270 bougies pour que tu reviennes

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Au fil des pages de son journal personnel, Claire, la mère, égrène son désarroi puis son désespoir devant les errances de sa fille, Lise. Lise qui ne vit que par ses amis, qui part, qui revient puis, un joUr, qui ne revient pas... Lise qui emmène sa famille au bord du gouffre où elle se tient. Lise pour qui des bougies vont s'allumer, aussi longtemps qu'il faudra. Parents et jeunes qui pensez que rien ne pourra plus vous réunir, nous souhaitons que cette expérience d'une mère, vous rappelle qu'il est possible de reconstruire, même quand tout semble ruiné.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
Lecture(s) : 265
EAN13 : 9782296634589
Nombre de pages : 127
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270 bougies pour que tu reviennes

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière…. Edmond Rostand

Ça va mal, très mal, dit le pessimiste, ça ne pourrait pas aller plus mal. Mais si, mais si, répond l’optimiste. Bossuet

À Lise, À Bastien et Anaïs, À François, À tous ceux, familles et amis, qui ont traversé la tempête avec nous. Enfin : à toutes les mères qui luttent…

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2001

2 décembre

Dix-huit heures trente ! Et tu n’es toujours pas rentrée, Lise ! Tu devrais être là… Dehors, il fait nuit noire, il fait froid… Où donc es-tu encore allée te fourrer ? Je balaie le couloir pour m’occuper et tromper mon inquiétude. Mais si mes mains font bien leur travail, mon imagination, elle, galope sur les contrées les plus sombres : Et si tu étais en train de te droguer quelque part ? Et si tu étais tombée dans un mauvais coup en voulant acheter du shit ? Et si… Et si… Je poursuis mon nettoyage, l’esprit envahi des noirs cauchemars qui pourraient te guetter… J’essaie de me raisonner mais les voilà qui reviennent plus forts et plus nombreux : quelqu’un fait-il du mal à ma Lise ? Tes jeunes quinze années peuvent bien être la proie de tous les loups du monde… Et puis, non ! Tu surgis, toute fraîche, les joues rosies par le froid de l’hiver, et tu viens vers moi, souriante : « Maman ! » Mon Dieu, comme je t’aime ! Je devrais le dire sans doute. Je voudrais bien le dire, mais je ne le dis pas. Au lieu de cela, les tripes encore toutes nouées du souci que je me faisais de toi, je te crie au visage : « Où étais-tu encore ? Tu as vu l’heure ? Tu vas apprendre à obéir un jour, oui ? Tu sais bien que je t’attends depuis plus d’une heure ! »
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Tu m’écoutes un instant, hébétée, puis tu montes rageusement dans ta chambre, en vociférant je ne sais quoi. La porte claque derrière toi. Et voilà, une fois de plus, l’insupportable gâchis. « Mon dieu, comme je t’aime », j’aurais dû le dire. Pourquoi n’ai-je pas su ? Je me l’explique mal. Comment estce possible : ma toute petite fille que j’ai faite avec mon ventre à moi, mon bébé, ma petite boule, ma pelote… Comment ? Quand ? Pourquoi peut-on ainsi perdre le contact ? On ne sait plus quoi se dire… Toute rencontre devient opposition violente, farouche, presque haineuse. Je m’y prends mal, je le vois bien, mais tu n’acceptes plus rien… Oh ! Ma petite pelote, s’il te plaît, reviens fondre dans mes bras ! 14 décembre 2001 Qui es-tu devenue, grande fille aux jeans troués, pull déchiré, le cou orné de fils de cuir et de perles ? Tes idoles, tu les as trouvées dans nos jeunes années à nous : Jim Morison et les autres. Tu regrettes de ne pas être de la génération hippie : tu penses que le summum avait été atteint à cette époque. Tu me dis que le pétard est un idéal et ça me révolte ! D’après moi, il permet bien trop souvent de traîner sa paresse, de ne pas prendre en main sa vie ! Ça oui ! Un idéal à l’envers, plutôt ! Au lycée, tu ne fiches rien. Tu es collée tous les mercredis. Tu récoltes les avertissements sur ton bulletin de notes. On ne parvient pas à te faire entendre les choses les plus simples, les règles élémentaires de vie comme, par exemple, venir au lycée à l’heure, ou encore : sécher les cours, c’est interdit. INTERDIT ! Un mot honni ! Un mot banni ! Un mot que tu rejettes de toutes tes forces d’impétueuse, indomptable, volcanique… Tu déclares, très sûre de toi, avec cette façon impérieuse que tu as de prendre position toujours, que rien, jamais, ni personne ne te fera plier… Tu as tort, Lise, tu ne seras pas la plus forte. La vie en a maté des plus coriaces que toi, va ! Tu verras, tu plieras ! Et puis, il y a Ben, l’amie intime. Tu ne peux absolument rien faire sans elle. À peine arrivée du lycée, tu te jettes sur le téléphone, après avoir, bien sûr, fermé les portes : il ne faut rien
