18 ans et 3 semaines...

De
Publié par

Les suites tragiques d’un banal accident de moto confinent un jeune homme de 18 ans dans un cauchemar, trois ans durant, avant qu’il puisse remarcher, avec la sensation d’avoir beaucoup perdu mais aussi beaucoup gagné. Résultante d’une bavure médicale lourde de conséquences. L’amitié, l’amour, la patience des Anges et une foi exacerbée en un mystérieux ami lui permettront de réaliser le miracle de sa volonté au sortir d’une aventure extraordinaire. Une véritable saga hospitalière qui lui ouvrira les portes d’un paradis insoupçonné, dans un combat acharné depuis un lit d’hôpital afin de retrouver les traces de ses derniers pas, avec la conscience d’avoir vécu une seconde naissance.


Publié le : vendredi 26 septembre 2014
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332698063
Nombre de pages : 278
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-69804-9

 

© Edilivre, 2014

REMERCIEMENTS ET GRATITUDE

 

REMERCIEMENTS ET GRATITUDE :

A mon mystérieux Ami, mes Anges, ma Mère,

Mes enfants, ma merveilleuse Femme,

La bande des Fidèles de Neu-Neu,

Au personnel des hôpitaux de Clarac,

D’Yvry-sur-Seine et du centre des Lycéens

De Neufmoutiers-en-Brie.

Mes conseillères, correctrices et correcteur

Valérie, Rosalie, Chantal et Jean Paul

Mon ami Alain Hierso (graphisme)

Mes amis :

Henri Pigniat pour ses chaleureux conseils

Jacqueline pour sa confiance,

Tuture le faiseur de mots,

Dédéus mon ami le poète,

JP mon ami de toujours et Micka

A tous ces visages, toutes les personnes, que le bonheur de la vie m’a permis de côtoyer durant ces années difficiles…

Citation

 

 

« La souffrance grandit l’être
Qui cohabite avec le fantôme de sa douleur… »

Florent PANCALDI

PARTIE I

Hôpital Clarac (Martinique), 1972-1973

Chapitre premier

Préambule

UN ACCIDENT DE LA ROUTE A DIX HUIT ANS, ce n’est pas le cadeau d’anniversaire dont on peut rêver. Ainsi commence cette histoire qui allait, définitivement, transformer ma vie car seul un miracle pouvait me sortir de cet enfer. Les personnes extraordinaires rencontrées tout au long de mon parcours hospitalier, à la recherche de mon « premier pas », ont permis la réalisation d’un rêve permanent, trois ans plus tard.

Mes souvenirs me ramènent au soir du 14 octobre 1972, à 23 h 47, quand le temps s’est arrêté sur un coup de tonnerre. Cette période de mon existence me semblait horrible et au regard d’aujourd’hui,c’est désormais, l’une des plus belles facettes de ma vie

Je n’oublierai jamais la sympathie, l’amitié et l’amour des « Anges » qui ont soutenu, encouragé et aimé le petit jeune que j’étais, à 18 ans et 3 semaines.

Les premiers jours

QUAND ON SORT D’UN LONG SOMMEIL, sans aucun souvenir de la veille, la panique vous gagne en un rien de temps, parce que la tête vacille, creuse comme une calebasse. Le réveil vous plonge dans un effroi, une dimension insupportable. Se réveiller dans un lit d’hôpital, un dimanche matin, n’est certainement pas le meilleur plan. Ma seule envie était de me réfugier dans un sommeil profond, pour tenter d’échapper à la réalité morbide de ce premier jour d’hospitalisation.

« Je fais quoi dans cette pièce qui ressemble à une chambre d’hôpital ? Comme dans un cauchemar, drôle d’impression, un vide étrange, la sensation d’être une autre personne. Un inconnu qui se joue dans ma peau, qui cherche à me persuader que l’individu dans ce lit est moi, rien que Moi. Qu’il est bien réel, puisqu’il est Moi… ».

Et cette femme en blouse blanche qui ravive mes doutes avec des questions alarmantes : une présence qui se veut rassurante mais qui ne rassure pas. Mes paupières sont lourdes d’interrogations et de suppositions. Et cette voix qui me parle d’un accident, d’une opération dans la nuit, des mots qui frappent comme un marteau sur l’enclume. Dormir, oui dormir, pour enfin sortir de ce cauchemar éveillé.

Les derniers évènements me reviennent en vrac. Une chute à moto, une voiture qui sort de la nuit, l’ambulance et son miaulement insoutenable, une aiguille dans mon bras, des ombres blanches. Des visages furtifs et des voix lointaines qui répètent, inlassablement :

– Il faut le laisser se reposer !

