Zapinette et son tonton homo découvrent l'Italie

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Zapinette et son tonton homo aux Champs-Élysées

Albert Russo
Roman drôle de 107 000 caractères, 19 000 mots
Zapinette nous fait tourner le dos à la morosité et nous conduit dans les contrées de l’humour. C’est une gamine de 12 ans qui applique aux êtres et aux événements des jugements empreints d’une logique et d’un bons sens très personnels, tout imprégnés des images que lui fournit la télévision. Décidée, impertinente, elle a des opinions tranchées, mais étant enfant du ‘visuel’, elle assimile les noms propres et les expressions à ce qui est concret, compréhensible et tangible pour elle. C’est ainsi qu’elle invente continuellement des homophonies qui font la joie du lecteur. Son compagnon, son guide et confident est le tonton Albéric qui l’emmène en voyage dans son Italie natale où elle monnaie les visites de musée contre des cornets de glace dont elle est très friande. Cependant, cet oncle sur qui elle déverse ses joies et colères lui cause parfois de l’embarras : il paraît qu’il est “mot” ou même “bis”, cela est bien compliqué, elle voudrait bien qu’il soit “météro”.

Malgré leur différence d’âge et de caractère, ils s’aident à vivre et ne sauraient se passer l’un de l’autre. Amusons-nous donc du regard que porte cette gamine délurée sur notre société, savourons ses réparties et offrons-nous le plaisir de sourire en lisant ce livre.
Anna Christophoroff, Europe Plurilingue

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Publié le : mardi 15 décembre 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791029401114
Nombre de pages : non-communiqué
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Zapinette et son tonton homo
découvrent l’Italie
Chapitre 1 : Volare a Milano, ohh ohh
Albert Russo
Chapitre 2 : B, comme dans « Biffi » ou comme dans « Baffe »
Chapitre 3 : Les achats commencent
Chapitre 4 : Le paradis des moustiques
Chapitre 5 : Un banquet comme au Moyen Âge
Chapitre 6 : Amours de jeunesse
Chapitre 7 : Monza, où sont nés ma mère et tonton
Chapitre 8 : De la télé au pape
Chapitre 9 : Théâtre et autres histoires
Chapitre 10 : La ville de Roméo et Juliette
Chapitre 11 : Au pays des Swatch et du Toblerone
Chapitre 12 : La cité des dogues
Chapitre 13 : Tonino et la starlette américaine
Chapitre 1 : Volare a Milano, ohh ohh Tonton et moi avons pris l’avion pour Milan, la capitale macaronique de l’Italie, où nous avons débarqué à 11 heures ce matin. J’ai voulu faire la turista sans perdre une minute – eh, oh… je n’ai pas mal au ventre, ne commence pas avec ton esprit mal tourné. Aussi, après avoir déposé les bagages à l’hôtel, nous sommes allés à la Galleria Vittorio-Emmanuele, toute proche. Pour moi, c’est, de loin, le plus splendide bâtiment couvert que j’aie jamais vu. Avant, j’adorais me promener avec tonton dans le Passage Jouffroy et dans celui des Panoramas, près de l’Opéra à Paris, et bien maintenant, je les trouve tout riquiquis, ce qui ne veut pas dire qu’il faut les jeter à la poubelle. Puis, juste en sortant de la Galleria, il y a les Grands Magasins de la Rinascente, qui donnent sur la place du Dôme. Qu’est-ce qu’elle est chouette la cathédrale, elle fait penser à un immense pain de sucre, avec ses milliers de petits bonshommes perchés dans tous les coins, qui, d’après la gueule de certains d’entre eux ne sont sûrement pas tous des saints, et ses longues flèches blanches qui piquent du nez vers le ciel, sauf que j’aimerais pas glisser du toit et atterrir dessus. Pour couronner le tout, il y a la statue de la Madonnina toute en or, il paraît qu’elle pèse plus qu’un éléphant, c’est grâce à l’argent des pauvres qui, eux, étaient obligés de bouffer de la vache enragée. Pour la Scala, et ben pardon, il n’y a pas de quoi fouetter une panthère, même beurrée, parce qu’elle pisserait dessus, tellement qu’elle est moche. Il paraît que c’est le plus fameux opéra du monde, il faut le croire surtout quand