L'Espace d'un rêve

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Plongé dans le cynisme sans perspective de son époque, Edgar découvre qu'il possède la capacité de voyager dans les rêves d’autrui, puis progressivement de les modifier. Débute alors une immersion épique dans son inconscient et celui des rêveurs croisant sa route initiatique. Étrange et fascinant pouvoir qui, comme il s’en rendra rapidement compte au cours de ses escapades oniriques, ne va pas sans prises de risques et de responsabilités. S'aventurant au milieu d’une Europe en plein crépuscule, parviendra-t-il à canaliser cette terrible faculté et à trouver sa voie ?
Habitué des nuits blanches, l’auteur nous offre une exploration de la sphère onirique, inspirée des théories majeures de ce domaine, enrichie de ses expériences et lectures sur le sujet. Un premier roman avec pour toile de fond une tragédie à la fois individuelle et sociétale. Une quête éperdue de sens, vers l’accomplissement syncrétique de l’homme dans sa communauté.


Publié le : vendredi 11 septembre 2015
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EAN13 : 9782332969583
Nombre de pages : 290
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ISBN numérique : 978-2-332-96956-9

 

© Edilivre, 2015

Remerciements

 

 

Je tiens à remercier chaleureusement plusieurs personnes dont les contributions se sont révélées décisives pour l’achèvement de cet ouvrage. Tout d’abord ma mère et ma compagne pour leurs patientes relectures, ainsi que Sandra pour ses pertinentes remarques. Comment oublier Loïc Dieulle, l’artiste qui a conçu avec talent la couverture, en lui souhaitant tout le succès qu’il mérite !

Livre I
L’éveil

Il chemine le long d’une étroite crête verglacée incroyablement pentue qui lui donne l’impression d’être un funambule, se déplaçant nonchalamment sur l’épine dorsale de la Terre. Une mer de nuages se trouve autour de lui, ne discernant plus qu’un fin manteau blanc. La nuit tombe brusquement, le laissant dans une cathédrale d’étoiles plus scintillantes les unes que les autres. Il dévisse subitement vers une chute vertigineuse, ou plutôt flotte-t-il attiré de façon inéluctable vers un objet inconnu, jouet de quelque force monumentale. Il se sent presque libéré dans cette apesanteur, lui offrant la paix d’une posture libre de toute responsabilité. Contempler les accrétions gazeuses, qui s’accélérant forment un cercle lumineux avant de basculer dans une obscurité infinie. Un frisson lui parcourt l’échine, alors qu’il perçoit que son corps commence à se disloquer, s’agitant de mouvements désespérés pour se rattacher à un rebord imaginaire qui lui fait alors si cruellement défaut…

