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A maux ouverts

De
203 pages
Pour être en paix avec soi même il faut quelques fois se retourner sur son passé et reconnaitre ses erreurs, ses faux pas ainsi que ses faiblesses. Dans un monde où l'apparence est reine souvent il faut savoir baisser les armes et savoir dire merci, pardon, je ne t'oublirai jamais. C'est le but recherché de cet ouvrage, écrit avec spontanéité et émotion, ne plus se cacher, se voiler la face. J'espère que vous aurez autant de plaisir à lire cet ouvrage que ce fut une véritable aventure pour moi.
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2 Titre
A maux ouverts

3Titre
Mamie Pierre
A maux ouverts

Autobiographie
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01630-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304016307 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01631-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304016314 (livre numérique)

6 .
8






Lorsque je vis pour la première fois le film de
Joël Schumacher, « Expérience Interdite », je
fus poignardée dans l’âme. Il me fit l’effet d’un
électrochoc après lequel nous comprenons
mieux les évènements de notre vie et
l’importance que ceux-ci ont pu avoir dans no-
tre existence. Racheter ses fautes, quel lourd
programme ! Quelle délivrance à l’idée de ces
rédemptions qui expieraient de ma vie tous ces
monstres obscurs que, seule, j’avais provoqués
par pur égoïsme. Cela étant, le constat établi,
comment s’y prendre ? Quelle démarche adop-
ter ? Et quels mots prononcer pour exorciser
mes erreurs et demander pardon ?
Je n’ai trouvé que l’écriture si salvatrice pour
moi depuis toujours, afin de confesser à cet
homme, combien, combien je fus stupide et
empreinte de ce sentiment si vil qu’est la couar-
dise. Dans cet ouvrage, je ne changerai pas son
prénom. C’est un choix délibéré et mûrement
réfléchi. Il n’aurait aucun sens si les six lettres
de celui-ci ne résonnaient pas comme un écho
sans fin.
9 A maux ouverts
Et puis Arnaud, c’est tellement beau ! Ca en-
gloutit mon cœur parmi tant de souvenirs. Ca
arrête le temps et m’enivre d’un sentiment
troublant, mêlé de remords et de bonheur.
10
LA RENCONTRE
Notre première rencontre fut plutôt glaciale
et haineuse. J’entrai pour la première fois dans
le pensionnat Sainte Marie à Barbezieux dans la
région charentaise, en première Sciences Eco-
nomiques et Sociales. Je n’avais connu jus-
qu’alors que l’immensité, l’anonymat et la liber-
té des établissements publics. Et je me retrou-
vais parachutée, à la suite d’une dispute musclée
avec ma mère, dans d’un lycée minuscule comp-
tant cent cinquante élèves, et privé de surcroît.
La petitesse des lieux m’avait, au premier coup
d’œil, tétanisée de peur. L’établissement res-
semblait étroitement à une de ces vieilles de-
meures bourgeoises aux murs épais et aux fenê-
tres immenses dont l’aménagement à la vie mo-
derne n’avait pas été une totale réussite. Cepen-
dant, les classes aux planchers d’origine sen-
taient bon cette odeur de craie et il planait au
sein de cet endroit les doux souvenirs d’une
éducation d’antan rappelant précisément
l’atmosphère des livres de Marcel Pagnol.
Le jour de la rentrée arriva donc, comme ces
événements que l’on essaie d’effacer de sa mé-
moire en espérant un revirement de situation
11 A maux ouverts
qui nous épargnerait de les affronter ; en vain.
Le ventre torturé à l’idée de ma nouvelle vie,
éloignée de mes amis et emplie d’un sentiment
de solitude extrême, je te vis pour la première
fois. Ce ne fut pas le coup de foudre.
Assise sur une marche en pierre de taille aussi
froide que ma vie à cet instant, je regardais
déambuler ces gens inconnus avec lesquels
j’allais passer, contre mon gré, deux années de