on ne l’a pas vu ! Pour faire plaisir à tonton, j’ai été visiter la Cène de Léonard de Vinci dans une église si sombre que même les souris s’y perdraient. Ça c’est une scène à dormir assis, tellement on doit loucher pour deviner qui est qui, et les Japonais s’y mettent aussi, avec leurs yeux doublement bridés. C’est incroyable ce qu’ils aiment les monuments et les églises, les Japonais, surtout que pour eux Jésus doit avoir l’air d’un père Noël famélique, comparé à leur gros bouddha. Ils n’arrêtent pas de hocher la tête comme s’ils télépathaient avec le Saint-Esprit. D’ailleurs ils trouvent tout épatant ici. Nous avons été manger une glace chez Biffi dans la Galleria, c’est un des endroits les plus chics de Milan que je considère d’ailleurs comme la deuxième plus belle ville du monde, car il faut pas pousser, la plus belle, c’est quand même Paris, il y a même une vieille chanson qui le dit, reine du monde, la foule qui m’emporte, et ta sœur, etc. Moi j’ai choisi deux boules, menthe et chocolat , et tonton, lui, a pris fraise et pistache. On est comme sur une terrasse de théâtre ici, avec des défilés de mode permanents. Il y a des hommes qui vous coupent le sifflet tellement ils sont mignons et bien habillés, on dirait qu’ils vont concourir pour le titre de Mr. Monde. Les robes des femmes, surtout celles imprimées avec des couleurs vives, sont aussi très jolies. Tout à coup, pendant que nous regardions ces belles gens, accompagnées parfois de toutous de luxe avec laisse en croco ou peau de chamois et petites perles, parce que figurez-vous, il y en a qui traitent leurs animaux comme des stars de cinéma, un violoniste a surgi de nulle part, avec son frac et ses longs cheveux argentés et, se postant sous notre nez tout patrac, il s’est mis à jouer des airs à vous déchirer le cœur. Les premiers moments j’avais envie qu’il fiche le camp, car je croyais qu’il allait tomber à genoux. C’était très embarrassant, à moins qu’il pensait que j’étais la fiancée de tonton, car ici il y a pas mal de vieux schnocks friqués qui se dandinent avec des femmes qui pourraient être leur petite fille, moi, ça me dégoûterait. Mais il jouait tellement bien que j’ai fini par l’applaudir. C’est quand même pas permis d’être si professionnel et de devoir faire la manche, alors qu’on voit des nuls faire leur cirque à la télé avec des clips qui vous font tourner la tête à provoquer des veaux du cœur. Maintenant je comprends pourquoi tonton renifle quand il met ses vieux disques italiens, ça fait un sacré remue-ménage dans le thorax.
Chapitre2 : B, comme dans « Biffi » ou comme dans « Baffe »
Tontonm’a raconté que dans les années soixante, il s’est passé quelque chose de pas banal chez Biffi avec un oncle à lui – si tu n’as pas encore lu mes aventures, je t’apprends que mon tonton et ma mère, qui est restée à Paris, à cause de mon petit frère Pierrot, et de son salon de coiffure, sont originaires de Monza, une ville près de Milan – Bob, un cousin d’Amérique était venu passer des vacances chez le zio Bruno, la zia Antonietta et leur fils Aldo, à Milan. (Zio et zia n’ont rien à voir avec les yeux, même si ça sonne pareil, ça veut dire oncle et tante en italien).
Bob était un artiste peintre un peu foldingue, surtout qu’il buvait comme un trou et qu’avec ses habits de toutes les couleurs, ses bracelets de Peau-Rouge, ses grosses bagues et son chapeau vert, il avait l’air d’un arbre de Noël ambulant. Il paraît qu’il se ruait vers le bar dès qu’il se levait et qu’il vidait les fonds de bouteille, que ce soit de whisky, de rhum ou de vodka, au point ou la zia Antonietta avait décidé de fourguer toutes les bouteilles non entamées à la cave, du moins celles qui restaient. Contrairement à sa mère qui riait jaune devant les frasques de Bob – parce qu’elle voulait quand même garder la bella figura quand il y avait des invités chez eux –, le jeune Aldo s’entendait très bien avec ce cousin, ça lui changeait de l’atmosphère béni ouistiti de la bourgeoisie milanaise.
