La Traduction : médiation et médiatisation des cultures

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Traduire, se convertit souvent en acte politique, où introduire l’étranger signifie s’opposer aux divers totalitarismes nationaux. Médiation et médiatisation donc que la traduction au service d’une philosophie de la liberté de conscience de Soi-même comme un Autre !
Publié le : lundi 23 mars 2015
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EAN13 : 9782868783141
Nombre de pages : 299
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Extrait

La philosophie n’est pas ce à quoi trop de gens pensent quand ils entendent prononcer ce mot : une cérébration à système… D’autre part, l’enseignement secondaire nous a habitués à prendre « philosophie » dans le sens d’ « amour de la sagesse ». Or je me demande si ce ne serait pas plus juste de parler de « sagesse de l’amour » : c’est-à-dire, cette sagesse, ou cette connaissance, ce savoir-être et ce savoir-faire, qui naissent si l’humain sait se délester des illusions et des contraintes de l’ego, du moi, de la « personne » ou de la « personnalité » ou, pire, de l’« individu »… – bref, l’humain délesté de toute identification et de toute appartenance (c’est comme ça que je prends le « philosopher c’est apprendre à mourir » de Socrate : il s’agit surtout de mourir à soi-même). Cet état intérieur est propice à la vérité, à la liberté (penser au Héros qui échappe au monstre anthropophage en disant qu’il s’appelle « personne »…), à la fertile multiplicité (plus je suis multiple, plus je suis un ; plus je suis un, plus je suis multiple), à l’enrichissante métamorphose, et à la fluidité de l’esprit, la légèreté – l’ « Esprit nomade » de Kenneth White (titre d’un de ses livres et qui est pour lui l’état poétique par excellence). Cet état, cette capacité, qui résultent d’un long et patient travail intérieur, favorisent l’intuition et pour le traducteur et pour l’acteur, mais aussi pour quiconque aura, dans la multiplicité et la non-identification, et bien sûr en se débarrassant de la fiction de l’identité, construit un centre de conscience, un centre de gravité solide et résistant, qui le fait adaptable à tous les contextes, capable de faire face à toutes les situations et de jouer plusieurs rôles, sans que ce centre de gravité de la conscience puisse jamais se voir ébranlé ou déstabilisé.


C’est cela qui, en amont – postulat mais surtout expérience –, fonde une philosophie de la traduction. L’autre aspect essentiel et complémentaire de cette philosophie de la traduction, c’est cette conscience qu’il y a, chez les humains, plus de ressemblances que de différences. Alain Badiou dit : « il y a un seul monde ». Cet aspect est lié au premier dans la mesure où les différences se fondent sur l’identification ou le sentiment d’appartenance, sur les rêves et les dérives du moi, de l’ego, de la « personne », de la « personnalité », de l’« individu » etc. La conscience qui naît de la non-identification, de la non-appartenance, est conscience de la communauté humaine ou conscience de la conscience. Et malgré les différences linguistiques et culturelles, la traduction travaille, fût-ce à l’insu des traducteurs…, pour cette communauté, pour cette conscience, esprit d’ouverture, traversée de toutes les frontières, franchissement de toutes les barrières ou cloisons, percée de tous les masques, de tous les vernis. Il y a aujourd’hui un nouvel esprit de traduction, un nouvel esprit du traduire (initié surtout par Antoine Berman), qui pour le moment couve et ne se révèle pas au grand jour. Et ce nouvel esprit bouscule un peu les habitudes, les mécanicités, parce qu’il remet en question les positions fixes des langues et des cultures, leurs raideurs, leurs résistances devant le différent ou le nouveau, toujours à deux doigts de devenir position de défense (cela est vrai aussi pour tout « individu » qui s’identifie à quoi que ce soit). C’est un vent nouveau qui permettra aux langues et aux cultures de s’enrichir mutuellement et de se métamorphoser. Toute traduction est une confrontation d’où le traduit sortirait éclairé et le traduisant transformé et prêt à d’autres transformations. Toute traduction sera peut-être, mine de rien, un phénomène d’épanouissement de la communication, de la compréhension et de la transformation mutuelles, qui ne sera pas sans conséquences pour les sociétés, dans l’Histoire – mais surtout dans les cultures et les langues elles-mêmes et chez les personnes, pour l’éveil ou le réveil des consciences.


Donc : « sagesse de l’amour », parce que la traduction est un acte désintéressé (celui qui se construit un rempart identitaire de traducteur, professionnel ou non – ou de toute autre profession – est-il encore dans cette sagesse, dans cet amour ?)1 ; et non-identification et non-appartenance à quoi que ce soit, c’est-à-dire esprit de métamorphose qui est ipso facto garantie que ce qui devient objet de métamorphose (par exemple, un texte à traduire, une traduction) deviendra, de par la même dynamique, objet de désinvestissement, de dés-identification, donc préfiguration d’un retour à l’esprit de la non-identification, de la non-appartenance, c’est-à-dire à l’énergie vivace de la métamorphose toujours imminente, comme en attente : œuvre de longue haleine…
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