Zapinette et son tonton homo aux Champs-Élysées

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Zapinette et son tonton homo aux Champs-Élysées

Albert Russo
Roman drôle de 180 000 caractères, 32 000 mots
Albert Russo, avec Zapinette et son tonton homo aux Champs-Élysées nous donne un roman plein d’humour et de fantaisie, Zapinette est une petite fille d’aujourd’hui qui nous parle de ses rapports familiaux et affectueux avec son oncle “mot sessuel”. Le langage est sans cesse détourné, les jeux de mots font merveille, mais ce n’est jamais gratuitement, pour notre seul amusement. Cette écriture empruntée (ou prêtée plutôt) à l’enfance est le résultat d’une observation (une déformation, un grossissement aussi bien sûr!) de notre langage contemporain et de celui de nos nouvelles petites filles modèles. Si Zapinette est un modèle, c’est bien parce qu’elle reflète dans sa vivacité, son irrespect, sa tendresse aussi, la réalité de nos petites filles de l’an 2000, mal embouchées, revenues de tout, à qui l’on n’a plus rien à apprendre, mais qui connaissent heureusement encore les grosses larmes des petits chagrins.

Voir le monde par les yeux d’un enfant est toujours une gageure. Albert Russo l’a réussie.
Maurice Cury, auteur, entre autre, de “La Quête du Vent”, de“Jojo de Bagnolet” et de “Sur la route de Salina”, filmé par Georges Lautner, avec Rita Hayworth

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Publié le : mardi 8 décembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791029401107
Nombre de pages : non-communiqué
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Zapinette et son tonton homo aux Champs-Élysées Albert Russo Chapitre 1 : Les présentations de famille
Chapitre 2 : L’annonce faite à Bibi
Chapitre 3 : Des noces à la noix de coco
Chapitre 4 : Le mouflet qui est soi-disant mon frère
Chapitre 5 : Vive l’école ! – Qui l’aurait cru ?
Chapitre 6 : Tonton déraille
Chapitre 7 : Tonton et l’informatique
Chapitre 8 : Fausse alerte
Chapitre 9 : Tonton intime
Chapitre 10 : Maman se révolte – Enfin !
Chapitre 11 : Teddy bears et autres stars
Chapitre 12 : La Bible revue et corrigée
Chapitre 13 : À la recherche du père perdu
Chapitre 14 : Il était une fois deux guépards
Chapitre 15 : Mamours-chinoiseries
Chapitre 16 : Tonton se travestit
Chapitre 17 : Un carnaval très spécial
Chapitre 1 : Les présentations de famille
Pôv petite, elle m’appelle toujours pôv petite quand je fais la queue à la boulangerie comme si je pouvais faire autrement – elle pue à cent kilomètres à la ronde, la mère poisson, jusqu’à travers le tunnel sous la Manche, c’est vrai que je suis petite et c’est bien pour ça que je ne peux pas faire n’importe quoi, même que je voudrais, m’enfin, les adultes c’est eux qui commandent malgré toutes leurs conneries. Tiens je vous raconterai la dernière de tonton Albéric.
Qu’est-ce qu’il est pas bien dans sa tête parfois le pôv tonton. Comme tous les samedis après-midi, il est venu me chercher pour la promenade, il pleuvait que ça en ferait beugler les vaches les plus habituées. Tonton continuait de dire que c’était bon pour les agriculteurs, et les inondations c’est pas bon pour les escargots sans doute ? Il aurait dû être un homard, tonton Albéric, surtout qu’il est rose comme cette bestiole. Mon cauchemar c’est d’être rapetissée comme dans le film et de devoir me défendre contre ce gougnaf des mers avec ses pinces exagérées. À les voir aussi effrayants dans les aquariums des restaurants – faut vraiment être timbrés pour les exposer comme ça, c’est pas des poissons rouges quand même ou des petites bêtes à bon Dieu – on se demande comment leur chair peut être si blanche et si tendre. Je sais pas pourquoi, mais quand j’en mange je pense toujours à la Vierge Marie et vous pouvez pas savoir le plaisir que ça me fait d’avoir l’impression à chaque fois de mordre dans la mère du petit Jésus, bien sûr, je ne dirais ça à personne, surtout pas au curé, car je ne voudrais pas être attaquée par la fatma religieuse comme ce pôv écrivain Saumon Rougi, seulement parce qu’il a osé blaguer à propos d’Allah et de Mohamed qui est son préféré, tout ça montre que malgré la télévision on peut plus s’exprimer librement aujourd’hui, d’ailleurs si ça ne coûtait pas si cher, je ne mangerais que du homard, matin, midi et soir.
