De Moïse à Hiram

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La franc-maçonnerie distille un mystère, appelé souvent « secret », qui semble être ignoré par la plupart de ses propres membres. En enquêtant sur les rituels originaux et contemporains, puis en recoupant certaines informations avec l'histoire, l'auteur semble arriver au même résultat que les Lumières du XVIIIe siècle qui, en lisant la Bible de manière critique et à l'aune de la science, avaient découvert un « secret », qui semble bien avoir été pris en compte puis transmis depuis par la franc-maçonnerie opérative de manière ésotérique.
Et si c'était cela le « secret » maçonnique ?


Publié le : mercredi 13 janvier 2016
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EAN13 : 9782334064064
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ISBN numérique : 978-2-334-06404-0

 

© Edilivre, 2016

Introduction

Un de mes petits fils a huit ans. Boucles noires, teint mat et visage d’ange. Un jour que je lisais à ses côtés, je ne pris garde au fait qu’à cet âge la lecture commençait à ouvrir son cerveau au monde. L’article de l’hebdomadaire, éternel marronnier de la presse que je lisais en cet instant, s’étalait en première page de couverture, en lettres jaunes : « LesFrancs-Maçons et le pouvoir ». Ses yeux marron parcoururent le titre à mon insu et soudain sa bouche s’arrondit et son visage se tourna vers moi en me posant la question :

– Dis, papy, c’est quoi un Franc Maçon ?

– … /…

Je crois que j’aurais été plus à l’aise s’il m’avait posé une question sur la sexualité ! J’aurais eu alors à l’esprit l’arsenal des papillons et des fleurs butinées par les abeilles. Mais pour la Franc Maçonnerie expliquée à un enfant, ce fut le vide sidéral… rien ne me venait à l’esprit !

– Euh… ce sont des gens qui… …

La suite est venue péniblement, mélangeant tout et me contredisant moi-même, évoquant l’échange des idées et l’action politique. J’ai enfin réussi à le lasser suffisamment pour qu’il décide de passer à autre chose, et moi à prendre la résolution de ne plus ouvrir un ouvrage faisant référence à la F :.M :. en sa présence pour un bon bout de temps. Puis devant cet échec essuyé, je me surpris souvent à me poser cette question ainsi que de la poser aux autres.

Tout a commencé là !

Voilà. Je suis Franc Maçon. Je suis un F :.M :. du G :.O :.D :.F :.

Cela fait deux décennies. C’est peu mais le temps ne fait rien à l’affaire. Depuis le premier jour, j’ai saisi ce questionnement qui m’assaille, qui assaille tous ceux que j’ai croisés en chemin comme tous ceux qui ont visité ma loge comme mes propres F F :. de loge.

A la question : « qu’est-ce que la F :.M :. ? » les réponses qui m’ont été données d’entendre ont été si diverses, si variées que j’en ai éprouvé comme un malaise. J’ai fêté les 40 ans de maçonnerie de certains, les 50 ans d’autres, et à chaque fois que je m’approchais d’eux leur soufflant à l’oreille la question fatidique, après les premières paroles confortables et philosophiques qui satisfaisaient leur ego et qu’ils me donnèrent comme réponse, j’ai tellement vu leur regard fuir et leur geste vague ponctuer la suite de mon questionnement insidieux que j’ai décidé de chercher moi-même la réponse, faisant ainsi allégeance à ceux qui pensent que cette solution est la meilleure pour tracer son chemin et polir sa pierre.

D’où vient cette difficulté à définir la F :.M :. ? C’est qu’en grande partie elle repose sur des origines historiques controversées, sujet que j’évoquerai dans ce livre et que le message qu’elle porte est devenu si inaudible pour la quasi-totalité des FF :., je parle bien sûr du message symbolique, que l’action sociétale est vite apparue comme la seule mission essentielle qu’elle devait se donner et donc quelle se donne aujourd’hui pour son plus grand confort moral.

Il n’est qu’à constater comment elle cherche à se vendre, à se justifier, en avançant dans beaucoup d’articles de presse, comme celui qui a provoqué ce livre, la perpétuelle référence faite à ceux qui, issus de nos rangs, ont fait l’histoire sociale, scientifique, militaire ou politique d’un pays. Dans une première approche et sans contester cette démonstration, comment faire la part entre les qualités intellectuelles et personnelles de ces personnages et les vertus qu’ils auraient acquises en étant Franc Maçon ?

– NEWTON a-t-il découvert la gravité parce qu’il était Franc Maçon ? Où bien l’a-t-on coopté en tant que Franc Maçon parce qu’il était NEWTON et déjà célèbre ?

– MOZART a-t-il été le génie que l’on sait avant ou après être initié Franc Maçon ?