Edgar se réveilla soudain en sursaut, à 8 heures tapante. Depuis le début de sa vie professionnelle, cinq ans auparavant, il se levait immuablement à la même heure, en vacances ou pas, c’était comme ça. Il se traîna paisiblement à la salle de bain, l’halogène s’alluma péniblement, laissant apparaître un reflet blafard sur la faïence blanche, digne des plus sinistres hôtels de banlieue ou toilettes publiques souterraines. En se posant sur son trône matinal, il se dit pensif qu’il devrait vraiment prendre le temps d’aménager son appartement, mais tout ça l’intéressait si peu. Habitant un vaste T2 si impersonnel, avec ses quelques meubles vendus en kit au parfum d’aggloméré et ces photographies de voyage tellement banales… Il garderait quand même les photos de montagnes, souvenirs de ses cordées. Il choisirait bien comme tout le monde, de déléguer la responsabilité à une firme spécialiste de l’aménagement intérieur à moindre coût, se faisant livrer ses cartons, qu’il laisserait probablement une ou deux semaines avant de se motiver pour les monter. Il faudrait ensuite endurer une après-midi exécrable à les assembler, à rouspéter contre la nullité des concepteurs à chaque étape, pour finalement prendre un petit air satisfait à l’issue de l’épopée du jour, avec son tout nouveau meuble installé. En attendant cette étape glorieuse de sa vie, il fallait s’habiller et s’occuper de Billy, le hamster. Il s’aspergea le visage d’eau et observa avec anxiété son début de calvitie, ayant décidé de suivre l’avis d’un ami, pour se raser la tête et adopter la barbe de trois jours. Ça faisait le « mec qui assume son début de calvitie », lui avait-on dit. Il mit ses lunettes rondes noires de jais, achetées sur les conseils d’une vendeuse un peu insistante au centre commercial. En se regardant dans la glace, il se dit qu’il ferait peut-être bien de moins suivre l’opinion des gens à l’avenir, tant il parut sceptique devant l’alliage de ce tout, sonnant un peu, « je m’en fous, mais quand même, je fais attention à mon look ». Il sélectionna rapidement un cube alimentaire inséré intuitivement dans sa machine à bouffe comme il la surnommait, lui composant une pate odorante baptisée petit déjeuner. Ce rituel matinal lui apparaissait comme une danse, où chaque mouvement s’avérait savamment calculé, afin de ne pas perdre de temps. Ce qu’il finissait toujours par faire, en gâchant les quelques précieuses minutes gagnées à rêvasser. Le hamster s’agitait dans sa cage à l’approche de l’eau et de ses graines, l’animal faisait vraiment un boucan d’enfer. Tout ce petit train-train constituait son cirque matinal, la vie est un théâtre vivant où chacun joue sur sa scène qu’il le veuille ou non, songea-t-il. Repensant au philosophe ivre du tonneau avec un petit sourire en coin. Edgar ne savait pas exactement pourquoi il avait récupéré ce vilain hamster, souvenir de sa folle d’ex. On aurait pu supposer que c’était pour rompre les périodes d’isolement du célibat, rythmant sa vie comme une montagne russe, en termes de relations sociales et sentimentales. Ce n’était pas le cas, se sentant une certaine complicité avec l’animal. Tout comme lui, la bestiole était incapable de se nourrir sans qu’on lui apporte quelque chose directement préparé. Tout comme lui, Billy se distrayait d’un rien et avait besoin de se dépenser, l’un dans son parc ou centre de fitness, l’autre dans sa roue. Tout comme lui, Edgar se sentait en définitive profondément inutile. Cela faisait des mois que la courbe d’activité de sa vie sentimentale rasait les pâquerettes. Comment ne pas trouver un peu de réconfort à apercevoir la petite boule de poil, partageant sa solitude dans une certaine mesure. Bien qu’il sache pertinemment que celle-ci, le prenait très probablement pour un distributeur à croquette, parfois un peu long à la détente. Cela représentait leur accord tacite et ça lui convenait parfaitement. Il enfila maladroitement son costume, ne réussit pas à mettre sa cravate correctement, et songea après un dernier coup d’œil dans la glace du salon, qu’il n’était certainement pas fait pour cette vie. Le voilà parti pour le chemin du bureau. A vrai dire, il n’y allait pas vraiment à reculons, pas que son job soit intéressant, mais l’ambiance restait correcte, quelques collègues sympas avec une moyenne d’âge autour des trente ans. Les responsables s’avéraient souvent exigeants, mais relativement compréhensifs. Il résidait dans la proche banlieue parisienne et devait prendre le train électromagnétique. Celui-ci rejoignait la capitale en environ quinze minutes. La structure flottante des rames ne cessait de l’impressionner, installée trois ans de cela par une société chinoise, ce train semblait capable de les emmener jusqu’à la Lune. L’agglomération s’étendait toujours davantage de façon tentaculaire, telle une monstrueuse créature avalant forêts et hameaux paisibles dans les alentours. Les noyant de bâtiments bétonnés informes et de centres commerciaux gigantesques, sortes de temples quasi religieux de la Fée Consommation. Edgar s’était endetté pour 25 ans avec l’achat de cet appartement. Au moment de signer l’accord de prêt, il avait eu l’impression presque intuitive de se faire entuber, avec à la clé un joli sourire de banquier, présentant comme un geste commercial l’opération, « un pari sur l’avenir pour un client prometteur ». Edgar se trouvait certes situé dans un quartier médiocre, mais au moins relativement sûr. C’était un élément fondamental, tant les zones de non droit extrêmement violentes pullulaient dans la région. La télé relayait des faits divers atroces, allant de viols en réunion, jusqu’aux homicides par des moyens originaux. Le tout exposé et commenté par des journalistes sur le terrain, escortés de malabars armés. De l’émission émanait une indigeste sensation de système tournant en rond. De temps en temps, un groupe de sauvageons parvenait à s’introduire dans les places fortes. La violence se propageait alors pour un instant, jusqu’aux nantis réfugiés dans leur tour d’ivoire. Un système de sécurité privé, financé par les deniers des entreprises et des habitants des zones protégées, fournissait une sécurité relative, transformant les quartiers d’affaires en véritables forteresses. Les habitants des quartiers privilégiés bénéficiaient de leurs propres centres commerciaux, lieux d’habitations, écoles, administrés par les corporations pour lesquelles ils travaillaient. Ce qui se passait à côté n’avait finalement que peu d’importance, tant que l’on contenait au moyen de gardes toujours plus nombreux, la horde régnant en maître dans les environs. Edgar travaillait pour une corporation produisant entre autre, des applications pour des appareils de communication. Lui-même ne disposait pas d’un grand talent dans le domaine, s’occupant davantage de questions d’ordre juridique et administratif. Il aurait du se considérer heureux de sa position, sa société avait récemment construit ce bloc tout équipé pour caser ses employés, étant l’un des derniers à pouvoir acheter, au moyen d’un prêt obtenu dans une banque filiale de sa corporation. Les nouveaux arrivants ne constituaient que des locataires susceptibles de se voir expulsés du jour au lendemain, notamment en cas de licenciement. Plusieurs suicides ou drames familiaux s’étaient déjà déroulés depuis qu’Edgar vivait ici. Ces évènements sonnaient à chaque fois comme un avertissement, à tous ceux qui voudraient remettre en cause le système en place. Un jour, alors qu’il se trouvait à son balcon au 25ème étage, sirotant tranquillement son café, un homme s’était jeté avec son enfant dans les bras de cinq ou six étages plus haut. Cela avait duré une fraction de seconde, mais il lui semblait vraiment avoir croisé le regard vide du père de famille. Le malheureux serrait avec l’énergie du désespoir son enfant hurlant terrorisé.

