Café littéraire N°6 - Février 2012 - Version 1.1.

De
Publié par

Café littéraire 1.1. est un mensuel d'activités littéraires destiné aux élèves de l'enseignement secondaire inférieur et est un complément de Café littéraire 1.0.



Il a pour but de promouvoir la littérature en diffusant des critiques de sorties littéraires, quel qu'en soit le support (papier, ebook, livre audio) et quel qu'en soit le genre (roman, poésie, BD, ouvrage de vulgarisation...) ; faciliter l'accès des élèves à la littérature en les dotant d'un cadre de référence et de clés, de concepts leur permettant de s'approprier la notion de littérature ; faire découvrir en présentant les auteurs actuels ou anciens qui ont enrichi le patrimoine littéraire universel.

Au sommaire de ce mois- ci : Introduction à la littérature policière - Activités et pistes didactiques.

Publié le : mercredi 1 février 2012
Lecture(s) : 4
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2034808811061
Nombre de pages : 24
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Version 1.1.2 Café littéraireune édition www.kwalire.comPistes didactiques Piste1 -LesmystérieuxfeuiLLetonsLittéraires Ce matin de 1842, un riche banquier nommé Edmond Lancier ouvre avec frénésieLe Journal des Débats.Il ne consulte pas les actualités, il ne compulse pas l’économie, il ne parcourt pas les débats de société, il va directement à la page des feuilletons littéraires qu’il lit avec assiduité depuis plusieurs mois.
Depuis 1840, les journaux publient de longs romans à épisodes à la place du « feuilleton ». Le feuilleton était le nom de la rubrique consacrée à la critique dramatique et aux variétés littéraires.
Ce qu’Edmond Lancier lit ce matin-là, ce sontLes Mystères de Parisd’Eugène Sue. Avant cela, il avait luLes Mémoires du Diablede Frédéric Soulié paru dans le même journal l’année précédente. Même s’il avait éprouvé beaucoup de plaisir à la lecture du feuilleton de Soulié, rien n’égale celui qu’il ressent à la lecture desMystères de Paris.
D’autres journaux bien sûr publient des feuilletons, commeLa Presse,Le CommerceouSiècle. Le sûr Bien d’autres belles plumes, comme Dumas, Hugo, Balzac et Sand, se sont essayées ou s’essayeront au feuilleton. Mais Edmond Lancier leur préférera toujoursLesMystères de Parisd’Eugène Sue.
Les Mystères de Paris
Pourtant, l’intrigue est mince. Fleur-de-Marie, surnommée la Goualeuse (la chanteuse), une malheureuse orpheline élevée par une méchante femme du nom de la Chouette, puis recueillie par une tenancière de bar, est contrainte de se livrer à la prostitution. Elle se retrouve un jour sous la protection de Rodolphe, un Grand-Duc allemand qui se fait passer pour un peintre en éventails. Ce protecteur désintéressé, pour expier une faute ancienne, dédie sa vie à secourir les opprimés, à sauver les miséreux et à venger les crimes. Mais les liens entre Rodolphe et Fleur-de-Marie seront, en In de compte, d’un tout autre ordre que celui de protecteur-protégée. La jeune Ille apprendra que Rodolphe est son père.
Les Mystères de Paris, quia été publié entre 1842 et 1843 dansLe Journal des Débats,connaîtra un succès immense. Tous les jours, des centaines de lecteurs faisaient la queue au bureau du journal pour suivre les aventures de Rodolphe et de Fleur-de-Marie. Eugène Sue était submergé de lettres dans lesquelles on le priait de mettre In au calvaire de la pauvre enfant ou dans lesquelles on exigeait qu’il punisse les coupables.
Ce feuilleton, qui dépeint les classes les plus pauvres et populaires de Paris, et à l’intérieur de ces classes la frange la plus véreuse, séduira non seulement la petite bourgeoisie et le peuple, mais aussi les classes cultivées, les ministres et la cour.
Cette œuvre, qui sera publiée en dix volumes après sa parution dans le journal, fera la fortune d’Eugène Sue.
Son secret ? Une écriture simple, des rebondissements multiples, de l’aventure, du dépaysement, des sentiments à la pelle et, évidemment, des mystères…
