Bulletin d'informations proustiennes n° 33

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Le Bulletin d'informations proustiennes fait le point, chaque année, sur le travail entrepris par l'équipe Proust
de l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS) : inventaire, classement, transcription et exploitation critique des brouillons et
des manuscrits.

La seconde partie du BIP est consacrée aux nombreuses activités proustiennes dont elle tente de dresser
la liste par rubriques : cours ou conférences, expositions et ventes, publications prochaines, travaux inédits ou en cours.

Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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EAN13 : 9782728837182
Nombre de pages : 160
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DeJean SanteuilauTemps retrouvé:
transcription des manuscrits et critique littéraire
1 iconoclaste quelle était il y a encore une trentaine dannées , lactivité de D transcription des manuscrits est devenue naturelle, comme en témoigne 2 labondance des éditions de laRechercheproposant des avanttextes . Cette situa tion semble rejeter comme importune la question des raisons profondes qui pous sent à transcrire des manuscrits, celle de la méthode à mettre en uvre et celle des implications critiques de ce travail. En même temps quelle sest imposée comme un outil et un champ critique, la génétique textuelle a vu le débat autour de ses enjeux et de son principe sestomper. Toutefois, loin de rendre caduques ces ques tions, lintérêt que connaît la génétique les pose avec une acuité nouvelle ; dans le même temps, cette reconnaissance dont jouit une pratique somme toute récente permet de prendre un recul salutaire. Le retour sur certaines transcriptions des brouillons du roman de jeunesse de Proust publié sous le titre deJean Santeuilsera ici loccasion de poser ces questions fondamentales à la lumière de lexamen de certains cas précis. Ceuxci concernent certains passages que les éditeurs ont crus bon de modifier dans un souci de « cohérence ». Or, si dans certains cas le toilettage est fondé, dans dautres, il revient à trahir le sens du texte au nom dune logique qui nest plus celle de lauteur mais de son éditeur posthume. Lorsquelles portent sur des passages où Proust exprime sa conception de lart, ces infidélités montrent que le travail de transcription est indissociable de lactivité critique en ce quil est le résultat dune interprétation du texte transcrit et du texte publié et présenté.
Choix éditoriaux et théorie de la littérature
Cest dailleurs lexistence de ce dernier qui légitime le plus sûrement lentreprise de transcription et de publication des manuscrits. Dans la préface à la première édition deJean SanteuilMaurois semploie à lever les scrupules, André du lecteur devant un texte que lécrivain a voulu conserver secret. Pour cela, il
1. Voir sur ce point la« Tribune libre » duBIPn˚ 5, 1977, p. 5763, qui oppose Henri Bonnet à Claudine Quémar et Jacques Bersani. 2. Cest le cas des éditions suivantes : GarnierFlammarion, (éd. Jean Milly), « Bibliothèque de la Pléiade » (éd. JeanYves Tadié) et Le Livre de Poche.
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montre que cette première tentative proustienne éclaire laRecherche. Cest ainsi au nom du roman publié quil justifie la publication des brouillons dun possible 1 Jean Santeuildans lequel il voit « une esquisse ». Près de vingt ans plus tard, dans la notice qui introduit son édition du même ensemble de manuscrits, Pierre Clarac avance un argument similaire : laRechercheest une mise en uvre romanesque 2 de « lébauche encore toute personnelle » questJean Santeuil. Les analogies thématiques que relève léditeur, à la suite de lacadémicien, ont pour but de souli gner cette filiation ; elles ont surtout pour effet de montrer limportance du regard rétrospectif dans la lecture du manuscrit et de rappeler que toute entreprise de transcription est soustendue par une conception particulière de la littérature.