– VOLTAIRE a-t-il construit sa pensée à notre contact ?

… /…

La réponse est bien entendu logique et connue de tous. Tous ces FF :.étaient célèbres avant et sont venus garnir nos rangs afin qu’à leur contact nous élevions nos esprits dans la lignée de nos principes. La F :.M :. ne prétend pas faire d’un âne un cheval de course. Mais au contact du cheval de course, je vous l’accorde, un âne peut avoir l’envie de trottiner un peu plus vite ou être moins buté aux volontés et au destin des hommes… Elle apporte donc à ces derniers, par le biais de sa méthode, le moyen de s’améliorer, de progresser dans sa pensée, et nous le découvrirons au fur et à mesure, d’enrichir ses connaissances dans le sens Kantien de l’éducation de la Raison. Tout ceci possédant un but, que la majorité des F :.M :. subodorent mais n’appréhendent pas totalement. Mais en quoi élever son esprit ou philosopher dans un cadre aussi particulier que celui de la F :.M :. peut-il nous apporter quelque chose de différent que la fréquentation d’un cercle littéraire, philosophique, scientifique ou politique ? Nous philosophons, soit. Mais sommes-nous meilleurs que ceux qui pratiquent la même discipline au sein d’un cercle philosophique ou même un café littéraire ? Pour avoir pratiqué les trois possibilités, je vous affirme que la réponse est non ! La qualité des débats étant essentiellement faite, dans l’intervalle des deux ou trois heures que constituent ces mêmes réunions, par la qualité des intervenants. Nous travaillons sur notre ego, et prenons conscience que le travail sur soi est partie intégrante de notre progression. Sommes-nous pour autant au niveau d’une véritable psychanalyse ? Croyez-vous vraiment que le système des grades, décors, devoirs et plateaux favorisent la disparition de l’ego ? Au-delà des mots entendus sur maintes planches, quid des vœux pieux et quid des réalités objectives ?

Nous étudions les sciences : oui mais simplement au contact de ceux qui pratiquent ce domaine dans le monde profane et nous font profiter, quelquefois, de leurs connaissances. Mais la franc-maçonnerie moderne est tellement pénétrée, je dirais même « infiltrée » par des vrais et des pseudos intellectuels, que dès qu’une thèse scientifique apparaît, elle est souvent classée « scientiste » et les reproches éternels sur la science inexacte et sans conscience dissuade toute présentation de thèse rationaliste. J’ai même entendu certain maçon affirmer que la F :.M :. n’est pas rationaliste ! En fait si vous souhaitez comprendre comment fonctionne le monde, on en apprend plus dans les amphis de facs ou les émissions scientifiques qui sont diffusées à la télévision que dans les loges maçonniques contemporaines !

Nous développons des liens fraternels indéfectibles et envisageons l’humanité comme une fratrie universelle : oui mais l’homme étant ce qu’il est, qu’en est-il de ces jugements de certains qui, se croyant intellectuellement au-dessus d’un impétrant, émettent un jugement défavorable à son admission, et donc à la possibilité que cet individu s’améliore ?… quid des rivalités de certains officiers d’une loge qui s’exaspèrent par ailleurs au fur et à mesure que leur carrière maçonnique progresse et qui luttent pour obtenir un vague pouvoir, lutte qui atteint son paroxysme au conseil de l’ordre et au clanisme qui régit l’élection du Grand Maître tous les « x » années. On a même l’impression que plus les années de maçonnerie passent, plus l’arrivisme égocentrique s’accroit !

Finalement il est facile de critiquer la Franc Maçonnerie moderne. Elle a tellement perdu ses repères symboliques que le sociétal, je l’ai déjà dit, occupe de plus en plus son esprit et préside a ses projets.

Si je devais répondre maintenant à mon petit-fils, je lui dirais qu’en fait, en maçonnerie spéculative, nous allons travailler, tant bien que mal, parfois même en même temps, la totalité des domaines évoqués ci-dessus. Que la Franc Maçonnerie garde toujours comme but, ce projet un peu utopique mais absolument fondé que pour améliorer l’humanité il faut avant tout améliorer l’homme ! C’est ce principe que nous devrions garder toujours présent à l’esprit lorsque nous débattons en loge. La question que tout F :.M :. devrait se poser sur les parvis de sa loge ou de celle qu’il s’apprête à visiter est la suivante : que vais-je apprendre, dans quelques instants, qui va modifier ma pensée sur tel ou tel sujet ? Le second principe, s’il ne fallait en garder que deux, serait la recherche de la vérité. Oh ! Je vois ici les réflexions que la Vérité n’existe pas, qu’il n’y a que des vérités souvent inaccessibles, de quelle vérité parlons-nous ? etc… etc… Cette recherche de la vérité n’est en fait à prendre que dans l’assertion de l’épitre de Saint JEAN :

– « la vérité nous rendra libre ! »

… et prise ainsi, je pense qu’elle s’inscrit dans la droite pensée maçonnique, en nous libérant des dogmes qui nous cachent tout simplement bien des vérités accessibles… avec un peu de raison.

