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« "Je m'appelle Céline, j'ai 37 ans et je suis alcoolique..." Voilà comment débute ce récit : une vérité, un constat. Deux choix s'offrent à moi : m'enfoncer dans cet alcoolisme ou me reprendre en main et m'en sortir pour moi, mon chéri, mes enfants... J'ai choisi la deuxième option, je suis entrée en cure de sevrage. Pas facile mais nécessaire et c'est celle-ci que je décris au jour le jour. Peurs, angoisses, doutes, mais aussi joies et belles rencontres. »


Publié le : vendredi 12 juin 2015
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EAN13 : 9782332946751
Nombre de pages : 142
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ISBN numérique : 978-2-332-94673-7
© Edilivre, 2015
I Présentation
Je m’appelle Céline, j’ai 37 ans et je suis alcoolique (phrase typique des Alcooliques Anonymes). Je rentre en hospitalisation au service d’addictologie le 13 Novembre 2014, suite à une prise de conscience brutale qu’il fallait arrêter les conneries et qu’il était temps que je me reprenne en main.
Quelles circonstances m’ont poussées à enfin réagir ? Une longue conversation avec ma fille de 12 ans, ainsi que le fait que j’ai fait beaucoup de mal à l’homme que j’aime. A cause de ce qui s’est passé et le fait qu’il ne supporte plus mon changement de comportement quand je suis saoule, il n’a plus confiance en moi et nous sommes à deux doigts de la rupture. Il m’a expliqué qu’il ne m’aimait plus comme avant. C’est une chose qui fait très mal à entendre. Mais, d’un autre côté, je sais que tout est de ma faute. Je crois que c’est ça qui a provoqué un déclic dans ma tête qui a juste crié : STOP !
J’ai beaucoup réfléchi à cette situation. Il en est ressorti qu’il est limpide que je ne veux pas perdre tout ce que j’ai réussi à construire (difficilement) depuis toutes ces années. J’ai quatre enfants que j’adore (Clément, Vincent, Axel et Camille) dont un qui m’a donné un petit fils (Mathéo). J’ai mon chéri (Laurent) avec qui je partage ma vie depuis maintenant presque onze ans. Je ne veux perdre l’amour d’aucun d’eux car se sont les amours de ma vie et sans eux je ne suis plus rien. (Une petite pensée pour Puku, mon chat, que j’aime aussi mais pas de la même façon).
Je bois de l’alcool depuis l’âge de 15 ans. A cette époque là il m’est arrivé une chose assez répugnante dont je parlerai peut-être plus tard quand j’aurai commencé mon travail avec le psychologue. Je me suis d’abord mise à boire de façon festive et en petite quantité. 2 ou 3 verres pour les mariages, les baptêmes, les anniversaires, les fêtes de fin d’année : les réunions de famille quoi. À partir de 17 ans arrivent les sorties entre copains. On se retrouve chez l’un ou chez l’autre pour l’apéro puis on sort en boite de nuit. Là on commande 1 puis 2 bouteilles et on rentre « cartable » à 5h du matin. Au début c’est le samedi soir, ensuite le vendredi et le samedi soir et ça fini par le vendredi, le samedi et le dimanche soir. Ce sont toujours des soirées festives car le petit groupe de copains que nous étions à l’époque n’était pas violent. On sortait juste pour rigoler et faire la fête. Comme le font pratiquement tous les jeunes de toutes les générations.
Je ne sais pas quand tout a commencé à déraper. Je dirais petit à petit, tranquillement l’alcool se fraye son chemin dans notre cerveau. Je pense que, dans mon cas, la fêlure que j’ai eu à mes 15 ans et tous les ennuis que j’ai pu accumuler après ont été un terrain propice à ce que je devienne alcoolique.
J’ai commencé à boire un, puis deux, puis trois apéros le soir en semaine. Comme ça, lentement, je suis passée à un quart de bouteille par soir. J’ai fini à une demie voir les trois quarts d’une bouteille par soir. Il faut que je précise que je ne bois exclusivement que du whisky limonade. Pour moi, cela paraissait normal, logique et naturel car habituel. Par dessus se rajoutent les aléas de la vie qui vous mettent des bâtons dans les roues et la seule solution que vous trouvez quand vous êtes dans mon cas c’est de boire un maximum pour ne pas y penser. Solution de facilité ? Sans aucun doute ni hésitation : OUI !