ma vie. Tout le monde semblait bien se connaî-
tre et les discussions jaillissaient de part et
d’autre de la cour sur le thème des vacances
d’été, cela va de soi. Dans cette meute, je me
sentais, tel le petit canard boiteux, dépourvue
d’intérêt et meurtrie. C’est alors, les yeux dans le
vague mais l’oreille toujours aux aguets, que
j’entendis une amorce de conversation sur moi,
très vite interrompue par ton intervention ver-
bale tranchante, tu étais un jeune homme assez
svelte à la chevelure noire et aux yeux couleur
claire.
– Oui, mais qu’est-ce qu’elle est moche !
Ahurie par le propos et blessée par cette
cruauté nourrie de méchanceté gratuite, car les
paroles étaient assez fortement dites pour que je
les entende, je tournai mon visage, le regard ef-
faré, afin de jauger l’auteur de ce verdict pé-
remptoire. Tu étais quant à toi très beau. Mais
je te détestai, c’était indéniable. Tout le monde
riait autour de Toi. « Monsieur » semblait assez
satisfait de son effet.
12
L’ADAPTATION
Il me fallut trois longs mois pour faire le
deuil de mon ancienne vie. Trois mois pendant
lesquels, dans ce dortoir impersonnel, laid,
étroit, exigu et peu confortable, je pleurais mes
parents, ma maison, ma vie, enfermée dans un
cercle si bien cadenassé qu’il n’existait pas
d’issue possible. Je me sentais emprisonnée
dans une existence dont je n’étais plus maî-
tresse.
Le sommier de mon lit ressemblait à du gril-
lage tressé et usé. Quant à mon dessus de lit, il
n’aurait pas effrayé cette chère Cosette. Mon
box devait avoir une superficie de six mètres
carrés environ. Finis petit jardin, feu de chemi-
née et télévision familiale ! Enferrée dans mes
tourments, je ne me serais jamais doutée un seul
instant que ce nouvel univers resterait à jamais
le berceau de deux années particulièrement ins-
tructives. Deux années qui m’apprirent la vie et
m’aidèrent à construire toutes les armes morales
pour y combattre.
Dans cet antre aux saveurs d’un autre temps,
je l’ai rencontrée, elle. Elle était ma voisine de
13 A maux ouverts
box, un être couvert de blessures à la sensibilité
exacerbée. Séverine est morte trois ans après
notre entrée commune à l’internat Sainte Marie,
au bord d’une route reliant Royan à La Ro-
chelle. Elle partit comme elle vécut, seule. Et ce
sentiment qu’elle avait du mal à combattre, elle
essayait de le noyer au gré de relations amou-
reuses fréquentes mais sans lendemain. Ce bout
de femme, affublée trop hâtivement du surnom
de « salope » était, de toute sa chair, d’une gen-
tillesse hors pair. Elle m’a donné une place de
choix dans son cœur mais aussi une partie de
cet amour qui encombrait sa vie.
Je me souviens du soir où, rentrant vers deux
heures du matin d’une expédition culturelle à
Paris, nous nous retrouvâmes toutes deux dans
mon lit, blotties l’une contre l’autre. Et le récit
de mon voyage, aux anecdotes nombreuses, fut
baigné par nos chaleurs entremêlées.
Souvent, lorsque la lumière blanchâtre des
plafonniers d’usine s’allumait le matin pour
nous réveiller, entre mon demi-sommeil et la
souffrance que faisait naître cette agression
inopportune de luminosité, le cocon de chaleur
que j’avais confiné sous ma couette devenait
insuffisant. D’un geste brusque et précipité, je
bondissais dans son lit ; toutes deux, nous gra-
vissions alors ces marches vers le réveil dans
une communion de tendresse que je n’oublierai
jamais. Elle fut cette amie qui me donna, sans
14 L’adaptation
contrepartie, la totalité de son être fragile, avec
ses forces et ses faiblesses.
J’ai donc commencé à prendre progressive-
ment mes marques et à me familiariser à cet
univers aussi vorace que minuscule. En effet,
susciter le respect dans un monde où les per-
sonnes se côtoient depuis plusieurs années ne