On n’a pas envie de dire grand-chose ni quoi que ce soit d’ailleurs. Je suppose tout et n’importe quoi, tandis que mes yeux au plafond, survolent cette chambre bleue au dessus de mon corps posé dans un état de disgrâce. Je me pose mille questions. Et ces blouses blanches qui perpétuent l’angoisse qui me tenaille, j’ose à peine les regarder. L’une d’elles m’informe de mon état : mon genou torturé de fils d’acier, des poids suspendus sont accrochés à ma jambe… Je découvre mon affligeante nudité dans un désordre moral qui m’afflige davantage.

Ma jambe droite emplâtrée jusqu’au genou, ma cuisse dans un énorme pansement est rivée à une espèce de nacelle suspendue, un sérum à mon bras droit…

Je sais que la roue a tourné, me renvoyant à mes interrogations, à des lendemains incertains. Je sais, aussi, que lundi je n’irai pas au boulot… Et puis, le temps passe vite, dans quelques mois, on n’en parlera plus. Je serai guéri et fier d’exhiber mes cicatrices. Je pourrai, vite, oublier cet accident aussi brutal qu’inattendu. Sur cette route pendant quelques secondes, je m’étais endormi, emporté par la fraîcheur de la nuit et par quelques coupes de champagne…

Après la visite du chirurgien qui m’avait opéré, un remplaçant d’âge mûr, taille moyenne, cheveux châtains et la voix imposante. Je n’ai pas aimé ses mots « bien amochée », en parlant de ma jambe. Le lendemain, j’étais libéré de la nacelle, ma jambe toujours dans le plâtre, reposait sur une attelle. Une nouvelle intervention, pour la fracture du fémur droit, nécessita la pose d’une gouttière. J’étais dans une nouvelle chambre, toute rose, plus lumineuse, à droite de l’entrée du pavillon Roux de l’hôpital Clarac. Lors de son passage, quelques jours plus tard, le médecin me posa des questions qui n’avaient pas de sens pour moi.

– Est-ce que vous sentez vos orteils ?

Non !

– Bougez les orteils !

– Je ne peux pas ! Ils sont engourdis.

Les amis étaient sympas d’être passés, les collègues aussi. La position de ma chambre me permettait de me distraire en regardant déambuler les visiteurs ô combien précieux, pour des patients comme moi. On n’a pas idée de l’importance du regard quand on est couché dans un lit, à longueur de journée. La plus élémentaire distraction vous semble un don du ciel. Je pouvais apercevoir des visages en quête d’un proche ou d’un ami qui « jetaient un œil » dans ma chambre. Certains, la mine défaite et triste, n’avaient de cesse de revenir dans le service. Ma nouvelle chambre, lumineuse à souhait, bénéficiait de la clarté du jour venant d’une petite fenêtre vitrée sur la droite, dont les reflets colorés dessinaient des formes animées sur ses murs roses dont seule la nature a le secret. Les témoignages d’affection me poussaient à mettre de côté les derniers évènements. Les amis-visiteurs affluaient et je devenais le héros d’une farce nocturne.

Réflexions

COMME DANS UN MURMURE DE CONFIDENCE, dans la découverte des choses intimes de la vie hospitalière et de ses impondérables, jessayais de comprendre pourquoi la vie pouvait basculer aussi vite, pourquoi ma vie avait ainsi basculé. C’était mon premier gros pépin et je devais en assumer, seul, l’entière responsabilité. J’aurais pu éviter de me retrouver là à cogiter sur le pourquoi et le comment. J’imaginais qu’il me faudrait attendre quelques mois avant de pouvoir retrouver mon quotidien et qu’il valait mieux oublier la moto.

Mon univers limité à la porte de la chambre me laissait entrevoir le mur beige d’en face : « le monde des bienheureux qui passent et repassent ». Ce jeu de va-et-vient ininterrompu, ce mouvement perpétuel de personnes souvent pressées ou stressées, suffisait parfois à me faire oublier mon enfermement. Parfois, la lecture m’emportait au-delà de cette chambre. Je guettais d’éventuels visiteurs, espérant voir des visages amis, déçu quand les pas continuaient plus loin. Ivre d’ennui et de lassitude, souhaitant partir au plus vite de ce lieu, je pensais souvent à demain. Le médecin chef m’avait déjà averti que ce serait assez long. Cela faisait déjà 12 jours à me morfondre. Que c’est pénible l’hôpital ! Et cette inquiétante tache de sang apparue depuis peu, qui s’étale à travers le plâtre, au niveau de la fracture tibiale ; sans inquiétude pour le docteur.