Ce jour-ci, il emprunta un chemin inhabituel lui faisant longer le grand mur, lequel se voyait parsemé de miradors gardant un œil attentif sur les alentours. Des drones civils parcouraient les rues, balayant, surveillant, contrôlant. Ces auxiliaires s’étaient imposés depuis des années comme indispensables, employés à une multitude de tâches. Il parvint finalement à sa station, toujours peuplée de cette foule bigarrée et patibulaire. Malgré la vitesse accrue des transports en commun, rentrer dans les rames se révélait toujours une opération épique, vous délestant du peu d’amour propre et d’intimité qu’il vous restait. L’opération consistait à quasiment prendre son élan, de façon à plonger dans la masse informe et compacte d’individus, agglutinés les uns aux autres. Edgar songea au nombre d’huiles corporelles accumulées sur les barres du plafond, se nettoyant heureusement désormais de façon automatique par faible affluence. Au moins n’avait-il pas besoin de les toucher, amalgamé à l’ensemble entassé se mouvant lentement sous les poussées du train. Un florilège de senteurs agressait ses narines. Chaque personne paraissait immergée dans son monde. Si les appareils de communication sous l’impulsion des nanotechnologies étaient devenus quasiment invisibles, cela ne les empêchait pas de prendre paradoxalement de plus en plus de place dans l’espace publique. Des lentilles de contacts comprenaient tout un attirail d’applications et de gadgets, jouant avec les impulsions électromagnétiques du cerveau le rôle d’interface. Les gens pouvaient désormais regarder des films ou « voyager » sur Internet, avec une facilité et une aisance jamais égalées. Edgar n’avait jamais été tenté par cette technologie, ayant totalement supplanté les écrans. Elle transformait les individus en zombie, absorbés dans leur sphère privée, leur petite bulle égoïste. Pourtant, sa compagnie lui avait « offert » l’équipement avec une offre quasi illimitée de films et de jeux à disposition, et ce pour des sommes modiques. Il laissait traîner ses yeux, blasés de tant de lumière, sur les panneaux aux chatoyantes couleurs, inondant d’images 3D les passagers. Une voix suave annonça l’arrivée au centre d’affaires, où se concentraient des bâtiments à la forme originale et de faible hauteur. Des cathédrales de verres, des chapelles du capitalisme, où chacun œuvrait pour la survie de son microorganisme dans l’économie ultra capitaliste impitoyable. Le boyau de sortie vomissait ses employés à la grise mine, les yeux encore baignés par les feux follets de la société du loisir. Il atteint finalement l’entrée de son immeuble, où l’attendait l’habituel sourire forcé et affable de l’hôtesse d’accueil, payée une misère et considérée comme de la merde, qu’il rendait à chaque fois sans trop s’en rendre compte de la même manière. Au moins, pouvait-il se payer le loisir d’être de temps à autre désagréable dans son travail. Il en tira une mesquine satisfaction, tandis que la plateforme le montait en une fraction de seconde au sixième étage, son antre, son repère, enfin sa planque professionnelle quoi. A peine sorti, il croisa Amy, une chinoise à l’accent pataud, « salut Edgar, y’a du nouveau pour toi, tu es au courant ? ». Edgar secoua la tête sans même rendre la salutation. « Le nouveau boss est arrivé, il a l’air sympa, il doit venir des US ! Il a un petit accent, tu me raconteras ? ». La fin de sa phrase tremblait d’excitation, une vraie pile cette fille. Il se mit à imaginer quel cauchemar se devait être, de se réveiller à côté d’une telle créature chaque matin ! Tandis qu’Amy poursuivait ses remarques, il adopta un rictus neutre sans trop savoir quoi rétorquer. « C’est promis je te dirai ça », finit-il par lâcher. Au fond, ce n’était pas une méchante fille, quoique un peu fatigante. Edgar prit congé et alla se vautrer dans son fauteuil, apercevant effectivement quelqu’un dans le bureau privatif du « boss ». Un jeune bien coiffé châtain, le costard impeccable. Il entendit son rire sonore à travers la porte de verre fermée, le distinguant les mains dans les cheveux. Nonchalamment vautré sur son siège en cuir, ça y est il ne l’aimait déjà pas… Son collègue débarqua tandis qu’il se frottait les yeux, comme pour se préparer à une journée s’annonçant pénible. Trois employés se trouvaient sur « l’open space ». Le premier Derek, un collègue polonais qu’Edgar avait appris à apprécier après des débuts difficiles, un grand blond très mince conservant un fort accent, malgré sa maîtrise de la langue. « Houla week-end difficile ! », lança-t-il à destination d’Edgar en arrivant. Une place n’était pas occupée sur le plateau, appartenant à Miranda son autre collègue partie en vacances. Le service en question se voyait chargé de la veille réglementaire, l’objectif consistait à suivre la réglementation en projet, susceptible d’impacter négativement ou positivement l’activité de la société. Ensuite, de jolis PowerPoint dont Derek avait le secret, étaient pondus afin de présenter et laisser décider à un comité supérieur, quelles seraient les priorités du lobbying. Ceci de façon à arbitrer, entre favoriser ou au contraire éviter l’adoption d’une loi à Bruxelles. Après deux mois sans responsable, les deux compères avaient pris l’habitude de faire ces présentations directement, sans espérer pour autant une quelconque promotion. Ils provenaient en effet d’écoles de rang secondaire pour Derek, voire assez miteuses pour Edgar qui sortait de l’un des derniers établissements publics / privés, la plupart des universités ayant été privatisées et gérées comme des entreprises depuis bien longtemps. L’entrée dans les meilleures écoles nécessitait des relations, et surtout de l’argent ou des garants crédibles pour l’emprunt, ce dont Edgar ne disposait pas au moment de ses études. Ce dernier accéda cependant à une position honorable, notamment grâce à un C.V pipeauté et un peu de cran durant les entretiens. Cela lui avait permis après une période incertaine de décrocher un « CDI » 25-50h. Ce qui représentait le nombre d’heures minimum qu’il aurait à travailler par semaine, et le maximum selon les besoins de l’entreprise. Étant donné le contexte et son statut, cela constituait plutôt une bonne affaire, en forme de belle cage dorée, ayant de toute façon depuis belle lurette perdu son mordant et sa curiosité intellectuelle, tant ces premières années professionnelles l’avaient émoussé. De sa vision panoramique à 360 degrés durant ses études, ne restait qu’une amère longue vue au diamètre de verre étriqué. De ses rêves de droit public international, il se contentait désormais de lire des projets de réglementation, en émettant des avis et en coordonnant l’activité des lobbies payés une fortune, pour quelques visites et coups de téléphone aux bonnes personnes. L’activité se concentrait à Bruxelles et Washington, où historiquement les comités internationaux étaient tenus avec des émissaires des États, des industries et des investisseurs dans le secteur. En vérité, les discussions se voyaient orchestrées par un lobbying agressif, massif et réalisé sans traçage, plus personne n’était dupe, il fallait payer pour être écouté. Les vraies prises de décision étaient effectuées à Londres, Düsseldorf ou encore New-York, où les corporations du grand marché transatlantique se mettaient d’accord sur certains points et moins sur d’autres. La bataille d’avocats pouvait alors débuter. Le gagnant de la course allongeait le plus gros chèque, mais le jeu en valait-il la mise, compte tenu des profits escomptés ? Telle était en grosse partie la question, à laquelle devait répondre perpétuellement Edgar. Le seul consensus universel qui avait jusque-là fait loi, consistait en « la non intervention étatique dans le business ». Faites confiance à la bienveillante main invisible de l’économie de marché, pour dispenser sa prospérité à la population terrienne. Alors qu’Edgar commençait à se pencher sur un passionnant document Word de 330 pages, concernant l’allocation des fréquences aux opérateurs de communication électronique, la porte en verre s’ouvrit brusquement. Laissant apparaître une silhouette masculine fine mais carrée, moulée dans une impeccable chemise, c’était leur nouveau patron. Celui-ci s’avança d’un pas vigoureux, ses boutons de manchette reflétaient les rayons solaires matinaux traversant la structure en verre. L’individu saisit la main d’Edgar qui eut à peine le temps de faire pivoter son siège, la secouant énergiquement, tout en affichant un large sourire laissant entre-apercevoir son impeccable rayon de dents blanches, « bonjour je suis Randy, je crois que nous allons travailler ensemble un moment, et je suis sûr que nous allons faire du bon boulot en équipe ! ». Il fit la même cérémonie à Derek, on pouvait noter un très léger accent anglo-saxon, qui devait probablement faire des ravages au sein de la gente féminine, ou homosexuelle de la boite. L’élégant personnage récupéra sa valise, puis enfila un long manteau qu’il fit virevolter, en prenant la direction de l’ascenseur, « je dois partir maintenant, vous savez ce que c’est quand on débute un nouveau job, le planning est toujours un peu chargé ! On trouvera bientôt un moment pour discuter hein ! ». Edgar et Derek échangèrent un regard et acquiescèrent par un timide, « oui et bienvenu parmi nous ». Le manager s’engageait déjà dans le couloir et ils n’entendirent qu’un « see you guys ! », étouffé. « What the hell is that ? », grommela Derek. Ce dernier détestait les anglo-saxons et particulièrement les états-uniens, et puis les russes aussi. Une caractéristique qu’avait souvent rencontrée Edgar chez les peuples d’Europe de l’est, aux histoires malheureuses, coincées entre des empires. Il ne se dérangeait d’ailleurs pas pour le taquiner là-dessus. Étendu dans son fauteuil, Edgar tripotait son stylo électronique, pensif, « je crois que certaines choses vont changer et pas forcément pour le mieux… ». La fin de sa phrase devint inaudible, à mesure qu’il se replongeait dans son imposant document.