Comme je le disais donc, tonton Albéric m’a emmenée samedi dernier au parc Mon Seau sous la flotte – il est à lui seul une histoire à tondre tous les pelés de la terre, même si les seuls pelés que nous avons rencontrés cet après-midi-là traversaient l’allée centrale au pas de course, coiffés de leurs parapluies, comme s’ils étaient pressés de faire pipi – je n’ose pas l’avouer, mais j’adore faire pipi dans mon bain, ça me donne comme des ailes et des nageoires à la fois, j’aurais tellement aimé être un poisson volant, qui est, pour moi, l’animal le plus perfectionné de la planète. Y a qu’à regarder les dauphins qui sont sûrement aussi intelligents que nous, ils essaient constamment d’apprendre à voler et font toutes sortes de galipettes savantes, et nous on croit que c’est pour nous amuser qu’il sautent. Parmi les pelés du parc il y en avait un qui faisait du jogging, il devait transpirer doublement mouillé celui-là, surtout qu’il était un peu grassouillet avec des nénés qui se balançaient comme de la gélatine et des mollets en forme de boudins.
C’est par Firmin, l’actuel petit ami de maman – elle change souvent de petit ami, maman, parce qu’elle veut pas se faire chier avec le même mec jour et nuit et que c’est une vraie féministe, d’ailleurs c’est elle qui leur botte les fesses quand ils se croient permis de la harceler
sessuellement, – que j’ai appris une chose apparemment grave sur tonton Albéric. Au début, Firmin conseillait à maman de m’éloigner de tonton Albéric pour cause de dépravation.
“Je n’ai rien personnellement contre ton frère,” il continuait de répéter, “mais c’est pas des fréquentations pour une môme.”
C’est inouï tout le plat que font les grandes personnes pour ce qui concerne la vie privée des gens. Et pourtant, je ne trouve pas tonton Albéric changé depuis que je sais qu’il est mot sessuel, il est toujours aussi bizarre et gentil qu’avant, ni plus ni moins. Bon, c’est vrai que je le regarde un peu plus souvent du coin de l’œil, et ça doit lui mettre la puce à l’oreille, mais je peux pas m’en empêcher. Est-ce pour cela qu’il s’est jamais marié ? Quoique maintenant, il y en a qui veulent se marier entre eux, en ayant, en plus, des enfants. J’ai vu un programme là-dessus à la télé, mais il y a plein de choses encore qui m’échappent. Comment ils font pour avoir des enfants, surtout si, à cause du sida, ils doivent mettre des capotes ? Mystère et boule de chewing-gum. C’est tout de même pas des kangourous. Il m’intrigue, tonton Albéric. Faudrait malgré tout que je sois plus discrète, car je ne sais pas de quelle manière je le lui dirais s’il me faisait la remarque. C’est peut-être même parce qu’il est spécial que je l’aime bien, quoiqu’il n’est pas toujours commode, le tonton. Ça doit quand même pas être facile d’être mot sessuel surtout que pour un oui ou pour un non on vous traite de pédé. Mais je dois continuer de faire semblant que je ne sais rien, même si ça me fait parfois mal aux dents de sagesse qui doivent encore pousser. D’ailleurs, je me demande comment les gens peuvent mentir comme ils respirent, moi, à force, j’aurais la mâchoire complètement décrochée.
Tonton Albéric est vraiment chouette, il m’enregistre les meilleurs films de la télé, ce qui fait que j’en ai plein avec Whoopi Goldberg, ma comique préférée, surtout que, comme maman, elle ne se laisse pas faire par les mecs, ainsi que quelques hors d’œuvre de Steven Spielberg – j ’aimerais bien d’ailleurs avoir toute sa collection en cassettes, avec en prime, E.T. et les Dinosaures.