fut pas chose aisée. Il me fallut tout d’abord af-
fronter les rumeurs blasphématoires que
j’alimentais par le seul fait d’être là. Ces men-
songes cousus main, furent difficiles à vivre et à
évincer de la planète Sainte Marie. Tu ne fus
pas en reste pour les véhiculer et t’adonner ré-
gulièrement à la moquerie. Ta force résidait
d’une part dans la place bien assise que tu t’étais
créée, d’autre part dans le fait que tu affrontais
toujours les individus face à face, sans jamais te
cacher derrière quelqu’un. On évitait donc iné-
luctablement la confrontation avec toi. La sûre-
té de ton comportement te faisait paraître iné-
branlable.
15
A PRIORI
L’établissement était composé d’un faible ef-
fectif ; c’est pourquoi ma classe en compor-
taient deux : Littéraire et Sciences Economiques
et Sociales travaillaient ensemble. Les uns
avaient des cours de français plus fréquents et
ma classe des cours d’économie à la place.
Comble de l’horreur, j’avais compris dès la ren-
trée que tu ne me laisserais pas de répit car nous
évoluerions dans les mêmes cours, tous deux en
première Economique. Vivre le quotidien avec
une personne que l’on déteste reste une vérita-
ble épreuve. Tu fus ma bête noire durant une
année complète. Au fur et à mesure cependant,
la haine s’atténua pour laisser place à de
l’indifférence. Chacun de nous avait son propre
monde dans un univers commun. Nous évi-
tions seulement à tout prix de nous retrouver
côte à côte.
Une de mes amies, Hélène, m’annonça un
après-midi qu’elle fricotait avec toi. Ma réaction
fut sans précédent. Je l’appréciais tellement et je
te trouvais si méprisable que je ne pus retenir
mes jugements de valeurs qu’elle ne comprit
17 A maux ouverts
pas. Je lui fis part de mon entière animosité
pour toi mais aussi de ma totale incompréhen-
sion face à cette union. Cela étant, votre histoire
ne m’appartenait pas. J’énonçai donc mes a
priori une fois pour toute. Nous ne reparlâmes
jamais plus de votre relation. Après tout, cela
m’était égal. Les deux tourtereaux filaient le par-
fait amour. Quant à moi, je continuai ma vie
comme à mon habitude. Une vie rythmée par
les réveils matinaux, les hurlements d’une sirène
marquant le début des interclasses, l’approche
de la cantine, les mercredis après-midi et autres
petits événements ponctuant la vie du plus ba-
nal lycéen.
L’amour t’unissant à Hélène était tellement
fort que tu l’engrossas malencontreusement. La
nature, pour le confort de la morale, fit disparaî-
tre l’enfant péché de son ventre encore trop
jeune. Il fallait donc séparer à tout prix les deux
amoureux. Tu devais partir de Sainte Marie ;
Hélène, quant à elle, resterait à l’internat pour
continuer son cursus scolaire. Enchantée par la
perspective d’une année de terminale sans toi, je
passai des vacances d’été dans une gaieté et un
bien-être peu commun. La terre ne me portait
plus, tant mon bonheur était complet.
Vous n’imaginez donc pas ma surprise em-
preinte d’effroi le jour de la rentrée lorsque je te
vis, toi. En sortant du « P’tit Caf’ », un café,
comme vous pouvez le comprendre - déjà ca-
18 A priori
féine et tabac jalonnaient mon quotidien - je
t’aperçus sur ce trottoir, toujours aussi élo-
quent ! Ce fut comme si le monde s’arrêtait sur
toi. Et mon cœur se tordit de douleur à l’idée
d’une nouvelle cohabitation. Pour je ne sais
quelle raison tu étais resté à Sainte Marie
contrairement à mon amie Hélène partie en
exile vers la ville de Périgueux, ce cas de figure,
je ne m’y étais pas préparée. Toute ma joie de
retrouver mes habitudes et mes camarades fut
aspirée dans le trou noir de mes tourments. Je
ne m’explique toujours pas, avec le recul, pour-
quoi j’avais mis entre toi et moi tant
d’acharnement à te détester.
19