Il déjeuna avec des collègues, mais ne participa que de loin aux débats animés, écoutant avec patience et une certaine forme d’amusement blasé, les envolées de Caroline. Une blonde assez insipide passionnée du tiers monde, dans lequel elle partait régulièrement durant ses vacances, effectuant du « tourisme humanitaire », ou rendant visite à la famille de son mari nigérien. Elle contait régulièrement ses périples en revenant de congés. On pouvait se demander à l’entendre si elle n’essayait pas de donner systématiquement mauvaise conscience à son auditoire, ce qui agaçait profondément Edgar. Il était souvent question de conflits armés ou de famines à l’autre bout du monde. Edgar restait fasciné par la propension des individus à se passionner pour des guerres, ou plus généralement des causes se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux. Se préoccuper des souffrances d’inconnus plutôt qu’à leurs voisins, ou aux pauvres de leur quartier et de leur ville. Il y avait dans l’humanitaire selon lui, quelque chose d’abject, une honte, une haine de soi même et de ce qu’on représentait, couplé d’un mépris inconscient pour ceux qu’on aidait. Ces nouveaux prêcheurs se faisaient les porte-drapeaux agressifs et prosélytes de l’universalisme libéral capitaliste, d’un mode de vie et d’une culture occidentale, qu’ils propageaient pour soulager leur mauvaise conscience. Eradiquer les famines sur toute la planète, envoyer tous les enfants à l’école, sans se soucier des spécificités locales, qu’ils se comportent comme des gentils occidentaux et tout se passera pour le mieux. Peu importe qu’on soigne leurs enfants, même s’ils en engendrent dix par femme, qu’ils souhaitent inéluctablement posséder une voiture et un portable comme tout le monde. La Terre supportera bien cette charge supplémentaire. Ils finiront par aller à l’école, abandonner leurs stupides croyances et réduiront leur natalité en s’instruisant, en étudiant Simone de Beauvoir. C’était sur ce genre de juxtaposition culturelle et ethnique hasardeuse et pompeuse, que se basait la vision d’ensemble. Tout cela sentait le rance, un amalgame monstrueux et visqueux de chrétienté et d’économie de marché, alimenté d’esclaves qui, comble de la domination intellectuelle, se réclamaient souvent d’une idéologie antichrétienne d’extrême gauche. Alors même que cette religion avait à cette époque déjà quasiment disparu du pays, marginalisée dans quelques villages loin des agglomérations. Pourtant, les chaînes de Feuerbach et de Nietzsche s’avéraient toujours présentes, voire d’autant plus efficaces, qu’elles se révélaient invisibles. La chrétienté avait dans un sens atteint son apogée, se fondant dans la masse, jusqu’à imprégner toutes les représentations et se faire oublier. Edgar ne partagea pas ses réflexions avec Caroline, avec qui il s’était déjà accroché à plusieurs reprises. C’était risquer un incident inutile, susceptible de lui coûter cher, jusqu’à son poste, préférant donc absorber en silence sa diarrhée verbale. Son après-midi fut d’une rare monotonie, ils ne revirent pas leur nouveau patron et en furent d’ailleurs terriblement chagrinés. Alors qu’il remontait les marches de son domicile, une intense angoisse mêlée de solitude l’étreignit. Sentiment qui le poursuivit crescendo jusqu’au cliquetis métallique de la porte, sonnant presque comme une délivrance, il rejoignait enfin « son royaume ».