Ne connaissant pas les démarches à suivre pour me soigner, j’ai donc pris un rendez-vous chez un Psychiatre, car je me connais et je sais que si ça ne va pas bien dans ma tête, je ne m’en sortirai pas et rechuterai à la première grosse contrariété. Après avoir expliqué mon problème au Docteur, il me conseil fortement de prendre un rendez-vous avec un Alcoologue, que seul un spécialiste comme cela pourra m’aider dans ma démarche. Bon, premier cap passé.
Après avoir pesé le pour et le contre pendant deux à trois jours, car il n’est pas facile d’accepter du jour au lendemain que c’est la seule solution pour s’en sortir, j’ai pris rendez-vous avec le Docteur DELHOMME. Ma première rencontre avec le Docteur a été une catastrophe. J’étais tellement stressée, que j’ai bu jusqu’à 4h du matin, en sachant très bien que j’avais rendez-vous à 9h30. Quand je suis arrivée dans son bureau, il m’a fait souffler. Résultat : 1,2 grammes d’alcool dans le sang. L’entrevue a donc été très brève (environ 2 minutes montre en main). Il m’a renvoyé chez moi en me précisant qu’il ne faisait pas d’entretien aux personnes alcoolisées et sûrement pas avec un tel taux d’alcoolémie. Il m’a demandé de revenir le lendemain matin, même heure, avec moins de 0,7 grammes d’alcool dans le sang. Il m’a aussi demandé si j’étais en voiture et auquel cas de faire très attention sur la route. Quelle honte ! Mais surtout quel coup de pied au cul ! Je me suis sentie à la fois vexée, dégoûtée, mais plus encore déterminée. Je n’ai pas touché une goutte d’alcool de tout le reste de la journée. Penaude, mais de retour chez le Docteur le lendemain matin, je passe par le stade obligatoire de la « soufflette » : 0 gramme d’alcool dans le sang. Je ne vais pas vous cacher que quand j’ai vu 0,00 marqué sur l’éthylotest j’étais assez fière de moi. Je me rappellerai toujours qu’il a applaudi en me disant qu’avec la volonté et le courage dont j’avais fait preuve pour revenir aujourd’hui, je pouvais m’en sortir. Il m’a aussi expliqué qu’il m’avait testée en me renvoyant chez moi, pour justement évaluer ma réelle volonté pour arrêter. Quel soulagement j’ai ressenti en entendant ces mots ! Il m’a alors demandé quelle solution je pensai entreprendre pour me faire soigner. Bonne question, je n’en ai aucune idée, je ne sais pas comment cela fonctionne. Je m’en remet donc à son jugement et à celui de l’infirmière présente à ses côtés pour m’indiquer quelle est selon eux la plus adaptée pour moi. La réponse a été unanime et catégorique : une hospitalisation complète pour une durée de trois semaines à un mois est, selon eux, le meilleur moyen de mettre toutes les chances de mon côté pour m’en sortir et ne pas rechuter… WAHOO ! Trois semaines enfermée ! Aller comme ça vers l’inconnu, sans repère… Tout s’est chamboulé dans ma tête : oui, non, oui, non, trois semaines, oui, non… Mais il faut se rendre à l’évidence : je veux m’en sortir pour moi, mes enfants, mon petit fils et mon chéri. Le Docteur et l’Infirmière connaissent leur travail et sont habitués à jauger les patients qu’ils reçoivent. Si ils pensent vraiment que je peux m’en sortir comme ça, je leur fait confiance. Je ne pensais quand même pas qu’ils allaient me proposer de rentrer dans le service le Jeudi suivant… Eh bien si ! Ça y est je ne peux plus reculer : j’accepte. Me voilà donc sur le point de partir pour trois semaines qui, je l’espère, me mèneront à la guérison. J’ai confiance en eux j’ai confiance en moi : on peut y arriver.
II Préparatifs
Jesuis fixée le Lundi en début d’après-midi : « si vous êtes toujours d’accord, vous rentrez Jeudi à 9h pour trois semaines ». Bien sûr que je suis d’accord, je ne vais pas reculer maintenant ! Ce serait trop dommage et de toute façon je suis déterminée à ce que ça marche.