Depuis que je suis devenue interactive avec mes jeux vidéo et mes programmes de télé, tonton Albéric m’a trouvé un nouveau nom : Zapinette Vidéo. Au début, ça me gênait, mais maintenant, je trouve que ça sonne plutôt bien. Il a une imagination incroyable, le tonton, pour quelqu’un qui travaille à la Poste.
Je ne suis pas supposée le dire, mais la nuit, quand il a du mal à s’endormir, Tonton Albéric se met à peindre des petits tableaux qui se passent au milieu de la jungle, avec des humains à tête d’animaux, certains sont tout nus, ou à écrire des histoires bizarres ou même des poèmes. Il m’en a montré quelques uns. Ça parle beaucoup d’amours impossibles et d’amours illicites. Je lui ai demandé ce que le deuxième mot voulait dire. Et au lieu de me répondre, il m’a posé cette question : “Tu trouverais anormal que les chiens et les chats jouent ensemble ?” C’est quand je lui ai dit que je ne voyais pas le rapport qu’il m’a appris qu’il était bis sessuel. Je croyais qu’il était mot, pas bis. Et alors il m’a expliqué qu’il aimait aussi bien les femmes que les hommes. Moi aussi, quoique ça dépend, il y a des femmes chipies et des hommes dégueu et vice versa. Je dois être avancée pour mon âge, car la plupart de mes copines trouvent que les garçons sont des veaux, et les garçons, de leur côté, se moquent de nous. Personnellement, j’essaie de pas faire de discrimination, malgré tout le racisme qu’il y a autour. Si une beurette veut porter le foulard à l’école, quel mal y a-t-il ? Moi, je mets bien des
pantalons quand j’en ai assez de porter des jupes. Et quand les autorités parlent de ces pauvres filles, elles se plaignent que le chat dort. À propos du chat qui dort, la dernière fois que je me trouvais chez tonton Albéric, et pendant qu’il me préparait un sandwich à l’omelette – personne ne réussit les omelettes comme lui, dorées sur le pourtour et baveuses juste ce qu’il faut pour que ça ne coule pas sur les doigts –, j’ai fouillé dans sa grande armoire et qu’est-ce que j’ai trouvé ? Je vous le donnerais en mille. Des porte-jarretelles, un slip de femme jaune canari tout brodé et un soutien-gorge assorti avec de la dentelle. Je ne savais pas que tonton Albéric avait une petite amie qui venait chez lui de temps en temps, et tout à coup, je me suis mise à devenir jalouse. Quand il m’a appelée à la cuisine en me disant : “J’en connais une qui va se régaler”, je n’ai pas répondu tout de suite, car je commençais à transpirer de rage au point où j’ai senti deux boules de feu à l’endroit de mes joues. Comme je ne disais toujours rien, il m’a demandé si je n’étais pas tombée dans le trou.
“Tu n’es pas drôle !” je lui ai lancé, après m’être dit qu’en dépit de ce que j’avais découvert, je ferais mieux de me comporter normalement pour qu’il ne soupçonne rien. C’est pas facile de faire semblant, parce que comme je l’ai peut-être déjà dit, je ne sais pas mentir, ça se voit tellement dans mes yeux que j’ai l’impression d’être transparente. Ça me fait penser à la fois où tonton Albéric m’a emmenée, Porte de Champerret, au Salon de la Voyance. Il y avait là une dame toute habillée en noir et en violet, avec des cheveux couleur de corbeau et des ongles effrayants, vernis eux aussi en noir. Elle donnait une interview à un journaliste de la radio et parlait devant sa boule de cristal qu’elle consultait à tout bout de champ, comme si tous les mystères du monde y étaient inscrits. Elle affirmait que, oui, oui, elle se considérait comme une sorcière, et que, grâce au Ciel, elle ne risquait plus, comme ses consœurs d’autrefois – il y a quand même des mots en français pas buvables – de se faire pendre ou, pis encore, de griller à petit feu sur un bûcher, comme la pauvre Jeanne d’Arc.