Dans le discours de Pierre Clarac, les parallèles entreJean SanteuiletÀ la recherche du temps perduont en effet pour but de relier fortement lessai roma nesque de la jeunesse de Proust au roman publié de la maturité afin de souligner 3 que laRecherchenest pas sortie deContre SainteBeuvemais deJean Santeuil. Dans un article important consacré à lédition du dossier « SainteBeuve », Bernard Brun a montré en quoi cette thèse nest pas fondée et relève dune théorie de la création continue qui conditionne certains choix lors de lédition 4 des manuscrits . Bien quaujourdhui dépassée, la thèse de Pierre Clarac est intéressante à analyser en ce quelle prétend sappuyer sur la théorie même de la littérature que Proust développe dansLe Temps retrouvépour le second. Ainsi éditeur deJean Santeuil, le roman inachevé de Proust se caractérise par la spontanéité de la création :
à la faveur du hasard sa mémoire involontaire ressuscite en lui des émotions, des impressions que son art fixe aussitôt toutes vives. Dans une « seconde phase de ce travail », cestàdireÀ la recherche du temps perdu, il sappliquera à fondre en ensembles cohérents ces échos de sa vie intérieure. Cest ici 5 que lintelligence aura son rôle à jouer . On aura reconnu ici deux éléments importants de lesthétique développée dans « LAdoration perpétuelle », la mémoire involontaire et lintelligence, ainsi quune conception dualiste du parcours proustien. Celleci est héritée sans doute des thèses dAlbert Feuillerat, pour qui le parcours de Proust se divise en deux parties : jeune, Marcel Proust aurait été marqué par limpressionnisme mais les 6 progrès de son travail lauraient conduit à des positions plus rationalistes . Transcription et édition dun manuscrit sont donc bien indissociables dune théorie de la littérature et dune lecture rétrospective de lavanttexte à la lumière du texte publié qui nen est pourtant quun prolongement. Les choix éditoriaux de la seconde édition deJean Santeuilsont donc déterminés par une théorie de la création romanesque continue qui exclut tout rôle joué par le travail critique autour de SainteBeuve, et une interprétation de la genèse de luvre qui plaque
1.Jean Santeuil, éd. Bernard de Fallois, 3 vol., Paris, Gallimard, 1952, I, p. 9 et p. 2627. 2.JS, p. 983. 3.Ibid. 4. Bernard Brun, « LÉdition dun brouillon et son interprétation, le problème duContre SainteBeuve », Essais de critique génétique, Paris, Flammarion, 1979, « Textes et manuscrits », p. 151192. 5.JS, p. 980. 6. Annick Bouillaguet,Marcel Proust, Bilan critique, Paris, Nathan Université, 1994, p. 58.
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sur les manuscrits de lécrivain lesthétique quil exprime dans son livre. En légitimant lédition du brouillon par les analogies quil présente avec le texte publié dont il éclaire le sens, on est ainsi contraint de poser sur le manuscrit un regard rétrospectif qui le prive de son autonomie en lenfermant dans un schéma qui nest pas le sien mais celui du texte auquel il a donné naissance et, plus précisément, de la lecture que léditeur fait de ce texte.
Cest ainsi que, confronté à la nécessité de choisir un ordre pour les différents fragments du dossierJean Santeuil, Pierre Clarac opte pour une solution qui consiste à suivre le déroulement chronologique de la vie du personnage dont les épisodes 1 sont regroupés ensuite par thème . Ce choix donne aux fragments qui composent le manuscrit une structure voisine de celle du roman publié et renforce lanalogie entre les deux textes, mais il ne reproduit pas lordre arrêté par Proust, sil en 2 exista jamais un . Le projet revendiqué de « mettre sous les yeux du lecteur le 3 manuscrit dans létat où Proust la laissé » savère dès lors difficile à réaliser dautant que le système de transcription exclut totalement les ratures. Cette diffi cile fidélité sexprime également dans la volonté de ne pas « faire la toilette du 4 texte » tout en se réservant le droit dajouter, ici ou là, des mots dans le but de corriger les erreurs orthographiques ou les lapsus commis au cours dune rédac tion souvent hâtive. À la différence du premier éditeur qui en use à légard du manuscrit avec la plus grande liberté, le second précise : « tous ces changements, 5 même ceux qui simposaient indiscutablement, sont signalés dans les notes ». Ce parti pris éditorial est plus honnête, mais relève dun compromis qui laisse le lecteur au milieu du gué, face à un livre qui nest ni un texte continu et cohérent (édition de Fallois), ni un manuscrit reproduit avec fidélité (transcription géné tique). La formule « même ceux qui simposaient indiscutablement » a dailleurs ici son importance, elle témoigne du caractère discutable de certaines modifications que léditeur a cru bon de faire subir au texte. Si beaucoup sont, en effet, nécessaires et indiscutables, dautres reflètent une lecture rétrospective du manuscrit dont ils permettent déclairer les enjeux.
