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A corps perdu

De
102 pages
Avec ce texte, la collection "Créations au féminin" s'ouvre aux auteurs outsiders, que rien dans leurs parcours chaotiques ne préparait à écrire un livre. Le texte de Joe Clément est donc brut, sincère et pudique. Elle nous fait entrer dans son monde et nous raconte sa dualité et sa déchirure. Celle d'une femme née dans une famille très pauvre, qui sera sollicitée pour aider de jeunes accros aux drogues à renouer avec la vie. Elle se livre ici pour la première fois, nous faisant découvrir une autre dimension d'elle-même : la Chose.
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Créations au Joe Clément féminin
À corps perdu Récit de vie
Créations au féminin
Les outsiders
À corps perdu
Créations au féminin Collection dirigée par Michèle Ramond La nouvelle collection accueille des essais valeureux sur ce « féminin » que les créations des femmes comme celles des hommes construisent dans le secret de leur fabrique imaginaire, au-delà des stéréotypes et des assignations liées au sexe. Nous ne nous limitons pas, même si en principe nous les favorisons, aux écrivains et aux créateurs « femmes », et nous sommes attentifs, dans tous les domaines de la création, à l'émergence d'une pensée du féminin libérée des impositions culturelles, comme des autres contraintes et tabous. Penser le féminin, le supposer productif et actif, le repérer, l'imaginer, le théoriser est une entreprise sans doute risquée ; nous savons bien cependant que l'universel est une catégorie trompeuse et partiale (et partielle) et qu'il nous faut constamment exorciser la peur, le mépris ou l'indifférence qu'inspire la notion de féminin, même lorsqu'elle concerne l'art et les créations. Malgré les déformations simplistes ou les préjugés qui le minent, le féminin insiste comme notion philosophique dont on peut difficilement se passer. Cette collection a pour but d'en offrir les lectures les plus variées, imprévues ou même polémiques ; elle prévoit aussi des livres d'artistes (photographes, plasticiens...) qui montreront des expériences artistiques personnelles, susceptibles de faire bouger les cadres et les canons, et qui paraîtront sous forme de e-books. Dernières parutions Pascale AURAIX-JONCHIÈRE,L’opéra fabuleux d’Aloïse, figure de l’Art Brut. Fantaisie biographique, 2016. Patricia GODI,Anne Sexton. Poète de la vie, 2016. Laurine ROUSSELET,Syrie, ce proche ailleurs, 2015. Nathalie LUDEC,Ecritures du féminisme mexicain, Esperanza Brito, Elena Urrutia, Marta Lamas (1963-1978), 2015. Milagros EZQUERRO,L’écriture dans le miroir de l’autre, 2015. Maria Graciete BESSE,Lídia Jorge et le sol du monde. Une étude de l’éthique au féminin, 2015. Michèle RAMOND,La Mer Rouge ou l’épreuve du Deux, 2014. Nadia SETTIet Maria Graciete BESSE,Clarice Lispector : une pensée en écriture pour notre temps, 2014.