A l’observation de ma jambe, dans cette matière blanche, elle était de plus en plus insensible et mes orteils ne pouvaient plus bouger. Le médecin était au courant, il ne disait rien, donc cela devait être normal. Avant cet accident, je ne fréquentais pas les hôpitaux, hormis quelques rares fois, pour accompagner ma vieille marraine qui visitait ses copines à l’hôpital civil. C’est là que j’ai découvert les perfusions qu’on appelle « Sérum ». Je n’ai jamais aimé ces flacons ni ces grosses aiguilles piquées dans les veines. Elles m’ont toujours fait peur.

Certaines nuits d’insomnie, la lecture ne parvenait pas à m’assommer, alors je prêtais plus d’attention à toutes « ces sonorités », les « bruits de la nuit ». Le réveil brutal pour le thermomètre ou le chant des coqs lointains – dont je percevais les Cocoricos comme une délivrance – me sortaient de ces moments d’oubli. Parfois, il m’était difficile de m’endormir à cause de l’agitation ambiante : des cris, des plaintes de personnes qui avaient mal ainsi que des lamentations d’insomniaques…

Je n’étais encore qu’un inconnu dans ce pavillon où la souffrance et la douleur longeaient les murs avec autant de force que l’espoir issu de la prière du juste. Dans ma retraite forcée,je percevais avec peine lespremiers contours de ma prison, dont les barreaux invisibles lacéraient mes derniers souvenirs dans la crainte du lendemain.

Il était prévu que le médecin passe me voir vendredi, lors de la grande visite et qu’on me débarrasse du plâtre qui me semblait être un « véritable sarcophage ». Le souvenir de ma jambe n’était déjà plus qu’une vague sensation.

Au-delà du dôme de la mort

MA JAMBE SORTAIT AU GRAND JOUR, à mesure qu’elle apparaissait, cette chose bizarre, un ersatz de jambe, putride et repoussante, sous une nuée d’exclamations négatives, de stupeur impossible à contenir. La secrétaire fut la première à perdre pied, en perdant connaissance.

Le temps et l’espace ne sont plus palpables, quand la fusion des évènements, sous le coup d’une catastrophe, provoque un grand vertige. La chambre s’assombrit : sombre comme ma jambe, dans un dernier regard pour le médecin. Bien plus tard, je compris qu’on pouvait mourir sans le savoir ou même perdre la raison, en une fraction de seconde.

Le « choc » avait été si violent, que jamais, je n’aurais pu imaginer cela, ni ressentir une telle défection de ma raison. La conséquence directe est que cette chose, cette jambe morte, cette chair malodorante qui était mienne avait fait sauter tous mes fusibles, au point de me faire sombrer dans un état de léthargie qui dura plusieurs jours.

Nuit et jour, absent de tout et ne pouvant plus craindre grand-chose, je me laissais mourir dans ma fièvre sous des laines épaisses, car j’avais toujours froid et envie de rien. Mes yeux au plafond, accrochés aux moindres aspérités de sa peinture décatie, à l’intérieur de ses écailles trébuchantes, j’apercevais le ciment, qui, sous certains aspects, me livrait toute la peine demes prédécesseurs et leurs souffrances désuètes, leurs larmes asséchées de pardon et de prières.

Les images de cette nuit me reviennent du néant vers mon néant. Revenant du Robert, roulant à vive allure vers Fort-de-France, comme dans un rêve, la moto, progressivement, se rapprocha du bord central de la route jusqu’à percuter le terre-plein. Ejecté de mon engin, je repris conscience dans un craquement d’os aussi terrifiant que le sifflement d’une balle dans les oreilles. Dans l’écran invisible de mon plafond, je revois la scène, quand de l’autre côté de la route, projeté sur l’asphalte aussi dure que le bois d’ébène.

Assis sur le goudron, aussi sombre que l’obscurité de cette nuit désolante, sur ce tronçon de route encaissée, je vis les phares d’un véhicule en approche qui balayaient mon point de chute. Ma jambe désarticulée et ma cuisse gonflée comme une baudruche refusaient le moindre mouvement. Je n’avais plus que mes bras pour sortir de là au plus vite, pensais-je, avant de me rendre compte que j’avais un trou dans la main… J’entends encore l’arrivée tumultueuse de l’ambulance, le son strident de sa sirène, était encore plus terrifiante sur le parcours vers l’hôpital… Cette salle d’opération avec ces hommes tout de blanc vêtus qui coupaient aux ciseaux mon pantalon rayé-bleu/blanc et cette aiguille dans mon bras…

Le plafond de la chambre me révéla bien d’autres choses plus confuses. Ce plafond sordide, « de profundis », reprit son aspect normal. Je n’ai jamais supporté l’idée de la mort, c’est peut être pour cela qu’elle n’a pas voulu de moi. La vie et le Bon Dieu avaient décidé de me laisser vivre et souffrir.