Esthétique proustienne et statut de lartiste
En faisant deJean Santeuilun roman bâti sur la mémoire involontaire et de laRechercheun roman qui maîtrise cette matière par lintervention de lintel ligence, Pierre Clarac suggère une évolution de la méthode de travail de Proust, tout en excluant une évolution de sa pensée, puisque tous les éléments duTemps retrouvéseraient déjà présents dansJean Santeuil. Sans entrer dans un débat sur la place de lintelligence et de la sensibilité dans lesthétique proustienne, sujet qui demande un travail propre, il est intéressant détudier les relations qui exis tent entre la théorie du génie et de lart qui sexprime dansJean Santeuilet celle que Proust expose dans « LAdoration perpétuelle ». Une correction apportée par Pierre Clarac au texte de Proust permettra de préciser ces remarques.
1.JS, p. 982. 2. On sait que les feuillets du dossierJean Santeuilont été réunis selon lordre de la première édition, sans relevé du classement correspondant à létat du dossier au moment de sa découverte. 3.JS, p. 981. 4.JS,p. 982. 5.Ibid.
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Dans les fragments de son roman de jeunesse, Proust aborde plusieurs fois la question de la création artistique. Il recourt pour cela à différentes figures décrivains, anonymes ou hissées au rang de personnages romanesques auto nomes. Cest le cas du romancier Traves, que Jean rencontre à Réveillon. Il inspire au narrateur cette remarque que nous transcrivons en respectant le texte des deux éditions :
Ni la vue du romancier Traves, ni ce que Jean connut de sa conversation, ni ce quil apprit de sa vie ne continuaient en rien létrange enchantement, le monde unique où il vous transportait dès les premières pages dun de ses livres et où sans doute il vivait quand il travaillait luimême, le fabriquant au fur et à mesure quil écrivait et ayant déjà vaguement déroulé devant lui en rêves singuliers la matière précieuse encore 1 vague comme une voie lactée dont il devait être peu à peu tissé .
On trouve ici laffirmation du caractère distinct de lunivers social de lartiste et de son univers artistique qui sera au principe de la réflexion sur la méthode de SainteBeuve. On y voit aussi que sexprime une conception du travail littéraire qui sera reprise dansLe Temps retrouvé. Lartiste est actif, au moment où il entre prend son travail décriture, il a « déroulé » devant lui la matière quil doit traiter et dont il est le fabricant. Le dernier volume dÀ la recherche du temps perdu insiste, en effet, sur le rôle central du travail dans la réalisation du livre à venir. La nécessité de se retirer du monde pour mener à bien cette tâche revient comme un leitmotiv dans les dernières pages du roman et témoigne que lécriture est conçue 2 comme un travail . La pensée de lécrivain ne semble donc pas avoir beaucoup e e varié entre la fin duXIXsiècle et la deuxième décennie duXX; la variation la plus importante serait lattribution au personnagenarrateur du roman de la maturité des qualités dun personnage du roman de jeunesse.
Toutefois, lédition de Pierre Clarac signale deux modifications apportées au manuscrit dans ce bref passage. La première concerne la suppression de larticle dedans le groupe « nidece quil apprit de sa vie », interprétation légitime en ce quelle corrige ce qui peut être une inadvertance de Proust, mais qui masque peutêtre aussi un glissement interrompu de la phrase vers une autre structure comportant un verbe transitif indirect et auquel lauteur na pas donné suite, sans pour autant la corriger.