Et une fois sorti de la loge de quelle manière doit-on s’inspirer de ces acquis et comment nous positionner par rapport au monde dit « profane » compte tenu du fait que notre engagement à ne communiquer à personne la teneur de nos travaux et de nos rituels nous empêche de le faire clairement ? Pourquoi ce sens du secret qui intervient dés « l’initiation », ces engagements et serments pris à chaque grade et cela du début à la fin de l’échelle maçonnique ? Pourquoi cacher aux autres nos méthodes de travail si elles se cantonnent à la philosophie, à l’histoire, au travail sur soi, aux sciences, à la fraternité ? C’est absurde ! Rien dans notre méthode n’est à cacher et comme je fais partie de ceux qui pensent que l’initiation elle-même, est édulcorée, où se situe le danger de divulguer nos travaux ?

La réponse est dans le Rituel et dans nos Symboles.

Dans un second temps il faut bien aussi se poser la question du sens de ce fameux « secret maçonnique » avant qu’un second Grand Maître ne nous donne le goût définitif de le supprimer de nos rituels, ne pensez-vous pas ?

Pour ma part, je pense sincèrement que l’immense imbroglio symbolique dans lequel nous évoluons décourage le plus assidu d’entre nous. Que le Rituel et la symbolique sont tellement foisonnants, que nos esprits rationnels issus d’une éducation contemporaine volontairement orientée vers l’efficacité et l’utilité des esprits pour la nation, en nous spécialisant à outrance nous ont coupé d’une certaine sensibilité, d’un certain ressenti nécessaire à l’appréhension des choses, à une certaine globalité de la vision que nous avons bien du mal à produire de nos jours.

Il y a des Rituels, que certains rencontreront s’ils continuent de cheminer, qui imposent un savoir scientifique tel, constitué de plus de 19 sciences à maîtriser avant de pouvoir être admis au grade suivant, qu’il a été simplement occulté par les procédures modernes. Ce grade est « donné » de nos jours. Ouf, nous sommes passés près de la catastrophe. Le risque de ne voir aucun FF :.passer ce grade était si grand qu’il a fallu user de ce subterfuge pour faire continuer à vivre la F :.M :. « moderne ».

Alors il est grand temps d’essayer de dépoussiérer les archives et les combles, non pas pour jeter aux orties ce que l’on y trouve et le remplacer par du neuf et moderne, mais bel et bien pour restaurer ces objets anciens et leur faire retrouver leur lustre d’antan afin que tout le monde les voit et les apprécie car ils ont une valeur inestimable et toujours actuelle.

Chapitre 1
Entrez chez nous. Vous avez dit initiation ?

« Toute la dignité de l’homme est d’oser regarder en face une vérité indigne de lui. »

 

Commençons par le commencement.

Je vais ici parler de ce que je connais un peu et pas de ce que je ne connais pas ! Mon discours va donc se positionner sur le Rite Français des trois premiers grades, ceux de la loge bleue. Je passerai ensuite au Rite Ecossais Ancien et Accepté pour les grades dits « supérieurs ». La cadre étant posé, passons au débat.

Si vous voulez être ou êtes proposés à devenir un F :.M :.vous serez questionnés sur votre personnalité, vos opinions, et cela de manière bien banale si l’on compare ces procédés avec ceux des QCM et autres logiciels des chasseurs de têtes chargés de recruter des cadres dans les entreprises. Ayant moi-même utilisé ces procédés pour le compte de société du CAC 40, je peux vous affirmer qu’ils ne sont pas infaillibles et qu’à l’issue de leur usage, la déception d’un cadre au travail, alors qu’il avait passé tous les tests haut la main, a été grande pour beaucoup d’entre nous.

Alors les trois enquêtes maçonniques se doivent d’être appréciées à leur juste valeur : modestie et superficialité. Elles apportent cependant une chose inestimable, valeur actuellement de plus en plus bafouée à l’ère de la communication virtuelle : le contact humain ! En effet, si le travail d’une loge est correctement fait, c’est pour le moins quatre personnes d’une même loge qui rencontreront le profane avant qu’il ne passe sous le bandeau. Leur impression humaine restera un moment important pour la suite, même s’elle est perfectible et parfois trompeuse.

Si le candidat passe avec succès cette première étape, il est reçu et questionné à nouveau « sous le bandeau » c’est-à-dire en loge et devant tous les Franc Maçons qui la constituent ce jour-là.