Le goutte-à-goutte était ma nourriture perpétuelle. Aux dires du garçon de salle qui m’avait délivré la jambe tardivement, à son corps défendant, car c’était la volonté de mon « bourreau », j’avais eu de la chance car je n’avais plus rien à faire en ce monde, tel que j’étais.

Perdu dans ce cauchemar qui ne m’avait jamais quitté, je me rendais bien compte, en regardant ma jambe abimée que je ne pourrai plus réaliser mes ambitions, tous mes rêves et projets précieusement empilés dans le jardin secret de mon imaginaire…

– Adieu l’Australie et ses grandes étendues sauvages,

– Bye Bye ! La Montagne Pelée et son cratère insondable,

– Au revoir mes courses haletantes avec Bobbymon fidèle ami.

Tout cela disparaissait d’un coup, comme mon rêve d’être pilote de chasse dans l’armée de l’air.

– je ne saurai jamais si la terre d’Australie est aussi aventureuse et accueillante qu’on le dit,

– Idem pour les pentes hostiles du grand cratère Péléen,

– Je ne connaitrai jamais la beauté des vastes étendues célestes, autant que porte le regard du haut du ciel, quand l’homme imite l’oiseau avec les ailes de son avion.

Rétrospective

Avant le 18èmejour

CET HOMME ALLAIT PRECIPITER MA JEUNE EXISTENCE dans le plus effroyable chaos qu’on puisse imaginer. Dix huit ans, à cet âge on peut tout accepter, par naïveté, par manque d’expérience, par manque de maturité… Mais, à partir de ce mois de novembre 1972, je savais que je ne ferais plus vraiment confiance aux disciples d’Hippocrate.

Qu’est-ce qui fait la différence entre un vrai médecin et un charlatan ? Je ne saurais le dire à ce jour, tant l’imposante responsabilité dont sont investis ces charpentiers du corps confine parfois leur profession au rôle peu enviable de barbares au bistouri. Les vrais artistes, ceux auxquels je crois pourtant, sont les plus sobres et les plus simples.

Rien à voir avec cet homme, ce chirurgien remplaçant, qui détruisit toutes mes espérances en occultant mon présent et mon futur, me projetant avec la plus extrême brutalité dans le monde du handicap. En dix huit jours, une partie de ma jambe avait lentement pourri et s’enfonçait définitivement vers une nécrose profonde, prise sous l’étau d’un plâtre mal façonné. Pouvais-je imaginer un instant, avec ce médecin hyper présent, me posant moult questions, qu’une partie de mon corps était déjà dans le royaume des ombres ? Rien ne laissait présager un tel dénouement, hormis mes orteils devenus incroyablement raides et insensibles ainsi que cette grande tache de sang sur le plâtre, au dessus de la fracture.

Rouge, rougeâtre, aussi sombre que la couleur de la mort, cette tache m’annonçait la destruction imminente de ma jambe. Pouvais-je imaginer que cet homme de science, d’âge mûr, sûrement bouffi d’expérience, puisse conduire une partie de mon corps au cimetière, que nous observions, jour après jour.

Le tragique samedi, ce 14 octobre 1972, allait prendre toute sa dimension, si soudainement, que ma raison allait en prendre un coup des jours durant. Le médecin avait jugé nécessaire de prolonger l’emprisonnement de ma jambe quelques jours de plus. L’employé avait pris soin de faire une grande découpe sur toute la longueur du plâtre.

Bien évidemment, on peut comprendre que mon expérience des risques hospitaliers, des infections nosocomiales ou autres était plus qu’imparfaite et ne signifiait pas grand chose face à l’expérience éprouvée de ce chirurgien. La confiance que j’accordais à ses propos avait fini par me convaincre que j’étais entre de bonnes mains et que si ma jambe était engourdie, c’était normal. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’étais bien, pas de signes d’infection. Les antibiotiques faisaient leur effet. En ce jour particulier, comme un condamné – dans l’attente de sa sentence, dans un silence quasi-religieux, je ne pouvais qu’attendre l’arrivée de la troupe. Une façon de vivre mes dernières illusions d’homme valide, de profiter de mes dernières espérances issues de mes dernières cogitations, comme la cigarette du condamné. Il me fallait patienter dans ma petite chambre rose, à l’entrée du couloir principal, là où on voit passer les visiteurs, les bienheureux.

Ils ne savent pas, ils ne réalisent pas la chance qu’ils ont de ne pas résider dans un lit à perpète.