Lautre modification concerne le changement de genre du participe passé employé comme adjectifdéroulé. Sur le manuscrit figure en effet, sans quil soit possible de se tromper, la formedéroulée :
[] le monde unique où il vous transportait dès les premières pages dun de ses livres et où sans doute il vivait quand il travaillait luimême, le fabriquant au fur et à mesure quil écrivait et ayant déjà vaguementdérouléedevant lui en rêves par singu liers la matière précieuse encore vague comme une voie lactée dont il devait être peu 3 à peu tissé .
Tel est létat du texte, il est possible de léditer ainsi, toutefois la leçon ne semble pas cohérente sur le plan grammatical et appelle une note de léditeur, et peutêtre une intervention sur le texte pour en éclairer le sens.
1.JS, p. 477 ;JS, éd. B. de Fallois, II, p. 11. 2. Voir notamment,TR, IV, p. 435, p. 479 et p. 620. 3.JS, f˚ 252 r˚.
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Il est possible de penser quil sagit dune inadvertance de Proust, comme on en rencontre dautres dans les brouillons deJean Santeuil. Toutefois, si lon renonce à faire dedérouléeun participe passé employé avec avoir dans une forme composée, pour y voir un participe passé apposé àmatière, la leçon du manuscrit est cohérente. Il faut alors placer le groupe entre deux virgules, ce qui donne : « [] ayant déjà[,] vaguement déroulée devant lui en rêves par singuliers[,] la matière précieuse encore vague []. »La matièrele complément de devient lauxiliaireavoirnoyau de la participiale, et le groupedéroulée devant lui en rêves singuliersune apposition à ce complément. Or, il arrive beaucoup plus fréquem ment à Proust de négliger la ponctuation, particulièrement quand celleci marque 1 les limites dune incise, que de commettre des inadvertances orthographiques . Il y a donc de grandes chances que la difficulté quil y a à donner une interprétation cohérente de ce passage tienne davantage à une absence de ponctuation quà une erreur dorthographe. Ainsi, puisque le texte demande à être modifié si on veut le rendre immédiatement saisissable au lecteur, il nous semble plus légitime de modifier la ponctuation que le genre du participe passé.
Reste la question du sens.Avoir déjà déroulé devant soi une matièreetavoir déjà, déroulée devant soi, une matièrece nest pas la même chose pour lartiste. À une conception active du travail de création, où lartiste déroule devant lui la matière de son uvre, se substitue une vision passive de lartiste qui possède déjà cette matière quil ne déroule pas luimême mais qui est déroulée devant lui  en cessant dêtre un auxiliaire,avoirrecouvre son sens lexical de possession. Derrière le choix de lecture et de transcription, cest toute une conception du génie qui se dessine, toute une théorie de lart comme matière donnée à lartiste ou conquise par lui de haute lutte ; cest aussi tout le rapport entre le projet de roman de jeunesse etLe Temps retrouvéqui est en jeu. En effet, la passivité du sujet créateur ouvre sur une théorie de lart qui est très différente de celle qui sexprime dans « LAdoration perpétuelle ». Derrière une variation graphique infime, une virgule, une lettre, cest tout un rapport à lart qui se dessine, tout un parcours intellectuel qui apparaît.
Décider de la manière dont il faut transcrire ce texte, ou de quel commen taire il faut accompagner lénigmatique formule laissée par lécrivain, engage donc toute une conception de luvre, de son discours théorique, de son esthé tique et de sa genèse. La transcription impose lexégèse pour replacer le manuscrit dans son contexte et tenter den éclairer la leçon et den rechercher la cohérence. Une lecture attentive dautres fragments deJean Santeuildétablir que permet cest bien une conception passive du créateur qui prévaut dans cet ensemble de textes. Les autres portraits dartistes et les développements consacrés au génie présentent en effet lart comme le résultat dune action qui échappe au créateur. Celuici nest quun médium entre les lecteurs et une force obscure et transcen dante qui agit en lui. Dans un texte que lon peut dater de 1902, Proust définit lacte créateur comme échappant à lartiste :
2 et ce nest guère que la nature ou qui nous soufflent dictent par moments des révélations 3 dont nous sentons quelles valent la peine quil est essentiel de les écrire .
