Zapinette et son tonton homo au pays des Zoulous

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Publié par

Albert Russo

Zapinette et son tonton homo au pays des Zoulous
Roman drôle de 60 300 caractères, 10 400 mots
Que c’est long, que c’est long, et kipluzè on voit rien à travers le hublot, pour cause de nuit noire ! Hé ho ! y a pas de racisme ici, commence pas hein, quand c’est sombre et qu’on n’y voit goutte, ou à peine quelques étoiles filandreuses qui se trimbalent dans le firmament, il fait noir.

J’ai encore sept heures devant moi – ça en fait déjà trois et demie d’outrepassées, que ça semble une éléphantité. On nous a projeté un navet avec Sylvester Stallone – c’est vrai qu’il a de beaux muscles, celui-là, mais on ne peut pas vivre que de coca, de frites et de biceps. À la huitième minute, j’ai ôté les écouteurs, tellement les dialogues étaient niais, et avec l’écho des moteurs qui vous chatouillent les tympans jusqu’au supplicié scolaire, ça résonnait plutôt comme des beur beur rimes, rouletabille.
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Publié le : vendredi 5 février 2016
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EAN13 : 9791029401152
Nombre de pages : non-communiqué
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Zapinette et son tonton homo

au pays des Zoulous

 

 

 

Albert Russo

 

 

 

Chapitre 1 : Dans l’avion

Chapitre 2 : On ne s’est pas trompé de continent ?

Chapitre 3 : À la rencontre de Kif

Chapitre 4 : Au royaume des animaux

Chapitre 5 : Chez les Zoulous

Chapitre 6 : Tuk, Tic et Tac

 

 

 

 

Chapitre 1 : Dans l’avion

 

 

Que c’est long, que c’est long, et kipluzè on voit rien à travers le hublot, pour cause de nuit noire ! Hé ho ! y a pas de racisme ici, commence pas hein, quand c’est sombre et qu’on n’y voit goutte, ou à peine quelques étoiles filandreuses qui se trimbalent dans le firmament, il fait noir.

J’ai encore sept heures devant moi – ça en fait déjà trois et demie d’outrepassées, que ça semble une éléphantité. On nous a projeté un navet avec Sylvester Stallone – c’est vrai qu’il a de beaux muscles, celui-là, mais on ne peut pas vivre que de coca, de frites et de biceps. À la huitième minute, j’ai ôté les écouteurs, tellement les dialogues étaient niais, et avec l’écho des moteurs qui vous chatouillent les tympans jusqu’au supplicié scolaire, ça résonnait plutôt comme des beur beur rimes, rouletabille.

Tu veux savoir pourquoi tonton et moi sommes dans ce dumbo à attraction du derrière ? Il a gagné un voyage humanitaire pour deux, en Afrique du Sud, lors d’un tirage au sort à la Poste, où il travaille. Bien sûr, au début l’idée m’avait plutôt ravie, car nous irions voir les animaux sauvages dans leur habitat naturel, tout en logeant dans de jolies huttes aux toits qui chôment, découvrir des tribus, comme les Zoulous ou les Hottentots, au sein même de leurs villages, et nous baigner, tantôt dans l’Atlantique, tantôt dans l’Océan indien, bercés par des méga-vagues – faut quand même être prudent, car j’ai lu qu’il y avait aussi des requins très friands de petites filles à peau claire, surtout du côté de Durban.

Mais maintenant que mon tonton m’a expliqué que durant notre séjour en terre africaine nous devrions de temps en temps mettre la main à la pâte afin de soulager nos frères et nos sœurs qui sont dans le besoin, je ne sais pas du tout si je vais aimer ce pays. Le gnouf, il a attendu que nous décollions pour m’apprendre ça. Voyage humanitaire, ha ! Je n’avais pas relevé ce mot, comme quoi, faut toujours prendre une loupe et lire les clauses d’un contrat avant d’accepter des vacances soi-disant gagnées.