Le tonton est aussi un peu superstitieux sur les bords, et après cette visite au Salon de la Voyance, il m’a avoué qu’il s’était déjà fait exorciser, pour chasser les démons qu’il avait en lui, car paraît-il – c’est ce qu’une sorcière lui a révélé – qu’il était envoûté, le tonton. Ce serait quelqu’un de malveillant qui lui aurait jeté un sort. Je me demande comment on peut réussir à jeter un sort, car il y en a à qui j’aimerais bien piquer des aiguilles dans leurs poupées. Et moi qui croyait que les histoires de fée Carabosse n’existaient que dans les livres et les dessins animés ! Lorsque j’ai voulu en savoir plus, tonton Albéric m’a répondu qu’il ne fallait pas remuer les eaux troubles, sous peine de se laisser engloutir. Mais j’ai quand même insisté pour qu’il me décrive sa séance d’exorcisme. Il m’a expliqué qu’il a dû assister à plusieurs séances et que l’exorciseur était un prêtre très réputé pour ce genre de choses, qu’il devait à chaque fois lui apporter des bâtons d’encens et du charbon béni qu’il allait se procurer dans un certain couvent, ainsi que des œufs extra frais.
“C’est grâce à tes omelettes que le prêtre t’a guéri ?” je lui ai demandé.
“Non, non,” il a dit, en levant les bras au ciel, d’un air presque offensé, “ça se passe comme ça : il allume d’abord un feu dans sa cheminée avec le charbon de bois béni que je lui ai apporté, se recueille, puis pose un œuf sur le brasier et récite une incantation. Si l’œuf coule, c’est que ça n’a pas fonctionné, je dois alors retourner le voir avec un autre œuf et un nouveau sac de charbon béni. Car, vois-tu, pour que le désenvoûtement réussisse, il faut que l’œuf éclate d’un coup sec. À la quatrième fois, ça a marché. Il était complètement vidé, le pauvre homme, et il transpirait tellement que j’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, alors que c’était moi qui venais me soigner. N’empêche que lorsque je me suis levé pour partir, il a sauté
comme Lazare de son tombeau – j’ai eu un choc, je peux te l’assurer – et il m’a remis le montant de ses honoraires. En voyant le chiffre qu’il avait gribouillé sur ce minuscule carton bleu – de la taille d’un ticket de métro – je croyais que j’allais tomber à la renverse. Le coup de canon ! C’est peut-être cela qui m’a décidé que je n’étais plus envoûté. En tout cas, je ne suis pas prêt de répéter cette expérience. Mais qu’est-ce que je vais te raconter là ! Ce ne sont pas des histoires pour des petites filles, ça. Surtout tu n’en dis rien à personne, on ne te laisserait plus sortir avec moi.”
J’aimerais bien voir qu’on m’empêche d’aller avec tonton Albéric, pfui, pour si peu de choses. Firmin n’a qu’à bien se tenir ! De toute façon, nous avons maman de notre côté. Elle sait le remettre à sa place, celui-là.
Qu’est-ce qu’il penserait, le pôv tonton, si je lui apprenais ce que j’ai découvert dans sa chambre ? Un jour, tout de même, il devra m’expliquer pourquoi il a choisi d’être bis. Ça doit parfois lui créer des confusions, comme d’oublier à la dernière minute si c’est lui qui fait le mâle ou la femelle. Et si Firmin savait la vérité sur tonton Albéric, mauvaise langue comme il est, est-ce qu’il l’appellerait pédé bis ? À ce compte, je préfère qu’on dise bipède, c’est tout de même moins humiliant. Et puis – ce n’était pas très clair, mais enfin –, tonton prétend que nous avons les deux en soi. Quand je m’y mets, je parviens à imiter la voix grave du crapaud, mais ce n’est pas un exercice de tout repos, et après, je dois sucer une boule à la menthe pour m’éclaircir la gorge. Peut-être que tonton le fait depuis qu’il est tout petit et que maintenant il y est habitué. En tout cas, je ne me vois pas passer toute ma vie en étant bis, ça me fatiguerait beaucoup trop.