Il alla directement se servir une bière à la tireuse intégrée de son réfrigérateur, choisissant le plat au programme ce soir avec son menu numérique. Il avait acquis cette merveille six mois plus tôt, cela fonctionnait comme une imprimante 3D, mais pour la nourriture. Il suffisait d’ajouter quelques ingrédients de base, ainsi que des produits chimiques, la machine se chargeait du reste, quoi de mieux pour un célibataire ! L’un des rares gadgets parmi l’affolante quantité disponible qu’il s’était offert. Il alla se choisir un vinyle, tomba presque par hasard sur un disque de The Who et le posa délicatement sur la platine. Le crépitement caractéristique de la machine se fit enfin entendre, présageant le raisonnement des mélodies obscures, tandis qu’il s’affalait sur son fauteuil, vaincu par sa journée. Son ordinateur s’était automatiquement allumé à son arrivée, lié à son domicile. Il alla perdre quelques minutes dans le flot d’informations, quand une petite fenêtre s’ouvrit, affichant un message sur un site de rencontre un peu rétro, sur lequel il s’était inscrit quelques mois auparavant. Il avait été au début un peu réticent, étant considéré un peu vieux jeu dans la gestion de ses affaires sentimentales par son entourage, pour finalement découvrir qu’un certain nombre d’amis et de connaissances, avaient recours à ce type de sites. Au cours des décennies, leur utilisation était devenue extrêmement courante, voire prépondérante. Edgar avait contracté le mal de sa génération, n’étant pas patient pour un sou, peu disposé à consentir aux efforts nécessaires à la perduration d’une relation. Ou peut-être n’avait-il jamais connu quelqu’un qui valait le coup… En d’autres termes, il n’avait jamais eu l’impression de tomber amoureux. Comme beaucoup de ses amis, il adoptait davantage une logique de consommation sans prise de responsabilités. Le type de rendez-vous obtenu via ces sites, lui convenait pour l’instant parfaitement. Les familles monoparentales, notamment via la naissance médicalement assistée par incubateur, épargnant tous les désagréments et les limites de la grossesse, s’étaient imposées progressivement comme aussi fréquentes que les couples. Edgar s’était un peu lassé de ce type de site ces derniers temps, ne les consultant pratiquement plus. Ressentant un certain vide dans sa vie au milieu de cet océan anonyme, un besoin de partager une complicité, d’entretenir un canal spécial avec quelqu’un. Il ne représentait finalement pour tout son entourage qu’un numéro ou un « pote », des relations de surface somme toute. Dans une société autant individualiste, atomisée et sans repère, cette absence le meurtrissait soudain comme jamais auparavant. Le message ne contenait rien d’entraînant, une femme de quarante ans bedonnante au regard bête et aux cheveux délavés, appréciait visiblement sa photo. Il se dit un peu mélancolique qu’il devrait se désinscrire, certains de ces amis avaient pourtant réussi à trouver le « grand amour », mais il se sentait mal à l’aise durant ces rencontres un peu forcées. C’était ridicule, il le savait, surtout à une époque si solitaire, où rencontrer des gens intéressants relevait du calvaire. Cela revenait à se couper d’un vecteur majeur d’opportunités, mais décidément, il préférait laisser le destin opérer, quitte à se voir condamné au célibat. Il allait éteindre morose son ordinateur, quand un message arriva sur une vieille adresse qu’il n’utilisait plus depuis un bail.