Là aussi, trêve d’orgueil. Rares sont les questions qui peuvent déstabiliser le candidat et de toute façon les interrogateurs sont tenus de respecter un code déontologique de fraternité et de méthode. Si l’issue de ce questionnement reste dans la lignée des trois enquêtes qui l’ont amené ici, l’impétrant sera officiellement informé qu’il sera Initié à une date qui lui sera précisée.

A cette date précise, il sera convoqué et pendant quelques minutes, voire quelques heures, il sera isolé dans un local baptisé « cabinet de réflexion » en attente de la fameuse cérémonie dite d’Initiation. Penchons-nous un instant sur ce cabinet.

Le cabinet de réflexion :

Je me suis souvent amusé à dire que le cabinet de réflexion mériterait son nom s’il était entièrement revêtu de miroirs ! Le candidat se verrait sous toutes les coutures et donc sous des angles inusités pour lui. Il se découvrirait une géométrie, celle de son corps, de sa tête et prendrait alors pleinement conscience qu’au niveau de l’apparence physique il est loin d’être ce qu’il croyait être. Cela serait presque suffisant pour démarrer un processus d’initiation par l’introspection. Mais non, par tradition et par souci du respect du Rituel, ce cabinet ne comporte pas de miroir, il est peint en noir et comporte toute une série d’objets dit symboliques dont la plupart des visiteurs ne saisissent même pas 50 % de la signification. Ce ne serait pas grave si, dans la plupart des loges, on ne revenait jamais sur l’explicitation de ces symboles comme d’en ouvrir le sens caché…

Chaque initié doit recevoir un livre sur la symbolique maçonnique. Je vous avouerai que le mien fut le Jules BOUCHER et qu’en tant que technicien il a failli me tomber des mains à la première lecture !

Pourtant il recèle de nombreuses pistes à exploiter et certaines de ses assertions et explications tombent sous le sens. D’autres sont à lire au second degré, je m’en expliquerai plus loin par des exemples. Retenons certaines choses importantes à sa lecture :

– le lien fait entre le pain et ISIS/DEMETER et la notion de germe dans l’œuf qui fait référence à bien des philosophies (telle l’Orphisme) comme à bien des sciences (création des gemmes et cristallisation des métaux par exemple).

– La présence de sel, soufre et mercure sont évidemment des références à l’Alchimie. Il est à noter qu’envisagé dans ce sens, le mercure sera parfois emblématiquement représenté par un coq, symbole du lever et du coucher du soleil, qui va avoir une importance grande dans la géométrie de la loge.

Je vous laisse consulter ce livre sur la symbolique, je ne vais pas recopier ici phrase après phrase son contenu.

Mais le BOUCHER fait l’impasse sur les faits suivants : contrairement au soufre le mercure n’existe à l’état libre que sous la forme d’oxyde, le sulfure de mercure, que l’on appelle Cinabre. Ce cinabre était connu en Egypte pour être le prolongateur de la vie. C’est assez étonnant, d’autant qu’en Chine il était et reste encore le symbole de l’immortalité. On peut par ailleurs lire que NEWTON a fait des recherches concrètes sur cet oxyde et ses principes.

Il en est de même pour le symbole du pain. On ne va pas contester la symbolique du pain, associé au sel ou à l’eau et qui a traversé des siècles d’Histoire. Elément de vie, minimum vital pour l’homme. Mais à l’époque où se situe le choix de ce symbole, le pain tel que nous le concevons aujourd’hui n’a rien à voir avec celui du siècle des Lumières. Il y avait à cette époque un pain complet, de blé ou de seigle, un pain noir, celui qui, manquant quelques décennies plus tard à cause de mauvaises récoltes sera un des facteurs majeur de la Révolution française de 1789.

Mais il y avait aussi un pain blanc, le pain azyme.

Ce pain, fabriqué à base de farine de céréale et d’eau, sans levain ou levure, est à destination religieuse. Le Christianisme s’en est emparé en en faisant l’hostie, symbole de l’Eucharistie.

Mais le Christianisme ayant comme souche le judaïsme, il est normal de trouver ce pain azyme dans la tradition juive. C’est donc un pain sans levain, qui est surveillé religieusement afin qu’il ne gonfle pas, fabriqué à l’occasion de deux fêtes juives et destiné notamment au repas Seder, repas pris pour la Pâques juive : Pessa’h.

Retenez bien cette fête, elle semble marquer une ligne continue de la symbolique ésotérique de la loge bleue.

D’autres symboles, exprimant la précarité de la vie et le temps qui passe sont facilement compréhensibles. Voilà pour les symboles. Viennent ensuite les phrases et sentences.

