Nuage nocturne

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Que peut-on dire de deux jeunes adolescents qui décident de tout abandonner pour explorer les trésors du désert ? Quel jugement peut-on donner ? Eux qui n’ont connu jusqu’à ce jour que la vie occidentale, quelle folie les a poussés à vouloir découvrir les mystères de l’Orient ?

Mais après tout, ne cherchent-ils pas tout simplement la réponse à cette question que l’homme se pose depuis des siècles : « D’où je viens ? »...


Publié le : vendredi 28 août 2015
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EAN13 : 9782332997265
Nombre de pages : 94
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99724-1

 

© Edilivre, 2015

Dédicaces

 

 

Je dédie ce livre

À Jean-Luc Fafchamps,

Mon prof d’analyse musicale

Qui m’a ouvert des portes

Vers une nouvelle compréhension

De l’art et par conséquent,

De la vie

Citations

 

 

« Voulais-je chanter l’amour, cela m’entraînait à la douleur ; voulais-je chanter la douleur, cela me menait à l’amour. »

Franz Schubert

« La nostalgie, c’est revivre les bonheurs passés à travers le voile du temps. »

“Der, welcher wandert diese Straße voll Beschwerden,

wird rein durch Feuer, Wasser, Luft und Erden.

Wenn er des Todes Schrecken überwinden kann,

schwingt er sich aus der Erde himmelan !

Erleuchtet wird er dann im Stande sein,

sich den Mysterien der Isis ganz zu weih’n.”

Mozart – Die Zauberflöte

Remerciements

Je remercie également Sarah Ben Aïcha

Pour le temps consacré à m’aider

Tout au long de mon travail

Prélude

Il était une fois un riche marchand qui parcourait l’ensemble des royaumes d’Occident à dos de mulet pour vendre ses divers joyaux aux grands et aux petits rois.

Jusqu’au jour où il rencontra en chemin une ravissante jeune femme au teint lumineux. Cependant, rongée par un mal profond et inconnu, la belle jeune femme gardait continuellement les paupières closes.

Le marchand s’approcha d’elle et se fit connaître. Elle se présenta à lui sous le nom de Houda. Il tomba sous le charme de sa beauté et du son harmonieux de sa voix. Il lui demanda alors les causes du mal qui l’empêchait de révéler ses yeux au reste du monde. Elle lui avoua ignorer les raisons de sa peine qui la poussait à préserver son regard de la lumière, mais qu’elle ne pouvait faire autrement que de rester dans l’obscurité.

Cet aveu fendit le cœur du marchand qui décida d’abandonner son commerce pour rejoindre l’Orient, dans une contrée mystérieuse où il avait entendu dire que les étoiles brillaient même le jour. Il espérait ainsi, à la vue de ce splendide tableau, voir s’ouvrir les yeux de sa douce princesse.

C’est ainsi qu’ils quittèrent ensemble les terres d’Occident pour s’abandonner aux mystères de l’Orient dans un voyage qui dura trois cycles lunaires. Lorsque la lune entama son quatrième cycle, nos deux voyageurs se trouvèrent face au plus grand mur de pierre jamais rencontré. Notre marchand sortit alors un marteau et un burin et créa une brèche dans la montagne pour faire s’élever un grand escalier qui les mènera jusqu’au sommet.

Son ouvrage dura toute la nuit et au lever du soleil, il acheva la taille de sept longues et hautes marches qu’ils gravirent ensemble. Un somptueux acacia siégeait au sommet de la montagne et l’une de ses branches vint caresser les paupières de Houda, ce qui l’incita à ouvrir les yeux. Elle vit alors le plus beau des spectacles. Une mer embrassée d’un voile étoilé s’étendait plus loin que l’horizon, là où l’eau et l’air s’unissent pour créer une dimension nouvelle et harmonieuse.

Le bonheur du marchand fut si grand qu’il se remit à l’ouvrage. Il décida de bâtir un immense palais à la gloire des yeux de Houda. Il le fit s’élever à l’embrassement de la mer et du ciel. Des bâtisseurs du monde entier vinrent en Orient pour se mettre à l’Œuvre et au bout de sept ans, les trois premiers piliers centraux furent achevés.

À la mort du marchand, qui avait enfin découvert la vraie richesse, tous les hommes quittèrent le chantier pour continuer l’ouvrage chez eux. Ne restait plus que les femmes au côté de Houda. Elles seules étaient en mesure de poursuivre la construction du quatrième pilier. Elles se nommèrent entre elles, les filles de Houda.

