Bulletin d’informations proustiennes n° 35

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Le Bulletin d'informations proustiennes fait le point, chaque année, sur le travail entrepris par l'équipe Proust de l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS) : inventaire, classement, transcription et exploitation critique des brouillons et des manuscrits.

La seconde partie du BIP est consacrée aux nombreuses activités proustiennes dont elle tente de dresser la liste par rubriques : cours ou conférences, expositions et ventes, publications prochaines, travaux inédits ou en cours.

Publié le : samedi 1 janvier 2005
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EAN13 : 9782728838103
Nombre de pages : 168
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Lexemplaire annoté de 1 La Chartreuse de Parme
et exemplaire a fait à trois reprises lobjet dune présentation au public : en C2 1971, lors de lexposition « Marcel Proust en son temps » au musée Jacquemart André ; en 1999, à la Bibliothèque nationale de France, à loccasion de lexposition 3 « Marcel Proust. Lécriture et les arts » ; tout récemment en 2004, au musée du 4 château de Chantilly, où il figurait parmi les « Livres du cabinet de Pierre Bérès ». Stendhal était luimême un marginaliste compulsif, annotant copieusement ses propres livres comme ceux dautrui, et il était particulièrement émouvant de voir ce volume figurer dans la collection Bérès aux côtés dun autre exemplaire de la Chartreuse,interfolié et annoté par Stendhal luimême en vue dune révision qui 1 2 3 4 neut jamais lieu.
Proust utilise une édition brochée in12°, à la couverture verte, publiée en 1857 chez MichelLévy frères (450 pages), aujourdhui défraîchie. Cette édition reprend le texte de lédition de 1853 chez les mêmes, au sein desuvres complètes publiées par Romain Colomb, le cousin de Stendhal et son exécuteur testamen taire  doù certaines variantes par rapport au texte de lédition originale suivi 5 par la plupart des éditions . Cest bien dans ce texte, on le verra, que Proust cite la Chartreuse dans 1920. Les pages en ont étéun article critique de novembre 6 grossièrement coupées, selon lhabitude de Proust . Onze portent ses annotations autographes à lencre : pages 2, 102, 107, 120, 122, 123, 124, 125, 138, 162, 164. Quelques passages ont également été soulignés ou encadrés, à lencre ou au
1. Nous remercions vivement M. Pierre Bérès, qui conserve lexemplaire annoté deLa Chartreuse de Parmeayant appartenu à Marcel Proust, den avoir autorisé la publication. 2. Catalogue, Institut de France, musée JacquemartAndré, Paris, 1971, n° 264 (la notice donne comme éditeur CalmannLévy au lieu de MichelLévy frères). 3. Catalogue, Gallimard/BnF/RMN, Paris, 1999, n° 237. 4. Catalogue, musée de Condé, château de Chantilly, 2003, n° 57. Notice de Florence Callu. Cet exemplaire avait été acquis par Pierre Bérès auprès de Céleste Albaret en 1968. Nous remercions madame Emmanuelle Toulet, conservateur du musée de Chantilly, pour son aide précieuse. 5. Dont celle de la « Bibliothèque de la Pléiade », qui considère toutefois les corrections de Colomb comme « indiquées par Stendhal luimême » ; voir Stendhal,Romans et nouvelles, éd. de Henri Martineau, « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, p. 1361, 1367, 13741375. 6. Voir à ce sujet Nathalie Mauriac Dyer, « Défense de Flaubert »,BIPn° 30, 1999, p. 3940.