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qu’on entende surtout ! Vous avez passé la journée ensemble mais vous avez encore des milliers de choses à vous dire. Il paraît qu’il y a des choses qu’on ne peut se raconter qu’au bout du fil… Au bout d’une heure, on veut que tu raccroches : « Va travailler ! Ça suffit ! Tu la reverras demain ! » Alors, tu cries, tu insultes. Tu nous traites de cons et d’autres noms d’oiseaux. On ne veut pas de ces mots : « Tu n’as pas le droit de nous parler comme ça. » Jamais. On ne le fait pas, nous. Enfin, si, mais rarement, quand ton père, emporté par sa colère, ne contrôle plus ses mots. C’est vrai, ça arrive, et j’ai horreur de ça… 18 décembre 2001 Encore collée ! Encore des cours séchés ! Ah non, Lise ! Cette fois-ci, ça suffit, tu vas voir ce que tu vas voir ! Ce soir, tu n’iras pas dormir chez Ben comme tu l’avais prévu ! Non, tu n’iras pas ! Tu n’as qu’à respecter le minimum de règles. Non, non et non, tu n’iras pas. Tu réagis avec la vigueur qui te caractérise : tu cries, tu pleures, tu ressors ton chapelet d’insultes, tu te mets dans tous tes états ; cette punition a l’air d’être une véritable catastrophe pour toi… Alors, nous, troublés par ce tumulte, on fléchit un peu. Notre capacité de résistance à ta révolte est défaillante : « Bon. Puisque c’est si grave pour toi, on a décidé de te laisser passer la soirée avec ton amie. On viendra te rechercher à onze heures. » Mais tu ne veux pas entendre parler du moindre compromis. Pour toi, la plus petite contrariété, le moindre pouce de terrain à concéder est presque un cas de suicide. Et tu te transformes sous nos yeux effarés en véritable furie : tu hurles, tu tapes de tes poings rageurs sur tout ce qui t’entoure, tu donnes des coups de pieds et de tête, sur les murs, les portes. Ton visage est ravagé par les larmes et déformé par les rictus de colère. Ton père t’empoigne, veut te faire taire, te ceinturer, te filer une claque, peut-être, mais te taire, Lise, tu entends, te taire juste une
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minute, juste une seconde… ! Mais la fureur te rend insaisissable… Tes hurlements s’amplifient, tu invectives ton père… l’horreur… D’où sortent-elles, Lise, tes affinités avec les violences physiques et verbales, moi qui défaillis dès que je vois la moindre bagarre au cinéma ? Je suis combative pour ce qui est d’exercer ma volonté, mais je suis inadaptée au plus profond de mon être avec tout ce qui est du domaine du conflit et de l’agressivité : je ne sais pas faire, mes jambes flagellent, ma gorge se noue, je veux fuir. Est-ce une sorte de contrepoids que tu t’imposes pour pallier cette infirmité ? Tu ne devrais pas, vraiment… Là, il s’agit de ma fille : la fuite n’est pas la solution. Je veux te sortir de là. Je veux ta paix. Ma paix. François, ton père, te tient fermement les deux bras. Il est rouge de colère, il te hurle dessus. Je le vois hésiter un instant à poursuivre la lutte ou t’expédier dans ta chambre. Mais, toi, tu veux en découdre, tu continues la provocation, tu es au comble de l’exaspération : « Vas-y papa ! Cogne ! Défoule-toi ! Vas-y ! » Il y va. Il se défoule. Il cogne. Tu cognes. Il hurle. Tu hurles.
Décembre 2001 Des litres de larmes, mon visage déformé par les cris, la peine des coups et la haine. J’ai envie de leur faire peur, j’ai envie de les dégoûter de moi. Je veux leur faire mal. Lise

Je n’en peux plus de ce drame affreux : je n’évalue pas la part de théâtre que tu joues, je ne sais pas si, en ton for intérieur, tout t’échappe comme à moi, ou bien si tu tires les ficelles d’une mauvaise comédie dramatique. En tout cas, arrêtez ! Arrêtez s’il vous plaît ! François, calme-toi, par pitié ! Il faut cesser ! Il faut
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