« Vigilance et Persévérance » : la définition donnée par le BOUCHER est crédible. A noter le lien encore marqué avec ISIS et DEMETER.

« V.I.T.R.I.O.L » : nous sommes là devant un dilemme. Mon passé de chimiste et de technicien me faisait immédiatement penser à l’acide sulfurique. C’est une piste sérieuse car le Vitriol des chimistes a permis à bien des assassins de dissoudre les corps de leurs victimes ! La chair se détache alors facilement des os… et les os se dissolvent aussi aisément dans de l’acide sulfurique concentré à 95 % (soit 60°Bo) Mais d’autres voies se sont offertes à mes yeux et à mes oreilles en cheminant maçonniquement.

Une obédience semble avoir pris compte de cette énigme comme solution au mystère de la mort de Jésus CHRIST. Pourtant tout semble historiquement prouvé que ces lettres dont on donne une signification latine ne datent que du moyen âge. En quelque sorte :

« visite l’intérieur de la terre et en rectifiant
tu trouveras la pierre cachée »

ne se résumerait pas qu’à une révélation intérieure de notre ego, mais nous inviterait, en changeant la pierre… a changer le nom d’un personnage chrétien !

En fait tout serait dit depuis le début et le parcours maçonnique de ce rituel ne consisterait qu’acquérir bien lentement ce qu’il y avait sous nos yeux dès le départ.

C’est une gageure presqu’amusante mais quelque part très frustrante. Et puis je vous l’accorde, elle ne prend tout son sens que si par hypothèse vous envisagez que Jésus CHRIST a bel et bien existé !

Que dire d’autre sur le Cabinet de réflexion ? Son austérité est faite pour le conditionnement. La bougie, le papier et le crayon sont bien là pour mettre en scène le testament d’un homme qui semble aller vers une mort future et qui annonce bien une renaissance. Il serait naïf de ne pas le voir. Certains ne le voient pas, d’autres en jubilent à l’avance. Ainsi est fait le caractère varié des hommes. Mais ce qu’il faut en retenir de manière forte c’est que le cabinet de réflexion, quelque part est un journal d’annonces : il claironne fort les thèmes et idées qui vont être l’objet des heures et des jours futurs passés dans cette loge dont on connait le nom mais absolument pas la structure ni les méthodes. La mort, le temps, les mystères de la vie et des Rites, l’improbable immortalité, l’alchimie, les sciences… tout est annoncé à l’avance.

Qui en est vraiment conscient à ce moment-là ?

Au sortir de ce cabinet, aveuglé du bandeau, testament fait, la mémoire encombrée des visions crépusculaires des symboles qu’il a entrevus, l’impétrant est à la charnière de son parcours. Il n’est plus un vrai profane et pas encore un franc maçon. Certains sont submergés par l’émotion. J’ai connu un proche dont l’angoisse était telle qu’il n’a plus rien perçu de ce qui suivait, un peu comme si son cerveau s’était déconnecté afin de se mettre en protection temporaire. D’autres, au contraire, ricanent de ce décor de potache, du pseudo testament et attendent de pied ferme la suite des événements. J’avoue avoir fait partie de ces derniers et j’avais beau avoir les yeux bandés et le bras fortement enserré par la main de mon accompagnateur j’avais à l’esprit la posture des bras croisés, poitrine haute et jambes légèrement écartées :

– « envoyez la suite, je suis prêt ! »

Eh bien ! La suite n’est pas facile à analyser car si elle se résume, rituellement parlant à ce que l’on nomme « l’initiation », il faudrait au préalable s’entendre sur ce qu’est une INITIATION.

L’Initiation :

Il y a encore peu de temps, 50 ans environ, l’initiation se définissait ainsi :

admission à la connaissance de certaines choses secrètes. Révélation. Cérémonie par laquelle on était initié à la connaissance et à la participation de certains mystères… On citait comme exemple l’initiation aux mystères d’Eleusis et la 1er communion chez les chrétiens.

Nous allons donc examiner les deux possibilités que nous offre la F :.M :. pour accéder à cette initiation. Quels en sont les arguments :

1°/ la F :.M :. « Initie » vraiment à la connaissance et aux mystères :

Il y a plusieurs manières de concevoir cette admission à la connaissance et à la participation à certains mystères. Pour l’accès à la connaissance les F :.M :. font leur la phrase de SOCRATE et son complément controversé :

– « connais-toi toi-même… et tu connaîtras l’univers et les Dieux »

Le moins que l’on puisse dire est que si cette définition, nous Francs-Maçons, la faisons nôtre, il nous faut alors reconnaître que dans son principe, si on veut aller vers des révélations et donc la possibilité de changer notre regard sur l’apparence du Monde, le travail sur SOI est alors annoncé comme la seule solution proposée ! Or, comme le disait EPICTETE dans le manuel d’Epictète écrit par ARRIEU :

« Il faut se garder de soi-même comme d’un ennemi. »

Ce qui est par ailleurs reprit par la cérémonie dite du miroir. Le travail sur soi va donc présenter bien des difficultés. Prendre conscience de ce que l’on est soi-même pose le problème de l’équivoque.