LEXEMPLAIREANNOTÉDELACHARTREUSEDEPARME
Daniel Ferrer, Nathalie Mauriac Dyer
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crayon, sans annotation marginale, aux pages 37, 105, 108, 110. Ces annotations (sauf deux, que nous signalons) étaient restées inédites. De quand datentelles ? La découverte de laChartreusepar Proust a pu être précoce ; le jeune admirateur de lécrivain B., dans un projet de préface à[Jean Santeuil], litLa Chartreuse de Parme,« avec la passion quexcite un ouvrage 1 nouveau et beau »  on sait que Proust travailla à ce roman laissé inachevé entre 1895 et 1899 ; en juin 1897, il confie dailleurs à Montesquiou quil a oublié, dans 2 son fiacre,« La Chartreuse de Parme», et le prie de la lui renvoyer On trouve lécho de cette lecture enthousiaste dans laRecherche, à travers la poésie et la « douceur stendhalienne » que recèle pour le héros le nom de « Parme », puis 3 lengouement de SaintLoup . En 1906, dans sa préface à la traduction deSésame et les Lysde Ruskin, « Sur la lecture », Proust amorce sa critique de SainteBeuve en prenant la défense de Stendhal : [] on peut dire que SainteBeuve a méconnu tous les grands écrivains de son temps. [] Après avoir incroyablement rabaissé le romancier chez Stendhal, il célèbre, en manière de compensation, la modestie, les procédés délicats de lhomme, comme sil ny 4 avait rien dautre de favorable à en dire ! « Tout compte fait, ce Beyle, un brave homme », résumetil deux ans plus tard dans les brouillons du « Contre SainteBeuve », après avoir largement cité le 5 critique . En juin 1910, Proust écrit à Georges de Lauris quil « vient de relire la Chartreuse», lui demande deux brochures de Mérimée consacrées à son auteur, 6 7 ainsi que le fameux article critique de Balzac , quil appelle « la préface de Balzac », peutêtre parce quelle fut reprise avant le texte romanesque dans diverses éditions 8 de laChartreuse. Les notes sur son exemplaire pourraient dater de cette relecture de 1910, et 9 précéder les quatre pages de « Notes sur Stendah[l] », publiées à titre posthume, qui sattachent à dégager les « phrasestypes » de lécrivain et sont reprises dans la 10 conversation littéraire avec Albertine, à la fin de « La Prisonnière ». Ces « Notes » commencent par quelques citations deLaChartreuse de Parme« Chartreuse  11 p. 10 », « Chartreuse p. 12 », « Chartreuse p. 22 » , qui renvoient bien à lédition MichelLévy, cestàdire à lexemplaire personnel de lécrivain. Toutefois les passages sur lesquels Proust fonde son commentaire  en particulier les retrou vailles avec labbé Blanès (à cheval sur les chapitresVIIIetIX) et la captivité de Fabrice (à partir du chapitreXV)  ne correspondent pas aux passages annotés,
1.JS, p. 197. 2.Corr., II, p. 197, [peu après le 23 juin 1897]. 3.RTP, I, p. 381 : « Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, depuis que javais lu la Chartreuse, mapparaissant compact, lisse, mauve etdoux [] » ; II, p. 405 : «  [] Bloch déteste Stendhal, je trouve cela idiot de sa part. LaChartreuse, cest tout de même quelque chose dénorme ? Je suis content que tu sois de mon avis. Questce que tu aimes le mieux dans laChartreuse? Réponds”, me disaitil avec une impétusoité juvénile. [] Mosca ? Fabrice ?” Je répondais timidement que Mosca avait quelque chose de M. de Norpois. » 4. Repris sous le titre « Journées de lecture » dansPastiches et Mélanges,CSB, p. 190. 5.CSB, p. 222223 ; « Proust 45 », N. a. fr. 16636, f° 1920 ; voir aussi Carnet 1, f° 18v°. 6. Publié le 25 septembre 1840 dans laRevue parisienne. 7.Corr., X, p. 119. Il avait sans doute découvert le texte de Balzac au cabinet de lecture (voirCorr., XIX, p. 363). 8. Chez Hetzel, en 1846 (voirCorr., X, p. 120, note 7), et chez MichelLévy frères, en 1870. 9.Sic. Proust écrit très souvent « Stendahl ». 10. « Proust 45 », N. a. fr. 16636, f° 99r°100v° ;EA, p. 653656 ; cf.Corr., III, p. 879. 11. N. a. fr. 16636, f° 99 ;EA, p. 654.