1. Sur ce point voirinfra, note 2, p. 23. 2. Un blanc. 3.JS, f˚ 210r˚, p. 447.
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Inspirée de la téléologie de la nature, cette conception du génie limite la part du sujet créateur au profit dune force transcendante qui prend des formes 1 2 différentes, vent , vie antérieure , création spontanée et inconsciente, comme dans le cas de la vicomtesse de Réveillon. La jeune poétesse, dont le modèle est Anna de Noailles, se voit reprocher par la société du faubourg SaintGermain « le choix exquis et involontaire de ces adjectifs qui lui arrivent tous plus beaux 3 les uns que les autres tandis quelle parle ».
Ce rapide aperçu de quelques textes deJean Santeuilrelatifs au génie et à la 4 création permet déclairer le passage qui nous occupe. En apposantdérouléeà matière, et en faisant de cette matière un complément du verbeavoir Proust exprime une fois de plus cette conception passive du sujet créateur. Ce nest pas lécrivain qui déroule la matière mais la nature qui a déjà déroulé pour lui une matière qui est inscrite en lui et quil possède sans le savoir ; il na plus quà la parcourir. On trouve dailleurs, dans un autre brouillon deJean Santeuil, cette même formule oùdérouléeest, sans quil soit possible de se méprendre, un quali ficatif de la matière artistique. À propos de la vision superficielle de la littérature quexpose Rustinlor, Jean remarque : « la valeur de la littérature nest nullement 5 dans la matièredéroulée». Il est vrai que la locution a ici undevant lécrivain sens légèrement différent de celui quelle revêt dans notre texte, cette matière, cest ici ce à quoi la vie confronte lécrivain. Ce texte montre cependant que le groupe matière dérouléeest présent chez Proust lorsque lécrivain aborde la question de la nature profonde de la littérature.
La forme que les éditeurs deJean Santeuil ont cru bon de corriger nest donc pas aussi aberrante quon peut le penser : attestée chez Proust dans un contexte voisin, elle est correcte sur le plan grammatical si lon accepte lhypo thèse dune apposition, elle est, en outre, conforme à la conception passive du génie qui sexprime dans les autres fragments du projet romanesque. Lévolution majeure qui conduit deJean SanteuilàÀ la recherche du temps perdunest donc pas nécessairement celle qui mène dune écriture née de la mémoire involontaire à une écriture maîtrisée par lintelligence. Entre son premier projet romanesque et son roman de la maturité, il semble que Proust soit passé dune conception passive du sujet créateur à une conception active où le travail de lartiste se trouve valorisé au détriment des forces de la nature.
Si le travail de transcription demande une myopie qui peut paraître exces sive et caricaturale quand elle sarrête sur le détail dune lettre, dune virgule, il est indissociable dun vaetvient perpétuel entre le texte quil prend pour objet, le dossier génétique dans lequel il sinscrit et la lecture que lon fait de cet ensemble. À lintérieur de celuici, le texte publié occupe une place importante mais pas nécessairement centrale en ce que son interprétation peut être appelée
1. « Et le vent lavait bien conduit, lavait conduit avec sa vitesse inouïe, avec sa force que rien ne fatigue. »JS, f˚ 385v˚, p. 396. 2. « comme si une mystérieuse di[vinité] préposé par la nature à la conservation de quelque dieu caché [ill.] habitant en lui et il dans les marais de son esprit et sur leurs bords, il eût reçu, comme une instruction antérieure à sa naissance, linstinct de conservation de ce dieu. »JS, f˚ 662v˚ et 663r˚, p. 703. 3.JS, f˚ 440v˚, p. 525526. 4. Pour un relevé plus complet, voir notre travail : « Les expériences privilégiées dansÀ la recherche du Temps perduet ses avanttextes : éléments de la genèse dune esthétique », thèse, université de Marnela Vallée, 2001, p. 247269. 5.JS, p. 481, nous soulignons.
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