Tous les trois ans, elles se rendirent au delta limoneux, à l’embouchure de la mer, pour récolter les alluvions nécessaires à la construction de l’ultime pilier, ainsi que les éluvions laissées par le marchand lors de l’édification de l’escalier aux sept marches.

Ainsi, toutes unies par la capacité commune de donner la vie et guidées par le regard de Houda, elles contribuèrent à la création d’un majestueux palais éternel à l’image du Grand Orient.

Impromptu en La bémol Majeur Forme lied

Il était midi quand j’ouvris enfin les yeux. Les plombs s’entrechoquaient dans la grande horloge du salon. La première chose que j’aperçus fut l’ombre des arbres sur les murs de ma chambre. J’eus du mal à me réveiller malgré un soleil écrasant à l’extérieur. J’étais fatigué. Pourtant, le ciel radieux aurait dû vite mettre du baume au cœur. On se croirait au milieu du désert.

Je me levai avec difficulté. J’avais mal au ventre de n’avoir rien mangé. Je me dirigeai vers la fenêtre et orientai mon visage vers la lumière. Je la laissai me caresser la peau de sa douce chaleur. Pendant un court instant, je crus entendre la voix lointaine et mélodieuse de l’horizon.

J’ouvris ma penderie et choisis rapidement un ensemble à me mettre. En écartant les cintres, je jetai un rapide coup d’œil sur une photo que j’avais collée dans le fond de l’armoire. Une fille me fixait d’un regard indifférent. Je refermai la porte de la penderie sur ce simple souvenir d’un amour à sens unique auquel je m’étais désespérément accroché pendant des années. Je ne ressentais désormais plus qu’un vague sentiment de morosité.

Je me rendis dans la salle de bain, les vêtements sous le bras. La lumière froide et artificielle de la lampe se reflétant dans tous les miroirs m’éblouit momentanément. Je déposai mes vêtements sur le rebord de l’évier, après quoi, je retirai mon pyjama et entrai dans la douche. La tiédeur de l’eau me fit frissonner. Je mis ma tête sous le jet et restai ainsi de longues minutes, impassible, laissant l’eau s’écouler sereinement le long de mon corps maigre et fragile.

Je me séchai et enfilai machinalement mes habits. En descendant les marches de l’escalier qui menait au salon, j’entendis de la musique dans le bureau de mon défunt père. Elle flottait dans l’air sans que mon cœur ne parvînt à déchiffrer le message savant que recelaient toutes ces notes assemblées d’après un dessein complexe pour rendre sa masse impénétrable, tels ces hauts et inaccessibles édifices spirituels que l’on fait s’élever pierre par pierre. D’ailleurs, je n’y prêtais pas attention. Je traversai le salon et contournai la table de la salle à manger où était posée la bible ouverte sur le prologue de Saint Jean. Je pénétrai dans le hall d’entrée où étaient exhibées toutes les planches de maîtres et passai devant avec la plus grande indifférence. Dans cette pièce où éclataient tant de couleurs mêlées d’expressions, ma langueur n’était que plus évidente.

À peine avais-je franchi la porte d’entrée que la chaleur, proportionnelle à la luminosité, m’étouffât et me contraignît d’aller me réfugier sous l’ombre des arbres. Je longeais ainsi le trottoir, passant devant toutes ces grandes propriétés qui témoignaient de l’esprit orgueilleux. Au plus je m’approchais du centre-ville, au plus le soleil se vit dissimulé derrière les immeubles. L’aigreur du paysage me rassurait malgré tout. Les tons de gris m’apaisaient et atténuaient mon malaise. Le silence pesant de mon quartier laissait place aux bruits réconfortants de la ville. Je me faufilai et me confondis à la foule. Plus rien ne me distinguait des autres. Le même accablement, la même neurasthénie. Tous frères de grisaille.

Je poussai la porte vitrée d’un café et pénétrai dans cet amas d’odeurs et de fumée. Le patron m’adressa un « bonjour » de la main et fit signe à la serveuse de m’apporter mon plateau habituel. Je m’installai silencieusement à la table près de la fenêtre nord pour pouvoir contempler le ciel bleuté. Elle s’empressa de remplir une tasse de café noir et une assiette d’œufs brouillés. Elle vint ensuite me les apporter en laissant s’échapper un petit « bonjour » caressant accompagné d’un sourire. Intimidée par mon silence, elle se retourna et reprit place derrière le comptoir.