Joe Clément
À corps perdu
Récit de vie
LES OUTSIDERS
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10537-6 EAN : 9782343105376
Prologue
Ce texte est un témoignage, une confidence à mi-voix, le livre ouvert d’une amie qui se dévoile parfois entièrement croyons-nous, parfois plus secrètement, laissant toujours la porte ouverte à notre imagination et à notre émotion. Joe Clément confie avoir écrit son texte (qui est une aventure à part entière) d’un seul jet, presque sans ratures : il est dit, murmuré, brut, à l’emporte-pièce souvent. Elle ne parle pas d’elle à la première personne mais à travers un personnage, Petit Corps, qui se découvre différent de son sexe de femme et qui, à travers maintes expériences familiales, professionnelles et amoureuses, s’aperçoit qu’il héberge en lui une Chose dont la présence dominante, impérieuse, lui fait accomplir progressivement une aventure spirituelle très particulière. La Chose dérange d’abord, elle est intrusive, exigeante, elle exerce une pression psychologique et morale, mais elle oblige Petit Corps à subir des épreuves qui vont dans le sens d’un progrès éthique et social. Significative pression d’un féminin (la Chose) à valeur spirituelle qui soutient l’humanité débonnaire mais fragile du Petit Corps, masculin malgré lui depuis sa naissance et attiré par les femmes. Joe Clément nous fait entrer dans son monde scindé. Elle a choisi de se raconter pour tenter d’expliquer, à travers maintes péripéties, les comportements des autres, nos défaillances et la notion de progrès humain : nous sommes en 1996, elle a traversé déjà plusieurs vies et la personnalité qu’elle est deve-nue s’est affirmée en tant que « coach ». Ses armes : la vérité et la parole. Elle accompagne des alcooliques, des drogués au bord de l’abîme, des perdus de la vie, exerçant, sans le savoir vraiment, le rôle d’une thérapeute qui met son « malade » devant ses faiblesses, lui expliquant tout simplement com-ment admettre la réalité, parfois comment la combattre, en se comportant autrement. Elle n’a pas que des succès hélas, mais
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elle obtient tout de même de nombreuses réussites. C’est toute une théorie sur l’existence qui peu à peu se forme et sou-vent dans l’adversité. Son style est quelquefois abrupt, mais on l’accepte car il convient à ses affirmations catégoriques. Ainsi s’éclaire peu à peu un texte que l’on apprivoise et auquel on finit par adhérer. Et ce n’est pas simple de rapporter l’histoire d’une vie, surtout lorsqu’elle est singulière comme celle-ci. On risque de la dénaturer, parfois de la caricaturer ou au contraire de la glorifier. Ici la sincérité de la confidence, sans feintes ni fausse pudeur, le sentiment d’une longue et patiente évolution, qui éprouve pour finir le besoin de recourir à l’écriture, emportent notre adhésion. Cette auteure outsider, qui ne se considère nullement comme un écrivain, a beaucoup à nous apprendre.
Henriette BessisetMichèle Ramond
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La naissance de Petit Corps
Le 20 mars 1942, par une chaleur digne des pays africains, vers 17h, un Petit Corps tout neuf sortait facilement du ventre de sa mère ; et tandis que le cercle de famille se réjouissait de cet événement, une Chose particulière, sans forme spéciale, une Chose impalpable, une douce chaleur, une grande froi-deur s’emparaient de ce Petit Corps où elle avait choisi d’élire domicile, pour une durée qu’elle seule connaissait ! Tandis qu’il se faisait emmailloter, chouchouter et com-mençait à s’exprimer, en pleurant, puis en souriant, la Chose demeurait tranquille, dans son nouvel habitat vivant, qui allait lui permettre de livrer tous les combats nécessaires à son évolution. Cette scène avait toutes les couleurs de l’Afrique du Nord, sa beauté, sa clarté, son soleil et son accent. Tout le monde courait, s’agitait autour du lit de l’accouchée, avec l’exagération qui caractérise les Méditerranéens. Le Petit Corps commençait à ingurgiter sa première nour-riture extérieure, émettait de petits grognements et très vite se replongeait dans un sommeil profond, dans sa bulle, s’offrant comme nouvelle demeure à la Chose, sans même le savoir. Le temps passait et après un été très chaud, divinement chaud, un été qui se prolongea aisément jusqu’en octobre, le Petit Corps grandissait, mais pas trop, et les parents étaient très contents et fiers de l’œuvre qu’ils avaient engendrée. Ils le trouvaient très éveillé, avec des yeux magnifiques. Bref, une merveille dont ils étaient les auteurs incontestés. Le gamin continuait à grandir. Il commençait à parler, à marcher, son évolution était normale, sans problème physique particulier. Pourtant, la Chose commençait déjà à faire son chemin à travers lui. En effet, contrairement aux autres corps de la maison, il recherchait toujours la compagnie des autres, entamait toujours
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