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Bahut à 115 du côté de Nanterre

De
163 pages
Les jeux vidéo, c'est bien aussi pour le commerce extérieur et c'est moins cher qu'une baby-sitter vu qu'ils se les passent entre eux, donc tout le monde s'y retrouve à part nous, et c'est peut-être grâce à ça qu'on pourra éviter la dévaluation de la future monnaie unique, parce que la jeunesse est un marché à l'échelle internationale pour le tertiaire, et, à l'échelle sociale, on en est bien conscients, ça fait partie des choses qu'on apprend avec un bac C tous rhésus confondus.
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Bahut à 115 du côté de Nanterre
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107039 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107020 (pour le livre imprimé)
Camille Julien
Bahut à 115 du côté de Nanterre
DOCUMENT/ REPORTAGE/ INVESTIGATION
«… La musique et la danse, c’est là tout ce qu’il faut. » (Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, I, 2)
(exercice de style inspiré du roman d’Emile Ajar « La vie devant soi », et de la lecture du P etit Nicolas, de René Goscinny ; en écho à l’étude de Monsieur Maurice Maschino parue sur la question en 1993)
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Je suis ce qu’on appelle « un petit prof de ban lieue ». Moi c’est banlieue ouestnord, là où c’est pas encore le couteau. Un bahut à 115 points, sapée jeans à la mode. Question antécédents, j’annonce : père HEC, mère au foyer donnant des cours particuliers de piano, un petit frère Sup’Aéro. Je pouvais pas échapper au cycle, fallait que j’essaie de réussir là où ma mère avait échoué. Et lycée de Versailles. Déjà ado, je voulais crever, et là je me suis pas loupée : profession ? kamikaze…
Je me retrouve devant un groupe de viande sur pieds là aussi j’avais pas signé pour ça, une bande constituée majoritairement de jeunes crétins, enthou siastes certes, mais qui ne comprennent pas… que moi, je ne comprenne pas le sens de leurs questions qui témoignent d’un degré d’ignorance tel, que je me demande ce qu’on nous demande à nous, en fait, petits profs certifiés conformes aux lieux communs les plus éculés. Ils mâchent avec application avant que la bulle rose ne s’échappe de leurs bouches, et là c’est moi qui la mets, la bulle, le temps de… laisser sa chance à l’élève, encore
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et toujours, le temps pour lui d’aller cracher son mala bar à la corbeille. Et puis, c’est déjà demain. Les mêmes tradoches, une syntaxe idiote et leurs questions débiles. Vingt cinq visages pour une salle commune, et puis, qu’estce qu’on s’en fout puisqu’ils vont « passer », comme ils disent, et que c’est dans les textes. Nous sommes devenus des passeurs notre fonc tion n’étant plus ni d’instruire ni même de plaire. Nous sommes en passe de devenir les cautions de l’accultura tion institutionnalisée et médiatisée tous les soirs qu’EDF fait, via la téléurnes du moment.
Ils ont parfois des têtes charmantes et des yeux qui vivent, avec un sourire à faire craquer tous les créatifs de la pub. Nous, on est laids par définition. Aton déjà lu une phrase telle que : « Une belle pervenche était penchée sur le parebrise avec son papillon »…? Ce qui donnerait à peu près, version police de caractères : « La salope sortit son rouge estampillé Parker et changea la cartouche », vu que c’est majoritaire question bonnes femmes, les individuées comme les célibataires et toutes pathologie confondues. … Ils ont parfois des airs, et des voix connes il pa raît que ce sont des « élèves en difficultés », sauf que les difficultés, eux ils connaissent pas, il y a les psycho moteurs pour ça. On les appelle « les enfants de la clef » vu qu’ils portent à leur cou la clé de chez eux, alors que pour leurs camarades c’est dans la poche. Qu’ils la mettent, leur clé. Ils. Il y a chahuts et bahuts. Et puis il y a toujours les autres, vu la disparité de nos conditions. Il y en a toujours qui arrivent à enseigner vraiment même s’ils ont ramé longtemps avant d’y arriver, style exode urbain ou incursion centreville. Même aussi des petits profs
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