Image et images du Moyen Âge

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Le présent volume ambitionne de rendre un hommage aux travaux de Jacques Charles Lemaire, un des maîtres de la recherche en codicologie et un des chercheurs internationalement reconnus en matière d’édition et d’analyse des textes du Moyen Âge français. Ses mérites s’observent quand on consulte la liste impressionnante de ses publications et que l’on prend connaissance de ses multiples travaux. À côté de brillantes excursions dans divers domaines de recherche littéraires et philosophiques, l'œuvre et la pensée de Jacques Ch.Lemaire demeurent profondément ancrées dans l'étude du moyen Age.

Ses collègues et ses amis belges, français et étrangers désiraient rendre hommage à la qualité de ses travaux et à sa chaleureuse présence dans les cercles scientifiques en lui dédicaçant un article qui concerne son domaine de prédilection. En outre, le choix de centrer toutes les contributions sur la thématique médiévale découle d'une volonté délibérée de l'éditeur de créer une cohésion dans la lecture du volume. D'autres recueils de même nature sur le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie ou le combat de la laïcité ne manqueraient pas de se justifier pour jeter une lumière encore plus révélatrice sur la diversité et l'ampleur de l'œuvre de Lemaire.

Que le présent volume représente un témoignage de respect et d'affection pour cette figure attachante.
Publié le : mercredi 30 avril 2014
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EAN13 : 9782868784193
Nombre de pages : 189
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Préface

Le volume de Mélanges que nous offrons aujourd’hui entend rendre hommage à la personne et aux travaux de Jacques Charles Lemaire, dont la carrière aux multiples facettes rend bien compte de la diversité des intérêts scientifiques de ce chercheur. Appelé à enseigner dans trois établissements de l’enseignement supérieur, il a abordé – parfois en simultanéité – des thèmes d’études fort divergents : la formation en grammaire, en stylistique, en orthophonie, en rédaction de rapports et de mémoires à la Haute École Francisco Ferrer de la Ville de Bruxelles, où ses auditoires étaient composés de traducteurs-interprètes, mais aussi de futurs spécialistes en sciences commerciales et administratives ; l’histoire de la langue, la philologie médiévale et la codicologie à l’université Charles-de-Gaulle Lille 3 ; l’histoire de la littérature française du Moyen Âge ainsi que l’initiation à la lecture des textes anciens à l’Université libre de Bruxelles, dont il est issu.


C’est dans cette alma mater bruxelloise que Jacques Lemaire a vu éclore et a pu entretenir l’éventail de ses curiosités pour le domaine français. Assistant, pendant une dizaine d’années, du professeur Roland Mortier, l’éminent spécialiste des études sur le XVIIIe siècle, il n’a cessé de s’intéresser, dans ses recherches, au somptueux domaine des Lumières, dont la philosophie inspire, aujourd’hui encore, la position idéologique originale de l’U.L.B. dans le paysage universitaire de la Belgique. Son intérêt pour les études médiévales, suscité par l’enseignement de maîtres aussi célèbres qu’Albert Henry et Pierre Ruelle, a été encouragé par son promoteur de thèse, le professeur Mortier, qui a connu le plaisir de le voir élire, en avril 2009, au siège de Paul Delsemme, historien du symbolisme, à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.


Aujourd’hui, alors que sonne l’heure de l’abandon, « forcé » par l’âge de la retraite, de l’enseignement à l’Université, J. Lemaire ne renonce pas pour autant aux passions littéraires, philologiques et codicologiques qui ont guidé toute son existence. Il se réjouit de pouvoir désormais concentrer son énergie pleine et entière (quelque peu inoxydable) à la recherche, en particulier dans le domaine de l’ancienne langue française.

Les contributions publiées dans le présent ouvrage recouvrent, de manière fidèle, les diverses perspectives d’approche que le dédicataire de ces pages a explorées dans ses études sur la littérature médiévale, sur l’interprétation philologique des textes, sur les réalités codicologiques, si importantes pour comprendre la transmission des écrits et l’établissement des traditions textuelles, sur les réalités de la vie au Moyen Âge. L’histoire de la littérature médiévale est, dans les pages qui suivent, largement représentée, avec des études sur le personnage de Roland (François Suard), sur le Roman d’Énéas et les écrits de Chrétien de Troyes (Philippe Logié), sur la thématique amoureuse au temps du « classicisme » médiéval (Yves Ferroul), sur la personnalité littéraire du rhétoriqueur Jean Meschinot (Denis Hüe). L’art de l’ecdotique et de l’établissement des textes médiévaux est ici illustré par l’édition d’un fragment de L’Estoire del saint Graal
(Bruno Roy) et d’un passage du Miserere du Renclus de Moiliens (Annette Brasseur). La codicologie, science nouvelle au bénéfice de laquelle J. Lemaire a, en fils spirituel de Léon Gilissen, fourni des apports théoriques marquants, est abordée sous des angles détaillés, particulièrement intéressants : le rôle des ateliers de miniaturistes dans le Nord de la France (Marc Gil), l’importance de la compréhension des colophons (Lucien Reynhout) et de la maîtrise de l’héraldique (Christiane Van den Bergen-Pantens) dans l’élaboration du codex
au Moyen Âge. L’histoire des mentalités – sujet auquel nous avons, Jacques Lemaire et moi, consacré plusieurs livres pour la période contemporaine – est ici traitée par moi dans une perspective heuristique que nous connaissons, lui et moi, fort bien : l’image du Juif et le statut du judaïsme comme concept fondamental de l’épistémè de l’époque.

En tentant de renvoyer, à notre manière, à la pluridisciplinarité globalisante des travaux de Jacques Lemaire, nous avons ambitionné de refléter une des convictions intellectuelles qu’il n’a cessé de professer au cours de ses années d’enseignement et de recherche : la nécessité de briser les carcans artificiels qui imposent un isolement moral et culturel au chercheur, lequel se retrouve parfois, nolens volens
, prisonnier d’une école de pensée ou engoncé dans une discipline très étroite, au risque de la myopie et de la sclérose. Comme aimait à le répéter notre maître Albert Henry, médiéviste renommé, linguiste et stylisticien de premier plan et exégète inattendu de l’œuvre de Saint-John-Perse, il faut savoir « ouvrir les fenêtres » et « jeter des ponts »… Les structures actuelles de l’enseignement universitaire encouragent trop fréquemment la spécialisation à outrance. La segmentation de la recherche en matière d’explication de textes ou de littérature a constitué des catégories parfois très étroites, trop étroites, a engendré des filières théoriques, quelquefois exclusives, totalement enfermées sur elles-mêmes. Aussi, un fossé s’est lentement creusé entre tous les amoureux des lettres du passé ou du présent, entre les historiens de la pensée, les philologues, les grammairiens, les spécialistes de stylistique qui sont pourtant appelés à concourir tous – et si possible ensemble – à révéler et à commenter les grandeurs et les beautés des réalités textuelles.


Cette ambition a toujours animé notre ami Jacques : c’est en suivant son exemple, en soutenant son espoir que nous espérons l’assurer, de la manière la plus appropriée et la plus sincère, de notre fidèle amitié.
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