Me voilà donc partie pour préparer mes affaires. Premier « couac » : je n’ai pas de valise (ça commence bien). Bon, pas grave, je prépare ma petite liste et pars faire les courses. Je reviens donc avec : une valise, une trousse de toilette, du gel douche, du shampoing, du dentifrice, du parfum… Non pas de parfum, pas le droit, il y a de l’alcool dedans. Les seuls parfums où il n’y a pas d’alcool (et encore) sont ceux pour les enfants. Je me vois mal arriver avec un parfum Hello Kitty ! Tant pis, pas de parfum, mais ça va me manquer.
Je passe maintenant à la garde robe. Que doit-on prendre pour trois semaines à l’hôpital ? Je repasse donc mes tee-shirts, mes chemises, je prépare mes pantalon. Les tas sont plutôt hauts… Je prends ma valise et la remplie tant bien que mal. Deuxième « couac » : plus de place pour les bouquins et les chaussures. Heureusement j’ai mon sac à dos. Aller hop ! Bouquins et chaussures dans le sac à dos. Toutes mes affaires sont prêtes. Moi, beaucoup moins.
Jour J – 1, la pression monte, je ne sais pas dans quoi je m’embarque. Cette peur de l’inconnu me déstabilise. Cette dernière journée de liberté passe à vitesse grand V. La nuit arrive et avec elle toutes ces questions dans ma tête : « Qu’est-ce qu’ils vont me faire ? Qu’est-ce qu’il va m’arriver ? Est-ce que je vais tenir le coup ?. Impossible de trouver le sommeil. Mon chéri a beau se blottir contre moi pour me rassurer, dès que je m’endors je fais des cauchemars. Une bonne nuit de merde quoi.
Jour J, levée à 7h du matin afin de tout vérifier avant le départ. 8h15, mon chéri et moi décollons pour l’hôpital. J’ai le moral remonté à bloc grâce à tous les messages de soutiens que j’ai reçu et par le fait que mon chéri m’accompagne et ne me laisse pas seule.
Maintenant, je ne peux plus faire marche arrière. C’est à moi de jouer. J’ai toutes les cartes en main et je veux me prouver que je suis capable d’y arriver et de m’en sortir. Pour moi et pour les personnes que j’aime.
III Jeudi 13 Novembre 2014 er 1jour
9h, entrée dans le service d’addictologie. Dans les escaliers nous croisons une dame avec des béquilles qui arrive complètement saoul. Le décor est planté. Nous sommes accueillis par Laurence qui sera mon Infirmière référente. Elle nous installe tout d’abord dans ma chambre. Celle-ci est minuscule : un lit, une mini armoire (comme j’avais à l’internat), une table de nuit et voilà ! Pas même la place de mettre une chaise. Une salle d’eau attenante avec un w-c et un lavabo. Ensuite elle me fait souffler (0 gramme) et me prend la tension. Elle m’explique que les trois premiers jours, on me prendra la tension le matin, à midi, à 16h et le soir. Enfin elle entreprend une fouille détaillée de ma valise, mon sac à dos et mon sac d’affaires de toilette. Je sais qu’elle est obligée de le faire (certaines personnes cachent de l’alcool dans leurs affaires), mais ça donne encore plus l’impression d’entrer en prison. Le pire c’est que j’y entre de mon plein gré ! Je dois avoir un côté maso. Passons.
Après quoi, elle entreprend de nous faire faire le tour du service. Il y a une salle d’animations, un salon / salle à manger, une cuisine, une salle de bain avec baignoire, machine à laver, sèche linge et une douche commune. Côté médical nous trouvons une salle de soins, la salle des traitements, les bureaux : du cadre de santé, des Infirmières, du Psychologue, des Docteurs et de la Secrétaire. Le tour est très rapide.
Ensuite, nous passons dans le bureau du Docteur pour l’entretien d’entrée. Celui-ci est content de constater que mon taux d’alcoolémie est toujours à 0 gramme et que je suis venue accompagnée de mon chéri. Il lui a même demandé franchement s’il m’avait imposé un truc du genre : « c’est l’alcool ou moi ! », ce que mon chéri a approuvé. Il est ensuite passé aux questions purement médicales, soit principalement parlé des prescriptions pharmaceutiques et des examens à prévoir. Pour la partie pharmaceutique, il a hésité un petit moment et s’est décidé pour la dose minimale : du Seresta 10mg. Ensuite il m’a fait le topo des examens que j’allais subir. Alors dans l’ordre : prises de sang, électrocardiogramme, radio des poumons, échographie avec un gastro-entérologue et rendez-vous avec un ORL (c’est tout !…). Il me précise bien qu’il me met en place le traitement chimique minimum, car il a bien compris que dans mon cas ce n’est pas un problème de dépendance physiologique sévère, mais plutôt un problème de mal être psychologique profond. Il me répète qu’avec ma volonté, ma détermination, mon courage et leur aide, ils allaient réussir à me remettre à « neuf ». Il compte nous revoir tous les deux pour mon entretien de fin d’hospitalisation. Il précise qu’il dira à ce moment là ce qu’il faut que je fasse et ce que Laurent devra faire aussi pour que la rechute soit le plus tard possible et dans l’idéal n’arrive jamais.