Le regard absorbé dans les nuages, laissant mes pensées se languir dans ma tête, tels des animaux en cage, je remuais machinalement la cuillère dans ma tasse. « Où se dirigent tous ces nuages ? Quels pays merveilleux vont-ils encore traverser avant de se vider de toute l’essence qu’ils auront accumulée depuis le début de leur long voyage ? »

Une voiture klaxonna à l’extérieur, ce qui m’extirpa de mon rêve éveillé. Je mangeai mes œufs et bus d’une traite mon café devenu tiède. Je me levai, résolument indécis. J’allai régler au bar, accompagnant la note de l’habituel pourboire. La jeune serveuse me remercia chaleureusement et, tout en cherchant mes yeux du regard, me souhaita une agréable journée. J’esquissai un rapide sourire et me retournai.

En sortant du café, un homme m’accosta, le visage crasseux et un gobelet en main. Il me mendia quelques petites monnaies, ayant remarqué que j’avais dissimulé des pièces dans la poche de mon pantalon. Je les ressortis et les déversai dans le gobelet. Il me fit son plus beau sourire, laissant voir toutes ses dents. Je m’empressai de partir et me dirigeai vers le grand parc. Sur le chemin, je passai devant la rue commerçante et je croisai l’un de mes anciens patrons de magasin. Il fit mine de ne pas m’avoir vu. Cette attention me fit sourire.

Lorsque j’arrivai enfin au parc, je constatai que le soleil commençait à disparaître derrière une épaisse couche de nuages qui nous arrivait de l’ouest. Je me dépêchai de trouver un petit coin pour profiter des derniers rayons. Je m’installai en haut de la petite colline qui surplombe la ville. De là-haut, il m’était possible de contempler l’horizon où se confondaient les immeubles et le ciel nuageux dans un fondu chromatique de gris lumineux. Je devinais toutes les familles derrière leurs fenêtres, dans leur réconfortante réalité. Toutes ces lueurs dans la brume en concurrence avec les quelques piètres rayons célestes. Ce fut devant ce splendide tableau que je me surpris de nouveau à rêvasser, bercé par le souffle du vent et le chant des oiseaux.

Lorsque le soleil commença à décliner, je me suis résolu à partir. Je déambulai dans les ruelles à la recherche d’animation. Mon choix se porta sur le café-concert. Des musiciens se faisaient un bœuf au milieu des tables sur une petite estrade aux pavés mosaïques. Je pris place dans la foule et tentai de m’imprégner de l’ambiance. La soirée était déjà bien entamée et la fumée rendait déjà le plafond invisible. L’homme à la batterie, les cheveux noirs plutôt courts enduits de laque et peignés vers le haut, fit signe à un autre homme qui venait de pénétrer dans le bar accompagné d’une jeune femme aux cheveux d’un blond quasi blanc. Le batteur était vêtu de noir et ses manches remontées laissaient entrevoir un long tatouage représentant un dragon. Ses mains usées manipulaient avec énormément d’agilité des baguettes rafistolées au ruban adhésif. Sa barbe de deux jours et son regard vif lui donnaient un air de conquérant. L’homme qui venait d’arriver était plutôt mince, les cheveux châtain claire et assez longs, les yeux soulignés de larges cernes. Il s’empressa d’aller rejoindre les musiciens et s’installa devant le clavier d’un vieux piano. La jeune femme qui l’accompagnait alla s’asseoir à une table non loin de la mienne.

J’avais intercepté le serveur pour qu’il m’apportât une bière. Je commençais déjà à me familiariser avec la musique. Un rythme groove et une pulsation exaltée, je me laissais transporter par ce tourbillon passionné. J’avais presque l’impression de faire corps avec la masse sonore, unissant mon âme à ces harmonies colorées et surprenantes.

Au fil des heures, les improvisations s’enchaînèrent. Des musiciens allaient rejoindre le groupe et d’autres repartaient, parfois le temps d’une bière, mais jamais il n’y eut d’interruption à la musique. Elle se renouvelait continuellement. Des danseurs monopolisaient une partie de la salle. Tout le café était traversé d’une frénésie collective. J’apercevais même un dessinateur qui était occupé à transposer la scène sur une...

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