DANIELFERRER, NATHALIEMAURIACDYER
lesquels sont bien circonscrits : à lAvertissement (p. 2), au chapitreXI (p. 162, 164), et pour lessentiel aux chapitresVI,VIIet aux premières pages du chapitreVIII (p. 102 à 138).
[La transcription desmarginaliaest placée en regard du texte quelles annotent. Nous avons souligné les passages marqués par Proust, quelle que soit la forme des marques (trait en marge, encadrement) dans loriginal, mais signalons en 1 2 note lorsquil sagit de passages encadrés.]
p. 2
ainsi la littérature nest quun équivalent dune bonne soirée 1 où le zambajon est délicieux
pourra servir dépigraphe
Repassant à Padoue vers la fin de 1830, je courus à la maison du bon chanoine : il ny était plus ; je le savais, mais je voulais revoir le salon où nous avions passé tant de soirées aimables, et, depuis, si souvent regrettées. Je trouvai le neveu du chanoine et la femme de ce neveu qui me reçurent comme un vieil ami. Quelques personnes survin rent, et lon ne se sépara que fort tard ; le neveu fit venir du Café Pedroti un excellent zambajon. Ce qui nous fit veiller surtout, ce fut lhistoire de la duchesse Sanseverina à laquelle quelquun fit allusion, et que le neveu voulut bien raconter tout entière, en mon honneur.
 Dans le pays où je vais, disje à mes amis, je ne trouverai guère de maison comme celleci, et pour passer les longues heures du soir je ferai une nouvelle de la vie de votre aimable duchesse Sanseverina. Jimiterai votre vieux conteur Bandello, évêque dAgen, qui eût cru faire un crime de négliger les circonstances vraies de son histoire ou den ajouter de nouvelles.
 En ce cas, dit le neveu, je vais vous prêter les annales de mon oncle, qui, à larticle Parme, mentionne quelques unes des intrigues de cette cour, du temps que la duchesse y faisait la pluie et le beau temps ; mais, prenez garde ! cette histoire nest rien moins que morale, et maintenant que vous vous piquez de pureté évangélique en France, 2 elle peut vous procurer le renom dassassin .
Ce sont certainement ces deux notes qui auront la postérité la plus importante sous la plume de Proust. Refaisons et complétons leur trajet, déjà suivi par plusieurs commentateurs, puisquelles avaient été publiées dès 1971 dans le catalogue de 3 lexposition « Marcel Proust en son temps ». Elles sont dabord rappelées, conjointement, dans le Carnet 2, par une note qui ne peut être antérieure au printemps 1916 :
Ne pas oublier la préface de laChartreusepour montrer que pour Stendhal la littérature nest que le succédané dune bonne soirée avec zambajon et dautre part pour excuse 4 dimmoralité de mon livre
1. Selon Henri Martineau : « Quant au goût de Stendhal pour les sabayons, il nous la confessé à plusieurs reprises. Cest même à un abus de sabayons et de café quil attribuait les malaises nouveaux et prononcés dont il se ressentit précisément en 1815 » (éd. citée, p. 1375). 2. La page 2 de lexemplaire de Proust est reproduite dans le catalogue déjà cité du musée de Condé, p. 162. 3. Catalogue déjà cité du musée JacquemartAndré, p. 264. Voir Thierry Laget et Brian Rogers, 1988, II, p. 839, note 1 ; Francine Goujon, « Édition critique de textes de Marcel Proust : Cahier 61 », thèse, univer sité de ParisIV, 1996, t. I, p. 130, noteXXXIV; Antoine Compagnon, in Marcel Proust,Carnets, F. Callu et A. Compagnon (éd.), Paris, Gallimard, 2002, p. 400401, note 241. 4. Carnet 2, f° 59r° ;Carnets, éd. citée, p. 238 ; pour la datation, voiribid., p. 144145.
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