– Où l’on peut dormir quant on veut,

– Où Rien ne vous presse,

– Où le temps vous appartient,

Qui plus est, on s’enquiert de votre état de santé, même si très vite vos plaintes et vos angoisses sont oubliées… Il y a des tas de gens qui acceptent sans broncher, faisant confiance aux hommes de science qui chaque jour, côtoient la vie et la mort. N’étais-je pas, désormais à l’abri du danger, loin de la route et de l’asphalte-meurtrière, qui sans distinction envoie au casse-pipe jeunes ou vieux. Ceux qui n’ont d’autre choix que d’emprunter sa rectitude, sa sinuosité, ses bosses, ses pentes et ses descentes. J’avais eu la chance de vivre « ça » pour la dernière fois, dans ma vie d’homme valide !

De quoi pouvais-je donc me plaindre ? Tel un patient modèle, attendant qu’on le délivre du « sarcophage blanc », si blanc que j’en arrivais à lui trouver un air de pureté si ce n’était la trace rougeâtre-noirâtre qui pouvait prétendre à l’incarnation des péchés commis dans une autre vie.

Pendant les visites, le médecin-chef distillait ses conseils et recommandations aux étudiants qui l’accompagnaient lors de la grande tournée du vendredi. Ses disciples le suivaient d’un pas cadencé, de chambre en chambrée, obnubilés par son savoir, soucieux de ne rien rater du spectacle et pleinement profiter de sa science.

Et moi, dans le fond de ma chambre, hors des bruits étrangers, car le vendredi on respecte le silence du service. Le vendredi, on s’impose en modèle de patient parfait, psalmodiant de vagues prières silencieuses. Certains n’hésitaient pas à implorer leur Dieu, en attendant.

Je guettais patiemment, avide du moindre chuchotement m’annonçant l’arrivée de la troupe. Car il faut dire qu’à l’époque, quand le docteur faisait sa grande visite hebdomadaire, accompagné d’un aréopage d’étudiants, d’infirmières, surveillante, y compris la secrétaire c’était du grand spectacle. La chambre, qu’elle fut grande ou petite, verte ou jaune, resplendissait immédiatement d’une blancheur uniforme.

Le moindre recoin se trouvait bardé de blouses blanches, propageant l’impression « d’un moment extraordinaire » à vivre, une fois, dans sa vie. L’immaculée conception n’aurait pu mieux faire, tant la perfection de cette assemblée vêtue de blanc, donnait à la scène un caractère solennel. On se croirait au paradis.

Alors le « brave malade » se sentait important de recevoir autant de personnes venues à son chevet pour le guérir, l’extirper au plus vite de ce lit et le renvoyer à ses pénates. Toute cette blancheur me prenait à la gorge, étreignait, bloquant toute velléité de remarque ou d’un éventuel avis sur mon propre état. Comment ne pas faire confiance au médecin-chef avec son armada d’étudiants, qui semblaient fascinés par le cas de leurs braves patients, qui se trouvaient gênés de ne pouvoir enfreindre la loi du silence ? Un médecin, à cette époque, avait toute sa science pour lui.

Leurs capacités dépassaient de loin les connaissances des « pauvres patients », dont l’ignorance abyssale ne pouvait être comparée à la dimension astronomique de la fonction des docteurs. C’est ainsi que beaucoup de personnes, convaincues du pouvoir absolu et du caractère éminent de la fonction des chirurgiens et autres praticiens de l’époque, subissaient plus qu’il n’en fallait « la peur du docteur », ainsi que de l’arsenal thérapeutique dont il disposait.

Plus le temps passait – plus je trouvais dérangeante cette odeur presque méphitique qui semblait provenir de ma jambe. Dans ma naïveté absolue, j’attribuai ce relent nauséabond à la blessure côté genou que le plâtre abusif avait soustrait à mon regard depuis 18 jours. Le face-à-face, l’inévitable choc psychologique allait se produire : je faillis en perdre la jambe et la raison et peut être bien plus. Mon bourreau allait m’achever, non pas me tuer, mais d’une chiquenaude dérisoire ordonna au garçon de salle de me débarrasser du sarcophage qu’il avait d’une ultime bavure scotché à ma jambe.

Chapitre 2

Chemin de Croix

VIDE DE TOUTE ENERGIE, bafoué de ne pouvoir revendiquer mon droit à l’oubli. Oublier le pourquoi. Blessé dans ma chair et dans mon cœur, à « 18 ans et 3 semaines ». Toutes mes facéties larguées au grenier, l’arbre de Noël ne brille plus de mille feux, les étoiles se sont éteintes d’un coup ; et ma fougue coutumière cravachée par d’invisibles ennemies ne reçoit plus que pitié et pitié.

– Mais où sont donc passés Untel et Untel ?

– Pourquoi la musique ne joue-t-elle plus qu’en mode mineur ?

– Mes soldats de plomb tombent et vrillent leurs lances,

– Mes cavaliers,jadis, conquérants, courbentl’échine.