Tonton m’a assez souvent répété que de son temps ça ne rigolait pas ici, d’ailleurs même aujourd’hui, les Italiens du Nord prétendent qu’ils sont obligés de travailler deux fois plus à cause des feignasses du Sud. Ils traitent les Romains de gratte-papiers qui passent plus de temps à la terrasse des cafés qu’à leurs bureaux, tandis que les Napolitains, pour eux, sont les rois des entourloupes et des voleurs nés, quant aux Siciliens, ils les considèrent tout bonnement comme des Arabes, mais avec en prime le fait que c’est eux qui ont inventé la mafia. Et la mafia s’est, au fil des siècles, transformée en une énorme pieuvre qui a fait des petits jusqu’en Amérique, surtout que là, elle deale dans les drogues dures. D’ailleurs y a qu’à regarder une pieuvre (de préférence à travers la vitre d’un aquarium, parce que ces bestioles n’attendent qu’une chose : c’est de vous tordre le cou) droit dans les yeux, elle est complètement camée.
Il s’agissait de quoi encore ? Ah, oui, Bob le poivrot ! Un soir, il a emmené la petite famille au vernissage d’une galerie très chic où l’œuvre d’art était une femme à poil que le peintre peignait devant le public. Il y avait même des vraies chèvres dans un bac de sable, avec leurs crottes et tout. La pauvre zia qui était habillée comme pour aller à la Scala a failli tourner de l’œil. Moi, ça me mettrait les boules, parce que y en a marre que ce soit toujours les mêmes qu’on foutte à poil, si j’avais été là, j’aurais exigé que le peintre lui aussi tombe son froc et je lui aurais d’abord passé un savon, puis un bon coup de pinceau là où je pense.
Après cette séance, en rentrant à la maison avec Aldo – Bob était resté pour trinquer chez l’artiste –, le zio et la zia se sont disputés comme des enragés, même qu’elle lui a dit qu’elle voulait divorcer, parce qu’il laissait ‘cet Amerloque dégénéré donner des idées laitières’ à leur fils – ce doit être à cause des nichons de la sujette en question sur lesquels le peintre avait tatoué des petites étoiles. Elle craignait aussi que les Jésuites, qui finissent toujours par savoir ce qui se passe derrière les murs de leurs ouailles – ils boivent des infusions de science à
longueur de journée –, l’apprennent un jour et le renvoient de l’école.
Alors là, le zio, qui jusqu’ici avait essayé de ménager la chèvre et le chou, a tout à coup rugi comme un tigre, parce que le divorce à l’époque était tabou en Italie. Tonton m’a dit que pendant des années Sophia Loren, une actrice du temps de Mathusalem, qu’il adorait, n’a pas pu rentrer au pays vu qu’elle s’était remariée, parce qu’on l’aurait cueillie à l’aéroport, direction le bloc. Heureusement que je n’ai pas connu le pape de l’époque, déjà que celui-ci dure beaucoup trop, j’en aurais fait des boulettes pour les lions du zoo de Vincennes. Le zio a accusé la zia d’être une petite borghesuccia (prononcez borghé – zoutcha) oisive qui passe son temps entre la via Montenapoleone – c’est comme la Rue Royale à Paris, seulement qu’à Milan, les snobs préfèrent Napoléon, malgré que nos deux pays s’appellent des Républiques – avec ses fourreurs, ses bijoutiers et ses antiquaires, et le salon de thé Alemagna (ça n’a rien à voir avec les schleuhs, c’est le nom du propriétaire), à caqueter avec les autres oiselles de la haute société milanaise. Et il lui a crié, devant Aldo (qui a été tout raconter à tonton, c’est comme ça que je connais cette histoire dans ses moindres détails) : “Bon Sang, il y a quand même autre chose que les petits fours, les ragots de tes copines et ton pédé de coiffeur dans la vie !” À propos de pédé, alors qu’il était, comme d’habitude, bourré, Bob a été dire à Aldo qu’il était bis.
Effrayée par le coup de colère de son mari, la zia Antonietta s’est tenue à carreau et tout est rentré dans l’ordre, jusqu’à ce que… écoute la suite.
La veille du départ de Bob pour l’Amérique, le zio avait décidé qu’ils iraient tous souper chez Biffi. Cela avait commencé dans l’allégresse – de toute façon, Bob était un gai luron, même beurré – et ils étaient sur le point de commander le dessert, lorsque Bob a fait la connaissance d’un couple qui venait de s’installer à la table d’à côté. Il a trinqué avec eux, puis s’est levé en vociférant : “Viva l’italia ! Viva l’America !” Et il a été embrasser l’homme, mais tout a basculé quand il a voulu s’approcher de la femme. Le mari, qui était un Sicilien, a sorti un poignard et a essayé de...
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