J’adore quand tonton Albéric me montre les vieux albums de famille. Ce sont des photos en noir et blanc – elles sont plutôt jaune et gris sale – et quelques unes en couleur, d’Italie et d’Amérique. Car il faut que je vous raconte. Le vrai prénom de tonton est Alberico. Comme ça ressemblait trop à cocorico, il a demandé qu’on le change. Par contre son nom de patron – il paraît que le nom de famille ça s’appelle un patronyme – est Binetti. Là, il a insisté à le garder. De toute manière, au début, et parfois encore aujourd’hui – certains de ses collègues à la Poste se moquent de lui en soufflant derrière son dos : “T’as vu la binette à coco ?” Je dois avouer que lorsque je l’ai entendu pour la première fois, j’ai pouffé de rire. Ce n’est pas vraiment gentil, je le sais, surtout qu’il est assez susceptible, tonton, quand il s’agit de sa personne, mais c’est quand même drôle. Heureusement que maman – elle aussi est née en Italie – a épousé un Français, même s’il a fichu le camp, sans jamais nous donner de ses nouvelles. C’est à cause de lui qu’on s’appelle toutes les deux Villiers. Maman a conservé son prénom Laura, car ici, c’est tout à fait courant. Il paraît que mon père avait exigé qu’on me fasse baptiser Jeannette, à la mémoire d’une tante qu’il aimait encore plus que ses parents, car elle avait fait de la Résistance, et il la considérait comme une héroïne. De toute manière, à quoi servait tout ce foin, puisqu’il s’est taillé. Quand je pose des questions sur lui à maman, elle répond que ça n’a plus aucun intérêt. D’après tonton Albéric, ils ont divorcé quelques mois après ma naissance, et il ajoute que ça valait mieux ainsi. Oui, mais moi, dans tout ça, je ne sais toujours rien sur mon vrai père, et personne ne veut m’en parler. Un jour, sans rien dire à personne, j’irai m’inscrire à l’émission de télé ‘Perdu de vue’. Peut-être que mon père va se pointer et qu’il me racontera. Entre temps, même si ce n’est pas la même chose, j’ai la chance d’avoir tonton Albéric. Avec lui, au moins, je peux dire tout ce qui me passe par la tête, parce qu’il ne me dit jamais, comme certains de mes camarades, que je suis folle. Pour revenir à nos
moutons, ou plutôt à ceux de mon tonton, qui a treize ans de plus que ma mère, ils sont orginaires de Monza, en Lombardie. Mon nonno – ça veut dire ‘grand-père’ en italien – a envoyé tonton Albéric dans les années 60 chez l’oncle Lucca en Amérique, qui avait très bien réussi là-bas, pour qu’il aille à l’école et qu’il devienne un homme, car nonno le trouvait trop sensible et il ne voulait pas ‘d’une mauviette à la maison’. Seulement, voilà, tonton Albéric se sentait très malheureux à Brooklyn, et après trois ans, il a fait des pieds et des mains pour rentrer en Europe – c’était plutôt le cou, car il a voulu se suicider par pendaison dans la douche, mais l’oncle l’a attrapé avant qu’il ne tourne tout violet . Tonton a ensuite suivi des cours à l’université de Milan, puis il a abandonné, alors nonno l’a pris pendant quelque temps dans son bureau. Mais il le trouvait encore plus sensible qu’avant et l’a expédié chez un cousin en France. Et comme ça, tonton a atterri dans la banlieue parisienne.
Il ne s’entendait pas très bien avec le cousin de nonno, ni avec sa famille, mais par contre, il aimait bien vivre près de Paris. C’est ainsi qu’il est devenu français et qu’il a trouvé un emploi à la Poste, après avoir passé les examens nécessaires – les étrangers, même s’ils sont ministres, n’ont pas le droit d’y travailler.
Il y a eu alors une tragédie : l’accident de voiture dans lequel mes grands-parents ont été tués, sur le coup. Ma mère, qui était encore très jeune, est venue le rejoindre en France où elle a fait ses classes. Puis, à 18 ans, elle a décidé de devenir coiffeuse.
À part ma mère et moi, tonton Albéric ne veut rien avoir à faire avec la famille, ni ici, ni en Lombardie, ni en Amérique. Il dit que ces gens vous empêchent de respirer. Il exagère sûrement, comme souvent d’ailleurs, dans ce qu’il dit, mais je pense que c’est nonno qui l’en a dégoûté. Malgré cela, il a une grande nostalgie de l’Italie. Il m’a promis d’ailleurs...
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