Emily Dickinson. Éclipses du sens

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Collection « Actes de la recherche à l’ENS »



Pour les mémoires de recherche et certains ouvrages collectifs, la collection
« Actes de la recherche à l’ENS » constitue une série pluridisciplinaire
composée exclusivement de publications électroniques, et ouverte aux
textes en anglais.


Ce volume réunit, sous la plume des meilleurs spécialistes d'Emily Dickinson, de la poésie et de la fiction américaines (Pierre-Yves Pétillon, Christine Savinel, Cécile Roudeau et Antoine Cazé), des études issues d'une journée organisée par Agnès Derail-Imbert le 20 février 2010 à l’École normale supérieure. En ouverture de la rencontre, Pascal Aquien posait d’emblée à la poésie de Dickinson la question qui allait traverser toutes les propositions de lecture avancées ce jour-là, en demandant abruptement : « Faut-il comprendre la poésie d’Emily Dickinson ? » Par l’audace d’une telle interrogation, il établissait avec force l’évidence obscure de cette poésie, comme s’approchant de celle du monde. Il signalait, d’entrée de jeu, le danger qui menace l’herméneute, affronté à l’épreuve de l’inexpliqué, au poids de non-sens du poème, qui exige pourtant d’être lu à la lettre. On trouvera ici des lectures qui se sont nourries d’une longue fréquentation de cette poésie. On fera profit, au passage, de très belles « explications de texte », qui sont autant d’approximations ou d’approches du sens. Mais surtout, chacun se trouvera relancé dans sa lecture personnelle, fortifié et démuni, invité à reprendre la tâche, à refaire ces parcours afin d’en découvrir d’autres. En vue de nouveaux et précaires « arrangements » du sens et de ses éclipses.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782728836734
Nombre de pages : 101
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AgnèsDERAIL-IMBERT
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Emily Dickinson. Éclipses du sens.Les aricles réunis sous ceitre proviennent d’une journée d’étude consacrée àEmilyDickinson, qui s’est tenue le 20 février 2010 à l’École normale supérieure. Au cours d’une présentaion dont le texte negure pas dans le présent recueil, Pascal Aquien posait d’emblée à la poésie deDickinson la quesion qui allait traverser toutes les proposiions de lecture avancées ce jour-là, en demandant frontalement, abruptement : « Faut-il comprendre la poésie d’EmilyDickinson ? » Par l’audace d’une telle interrogaion, Aquien établissait avec force l’évidence obscure de cete poésie, comme s’approchant de celle du monde.Il signalait, d’entrée de jeu, le danger qui menace l’herméneute, aronté à l’épreuve de l’inexpliqué, au poids de non-sens du poème, qui exige pourtant d’être lu à la let re. Lire à la letc’est précisément ce que propose Pierre-Yves Pé re, illon qui reprend à nouveaux frais cet e quesion du sens, au risque d’une « paraphrase » du poème «It was notD– paraphrase paradoxaleeath » qui déclare son impossibilité dès lors qu’elle se met au dé de s’ajointer à une voix poéique qui énonce, sous un mode négaif, sa préférence à direce que ce n’est pas. Suivre au plus près, mot après mot, les inexions théologiques ou philologiques d’un vocabulaire qui emprunte à un parler biblique que Péillon appelle, comme on le faisait dans certains milieux protestants, le « patois de Canaan », c’est au bout du compte, au terme de la « paraphrase », s’engager à trancher, rogner, raboter le poème, qui vient certes au lecteur à travers toute l’épaisseur de son empathie scolasique, mais aussi entre en résonance avec son lexique privé, son expérience inime et personnelle de la langue, des langues, de leurs passages parfois fortuits de l’une en l’autre. Chaque lecture, en eet, met en jeu la légiime atd’un sens. Or, ente observe Chrisine Savinel, le poème dickinsonien, en son premier vers souvent péremptoire ou conclusif, fait mine d’apporter à cet e atune réponse ente
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niive et frustrante.Dès le vers suivant, cependant, ce comblement décepif et décevant est déjoué, et le poème se loge, pour sa durée, dans une structure d’atque sa ente n, toujours suspensive, ne saurait clore. Cetdisposi e ion mime la structure chréienne de l’at ente, dans laquelle la venue du Christ ne fait que rouvrir le temps de l’expectaive. Pourtant, à l’instar de la philosophe Simone Weil,Dickinson seient à distance de cet« a e t ente deDet Savinel met au jour, comme autant de coupsieu » de force, les procédures rhétoriques, les postures d’ironie qui sapent tous les horizons d’at– grâce, révéla ente ion ou sens.Le poème, alors, se fait gestelie l’aqui « t ente et l’au-delà de l’at ente en une danse stylisée ». C’est encore une forme de « stylisaion » que CécileRoudeau montre à l’œuvre dans le moif récurrent de l’éclipse astrale, par oùDickinson croise les préoccupaions scieniques de son temps.Le phénomène de l’éclipse, mise en scène spectaculaire s’il en est, de l’intermitdu ba ence, t ement appariion/dispariion, ombre/éclat, présence/retrait fournit à l’imaginaion poéique la maière d’un archi-trope où vient se rééchir l’acte d’écriture lui-même, où la poésie s’interroge sur sa propre possibilité.Le temps de l’éclipse, où la forme s’ousque, met au dé la représentaion.Mais aussi bien, la couronne brillante de l’astre éclipsé célèbre le spectacle du sens en majesté, la gloire de sa circonférence parfaite. Accomplissement ou achèvement qui inime le silence et metn à l’écriture. C’est ainsi, montre Roudeau, que le temps du poème, borné par ces deux moments d’aveu-glement, se déploie selon le passage graduel de l’ombre où s’inscrit la diérence, où le tracé poéique repousse la coïncidence. Clôturant la journée et le présent recueil en rouvrant le quesionnement pour le porter dans le champ de l’esthéique, Antoine Cazé aborde la poésie deDickinson en ses points névralgiques où elle tente de toucher aux limites du sens, où sa pensée lyrique vient aborder à l’idée esthéique, sous-tendue par celle du sublime. Cazé pose pour nous la toile de fond kanienne, d’où il va faire surgir, s’en détachant, la part sublime et disincte de cet e poésie. Si le beau est signe d’une adéquaion entre raison et imaginaion, et si Dickinson met au centre de sa poésie un souci de jugement, de mesure, de quanité, la pensée du sublime, en revanche, qui ne survient que de l’incommensurable, ébranle toute l’entreprise d’équivalence ou de déniion. C’est dès lors une tout autre pesée/pensée qui se décide ici : l’illimité de l’imaginaion n’est plus, comme chez Kant, le moment d’une manifestaion du divin. Car « nul dessein n’est désigné par la dénii».on de la beauté
Avant-propos
On trouvera ici réunies des lectures qui se sont nourries d’une longue fréquentaion de cet e poésie. On fera prot, au passage, de très belles « explicaions de texte », qui sont autant d’approximaions ou d’approches du sens.Mais surtout, chacun se trouvera relancé dans sa lecture personnelle, forié et démuni, invité à reprendre la tâche, à refaire ces parcours an d’en découvrir d’autres.En vue de nouveaux et précaires « arrangements » du sens et de ses éclipses.
L’édiion de référence uilisée dans ce volume pour les poèmes d’Emily Dickinson est celle deThomasH. Johnson,The Complete Poems[1955-1970], Londres, Faber & Faber, 1984.
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