– Le temps s’est arrêté l’espace de 18 jours, flagellant mes étendards. Mon soleil naguère vif et brûlant ne rayonne plus que par intermittence. Les jours et les nuits fustigent mes brèves tentatives pour récupérer mon droit à la vie. Et demain comme hier – hier comme avant-hier me ramènent toujours au pied de ma montagne, mon Golgotha imposé, ma triste et moribonde chimère, mon seuil impossible à franchir, ma destinée limitée à ma seule revendication. Espérer, attendre et prier, pleurer et encore pleurer.

– Mais où est donc passé le brillant gentilhomme ?

– Le courtisan de ces dames,

– Le Don Juan decape et d’épée.

– La flamme de mon regard, invincible despote, chassé de ses terres de chasse, s’étiole et se meurt d’obscurs repentirs. La coupe est pleine et rigole toute seule de ses beuveries inachevées, de ses rancœurs impardonnables, de sa soif inextinguible, puisée dans l’intimité des amoureuses, dans des soupirs inavouables, dans les catacombes de la joie et du bonheur facile.

– Pleure et lamente-toi ! Pâle copie de toi-même, duplicata informe et déformé par ton bourreau en ce 14 octobre ! Et alors ! Et alors !

– Quand bien même, victime d’une infamie hasardeuse, tu n’es pas mort que je sache, la bête blessée n’est pas achevée. Prends ta chance et cours te réfugier dans les grottes sans nom. Là où tu sais que le courage s’apprend et la souffrance anoblit. Là où les pleurs n’ont pas droit de regard, car personne là bas ne regarde un pleureur ou une victime qui attend la justice des hommes.

– Et ton courage pardi !

– Bougre d’idiot sans foi et sans cœur !

– Sans cœur pour toi-même, puisque tes lamentations ont brisé la carapace de tes ambitions personnelles. Ton rêve australien, ton défi à la nature Péléenne et même la voûte céleste si basse désormais, ne pourra jamais t’élever au rang de pilote émérite.

– Relève-toi et puise dans la coupe aux mille courages ! Dans le sang de ton sang renouvelé, dans la force de ton désespoir, dans ta fierté de vaincu, dans les stigmates de tes infâmes blessures, dans l’esprit de Dieu, dans tes ressources, de l’homme vrai, qui sommeille en toi…

– Alors, alors, quand ta blessure lavée de tes propres larmes, séchée de tes yeux révoltés mais compatissants, de la chaleur de ton cœur revigoré qui oublie et qui pardonne, enfin te soulage de ta peine. Alors, tu connaîtras la paix du silence et ton esprit débarrassé des impuretés de ce monde renaitra de ses cendres.

– Mais qui donc me parle et m’interpelle de la sorte ?

– Qui a ce droit paternel que je n’approuve pas ?

– Je t’entends bien et je devine ta grande sagesse.

– Car je suis moi et tu sais qui je suis. Je ne suis pas une image. J’existe, quand bien même le médecin a trahi ma confiance et oblitéré mon existence à l’histoire de cet hôpital que je ne pourrai jamais oublier. Tu dis que je ne suis qu’une femmelette, un faible, un farceur de ces dames, un acronyme, un révolté sans nom, une bavure d’hôpital comme les centaines de bavures et les centaines de victimes. Que je ne suis qu’un bravache, un sans foi ni loi, une erreur médicale qui se plaint constamment. Un jeune de 18 ans et 3 semaines !

– Et alors ! Et alors ! C’est moi qui suis en cause ! C’est moi qui souffre comme on dit, de mille et mille morts. Tu le sais, je n’ai rien demandé, ni même espéré de ce lieu de souffrance que je ne connaissais ni d’hier ni d’avant.

– Pourquoi cherches-tu à m’accabler de la sorte ?

– Laisse-moi me reposer de mes blessures, de mon combat intérieur, de mon cœur défaillant, de ma léthargie dévastatrice, de mes larmes qui ne sèchent pas, de mes cris silencieux, de mon silence douteux, de ma mort lente exposée aux quatre coins de cette chambre rose, rose fanée.

– A mon infâme bourreau tu veux te substituer ?

– N’ais-je pas mérité le repos réparateur ? Après mon cri de mort jailli de ma jeunesse saccagée, de mes os disloqués, de mes nerfs abimés, de ma chair anéantie, de mes rêves envolés, de mon identité oubliée sur l’asphalte noire dans la nuit noire de cette route perdue dans la brume du temps et dont je ne me souviens plus.

– N’ai-je pas droit au repos ?

– Au repos du guerrier, après toutes les batailles d’antan et les dernières que tu sais, mais que je n’admets pas. Car l’ennemi traître comme pas un m’a surpris dans un instant d’égarement.