Enfin une réponse d’Anna ! Combien de fois avait-il désespérément attendu ses réponses, signalées par cette petite loupiotte rouge. Cela avait constitué son leitmotiv durant une période, le phare de ses monotones journées d’automne. La femme en question se trouvait être la sœur d’un de ses meilleurs amis décédé lors d’un accident d’alpinisme, Alessandro. Leurs échanges étaient restés amicaux durant plusieurs années. Cette dernière avait beaucoup voyagé pour ses études puis son travail, ce qui ne les avait cependant pas empêchés de garder contact. Malgré le temps et les histoires vécus de part et d’autre à mille lieux, un fil étrange et magnétique les reliait. Immanquablement, même après des semaines de silence, un des deux finissait par réclamer des nouvelles. La mort d’Alessandro les avait particulièrement rapprochés, ayant à cette époque bien discuté deux mois ainsi, durant de passionnants échanges nocturnes à distance. Et ce sur des sujets variés allant de l’histoire européenne, jusqu’aux légendes de l’alpinisme, en passant par le rock des années 90. Il s’était rarement senti autant en phase avec quelqu’un. Une meilleure amie et une comparse de ses déboires et fortunes. Cette histoire constitua une véritable éclaircie dans sa tumultueuse et stérile vie sentimentale. Elle était finalement venue deux mois à Paris, qu’ils passèrent une grande partie ensemble. Ceci représenta pour lui un souvenir mémorable et merveilleux, une bouffée d’air frais. L’idylle prit finalement la sinistre forme d’un œil de cyclone, quand elle lui annonça son départ pour une mission à durée indéterminée en Asie. C’était une véritable opportunité qui aurait un effet décisif pour sa carrière, se voyant en effet promue chef de projet, en charge du développement d’un nouveau prototype aéronautique particulièrement prometteur. Peu désireux de l’entraver dans sa progression, d’incarner dès le début de la relation un boulet, Edgar lui avait à contrecœur conseillé de saisir l’opportunité. Anna était partie depuis six mois… Tel un chevalier blessé et défait, il avait erré dans la morte plaine durant des semaines de déprime, pour finalement tourner la page. Désormais face à ce message toujours scellé, sans savoir quoi en penser, l’ouvrant après une seconde d’hésitation pour engloutir avidement le contenu. Il tomba de haut, le message qu’il n’avait cessé d’attendre se révélait très succinct, ne s’embarrassant pas de détails. Annonçant son prochain retour, dans un peu plus d’une semaine. Sa mission accomplie, elle souhaitait savoir s’il désirait la revoir à son retour. Il fut brusquement anéanti, « si je voulais la voir », se répéta-t-il dubitatif. Un peu sonné, il envoya une réponse tout aussi sommaire, évoquant la possibilité d’un dîner, quand elle aurait le temps suite à son retour. Ajoutant tout de même qu’il était content d’apprendre cette nouvelle. Après quelques brefs échanges, rendez-vous fut fixé sous la statue de Charlemagne, devant la cathédrale de Paris. Il but beaucoup ce soir-là, à la mémoire de tous ces échanges si intenses sur le moment, ces instants conviviaux et intimes partagés, semblant si dérisoires une fois passés. Il se sentait ridicule, peut-être avait-il idéalisé cette relation éphémère, pour mieux exorciser la médiocrité de sa situation actuelle. Une brusque montée d’énergie sexuelle s’empara de lui, il n’avait pas fait l’amour depuis plus de deux mois. Sa dernière conquête n’avait rien de « glorieux », il s’agissait d’une fille dépressive, rencontrée dans un bar, s’avérant rapidement insupportable. Par dépit, il alla consulter un site porno gratuit spécialisé dans les grosses poitrines, de manière à évacuer son trop plein d’hormones. La main collante, seul dans sa pièce, comment ne pas se sentir minable ? Pourquoi est-ce qu’une masturbation ne suffisait pas pour satisfaire ses désirs ? Tout serait si simple… L’esprit embrumé par l’alcool, il sombra dans un coma abyssal qu’il n’expérimentait qu’extrêmement rarement.