Dès qu’il a vu que j’ai commencé à bouder, tonton m’a appris que nous serions reçus par des cousins éloignés – qu’il n’a d’ailleurs jamais vus et dont je ne savais rien.

“Allons bon, nous avons de la famille chez les Zoulous, maintenant ?” que j’ai fait. “Je pensais que nous étions seulement moitié-Français, moitié-Italiens, pas tout à fait pur porc, mais quand même !”

“Non ma Zapinette chérie,” m’a-t-il susucré – il m’appelle comme ça lorsque ça sent le roussi et que mes oreilles se mettent à battre les foins, soi-disant parce que je suis une toquée des jeux vidéo et d’Internet, mon nom réel étant Jeannette Villiers, si tu l’avais déjà oublié – il y en a une d’origine calabraise, du côté de nonna (ça veut dire ‘grand-mère’ en macaroni), puis deux autres du côté de ton papa, huguenot comme lui, et qui s’appellent également Villiers.

Entre parenthèses, comme tu le sais, si tu as suivi mes aventures précédentes, je n’ai jamais connu mon paternel, un bellâtre qui nous a abandonnées, ma mère et moi, à ma naissance, et qui s’est envolé chez les rétrécisseurs de tête au Brésil. Il y est allé pour se faire dorloter par des petites amazonardes, les nénés à l’air, avec, pour piercing, un os de crapaud à travers le pif. C’était, paraît-il, un vrai coureur de jupons – dans la jungle, les demoiselles portent des pagnes en fibre de coco ; elles se promènent quasiment à poil, mais c’est la coutume qui veut ça. Il en avait marre des femmes occidentales, qui, selon lui, portaient de plus en plus des pantalons (en jeans ou en soie, les plus jolis pour les sorties au restaurant et en discothèque) et devenaient de véritables castratrix, effrayant les pôv mâles en leur imposant de faire le ménage et les courses, voire de changer les langes de bébé. Il est vrai que ma mère, et elle a bien raison, ne se laisse pas conter fleurette par les mecs, le dernier étant le père de mon frérot, qu’elle a chassé à grands coups de balai, dès qu’elle avait appris qu’il passait certaines nuits, soi-disant en voyage d’affaires, avec des échangistes – ça veut dire donner des bisous et faire des chochottes aux femmes de ses copains devant eux, sans que personne ne se fâche. Elle n’est pas devenue féliniste pour rien – j’ai de qui tenir. Tu te souviendras peut-être qu’elle possède un salon de coiffure – là, ma mère pourra toujours courir pour que je prenne la relève ; jouer avec les tifs des mémés du 16e, fardées comme des vieilles geishas, trop peu pour moi, merci. Mais je ne le lui dis pas, étant donné que c’est son gagne-pain et que ça pourrait l’offenser. Je ne suis pas encore une fricoteuse de méninges, comme le vieux Sexmund Freud qui vous en bouchait tous les coins, mais la psychologie, ça me connaît un peu.

Quoi, tu trouves cette parenthèse trop longue, mais dis donc, c’est qui l’écrivaine ?

Je ne te raconterai pas le reste du voyage, entre le tonton qui ronflait, en sifflotant comme une bécasse, après avoir avalé un jus d’orange et un croissant passé à la moulinette – faut dire que la South African Airways nous a soignés aux petits oignons, car on nous servait quelque chose toutes les deux heures, à tel point que je ne savais plus s’il s’agissait du petit déjeuner, du dîner ou du repas de midi, sans compter les en-cas et les boissons chaudes ou fraîches, accompagnées d’un sachet de cacahuètes (‘cahuète’ est plus joli, tu ne trouves pas ? surtout que ça évite un gros mot.) –, les petites mauvaises odeurs des pieds déchaussés des voisins, la queue aux toilettes et les sourires fripés de ceux qui se tenaient derrière moi, espérant que j’allais leur céder la place, comme si on n’avait pas tous les mêmes...

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