– Son œuvre achevée, il m’a laissé pour mort. Mais « une main tendue », m’a soutenu et ramené là où tu sais. C’est pourquoi, une fois reposé et d’attaque, il me faut retrouver « ce mystérieux ami » qui m’a sauvé alors que je n’étais que lambeaux, une miette d’homme, un résidu de chair et d’os, une plaie, une image dénudée exhibant craintivement sa nudité aux regards critiques des hommes-médecine, un revenant d’outre-tombe, un réfugié sans papier, un matricule sans nom, un inconnu.

– C’est ça que tu veux récupérer dans ton armée ?

– Je te croyais plus exigeant et sélectif !

– Mais je suis moi, qu’importent mes défauts et mes tares indélébiles, je n’oublierai jamais la « main tendue » quand j’avais peur, quand j’avais froid, quand seul dans l’immensité de l’adversaire, le coup de grâce déjà levé… et cette main tendue que je ne puis oublier.

– Que ne donnerais-je pour la retrouver et la serrer contre mon cœur et lui dire Merci de m’avoir aidé, d’avoir cru en moi !

– Tu ne crois pas si bien dire mon fils, en vérité je te le dis, un jour tu seras avec moi dans la maison de mon père parce que tu n’as pas refusé cette main qui est mienne… mais il n’est pas encore temps pour toi de rejoindre l’éternité des âmes choisies pour siéger auprès du Père, du Fils et du Saint Esprit.

– Réveille-toi et n’oublie pas que chaque homme doit porter sa croix. Il y a un moment à tout et pour tout…

Combat intérieur

AU PREMIER JOUR DU CHOC, dans une forme d’arythmie bousculée et grossièrement bricolée pour suffire aux besoins urgents du corps, mon esprit valdinguait aux antipodes de ce lieu où ma raison vacillante subissait tous les outrages.

Je revois encore cette femme s’effondrer, comme dévastée par une attaque soudaine et choir aux yeux de tous, pour me rendre compte que c’était à cause de moi que tout ce remue-ménage mobilisait le service, alors que le soleil de midi pointait à son zénith.

Ce qu’il me restait encore de raison, regardant les uns et les autres, les blouses blanches balancées dans la tourmente n’en menaient pas large. Mon bourreau, perplexe, isolé de tous semblait hagard, stupéfait de son méfait, dépassé par ses erreurs d’appréciation, au sommet de son incompétence. L’homme de science paraissait tout à coup limité dans sa réflexion, vide de tout pouvoir de décision et de réaction. C’est la dernière image que je garde de lui, ma raison n’était déjà plus là. Une image sombre, mais un bourreau n’a pas de visage n’est-ce pas ?

Le fantôme de moi-même, surgissant de nulle part, recouvrait déjà le reste de mon corps pour me protéger de cet enfer pour lequel j’étais trop jeune. Alors, en cette fin de matinée à nulle autre pareille, ayant dépassé toutes mes capacités émotionnelles. D’un seul coup, aussi rapide que le tonnerre du ciel, un bug intérieur, salvateur et dévastateur à la fois cinq jours durant me coupa de toute réalité, afin de laisser mon esprit absorber l’inconcevable.

Et je me souviens encore de cet homme, ce jeune interne en chirurgie, au seuil de son apprentissage sans doute, qui de sa science encore inexacte, voulait, m’impressionner, peut être. Cet homme vêtu de blanc, observant l’étendue des dégâts occasionnés par mon sarcophage, sans tambour ni trompette, m’apostropha de la plus scélérate façon qu’on puisse le faire, à moi qui attendait dans un couloir, mi-conscient mi-éveillé, que les chirurgiens du bloc me débarrassent des pourritures de ma jambe. Il y a des mots qu’on ne peut oublier. Ceux que j’entendis auraient pu m’achever et je rends grâce aujourd’hui à ce jeune interne de m’avoir tétanisé de la sorte, en me disant :

« On vous opère aujourd’hui,

mais c’est une jambe qu’on va couper ! ».

Ce que je venais d’entendre me terrifia, alors que dans ma géhenne, je luttais pour rejoindre la terre des hommes depuis un temps infiniment long. Ces mots auraient pu m’achever, car je naviguais dans des eaux troubles, dans un brouillard dense et si opaque que la moindre lumière, la plus petite étincelle d’humanité ou d’encouragement à cet instant particulier, aurait eu valeur de cadeau du Père Noël. Mais, ce que j’avais reçu dans mes nuits et mes jours de léthargie, « la main tendue à jamais près de moi » me touchant l’épaule, à chaque fois que le doute m’envahissait ou que le besoin se faisait sentir. Cette voix entendue dans le défi et la détresse, cette voix résonne encore dans le fond de ma conscience, instruite de la sagesse de « notre dialogue ».

« Cette main me pousse en avant quand je trébuche dans les ronces et les rocailles, dans les marécages et les sables mouvants de l’univers des hommes ».