Marie Joseph, dit Eugène Sueest un romancier né en 1804 à Paris et mort à Annecy en 1857. Descendant d’une famille de chirurgiens et Illeul de l’impératrice Joséphine et d’Eugène de Beauharnais, Eugène Sue abandonne sa carrière de chirurgien sur un bateau de l’Etat pour se consacrer à l’écriture. Ses premiers romans sont des romans d’aventures inspirés par les gens de la mer (Kernock le pirateen 1830 etAtar-Gullen 1831 par exemple). AvecCécile(1835), Sue change de genre et commence une carrière de romancier des mœurs mondaines. Malgré ses succès, il s’engage dans la voie du feuilleton populaire avecLes Mystères de Paris. Il écrira aussiLe Juif errantpour le journalLe Constitutionnel, œuvre dont le retentissement dépassera celui des Mystères.Grand feuilletoniste, les journaux se disputeront ses productions à des prix incroyables.
1
didactique
iste P
Version 1.1. Café littéraireune édition www.kwalire.comPistes didactiques Piste1 - LesmystérieuxfeuiLLetonsLittéraires(suite)
3
Exercice I. Rassure-toi, nous n’allons pas te faire lire les quelque 2500 pages qui com-posentLes Mystères de Paris.Nous allons plutôt te présenter les premiers chapitres, les pre-miers feuilletons, ceux qui seront publiés ensuite dans le premier volume.
a)Dans ce premier extrait, Eugène Sue plante le décor de son feuilleton. Dans les passages en caractères gras, souligne les substantifs et les adjectifs qualiIcatifs qui insistent sur le côté délétère du cadre de l’histoire : le Paris des miséreux, des criminels et des hors-la-loi.
I Le tapis-franc
Untapis-franc,en argot de vol et de meurtre, signiIe un estaminet ou un cabaret du plus bas étage.
Un repris de justice, qui, dans cette langue immonde, s’appelle unogre,ou une femme de même dégradation, qui s’appelle uneogresse,tiennent ordinairement ces tavernes, hantées par le rebut de la population parisienne ; forçats libérés, escrocs, voleurs, assassins y abondent.
Un crime a-t-il été commis, la police jette, si cela se peut dire, son Ilet dans cette fange ; presque toujours elle y prend les coupables.
Ce début annonce au lecteur qu’il doit assister à de sinistres scènes ; s’il y consent, il pénétrera dans des régions horribles, inconnues ; des types hideux, effrayants, fourmilleront dans ces cloaques impurs comme les reptiles dans les marais.
Tout le monde a lu les admirables pages dans lesquelles Cooper, le Walter Scott américain, a tracé les mœurs féroces des sauvages, leur langue pittoresque, poétique, les mille ruses à l’aide desquelles ils fuient ou poursuivent leurs ennemis.
On a frémi pour les colons et pour les habitants des villes, en songeant que si près d’eux vivaient et rôdaient ces tribus barbares, que leurs habitudes sanguinaires rejetaient si loin de la civilisation.
Nous allons essayer de mettre sous les yeux du lecteur quelques épisodes de la vie d’autres barbares aussi en dehors de la civilisation que les sauvages peuplades si bien peintes par Cooper.
Seulement les barbares dont nous parlons sont au milieu de nous ; nous pouvons les coudoyer en nous aventurant dans les repaires où ils vivent, où ils se rassemblent pour concerter le meurtre, le vol, pour se partager enIn les dépouilles de leurs victimes.
Ces hommes ont des mœurs à eux, des femmes à eux, un langage à eux, langage mystérieux, rempli d’images funestes, de métaphores dégoutantes de sang.
Comme les sauvages, enIn, ces gens s’appellent généralement entre eux par des surnoms empruntés à leur énergie, à leur cruauté, à certains avantages ou à certaines difformités physiques.
Nous abordons avec une double déIance quelques-unes des scènes de ce récit.
Nous craignons d’abord qu’on ne nous accuse de rechercher des épisodes repoussants, et, une fois même cette licence admise, qu’on ne nous trouve au-dessous de la tâche qu’impose la reproduction Idèle, vigoureuse, hardie, de ces mœurs excentriques.
En écrivant ces passages dont nous sommes presque effrayé, nous n’avons pu échapper à une sorte de serrement de cœur… nous n’oserions dire de
1
didactique
iste P
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.