Après, nous sommes retournés dans ma « geôle » où j’ai entrepris de ranger mes affaires. Je mentirais si je n’avouais pas qu’à ce moment là j’ai craqué et me suis mise à pleurer en pensant : « Putain, qu’est-ce que je fais ici, trois semaines enfermées ! Ça va être dur, très dur ! ». Heureusement mon chéri est là. Il m’a prise dans ses bras pour me rassurer, me consoler et me redire que c’est pour mon bien. Je le sais que c’est pour mon bien !!! C’est même moi qui ai fait toutes les démarches toute seule ! Mais c’est quand même un sacré pas à franchir. Autant il y a des patients avec qui vous pouvez tenir une conversation, autant il y a des patients avec un tel manque physique (tremblements, mal à parler) qu’il est impossible de les aborder sereinement.
Mon chéri est parti vers 10h30. Je me suis donc retrouvée seule dans « la fosse aux lions ». On peut dire que l’image est exagérée, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti à ce moment là. Je me suis donc réfugiée dans ma « cellule » pour lire tranquillement en attendant l’heure du déjeuner. Laurence est passée plusieurs fois pour voir si tout se passait bien. A un
moment, elle vient me chercher pour passer sur la balance. Celle-ci n’a pas été sympa avec moi : 46 kilos ! Moi qui oscilles en temps normal entre 50 et 52 kilos !! Bon, juste quelques kilos à reprendre, c’est pas dramatique et vu les activités physiques prévues sur le planning des animations, ça ne devrait pas prendre trop de temps ! Nous verrons bien à la prochaine pesée qui aura lieu mardi.
L’heure du déjeuner a sonné. Pas facile de prendre ses marques dans un service spécialisé comme celui-ci et dont on ignore tout du fonctionnement. Alors j’ai fait ce qu’on fait dans des cas comme celui-là : j’ai suivi le mouvement. Tout d’abord la prise du traitement et de la tension, puis on passe à table dans la salle à manger commune. Voilà ! C’est une des choses que je redoutais le plus. Je sais ma réaction peut paraître égoïste, mais je n’avais aucune envie de me retrouver mélangée avec des personnes que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam. Je suis venue pour me retrouver, me soigner. Du monde (de par mes différents métiers) j’en vois largement assez à l’extérieur. Mais bon, pas le choix, bon gré mal gré, je me lance non sans appréhension. Je remercie la personne qui m’a installée le plateau repas, car elle m’a placée à une table de quatre personnes où étaient déjà installés trois patients qui se connaissent et qui, à première vue s’entendent bien. C’est trois personnes sont, Marie, Sandra et Daniel. Ils m’ont tout de suite acceptée, sans question, sans rien, juste connaître mon prénom. Je me suis tout de suite sentie à l’aise. Ils ont été sympas, cool.
C’est intéressant de voir que moi, qui ai un caractère hyper sociable, me sente aussi désemparée et même timide ici. Je pense que cela va revenir, je suis impressionnée c’est tout.
Après le repas, je suis retournée dans ma chambre lire un peu. Je crois même que je me suis assoupie. Pas très longtemps, car l’hélicoptère du SAMU a eu la bonne idée de décoller et que nous sommes juste à côté de la piste d’envol !
En fin d’après-midi, mon chéri passe me déposer mon vieil ordinateur portable avec quelques DVD. Eh oui ! Il n’y a pas de télévision individuelle dans les chambres. C’est soit-disant pour que les patients ne restent pas toujours dans leur chambre. C’est dans l’absolu une bonne idée, comme ça les patients sont obligés de garder un lien social. Mais, mélanger des patients entre 25 et 60 ans, plus ou moins dépendants ou nerveux et seulement deux télévisions, dans deux salles communes, dont une seule est pourvue de canapés et je vous laisse imaginer les querelles que cela peut engendrer à l’heure...
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