Edgar se retrouve au milieu d’une banquise, fouettée par un vent continu. Il déteste ce son, lui rappelant les longues journées passées dans l’ennui, à observer un paysage monotone bercé par le bruissement des arbres. Il marche un moment et commence à percevoir la morsure du froid, pressant le pas sans savoir exactement où il doit aller. Une sensation de vertige l’atteint devant ce désert glacé. Son regard se pose finalement sur un point noir se dessinant à l’horizon. Il se met à courir en le fixant, avec une obstination virant rapidement à l’acharnement. Après ce qui lui semble des heures, il approche d’une sphère noire flottant à un mètre au-dessus de la surface blanche, parfaitement stable. La matière possède une apparence à la fois mouvante et immobile, il ne saurait dire. Une incommensurable impression de puissance et de sérénité se dégage de cet objet, sans toutefois parvenir à y déceler une quelconque forme d’intelligence, ou de volonté de communication. Il n’a jamais eu l’occasion d’examiner un objet au noir si intense. A mesure que son regard se fige, il a la désagréable impression que l’objet est entrain de s’étendre et de l’absorber. Il échoue à détourner son regard, devinant dans ce puits de nuit infinie un spectacle prodigieux, qu’il peine à décrypter. Par un effort surhumain, il parvient à fermer les yeux tout en s’éloignant. Edgar regrette presque immédiatement son geste, rongé par la sensation d’avoir raté une opportunité extraordinaire, l’expérience de sa vie… Une jeune fille aux cheveux blonds comme les blés et au teint aussi pâle que la banquise, apparaît au coin de la sphère, lui jetant un regard d’une rare froideur, de ses iris d’un bleu glaciaire. Elle secoue lentement la tête en silence, d’un air désapprobateur, tandis que des craquements sinistres retentissent. La couche épaisse de glace s’effondre d’un seul coup et vole en éclat. Il s’accroche avec l’énergie du désespoir à un bord d’iceberg naissant, penché tel un navire inéluctablement destiné à sombrer. Sa plongée dans les eaux bleutées de l’arctique le réveille en sursaut, 9h17, Edgar est en retard.

