Amable de Baudus (1761-1822) - tome 2 : 1800-1810

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Amable de BAUDUS (1761-1822) sort enfin de l’ombre. Il le mérite. Quelle vie mouvementée ! Magistrat à Cahors, il en fut le premier maire élu sous la Révolution. Émigré, il rédigea des gazettes à Leyde et Altona, avant de fonder le Spectateur du Nord à Hambourg (1797-1802). Cette revue littéraire mensuelle, diffusée dans toute l’Europe, le mit en rapport avec Chateaubriand, Delille, Chênedollé, Rivarol, Jacobi, Charles de Villers, Klopstock, Mme de Genlis, Gentz, Charles de Vielcastel, Montlosier, Karamzine, Mme de Flahaut, l’abbé de Pradt, Esmenard, Mallet du Pan, l’abbé Marie, Laborie, Pougens, La Harpe, Lally-Tollendal, La Maisonfort et bien d’autres.


Par ailleurs, la publication d’analyses de la situation politique en Europe offrit à Amable d’entrer en contact avec Ancillon, d’Antraigues, Drake, le général Dumouriez, le duc d’Escars, Fontanes, le baron Louis, Pichegru, le chancelier Pasquier, etc. Ses observations politiques furent
remarquées : Fouché l’amnistia et Talleyrand l’envoya observer le congrès de Ratisbonne. Amable y noua une amitié durable avec Metternich, et Talleyrand, satisfait, employa Amable au ministère des Relations
extérieures.


En 1806, Murat, roi de Naples, emmena Amable dans son royaume comme gouverneur de ses fils. De retour en France à la Restauration, Amable, fidèle en amitié, organisa l’évasion de son ami Lavalette, ancien directeur général des Postes de l’Empire, condamné à mort. Le duc de Richelieu, autre ami d’Amable, enverra celui-ci recueillir des renseignements en Europe et le chargera de la censure de la presse. Tâche ingrate qu’il accomplira jusqu’à l’année de sa mort en 1822.


Au fil des pages de ces archives familiales inédites, on croise le père d’Amable, Hugues de Baudus, condamné à mort par Fouquier-Tinville, puis Elie de Baudus, fils d’Amable, aide de camp de Bessières, de Soult puis de Napoléon. On y trouve aussi des billets de Rivarol, de Juliette Récamier, de la reine Caroline, de Napoléon, et des centaines de lettres qui font revivre une époque, celle de la Révolution, de l’Empire et de la Restauration.


Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9789999991676
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1800
Calvimont, à Brunswick, à Amable, à Hambourg : 13 janvier 1800 « Que je vous sais gré, mon cher BAUDUS, de m’avoir écrit, quoique vous puissiez naturellement rejeter sur moi le tort de notre long silence ! Je m’en rapportais cependant à vous pour l’interpréter, et pour juger qu’il ne pou-vait venir d’aucune altération dans les sentiments que je vous ai voués, mais c’est une raison aussi pour que je sois plus sensible à la véritable preuve d’intérêt que vous me donnez. Lorsque je reçus votre dernière, j’étais dan-gereusement malade et de corps et d’esprit. Un fort tempérament a soutenu le physique, et la présence de quelques personnes qui s’intéressent sincè-rement à moi a soutenu le moral et j’ai été rétabli en fort peu de temps. Depuis j’ai passé huit mois dans des inquiétudes multipliées et d’autant plus désolantes que je n’y pouvais presque opposer que de la résignation. Ce que vous me dites d’une séparation est un vœu que j’ai formé depuis longtemps mais qui n’est pas facile à remplir. Si vous vous souvenez de ce que je vous ai écrit il y a environ deux ans, vous savez l’idée que seulement (… ?) d’expérience m’avait donnée de cette association ; les deux années qui se sont écoulées depuis ne l’ont pas changée. Je n’ai ici que voix repré-sentative et c’est bien peu de chose à opposer à dix passions. Dans le plus fort de la tempête on l’a désiré sincèrement de part et d’autre, mais c’est le moment où cela est toujours le moins faisable ; et c’est un vœu de matelots. Si les affaires s’éclaircissaient, on n’y penserait peut-être plus, quoiqu’on m’ait promis de s’en occuper sérieusement. F est ici essayant de vendre cette vieille maison habitable ; je n’ai que lieu de me louer de lui, et je ne peux croire que ce soit un bien mauvais homme. Mais quand on est sot et qu’on ne sait pas mettre d’ordre dans ses affaires, on est toujours exposé à faire des sottises, et quelquefois de vilaines sottises. Mon cher ami, vous connaissez les hommes plus que moi peut-être ; c’est à faire frémir de ce qui
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peut décider de l’honnêteté d’un bien grand nombre. Depuis dix mois, j’ai bien rêvé à cette séparation ; j’en ai parlé plusieurs fois avec celui qui y est le plus intéressé, si l’on pouvait se fier à la conduite de F rien de plus aisé, mais cette base manquant, comment proposer cette mesure à des gens qui ont plutôt prêté des fonds sur la responsabilité personnelle de (LMF = LA MAISONFORT ?) que sur des propriétés presque idéales. Lorsque LMF (LA LAISONFORT) m’a quitté, il paraissait décidé à y travailler sérieu-sement, et c’est un des buts de son voyage d’Aug (?) mais alors il affectait un refroidissement qui ne m’en imposait pas, à moi qui ai bien quelques raisons pour m’y connaître ; ce que vous me mandez, et ce que je fais d’ailleurs, me prouve bien que je ne m’étais pas trompé. Cette constance singulière dans un homme qu’on n’en a jamais accusé semble l’ouvrage d’un démon qui veut notre malheur à tous. Vingt ans d’amitié, de véritables obligations, la connais-sance que j’ai de très bonnes qualités que malheureusement des défauts très essentiels dans les formes ne permettent guère qu’à moi d’apprécier, tout m’attache à lui d’une manière à être navré de lui voir perdre le fruit de plusieurs années de travaux, et d’une faveur qui pouvait, sinon le mener à une grande fortune, au moins assurer son existence et celle de sa famille. Il ne recueille de tout cela que des inquiétudes perpétuelles, et l’affreuse crainte de voir compromettre plus que sa fortune. Je suis triste, mon cher ami, parce que je sais peu dissimuler avec mes amis ; mais lui, à part quelques moments d’étourdissement, vous ne pouvez vous faire d’idée de tout ce qu’il a souffert ; je ne suis surement pas le plus à plaindre ; quoique je ne puisse être tranquille sur l’avenir des miens, nous allons voir ce que pro-duira ce voy(age) d’Aug. Si l’on pouvait seulement éteindre tout ce qui peut être exigé journellement, après cela, les grandes difficultés d’arrangements entre les associés seraient presque aplanies, et si alors ils en conservaient la volonté, ils pourraient opérer cette séparation si désirable. Je vous avoue que mes espérances sont faibles, quoique cependant avec les ruines dont nous sommes entourés on ne pût encore relever un assez bon édifice. Mais il faudrait pour bien faire que cela fût dans une main unique, intelligente et sage, et toutes ces conditions sont difficiles à réunir. Madame de LMF (LA MAISONFORT) qui ne vous oublie point, est aussi fort sensible à votre souvenir. Elle soutient sa situation avec le courage et la mesure que ceux qui la connaissent peuvent lui supposer. Elle a un grand désir d’aller en France, voir sa mère, qu’elle craint de perdre d’un moment à l’autre. Ce voyage pourrait être fort important pour elle, et surtout pour sa
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fille ; mais est-il prudent de le faire, et peut-on en avoir les moyens ? F. doit aller à P dès qu’il y aura possibilité, et LMF (LA MAISONFORT) qui n’est pas infiniment de l’avis du voyage de sa femme, lui a cependant proposé d’aller avec son associé si l’on pouvait avoir des passeports. Je vous avoue que j’aimerais mieux lui voir un autre compagnon. Notre Douairière serait aussi de la caravane, ses enfants lui donnent quelques espérances là-dessus. Ce serait un grand bonheur de toutes manières si celle-la pouvait effectuer ce projet. Mais pour l’autre, qui trouvera peu d’appui peut-être auprès de ses belles-sœurs, je voudrais lui voir faire cette course avec quelqu’un capable au moins de l’aider de bons conseils. Si vous savez quelque chose sur cet important article, mandez le moi, je vous en conjure, ou si vous ne savez rien de positif, communiquez-moi vos conjectures qui sont bien quelque chose. Je ne doute pas du plaisir que vous auriez à être utile à une femme intéres-sante sous tous rapports mais surtout pour la manière dont elle soutient une situation vraiment critique. Je viens d’éprouver une nouvelle peine qui m’est fort sensible, c’est la perte du maréchal de CASTRIES, en France il avait été utile aux miens dans l’émigration ; il m’avait placé dans le régiment de son fils, mais ce qui m’at-tachait plus à lui encore, c’était son extrême honnêteté et cette modération de caractère si précieuse dans ce moment dans un homme qui pouvait encore avoir quelque influence sur les affaires publiques. Il travaillait depuis longtemps à rétablir l’union entre deux personnages, qu’il savait bien impor-tant de voir réunis et qui ne le sont guère. Je ne sais pas s’il serait parvenu à faire taire la jalousie des seconds, seule cause de cette mésintelligence, mais quoiqu’il en soit les soins qu’il se donnait pour cela méritent un regret de plus ; c’est un intermédiaire qui sera pour le moment difficilement remplacé. Adieu, mon cher BAUDUS, je vois avec une véritable satisfaction que LMF s’est enfin entendu avec vous, et ça été le vrai complément du plaisir que pouvait me faire votre lecture. Ayez soin de votre santé et conservez-vous pour vos amis. Quant à moi ma santé est excellente mais que le présent est triste quand on ose à peine jeter les yeux sur l’avenir ! »
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