On peut en effet être soi-même dans le sens du conseil de sincérité, de naturel, qui va donc s’opposer au pouvoir que possède l’homme de s’imaginer autre qu’il n’est. C’est ce que Jules GAULTIER appelle le Bovarysme.

En accédant à une autre compréhension de notre vivant, nous serions alors amenés à prendre conscience critique de notre Bovarysme ainsi que celui de toutes les illusions que les peuples se font sur eux-mêmes.

La naissance du nouvel être, qui aurait tout d’abord obéi par la conscience, à l’abandon de la morale de l’intérêt puis à relativiser tout ce qui a trait au matériel nous fait penser à l’homme charnel de PLOTIN qui doit passer peu à peu à l’homme psychologique et arriver à l’homme spirituel s’il veut accomplir son destin d’homme sur cette terre.

Dans l’analyse des processus de l’initiation, prise dans son assertion générale, tous les analystes démontrent qu’il y a un glissement progressif vers la connaissance destiné à réaliser psychologiquement un passage d’un état réputé inférieur à un état réputé supérieur, une coupure évidente et parfois mal vécue avec l’ancien monde (revoir la caverne de Platon et le refus de certains de « voir » l’éblouissante vérité…) et des difficultés d’en déterminer le positionnement du curseur sur sa propre vie.

L’Initiation maçonnique n’échappe pas à cette règle ! Elle demande un effort vers la logique d’une recherche rationnelle incluant bien l’idée de progresser par rapport à ce que l’on sait déjà !

Cette progression vers l’émancipation correspond à des ruptures libératrices qui vont agir sur notre propre identité. On se sent assujetti à un nouveau statut social dans un nouveau groupe et lorsque nous retournons dans le monde profane, nous y arrivons chargés de cette nouvelle appartenance, mais contrairement aux Rites profanes, nous n’en sommes pas fêtés et reconnus. Seuls nos FF :. nous reconnaissent comme tels !

Il y a bien donc Rite d’agrégation mais pas de réintégration et il y a bien rupture avec le monde profane. Il est courant de ressentir cette coupure avec ses anciens amis, comme une distance qui s’instaure. Mais il faut qu’il y ait une conversion du regard sur les choses, en rupture avec ses anciens repères, sinon il n’y aurait simplement pas d’Initiation.

Le cheminement initiatique passe donc aussi par l’accès à la connaissance. C’est ce processus d’élaboration d’accès à la connaissance que KANT qualifie d’éducation de la raison. La connaissance implique un processus d’analyse des données, d’outils et de méthodes qui se renforcent au travers de la nouvelle vision des choses qui naissent dans l’esprit de l’initié. De même que la recherche scientifique est vécue comme initiatrice par l’étudiant profane, le FM :. qui accède à la connaissance et aux significations symboliques, ressentira la même chose aux travers des cérémonies des grades qui balisent son chemin. Encore faut-il qu’il en ait les moyens cognitifs et le goût !

Et au sens large du terme, l’Initiation est bien un rite de passage, de la naissance à la mort, de l’adolescence au monde adulte, et de ce qui s’en suivra.

Dans le monde Maç :.nous passons bien du stade d’une mort profane à une renaissance en passant par la porte basse, puis d’Apprenti à Compagnon en subissant des épreuves symboliques et intellectuelles, comme pour passer au grade de Maître nous devrons assimiler l’intégralité d’une légende. Progressivement nous ouvrons bien notre esprit d’un état réputé inférieur à un état réputé supérieur, par la compréhension des rituels, stratifiant pas à pas notre connaissance. Le but étant de transformer l’individu, d’authentifier son statut, de le socialiser, l’éduquer, le sacraliser et réaffirmer l’ordre social.

A ce stade là le F :.M :. se rend vite compte que sa quête, si elle se frotte pierre par pierre aux idées des autres, n’est en fait que le produit de son autonomisation. Il se réapproprie en effet ses propres qualités, se rend compte de ses lacunes et défauts et tente d’y remédier.

En d’autres termes il réfléchit sur lui-même ! Nous y voilà donc ! Le travail sur soi s’effectue.

