions en
Normandie, dans le petit appartement que
j’avais acheté deux ans plus tôt et dans lequel
Alain se plaisait beaucoup, pour passer la fête
de la Pentecôte. À peine revenu d’Espagne où il
s’était rendu pour son travail, il devait repartir
pour l’Angleterre le jour même de mon
anniversaire. Aussi, il avait promis d’acheter un
beau gâteau au chocolat pour une rapide fête
12 Un étrange amour
avant qu’il ne retourne à Paris prendre l’avion,
et nous serions allés au restaurant la veille. C’est
l’époque où, dans les entreprises d’assistance, il
faut préparer la grande saison de l’été.
Nous avons dîné dans un joli restaurant, au
cœur de la campagne normande, une auberge
rustique, avec colombages et feu de bois, dans
un parc où coulait un charmant ruisseau
ombragé par les pommiers. Nous étions bien,
nous avons passé une bonne soirée.
Mais le lendemain, lundi, au matin de mon
anniversaire, Alain ne peut sortir acheter le
merveilleux gâteau envisagé, car il est malade.
Toute la nuit, il a eu des vomissements et des
diarrhées, si bien qu’il dort jusqu’au milieu de
l’après-midi. Évidemment, nous commençons
par accuser le restaurant d’être responsable de
son malaise, quoique nous ayons mangé
exactement les mêmes plats et que je ne sois pas
malade ; de mon côté, je ne peux m’empêcher
de penser qu’il veut, inconsciemment, gâcher
ma journée, théoriquement privilégiée. L’année
précédente, je n’ai pas fêté mon anniversaire
pour cause de fracture de l’épaule, et, l’année
d’avant, parce que j’étais en cure, seule. Je me
sens un peu dépitée, mais, depuis que je le
connais, mon anniversaire n’est plus le jour
merveilleux de l’enfance qui n’appartient qu’à
nous, puisque sa mère est née le même jour que
moi.
13 Un étrange amour
Dorénavant, le jour de mon anniversaire sera
encore moins que jamais un jour de fête.
En fin d’après-midi, il fait l’effort de se lever
et de se préparer pour retourner à Paris où il
doit prendre l’avion. Le travail le motive
davantage que le gâteau. Avant de partir, il
m’offre un stylo Waterman (qui n’est pas celui
dont je rêvais) et un livre ( Sarah de Marek
Halter, qui, selon moi, n’est pas un écrivain).
Pour son trajet en voiture, je lui confectionne
des protections contre la diarrhée, très
invalidante. Je suis inquiète de l’importance de
son malaise.
Son voyage en Angleterre se passe
relativement bien, grâce en partie aux
médicaments (antidiarrhéiques, antinauséeux)
qu’il a emportés et pris en quantité. Mais après
son retour à Paris, le samedi suivant, il souffre
des mêmes symptômes que le jour de mon
anniversaire et il reste toute la journée à la
maison, contrairement à ses habitudes. Il se
soigne comme il l’a déjà fait et les troubles
s’atténuent.
Mercredi 18 juin, il ressent de nouveau des
douleurs abdominales, plus intenses, et, revenu
de son travail exceptionnellement tôt, car il ne
quitte jamais son bureau avant vingt heures, il
me demande de lui faire un lavement. Il se
plaint beaucoup mais il refuse que j’appelle un
médecin ou de prendre des médicaments. Il
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