Il enfila son jean, ses chaussures décontractes, rassembla son « package » en vitesse. Arrangea maladroitement sa cravate (avec le jean c’était la dernière mode), bien qu’il n’eut pas spécialement besoin d’être en retard pour cela, et partit précipitamment. Il exécrait ces situations, lui rappelant cruellement sa condition d’esclave, englué dans ses habitudes quotidiennes. Sa servitude avait quelque chose de volontaire comme dirait l’autre, profondément ancrée dans la répétition des mêmes gestes quotidiens. C’était « Casualfriday », mais à peine entré dans la salle de réunion, sa bévue lui explosa à la figure. Randy et deux autres collègues le toisaient d’un œil un peu surpris et dédaigneux, engoncés dans leur costume. Derek dans un coin de la table lui fit un petit signe de tête, sans cravate lui non plus en signe de solidarité. Tous ces codes vestimentaires apparaissaient tellement ridicules à Edgar, examinant les aisselles de « patron Randy », marquées de larges auréoles, tandis qu’il s’agitait de manière poussive pour rendre son show plus vivant. Toutes ces années d’évolution pour en arriver là. La présentation concernait une refonte de l’approche stratégique du service. Le nouveau boss avait probablement pondu cette chose pleine de graphiques et de formes géométriques, de longue date avant d’être muté ici. Ou peut-être l’avait-il seulement récupérée d’une présentation pompeuse de consultant durant son dernier job. Il s’agissait de passer d’un stade passif d’étude de la réglementation, à un stade actif. C’est-à-dire anticiper les changements, se donner les moyens de réussir. Le tout saupoudré de quelques citations d’entrepreneurs anglo-saxons ayant daigné raconter leur succès au travers d’un livre autobiographique, une sorte de « success story » pour loosers… Edgar avait envie de vomir, mesurant une fois de plus à quel point, ce petit monde professionnel étriqué s’avérait médiocre. Il jeta un œil à Derek qui lui rendit un petit signe sceptique sur la démonstration. Randy s’interrompit, « oui Edgar tu veux intervenir peut-être ? ». Ce dernier prit de court, bafouilla de façon peu convaincante. Heureusement Randy, emporté dans son discours reprit le fil, « oui car vous voyez, il ne faut plus penser et travailler en cellule isolée, il faut interagir, opérer en synergie et interaction, à l’image du monde d’aujourd’hui, connecté quoi ! ». Il avait l’air si sûr de lui, c’était fondamental pour ce genre de présentation pipeau, si vous vouliez être un minimum persuasif, donner le change. Il conclut son speech par un hochement de tête, comme pour auto-valider sa théorie et un petit sourire satisfait. Randy reçut un opportun message à ce moment-là et dut quitter la salle, « on fait un break déjeuner, on se retrouve dans 1h30 ici ok ? ». Il ne prit pas la peine de consulter la réponse et disparut. Edgar mangea rapidement avec Derek, la bouche à moitié pleine d’un mauvais sandwich, se remémorant le spectacle pathétique auquel ils venaient d’assister. « Quel con ce type quand même ! », lâcha Derek avec sa franchise brutale habituelle. Edgar ne put pas s’empêcher de rire, une feuille de salade collée sur la dent, alors que Derek mimait ses explications de schémas obscurs sur son PowerPoint. « Oui mais il est sûr de lui, c’est impressionnant ce que des personnages comme lui peuvent sortir comme conneries, sans que personne ne réagisse… », ajouta d’un ton neutre Edgar. Derek fit un signe de main résigné, « même au-delà du côté alimentaire de ne pas risquer ton travail en critiquant, c’est tout le système qui doit être pourri, comment est-ce qu’un tel con peut atteindre ce niveau ? ».

– « C’est peut-être nous qui ne sommes pas à la bonne place… Il faut garder en tête que les gens pensent à court terme, pour répondre à des besoins finalement très primaires, priorisant davantage la forme que le fond. S’intéresser au fond c’est fatigant, ça requiert de se poser des questions. Surtout pour des gens qui ont l’habitude qu’on leur apporte tout sur un plateau, ce qu’il faut acheter et voter pendant les élections… Même dans ta vie personnelle, réfléchir un peu seul, prendre du recul, se poser de vraies questions sans ambages, ça peut s’avérer dangereux quand tu as une vie de merde ». Edgar s’interrompit, attendant une réponse de son camarade, mais celui-ci lançait un regard vide vers la fenêtre, alors il enchaîna, « c’est toujours plus confortable de manger ce qu’on te donne que d’aller te servir toi-même ». C’est l’essence même de notre boulot, une grosse partie de la population pense encore sérieusement qu’il existe une démocratie, un « Etat » comme on disait autrefois. Nous sommes en première ligne pour constater que tout ça c’est de la foutaise. Une vaste blague et ça fait des décennies que ça dure. C’est fou de voir un système de domination si parfait… ». Derek se retourna lentement, « alors pourquoi n’essayes-tu pas de changer les choses ? ». Edgar réfléchit un moment, « entre les groupes d’intérêts, les lobbies, la société de loisir omniprésente et la précarité menaçante dans laquelle nous baignons… Tout cela forme une muraille de milliards si bien ficelée… Franchement, je ne vois pas comment la démonter. C’est comme une gigantesque toile d’araignée, dont tous les fils seraient cohérents, dans laquelle tu ne peux que t’épuiser en luttant, elle est conçue pour ça ».

– « Au moins on te donne l’impression de t’amuser et d’être heureux, ça me rappelle un vieux film d’anticipation avec des individus domestiqués par des machines… Sauf que je ne pense pas qu’on ait besoin de machines pour ça », ponctua Derek avec un rire jaune. Il était temps de retourner en réunion, ils croisèrent les deux collègues participants qui crurent bon de...

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