Cette autonomisation l’amène à considérer le monde comme il nous apparaît, mais aussi tel que nous pourrions l’imaginer ! La science le pousse cognitivement à une analyse objective des faits et donc de la réalité, puis il doit dépasser ces constats sans quitter de l’esprit l’objectif initial. C’est un véritable voyage intellectuel que la recherche scientifique et le voyage n’est pas anodin dans les rituels maçonniques dans le sens où il préconise de cheminer sans s’arrêter, sans imaginer un instant que l’arrivée est franchie une bonne fois pour toute !

Mais de l’angoisse de ne pas aboutir à la démission de ceux qui ne cherchent plus, en passant par ceux qui se sont arrêtés par confort à une réponse plausible, l’accès à la connaissance génère suffisamment de frustrations pour éprouver le besoin d’en faire le bilan.

Nous avons tous éprouvés cette situation. Ce désir de faire le point afin de savoir si la route empruntée est la bonne. L’impossibilité d’avoir le concret sous les yeux, témoin de sa progression, alors que tout se passe virtuellement dans notre tête et que les grades sont donnés les uns après les autres sans autre forme de procès que le temps passé sur les colonnes, nous perturbe dans nos habituels repères. Nous éprouvons le besoin d’avoir du temps de réflexion pour comprendre plus clairement où nous en sommes.

Les analystes appellent cela la décantation, un peu comme celle de l’œnologue qui une fois le vin de l’année tiré du tonneau le laisse se reposer, se décanter pour en analyser la clarté et le degré de fermentation ou de filtration avant d’en faire sa définition. On retrouve ce processus en Alchimie comme en Chimie ou la décantation fait partie des processus d’élaboration.

La décantation permettra donc à l’Initié de faire son bilan, d’élaguer les branches inutiles et comme le préconisent les sagesses orientales, de voir la possibilité d’une Vérité au bout du chemin.

Mais bon sang, que ce chemin est ardu et difficile à comprendre pour beaucoup. Il met en jeu de telles qualités cognitives qu’il y aura certainement peu d’élus pour beaucoup d’appelés qui accèderont à la découverte de soi, de l’être qu’il est et de la perfection qu’il requiert pour comprendre la vérité que souhaite lui communiquer le symbolisme. En a-t-il été toujours ainsi ?

2°/ La F :.M :. « n’initie plus » pour d’obscures raisons :

Certains définissent l’initiation comme « le chemin que nous montre les autres » et attendent, par le truchement de l’échange des idées déjà cité que le travail de la recherche de la vérité se fasse tout seul. Encore faudrait-il être sûr que ceux qui nous montrent le chemin soient compétents ! Sinon quelle vérité peut surgir au bout de ce chemin à part une immense déception ? Les débuts de la Maçonnerie n’ont-ils pas utilisé une autre méthode ? N’y a-t-il pas une autre possibilité, une autre manière capable d’amener ainsi le plus grand nombre sur la voie de la vérité, d’accélérer cette conversion du regard sur les choses qui conditionne le fondement de l’initiation ?

C’est là que l’antithèse initiatique de la F :.M :. pourrait nous servir. Il suffit de revenir à la définition premièrement donnée concernant l’Initiation et de relire ce qu’étaient les Mystères d’Eleusis par exemple.

Dans l’Antiquité les initiations se pratiquaient dans le seul et unique but de révéler les Mystères à une minorité de personnes. Il n’y avait pas de sectarisme de classe pour accéder à ces révélations mais bel et bien un seuil intellectuel d’accès. Dans son chapitre premier des Mystères d’Eleusis, Victor MAGNIEN nous mentionne bien que « les anciens Hellènes ne conçoivent pas que l’on puisse livrer à tout le monde, indistinctement et sans précautions, les sciences, les arts et les doctrines religieuses ».

L’origine du serment d’HIPPOCRATE serait issue de cette idée. En fait chaque cérémonie initiatique antique comporte cette notion de secret et l’engagement moral de ne rien révéler à ceux qui ne le méritent pas, c’est-à-dire le monde profane, des éléments qui composent cette initiation.

L’étude faite par V.MAGNIEN porte aussi sur toutes les formes d’initiations antiques, des petits mystères de la religion de MITHRA a l’initiation sacerdotale, en passant par DEMETER, DIONYSOS, PORPHYRE… Chacune est structurée sur quasiment le même schéma :

– Pour devenir un homme parfait ou accompli, il faut mourir d’une mort symbolique et renaître à une vie meilleure.

– Il y a séparation avec le soleil (obscurité) symbolisant l’absence d’organe générateur, au profit d’une augmentation intellectuelle de l’esprit.

– Les mystes (les candidats) et les initiés qui les accompagnent (les mystagogues) jeûnent et sélectionnent les éléments de leur repas. Il faut purifier le corps pour que l’esprit se purifie lui-même.

– Le silence est imposé aux initiés. Pour l’initié PYTHAGORICIEN ce silence durera 5 ans !

– Les candidats étrangers doivent être présentés par un mystagogue athénien (parrainage)

– L’initiation débute par une procession (voyage)

– Il y a purification d’un animal avant son sacrifice et offrande de fleurs.

– En entrant dans le Temple, on attache la main droite au pied gauche par des bandelettes (Eleusis), mais avant d’être soumis à la mort symbolique qui est en fait la véritable initiation, les mystes doivent répondre à des questions et s’engager à ne rien révéler de ce qu’ils ont vu et vont voir.

Commencent alors les épreuves proprement dites, et là les cérémonies diffèrent, sans que nous ayons, et pour cause, une absolue connaissance des rituels pratiqués.

Toujours dans le MAGNIEN nous pouvons lire que généralement, les épreuves commencent par un voyage qui représente le voyage de l’âme vers l’enfer.

Ce voyage s’effectue dans l’obscurité et sans se retourner (il y a menace) ce qui signifie que : « l’initié doit quitter sans regret son corps et la vie dominée par les besoins du corps : le regret seul de la vie bestiale suffit pour y faire retomber ».

L’initié est présenté devant un tribunal qui le juge, puis il doit boire l’eau du Léthé qui doit permettre à l’âme de quitter le corps… L’eau du Léthé qui endort du sommeil de l’oubli

Cet instant est primordial et j’y reviendrai plus tard.

Les mystes (les initiés) sont ensuite dénudés. Ils doivent marcher dans un souterrain obscur, représentant les enfers d’Hadès et cette marche est sans retour. Les visions en cet instant sont très importantes. Le MAGNIEN cite les Grenouilles d’Aristophane et le récit d’Héraclès :

« Tu verras des serpents et de terribles bêtes sauvagesen grand nombre… »

Dans d’autres épreuves, les apparitions effrayantes se succèdent, terrorisant les mystes. On soupçonne même les mystagogues qui les accompagnent d’en être les auteurs ou du moins les complices.

Puis « les mystes sont menacés par des épées et doivent passer devant des gens qui ontl’épée à la main ».

Ils passent ensuite dans un bain de boue, le borboros, puis se lavent et donc se purifient à nouveau en se délivrant de la matière.

Ils subissent un autre jugement, sont châtiés, sont à nouveau purifiés et enfin doivent « monter vers la lumière ».

A ce stade ils reçoivent de nouveaux habits, pénètrent dans le sanctuaire en suivant un mystagogue qui représente le dieu et ils sont inondés de Lumière.

PLOTIN justifie philosophiquement cet instant comme étant la véritable séparation de l’âme et ducorps. Seule l’âme peut se délivrer des passions et si elle le fait sans les regrets de l’esprit et les contraintes du corps, elle se rapproche des dieux.

PLATON ne dit pas autre chose en mentionnant que le détachement des choses matérielles assimile l’âme aux dieux.

Ainsi le myste, par l’ascension de son âme hors du corps s’apparente aux dieux (MANGIEN).

Faisons un point à ce stade du récit.

L’initiation, selon l’Antiquité, ne peut se produire qu’en permettant à l’âme de quitter le corps. L’eau du Léthé y contribue. Elle précède la seconde partie des épreuves. Si ce détachement n’a pas lieu, le regard sur le monde ne peut changer et il n’y a pas d’Initiation proprement dite !

Je vous laisse le choix des points communs qui existent entre les préparations à l’Initiation des Mystères Antiques et les épreuves, et le rituel que vous pratiquez en loge bleue.

Pour ma part et pratiquant le Rite Français en loge bleue et le R :.E :.A :.A :. en d’autres circonstances, j’y vois un copié collé d’au moins 80 %, sans exagération aucune.

Et l’eau du Léthé me direz-vous ? Celle qui fait voir « des serpents et de terribles bêtes sauvages engrand nombre ».

Dans l’histoire de toutes les initiations, il y a intrusion chimique dans le corps humain.

Par breuvage, ingestion de matière, mâchage salivaire, fumage… L’étude de chacune d’entre-elles comme celle du chamanisme qu’il soit du continent européen, asiatique, africain ou du continent américain conclut sur cette intrusion corporelle. L’origine des substances admises est végétale et varient mais de manière assez sériée entre les champignons hallucinogènes en vigueur en Amérique centrale et les feuilles de plantes macérées de Pétol ou Ayahuasca de l’Amérique du sud.

En fait tous les composés chimiques qui aident le cerveau à se déconnecter de la réalité, et à voir le monde sous un autre biais sont à base d’amines ou d’alcaloïdes qui portent le nom moderne...

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