L’évidence des paroles du jeune médecin, choquant ma sensibilité déjà mise à nue, me réveilla d’un coup. Cette agression verbale, ce non-sens, justifia ma révolte intérieure. Car à cet instant, dans mon brouillard opaque, d’un petit « regard simple et objectif », je lui ai fait comprendre que j’avais saisi sa remarque et que je n’en avais que faire, que j’étais décidé à me battre et que je n’étais plus seul. Ma décision était prise, j’allais me battre de toutes mes forces pour sauver ma jambe, pour garder toute mon intégrité.

J’appris que pendant mon escapade léthargique, mon bourreau conscient de son échec et de son insuffisance, avait émis le souhait de m’amputer, car il n’y avait aucune autre solution, aucune alternative.

Les infirmières savaient très bien ce que cela pouvait signifier pour moi. Leur réprobation et leur solidarité, déstabilisant mon « bon docteur » déjà touché dans sa vanité me valurent de ne pas être amputé illico. Je peux comprendre et c’est le seul crédit que j’accorde à cet homme, car c’était une jambe bonne à couper. Mais je peux comprendre, aussi, que sans « la main tendue » je ne m’en serais pas sorti. Pendant mon « absence », dans mon plafond, j’avais trouvé outre mes visons oniriques d’autres raisons d’espérer.

Mon Ange

J’APPRIS AUSSI QUE MON BOURREAU était reparti vers son point de départ. Avec le retour providentiel du médecin-chef, alors qu’au plus profond de ma léthargie je subissais les soins désespérés des infirmières ; Le docteur Moreno conscient des dégâts irréversibles causés par son remplaçant, tenta l’impossible. C’est de lui que vint la décision de me faire passer par le bloc, dans le souci de « nettoyer » autant que faire se peut, le peu de jambe qu’il me restait. Au retour de cette « boucherie », je savais fort bien que rien ne serait comme avant, que les interdits étaient définitivement enterrés. Que mon futur plus que compromis s’organiserait désormais dans le monde du handicap, qui à cet instant précis, ne revêtait aucune espèce de signification pour moi.

Il me fallait tel un Titan,

Barrer la route aux adversités,

Transgresser les lois de l’équilibre pour remarcher,

Façonner de nouveaux mots à mon vocabulaire,

Irriguer le fil de ma conscience de nouvelles données, Reprogrammer mes gestes et mes envies

Pour les rendre crédibles.

Comme un automate désarticulé sur une scène improvisée, j’esquissais dans le plus parfait désaccord, les nouveaux gestes de ma nouvelle vie. Toutes mes forces étaient mobilisées dans une quête absolue : retrouver l’usage de ma jambe, quand bien même elle paraissait perdue selon les propos réalistes du jeune médecin.

A mesure que les semaines passaient et après une 3ème intervention, j’éprouvai une grande fatigue, une tristesse infinie. Paradoxalement, mon envie de vivre restait intacte, mais cette faiblesse dans le corps, cette lassitude extrême réduisaient à néant tous mes efforts. « Bouger mon corps » devenait impossible. Je traversais « mon désert ». Le Glucose en mode perfusion était ma seule nourriture. Je sombrais dans une mort lente, parlant peu, rassemblant mes dernières forces pour un ultime combat.

C’est alors qu’intervint un ange !

De ma chambre rose, je regardais passer les ombres et les visages de ceux que je considérais comme des « gens heureux ». La condition dans laquelle je me trouvais, me donnait l’insigne avantage de « regarder mes semblables ». Je pouvais faire la « balance » du bonheur et des malheurs de mes contemporains.

Depuis quelques jours, je constatais qu’une jeune fille de mon âge s’arrêtait chaque soir devant la porte de ma chambre, aux environs de 18 heures. Elle me regardait sans rien dire, avec curiosité et compassion sans doute. Au bout de quelques secondes, elle continuait son chemin et disparaissait de mon champ de vision. Comme un ange !

Un soir, elle s’enhardit et après quelques échanges, elle devint ma belle inconnue, mon Ange. Posant des questions, parlant de tout et de rien, elle devint en l’espace de peu de temps la personne dont j’avais absolument besoin pour m’assurer un minimum d’équilibre psychologique. A cette période, pour briser mon isolement, le docteur me fit transférer à l’autre extrémité du couloir, dans une chambre à trois lits, à une place dont la vue panoramique me permettait de profiter d’une portion de la baie de Fort-de-France. De cette position, je pouvais observer les va-et-vient des brancardiers, avec vue intégrale sur le bloc opératoire. Dans un ballet incessant, du matin au soir, ils amenaient les opérés vers ce qui devenait leur espoir d’un mieux être, presque une dernière volonté pour...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant