Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Andrée Viollis: une femme grand reporter

De
268 pages
La carrière d'Andrée Viollis prouve que le grand reportage écrit, qui a connu son apogée pendant les années trente, ne fut pas l'apanage des hommes. Accréditée grand reporter au Petit Parisien pendant vingt ans, elle a sillonné le monde en crise au même titre que son prestigieux confrère, Albert Londres. Elle fait partie de cette nouvelle catégorie de femmes qui pratiquent des professions normalement réservées aux hommes, et que la société de l'époque reconnaît pour leur talent et leur carrière extraordinaire.
Voir plus Voir moins

ANDRÉE VIOLLIS :
UNE FEMME GRAND REPORTER
UNE ÉCRITURE DE L'ÉVÉNEMENT
1927-1939 Collection « Inter-National »
dirigée par Denis Rolland avec
Joëlle Chassin, Françoise Dekowski et Marc Le Dorh.
Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les
institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à
l'oeuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences
politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, elle
se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la
scène mondiale et européenne.
Série générale (déjà parus) :
D. Rolland, M. Ridenti, E. Rugai Bastos (coord.), L'Intellectuel, l'État et la
Nation. Brésil — Amérique latine — Europe.
M. Le Dorh, Djibouti, Érythrée, Éthiopie. Pour un renforcement de la
présence française dans la Corne de l'Afrique.
M. Hecker, La défense des intérêts de l'État d'Israël en France.
E, Anduze, La franc-maçonnerie au Moyen-Orient et au Maghreb. Fin XIX e
e . début X X
E.Anduze, La franc-maçonnerie de la Turquie ottomane.
E. Mourlon-Druol : La stratégie nord-américaine après 11-septembre.
S. Tessier (sous la dir.), L'enfant des rues (rééd.).
L. Bonnaud (Sous la dir.), France-Angleterre, un siècle d'entente cordiale
A. Chneguir, La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987
C. Erbin, M. Guillamot, É. Sierakowski, L'Inde et la Chine : deux marchés
très différents ?
B. Kasbarian-Bricout, Les Amérindiens du Québec
P. Pérez, Les Indiens Hopi d'Arizona.
D. Rolland (dir.), Histoire culturelle des relations internationales.
D. Rolland (dir.), Political Regime and Foreign Relations.
D. Rousseau (dir.), Le Conseil Constitutionnel en questions.
Pour tout contact :
Denis Rolland, denisrollandefreesurf. fr
Françoise Dekowski, fdekowski@freesurffr
Marc Le Dorh, marcledorh@vahoo.fr
www .1i bra iri eh amati an. c om
diffusion.hannattan@wanadoo.fi
harmattanl@wanadoo.fr
© L'Harmattan, 2006
ISBN : 2-296-00699-X
EAN : 9782296006997 Alice-Anne JEANDEL
ANDRÉE VIOLLIS :
UNE FEMME GRAND REPORTER
UNE ÉCRITURE DE L'ÉVÉNEMENT
1927-1939
Préface de
Luc CAPDEVILA
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan 'talla L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Burkina Faso
Fac. des Sc. Sociales, Pol. et Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96 KOnyvesbolt
Adm. ; BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260 Kossuth L. u. 14-16
Université de Kinshasa — RDC ITALIE Ouagadougou 12
1053 Budapest Photo de couverture : Andrée Viollis en Inde, Toute l'Edition, 9 février
1935.
« Quelle joie, quels rires découvrant leurs grandes dents blanches, ce jour
où nos valises tirent un plongeon dans l'eau bourbeuse, et où, sur le sable
calciné, par cinquante degrés de chaleur, ils s'affublaient drôlement, pour
les faire sécher, de manteaux de fourrure, de combinaisons ou de robes de
dentelles ! » (L'Inde contre les Anglais, p. 152.) Préface
À la jonction du récit de voyage, de l'enquête ethnographique et
de la couverture des nouvelles du jour, le grand reportage, déjà
reconnu à la Belle Époque, gagna ses lettres de noblesse au cours
de l'entre-deux-guerres. Albert Londres (1884-1932) a su créer un
type littéraire, une écriture, en publiant dans des livres, chez Albin
Michel, ses grandes enquêtes sur le bagne de Cayenne, sur la
condition des Noirs, sur le commerce des femmes à Buenos-Aires.
Dans les années 1920 et 1930 de nombreux écrivains s'essayèrent
à l'écriture d'enquête, André Gide, Pierre Mac Orlan, Blaise
Cendrars, Antoine de Saint-Exupéry, les frères Tharaud... et
s'engagèrent par la mise en récit des événements. Quel intellectuel
en France n'a pas été tenté de couvrir quelques temps la guerre
d'Espagne par sa plume, à une époque où l'enquête participait
également du renouvellement de la littérature ? Dans les années
1930, le grand reporter était un des héros du panthéon des temps
modernes, mêlant dans le voyage l'esprit d'aventure, l'engagement
dans le siècle et la quête de vérité. Tintin, « grand reporter » au
Petit Vingtième, était au nombre de ces grandes figures d'avant-
guerre, dont la gloire a traversé les générations.
Les grands reporters comptaient des femmes dans leurs rangs.
L'émergence de nouveaux métiers, le cinéma, la photographie, la
presse magazine, donna naissance à de nouvelles Ève, dont
l'histoire de vie participait des représentations de la modernité.
Dorothea Lange (1895-1965), portraitiste qui évolua vers le
reportage sociologique, couvrit les ravages de la grande dépression
dans les campagnes américaines pour le compte de la Farm
Security Administration. Avec les inventions du Leica et du
Rolleiflex dans les années 1920, et le développement de la presse
magazine qui mettait l'actualité en images, Vu (1928), Voilà
(1931), Regards (1933), les photographes de guerre cherchèrent à
rendre compte du feu à la « bonne » distance, au plus près.
Certains créèrent une nouvelle grammaire visuelle de la guerre en
mettant la focale sur les civils sous les bombes. Gerda Taro (1911-
1937) fut de ceux-là. Elle suivit le début de la guerre d'Espagne
aux côtés de Robert Capa, avec lequel elle partageait un Leica. Elle
décéda tragiquement écrasée par un blindé. On pense aussi à Lee Miller (1907-1977) qui faisait la couverture de Vogue avant de
mener la campagne de France en 1944 avec un Rolleiflex, puis
prolongea sa guerre en Allemagne jusqu'à l'ouverture des camps,
dans les rangs de l'armée américaine, en battle-dress'. Andrée
Viollis (1870-1950) était un peu atypique parmi ces « nouvelles
femmes ». Aînée d'Albert Londres, elle était née à la fin du Second
Empire. Mère de quatre enfants, elle comptait plus de soixante
années lorsqu'elle commença à parcourir le monde, à suivre les
événements et faire de ses carnets de terrain des ouvrages publiés
sans aucune illustration chez Gallimard. Au fort des crises des
années trente, « la petite dame aux gants blancs », grand reporter
au Petit Parisien, sillonna en particulier l'Orient. Elle enquêta sur
la Russie post-bolchevik, la montée du militarisme au Japon, les
craquements du système colonial britannique en Inde, français en
Tunisie. Elle couvrit la guerre d'Espagne après avoir dénoncé
l'oppression française en Indochine, dans un livre majeur, préfacé
par André Malraux, niais qu'elle hésita à faire paraître dans un
premier temps, car il lui semblait dangereux, Indochine SOS.
Alice-Anne Jeandel présente ici un ouvrage issu d'une
recherche qu'elle a menée pendant deux ans sur Andrée Viollis.
Plus que la biographie d'une femme reporter, qui après avoir été en
pleine lumière dans les années trente est depuis tombée dans la
pénombre, Alice-Anne Jeandel analyse ses stratégies d'enquête et
son écriture de reportage. Comment cette femme de soixante ans,
dans les années trente, circulait-elle seule dans le monde,
entreprenant des voyages qui duraient plusieurs mois, dans des
pays en guerre, dans des sociétés en ébullition ? Comment rendait-
elle compte des événements ? Quelles furent ses analyses sur la
question coloniale, sur la révolution soviétique et sur la montée des
périls ? Enfin quels échanges, quel dialogue sut-elle nouer entre la
littérature et le reportage ? Par cette étude fouillée
remarquablement menée, Alice-Anne Jeandel met en perspective la
vie aventureuse et l'expérience littéraire de cette grande
intellectuelle.
Luc Capdevila
Maître de conférences d'histoire contemporaine
CRHISCO/CNRS — Université Rennes-2
I. Marianne Amar, « Les guerres intimes de Lee Miller » C LA), Histoire, Femmes ci
Sociétés, n°20, 2004, p. 181-192.
6 Introduction
Tombée aujourd'hui dans l'oubli, Andrée Viollis (1870-1950)
est, pendant l'entre-deux-guerres, considérée par ses pairs et par
ses lecteurs comme une grande journaliste, et qui plus est, comme
la première femme grand reporter. Elle se lance dans la profession
à la fin des années 1890 en collaborant notamment à La Fronde,
journal féministe fondé par Marguerite Durand, mais c'est après la
Première Guerre mondiale que s'ouvrent à elle les portes de la
reconnaissance. Accréditée comme envoyée spéciale par Le Petit
Parisien, elle y apprend le métier de grand reporter et s'inscrit dans
la lignée d'Albert Londres ou de Louis Roubaud.
Andrée Viollis est une figure atypique pour l'époque, elle fait
partie d'une nouvelle catégorie de femmes qui pratiquent des
professions normalement réservées aux hommes, et qui sont
reconnues pour leur talent et leur carrière extraordinaire'. C'est le
cas par exemple dans le domaine scientifique de Marie et Irène
Curie, toutes les deux prix Nobel. Dans le domaine artistique, où la
création reste un « territoire masculin » 2, Anna de Noailles et
Colette font figures d'exception mais sont aussi reconnues comme
deux des plus grands écrivains français de l'époque. De tels cas
restent encore rares mais du coup ils attirent l'attention et la presse
féminine n'hésite pas à s'emparer du destin exceptionnel de ces
femmes pour en faire des modèles, voire des mythes. La fin
tragique de la jeune aviatrice Hélène Boucher en 1934 ou celle de
la reporter-photographe Gerda Taro en 1937, la compagne de Capa
qui trouve la mort en Espagne, endeuillent la France entière.
Dans le journalisme, qui reste un univers exclusivement
masculin (on n'y compte que 2% de femmes dans les années
3
trente ), quelques femmes deviennent célèbres pour leurs
chroniques ou leurs reportages, notamment à l'étranger. C'est le
cas de Séverine, journaliste à La Fronde, Geneviève Tabouis,
reconnue en France et à l'étranger pour ses articles lucides sur la
menace hitlérienne, ou encore Louise Weiss qui s'impose comme
1. Siân Renolds, France between hie Wars. Gender and politics, Londres, Routledge, 1996, p.
165.
2. Christine Bard, Les Femmes dans la société française au XX' siècle, Paris, A. Colin, 2003, p.
108.
3. Bernard Voyenne, Les Journalistes français, Paris, CHI-Retz, 1985, p. 220. spécialiste des relations internationales avec sa revue L'Europe
Nouvelle. Ces femmes ont fait de brillantes études (Tabouis est
diplômée de l'Ecole du Louvre, Weiss est agrégée, Viollis a étudié
à la Sorbonne et à Oxford) et elles ont bénéficié de l'essor de la
presse à grand tirage pour faire carrière. On peut ainsi considérer
qu'Andrée Viollis participe à une certaine mythologie populaire,
en tant que grand reporter et écrivain, et surtout en tant que femme
exerçant ce métier d'homme.
Femme de lettres et intellectuelle engagée, une partie de ses
grands reportages sont publiés en volumes à partir de 1927 (Seule
en Russie) et tout au long des années 1930. C'est pendant cette
période riche en événements qu'elle sillonne principalement l'Asie
et L'Europe, rapportant aux lecteurs ses impressions sur un pays,
une région, un peuple, menacés ou agités par des conflits. Ses
grands reportages sont à la fois des récits de voyages et des
enquêtes. Elle pratique en effet un journalisme d'investigation qui
lui permet d'analyser les situations, de restituer les faits tout en
essayant de les comprendre et d'en mesurer la portée. Elle est, en
tant que journaliste, l'intermédiaire entre les acteurs d'une
situation et le public récepteur de l'information. Et par là, elle
participe à la fabrication de l'événement. Elle le reçoit, en le vivant
directement, puis elle le transmet, à travers l'écriture du reportage.
Il s'agit donc de s'interroger sur sa perception de l'événement
et le traitement qu'elle en fait. Quel regard une femme des années
trente, qui a la possibilité de le faire, va-t-elle porter sur le monde ?
Son identité féminine, son engagement à gauche, ses convictions
professionnelles et personnelles sont autant de filtres qui
influencent son travail de journaliste et son jugement. Sa véritable
carrière de grand reporter est tardive puisqu'en 1930 elle a déjà 60
ans, mais son âge ne l'empêche pas de se déplacer et d'être le
témoin de crises qui touchent la France ou bouleversent les
relations internationales.
À travers ses grands reportages, la journaliste traite du grand
événement, celui que l'historien, a posteriori, peut qualifier
d'« historique ». Qu'il s'agisse de la résistance passive menée par
Gandhi en Inde, du conflit sino-japonais, de la guerre civile en
Espagne ou encore de l'annexion de l'Autriche, Andrée Viollis se
déplace, observe, saisit l'événement dans l'instantané avant de le
8 matérialiser et d'en faire le récit à ses lecteurs. Elle a souvent le
sentiment clair de participer directement à l'histoire et cette
impression grandit tout au long des années trente, allant de pair
avec la situation internationale de plus en plus tendue et son
engagement intellectuel de plus en plus affirmé. Son manque de
recul ne l'empêche pas d'avoir des analyses pertinentes, un regard
souvent lucide, et elle anticipe parfois sur les situations à venir.
Malgré tout, sa vision des faits peut aussi se révéler naïve, parfois
aveuglée lorsqu'elle est trop partiale.
Mais Andrée Viollis, comme tout grand reporter, sait porter un
autre regard sur l'événement ; non plus intellectuel mais sensible.
En effet, il s'agit de donner à voir, à sentir ; dépeindre les hommes,
la vie, les ambiances qui entourent l'événement. La mise en forme
est alors aussi importante que le fond car le reportage est destiné au
public lecteur de la grande presse et celui-ci attend une information
exacte, fondue dans un texte agréable à lire et qui le tient en
haleine. Les reportages d'Andrée Viollis sont très souvent
annoncés en une et parfois même la veille de leur publication dans
les journaux, ce qui confirme le succès et la reconnaissance de son
talent en tant que journaliste, et en tant qu'écrivain. Il est certain
qu'elle a des lecteurs fidèles, à la recherche de son style qu'ils
apprécient. Or on peut aussi s'interroger sur son écriture en tant
que femme. Certains y voit une sensibilité « qui ne peut appartenir
qu'à une femme » 1 , d'autre « un style énergique, un style
d'homme » 2. Est-ce qu'effectivement on perçoit une écriture
féminine dans les reportages d'Andrée Viollis ? Ecriture qui
refléterait la condition des femmes dans les années 1930, leur
position dans la vie publique nationale voire internationale ?
L'étude (non exhaustive) d'articles et de grands reportages
d'Andrée Viollis permet de comprendre comment cette femme
journaliste au parcours unique et inhabituel appréhende le monde,
saisit la situation nationale et internationale de son époque, en tant
que témoin mais aussi parfois actrice de l'événement, ce
3 . « fragment de réalité perçue »
I . Bibliothèque Marguerite Durand (BMD), dossier Andrée Viollis (DOS V10), Minerva, 23
décembre 1928, « Andrée Viollis du Petit Parisien ».
2. Fonds Marie-Louise Bouglé (FB), Actualités 80, L'Intransigeant [ 7], 30 octobre 1933, « Mme
Andrée Viollis, prix de L'Europe Nouvelle ».
3. Arlette Farge, « Penser et définir l'événement en histoire », Terrain 38. nais 2002, p. 70.
9 Dans un premier temps, il s'agira de s'interroger sur les
méthodes et les enjeux du sujet. Si le littéraire a plutôt tendance à
dédaigner l'écriture journalistique, bien que le grand reportage,
issu entre autres de l'héritage des écrivains naturalistes français,
présente quelque intérêt, l'historien peut considérer ce type de
production comme une source particulièrement pertinente. Il est
intéressant d'analyser à la fois le contenu, le récit de l'événement,
mais aussi la forme, la manière dont les faits sont traités, c'est-à-
dire l'écriture du reportage. Mais avant d'aborder cette étude, il est
indispensable de la replacer dans le contexte historique et
socioculturel de la période. Il faut aussi se pencher sur le parcours
de l'auteur, en l'occurrence Andrée Viollis, car si le texte littéraire
reflète les sensibilités d'une époque, c'est avant tout une
expérience personnelle et une production individuelle.
Le reportage est toutefois soumis à des contraintes, il est défini
par certaines règles imposées par la presse. Son auteur n'est pas
entièrement libre, mais chaque reporter a une manière propre de
traiter l'événement. Qu'en est-il pour Andrée Viollis ? Elle a
d'abord une façon particulière d'exercer son métier, considéré
alors comme un métier d'homme. Viollis a d'autre part des thèmes
de prédilection, qui vont évoluer selon les priorités au fil des
années trente. Elle traite principalement des problèmes soulevés
par la colonisation, le nationalisme et l'impérialisme, avant de se
consacrer pleinement à la montée des périls en Europe.
À partir de là, Andrée Viollis retransmet l'événement par le
récit et met ses qualités littéraires au service de l'élaboration de
reportages qui touchent le lecteur. La phase d'écriture procède
d'une mise en scène des faits et des situations. Il s'agira d'observer
comment s'y prend Andrée Viollis pour réaliser cette mise en
scène et quels outils littéraires elle emploie.
D'autre part, le reportage est le genre journalistique le plus
subjectif. Andrée Viollis vit les événements de manière
personnelle et on le perçoit dans son écriture. Quels sont les
« filtres » qui vont venir influencer sa manière d'écrire '? Elle
regarde tout d'abord les situations avec des yeux d'occidentale et
se réfère souvent au modèle français, celui des droits de l'homme.
Elle est de plus très réceptive aux changements de la situation
internationale et l'évolution de son engagement intellectuel va de
pair avec l'évolution de son écriture. Enfin, sa sensibilité et son
10 identité féminines semblent aussi se révéler dans sa perception des
événements, à la lecture de ses reportages.
En dernier lieu, le parcours de Viollis est à mettre en relation
avec son époque ; il s'agit de la situer par rapport à ses
contemporains pour mieux la définir en tant que femme et reporter.
Nous chercherons à savoir dans quelle mesure elle est
représentative des femmes de l'entre-deux-guerres, avant de
comparer son parcours ainsi que sa pratique et son écriture du
reportage avec ses confrères, puis avec ses consoeurs.
11 PREMIÈRE PARTIE
ANGLES D'APPROCHE Chapitre 1
INTÉRÊTS HISTORIQUES'
« Faire miel de toutes choses », et notamment des textes
littéraires. L'utilisation de la littérature apporté un véritable
enrichissement à la démarche historique. Le grand reportage, dont
l'âge d'or se situe pendant l'entre-deux-guerres, se trouve à la
frontière du journalisme et de la littérature. Il n'est pas question ici
d'en faire l'histoire, ni de se demander si on peut le considérer
comme un véritable genre littéraire ou non (la polémique
commence dès les années 1870 avec Zola et Vallès et se poursuit
dans les années 1920, notamment par des enquêtes dans la presse').
Mais il est certain que le regard historique porté sur le grand
reportage n'est pas exactement le même que pour n'importe quelle
autre production journalistique, qui n'userait pas de la fonction
poétique. En quoi un texte littéraire, et particulièrement le grand
reportage, peut-il être intéressant pour l'historien ? Comment va-t-
il l'utiliser dans sa démarche et dans ses recherches ?
L'historien peut tout d'abord analyser le texte littéraire de
l'extérieur ; à savoir comme phénomène socioculturel. Il s'agit de
s'interroger sur son rapport matériel au monde en se posant la
question de la production, de la diffusion et de la réception.
Le grand reportage semble être directement touché par ces
interrogations puisqu'il est soumis à des exigences économiques et
commerciales. Sa réalisation implique premièrement des
contraintes techniques. Le grand reporter peut partir loin et
longtemps, aux frais de la rédaction qui l'emploie. Andrée Viollis
parcourt l'Asie pendant de longs mois et se doit d'être efficace.
Contrairement à l'écrivain, le reporter a une pression
. Cette partie est inspirée du cours interdisciplinaire de Michèle Touret et Lue Capdevila <‘ la
guerre d'Espagne, littérature et histoire », dispensé en licence lettres-histoire à Rennes 11 en 2003.
2. Comme par exemple celle publiée dans Vila, mars-avril 1924, «Le reportage est-il un genre
littéraire ? ».
15 supplémentaire : celle du temps. Les envoyés spéciaux doivent
faire vivre l'événement aux lecteurs presque dans l'instantané.
Généralement les câbles diffusés dans les journaux sont datés de la
veille, et l'écriture parfois s'en ressent. En ce qui concerne les
reportages publiés en volumes, la mise en forme change mais le
contenu et le style restent les mêmes. Andrée Viollis reprend ses
notes, ses articles, les assemble avec cohérence mais ne modifie
pas son écriture. On la suit au jour le jour, comme dans les feuilles
Toutefois, le recul lui permet du Petit Parisien ou de Ce Soir.
d'agrémenter son texte de remarques infrapaginales et d'annexes
concernant la suite des événements.
La réception d'un texte littéraire peut poser certains problèmes
à l'historien dans son étude contemporaine car elle touche
principalement une élite culturelle. Cependant c'est l'émergence de
Le Petit la presse à grande diffusion qui enfante le grand reportage.
se définit lui-même comme le journal au « plus fort tirage Parisien
du monde entier », et effectivement le quotidien tire aux alentours
de 1,5 million d'exemplaires pendant l'entre-deux-guerres. Le
grand reportage touche donc un public large et diversifié, sa
diffusion massive permet une réception massive et ce phénomène
n'est pas à négliger dans l'analyse de l'écriture. Il n'est pas rare
qu'Andrée Viollis interpelle directement ses lecteurs ; elle écrit
pour eux. Il s'agit de toucher le plus grand nombre, voire, dans
certains cas, l'influencer et le convaincre.
On peut aussi envisager un texte en particulier comme
phénomène social, à travers l'impact qu'il peut susciter. Certains
ouvrages posent problème, font polémique. De son voyage en
Indochine à la publication de Indochine SOS en 1935, s'écoulent
trois années durant lesquelles Andrée Viollis a longuement hésité.
Elle avait entre les mains des preuves accablantes du mauvais
traitement que l'administration coloniale française faisait subir aux
Au Annamites. On peut rapprocher cet ouvrage des controversés
Bagne, d'Albert Londres, publié en 1924, et Voyage au Congo de
Gide (1926). Le reportage de Viollis, préfacé par Malraux, est
passé à la postérité pour sa qualité de style et surtout pour ses
révélations courageuses concernant les exactions et la torture
pratiquées impunément sur le peuple indochinois. Il est intéressant
I . Claude Bel langer [et al.] (dir.), Histoire générale de la presse fmaçaise.1,111, 1871-1940, Paris,
PU F, 1972. p. 512.
16 alors pour l'historien de mesurer le retentissement d'un tel ouvrage
à l'époque, la polémique qu'il a pu soulever, entre ceux qui
accusent Viollis de faire oeuvre antifrançaise et ceux qui louent sa
témérité.
D'autre part, l'histoire cherche à faire parler la littérature. Le
texte littéraire est alors regardé comme un témoin de l'époque, un
miroir des sensibilités.
L'écriture semble d'emblée être le lieu privilégié de
l'expression personnelle, or l'historien n'interroge pas la
singularité pour elle-même, il cherche au contraire à faire le lien
entre l'individuel et le collectif. La démarche historique se
rapproche alors d'une conception de la littérature comme partage,
communauté de langue et d'objets mentaux. L'expérience
individuelle est ainsi révélatrice des mentalités d'une époque. Le
grand reportage se prête particulièrement bien à cette analyse car il
reconstruit une situation et participe à la fabrication de
l'événement, tout en étant rédigé à la première personne. Il permet
de réfléchir sur les modes de représentation d'une population, d'un
groupe, à un moment donné. Ainsi lorsqu' Andrée Viollis écrit sur
les femmes, que ce soit dans des articles directement consacrés au
sujet, ou bien au détour de reportages, on perçoit distinctement son
engagement féministe. Son regard se pose sur leurs droits sociaux
ou politiques, qui diffèrent dans chaque pays et qu'elle ramène
généralement à la situation des femmes en France dans une
comparaison souvent critique. Le texte renseigne alors sur le mode
de pensée, la mentalité, les revendications exprimées par le
mouvement féministe français de l'époque.
Les sensibilités sont perceptibles dans le fond, le contenu du
texte, mais aussi dans sa forme. C'est pourquoi face à un texte
littéraire il est intéressant pour l'historien d'étudier le style ; non
pas, comme peut le faire le littéraire, en tant que tel pour sa beauté
et ce qu'elle révèle, mais toujours par rapport au contexte
historique, en se demandant s'il est symptomatique des
conceptions de l'époque. Les mots et les tournures ne sont jamais
innocents. La forme éclaire sur la pensée de l'auteur qui peut
s'avérer être le porte-parole d'un groupe, d'une génération. Ainsi
chez Andrée Viollis, l'horreur de la guerre est très marquée, elle
imprègne ses grands reportages. Elle appartient en effet à cette
génération qui a vécu directement la Grande Guerre. Infirmière en
17 Argonne à quelques kilomètres du front, elle témoigne d'une
expérience traumatisante dans une lettre adressée à son amie
Harlor' :
Ce que j'avais vu auparavant n'était rien auprès de ce que je vis
depuis bientôt cinq mois 11 me semble que le peu qui me
restait de jeunesse ne survivra pas à tout ce que j'ai vu I... i » 2 .
Ce souvenir la poursuit effectivement lors de ses déplacements qui
la conduisent fréquemment au coeur des émeutes, des révoltes, des
conflits armés. Sa prose se raidit quand elle parle d'un champ de
bataille ; ses mots sont âpres, et à chaque fois, elle ne manque pas
3de déplorer « l'éternel spectacle des misères de la guerre » . Son
dégoût culmine lorsqu'elle part couvrir le conflit espagnol ;
d'autant plus qu'elle prend clairement parti pour les Républicains.
Face à un hôtel transformé en hôpital de guerre, elle « évoque des
scènes pareillement atroces, naguère, dans une ambulance de
l'Argonne » 4. Son vocabulaire semble de plus en plus abrupt et
sanglant. Il s'agit de choquer par les mots, d'employer l'écriture du
reportage comme une arme contre la cruauté. Le reportage en effet
n'est pas un simple article d'information il se fonde sur un discours
séduisant et construit de manière rhétorique.
Enfin, l'intérêt du grand reportage est aussi de fournir des
renseignements essentiels sur tel ou tel événement.
Tout d'abord, nous l'avons vu, il peut apporter un éclairage
particulier sur une situation. Il y a le fait historique et objectif, par
exemple l'annexion de l'Autriche par le Ir Reich ; et le reportage
d'Andrée Viollis sur l'Anschluss réalisé pour Ce Soir, c'est-à-dire
le point de vue d'une journalise communisante parcourant Vienne
« sous la botte nazie ». Le contenu des articles et le traitement de
l'événement diffèrent forcément d'un reporter à l'autre, d'un
journal à l'autre, surtout lorsqu'ils sont politiquement engagés.
C'est non seulement le point de vue qui change, mais aussi les
thèmes abordés, les lieux parcourus, les personnes rencontrées.
D'autre part, le reportage peut être une source précieuse pour
informer sur le caractère exceptionnel de l'événement qu'il traite.
Le reportage d'Andrée Viollis en Afghanistan est un document
. Jeanne-Fernande Perrot (dite) (1871-1970). écrivaille et journaliste féministe.
2. 1.IMD, 091 VIO, lettre d'Andrée Viollis à Nador, Ste-Menehould, 5 octobre 11915 ?].
3. Andrée Viollis, Le Japon et son Empire, Paris, Grasset, 1933, t). 140.
4. Vendredi. 2 avril 1937, « Madrid encore e.
18
unique pour l'historien car elle était seule représentante de la
presse lors du soulèvement rebelle à l'automne 1929. Les voies
terrestres étant bouchées, elle embarque à ses risques et périls dans
un avion russe et survole la chaîne de l'Hindou-Kouch pour atterrir
dans Kaboul en pleine guerre civile. Elle passe alors plusieurs
semaines à la légation de France et assiste au triomphe du roi
Nadir-Khan. Son reportage est câblé et paraît dans Le Petit
Parisien avant d'être publié en volume sous le titre Tourmente sur
l'Afghanistan I . C'est l'originalité d'un tel récit, son caractère
unique qui apporte à l'historien un témoignage très enrichissant.
I . Tourmente sur rehani.ytan, Paris, Valois, 1930.
19 Chapitre 2
ANDRÉE VIOLLIS,
UNE FEMME GRAND REPORTER
1. La situation des femmes journalistes pendant l'entre-deux-
guerres'
Le monde de la presse est très longtemps resté fermé aux
femmes et c'est seulement au début du XX' siècle qu'elles
commencent à s'imposer avec peine. Il existait bien un certain
nombre de collaboratrices, mieux connues pour leur oeuvre
littéraire, mais cela paraissait inconcevable qu'une femme puisse
e faire partie d'une rédaction. L'exception notable de la fin du XIX
a pour pseudonyme Séverine. Cette journaliste à l'esprit libertaire,
féministe et militante à la Ligue des Droits de l'Homme, rencontre
Vallès dans les années 1880. Celui-ci lui offre l'opportunité de le
seconder dans la parution du Cri du Peuple, avant de lui céder la
direction à sa mort en 1885. En 1897 elle rejoint La Fronde et
couvre l'Affaire Dreyfus pour laquelle elle se passionne. Séverine
est une figure singulière dans ce monde masculin, ses milliers
d'articles et sa plume incisive la rendent célèbre, inspirent à ses
collègues un grand respect, et en font presque la seule journaliste à
accéder à la notoriété avant 1914. Andrée Viollis le confirme
d'ailleurs dans un article consacré aux femmes et au reportage:
« A part la brillante exception de Séverine, les journaux français
n'entrouvraient alors que chichement leurs portes à quelques
modestes intruses, pour les reléguer d'ailleurs dans les pages de la
mode, parmi les chichis et les fleurs » 2 .
I . Nous brosserons le portrait de grandes femmes journalistes de l'époque dans la cinquième
partie.
2. Marianne, ler novembre 1933, « Les femmes et le reportage ».
21 Avant la guerre paraissent aussi quelques feuilles féministes
dont la plus remarquable est La Fronde. Conçu d'après les grands
quotidiens de masse de l'époque, ce journal engagé et proche du
socialisme traite de politique, de finance ou de sport ; mais il reste
le seul, en France comme à l'étranger, à être entièrement
administré et rédigé par des femmes. Sa directrice Marguerite
Durand s'entoure d'un groupe de collaboratrices exceptionnelles
ce dont Andrée Viollis., qui se nomme encore Andrée Téry. Mais
journal précurseur souffre de son avancée et manque de lectrices.
Sa parution est interrompue en 1905 et reprend par intermittence
après la guerre. Dans une évolution de la presse où les intérêts
financiers dominent. les journaux féministes vont beaucoup pâtir
de leur manque de moyens matériels. Il existe d'autre part une
« presse féminine » florissante mais, alors qu'elle est destinée aux
femmes, elle n'est pas forcément produite par elles.
Si la Première Guerre mondiale n'ouvre pas en grand les portes
des rédactions aux femmes, on constate tout de même une légère
amélioration. Viollis est à ce sujet très optimiste :
« Avec les nouveaux programmes d'enseignement, les filles se
trouvent désormais avoir la même formation intellectuelle que les
garçons. Mieux armées, elles entendent conquérir leur place au
soleil [...j Elles ont changé. Les rédacteurs en chef également » 1 .
Sa consoeur Louise Weiss abonde aussi dans ce sens :
« Le journalisme est une des professions comprenant le plus de
places pour les femmes. Dans la presse, je n'envisage pas
seulement la question rédactionnelle, mais aussi le côté
administratif, commercial, technique, artistique... » 2
Les progrès restent pourtant minces et cantonnés à Paris
puisqu'on ne trouve presque aucune femme, sinon quelques
collaboratrices extérieures, dans la presse de province. En 1939,
sur 3458 journalistes possédant la carte professionnelle, on compte
seulement 3,5% de femmes 4, soit environ 120 à être reconnues
comme exerçant ce métier. Cependant quelques unes parviennent
à s'imposer dans des feuilles à grand tirage en réalisant
1. Idem.
2. BMD, DOS WEI. M ine t'yu, 31 mars 1935, « Chez les femmes journalistes. Louise Weiss au
travail ».
3. Reniais! Voyenne, op.cit., p. 220.
Histoire du journalisme et des journalistes ea Fronce du XVIlè siècle à nos 4. Christian Delpone,
jours, Paris, PUE 1995, p. 64.
22 notamment des enquêtes en France et à l'étranger, ou des
reportages. Il semble encore plus essentiel pour les femmes de
passer par les genres « nobles » du journalisme pour être
véritablement prises au sérieux. Ce « journalisme actif » 1 concerne
une minorité mais relève d'un double défi qui brise les
conventions établies. À travers le reportage, non seulement les
femmes s'engagent dans la vie publique contemporaine, niais elles
remettent aussi en question leur image en s'aventurant dans le
monde des faits, de la réalité concrète. Par conséquent on constate
que ce sont plutôt des femmes « engagées » qui forment cette
minorité, des femmes qui vont oser sortir de leur place, attribuée
par les hommes.
C'est pourquoi, dans un discours de 1930, Marguerite Durand
rappelle à ses consoeurs qu'elles ont des devoirs'. Il s'agit d'abord
« d'empêcher la faillite du féminisme [...] à laquelle on nous
prépare en douceur dans le calme endormeur des salons et des
relations mondaines. » De plus, afin de travailler à la « grande
oeuvre de la paix », il faut aux femmes la « puissance politique que
donne le bulletin de vote », et c'est aux femmes journalistes de
faire leur éducation dans ce domaine. « Mieux que toutes les
autres, [celles-ci] sont placées pour accomplir cette oeuvre de
justice. » On comprend alors davantage l'intérêt et l'admiration
que ces femmes ont pu susciter pour le mouvement féministe. Elles
véhiculent une image de conquérantes chargées de missions. Le
grand reportage est peut-être l'activité la plus représentative et
symbolique de cette ouverture d'horizon, de champ d'action.
Comme le souligne Michelle Perrot :
« L'exercice du journalisme signifie à la fois part active à la
construction de l'opinion publique, liberté de mouvement,
3 ouverture au monde. »
Par ailleurs, une polémique légère et ancienne entre journalistes
voudrait que la femme soit finalement meilleur reporter que
l'homme, ayant un « meilleur sens du détail de la vie quotidienne »
que leurs collègues masculins « aux longs développements
I . BMD, manuscrits Marguerite Durand, 3, « Les femmes journalistes », 1930.
2. Idem.
3. Jean Lebrun et Michelle Perrot, Femmes publiques : dialogue, Paris, Textuel, 1997, p. 86.
23 conceptuels » I . Au-delà des stéréotypes, la question semble
sérieuse et assez récurrente dans les articles qui parlent des femmes
journalistes, et pas seulement ceux publiés dans les journaux
féministes. Andrée Viollis en est convaincue, « la femme semble
faite pour le reportage. Par ses qualités. Et aussi par ses défauts » 2 .
Elle est instinctive et intuitive, sensible et curieuse, « et la curiosité
est une qualité professionnelle ». Souple, elle sait s'adapter aux
changements et elle est « plus disciplinée que l'homme et parfois
plus consciencieuse. » Andrée Viollis conclut son paragraphe en
définissant la femme comme « un étonnant appareil enregistreur.
Et demande-t-on beaucoup plus au reporter '? ». Le vocabulaire
qu'elle emploie dans son article est révélateur de la difficulté à
accéder à un tel poste. Pour s'imposer, la femme doit se montrer
conquérante dans une « terrible lutte pour la vie », pour « le pain à
défendre ».
Il y a dans son argumentation un beau retournement de situation
puisque tous les défauts, toutes les faiblesses qu'on avait à cette
époque l'habitude de reprocher aux femmes, loin de leur être
nuisibles, semblent indispensables pour faire un bon reportage.
Cependant, celui-ci requiert d'autres qualités, stéréotypées aussi :
celles d'un homme d'action et d'un « bon garçon ». Finalement, on
3 . a presque à faire à un prototype, à un « être asexué »
Effectivement, les femmes reporters reconnues sont d'abord de très
talentueux journalistes. Si la féminité rend atypique, c'est avant
tout les qualités journalistiques que l'on célèbre. Ces qualités,
quelques unes ont pu les mettre en avant en profitant justement
d'un phénomène nouveau : le fantastique succès que connaît le
grand reportage dans l'entre-deux-guerres.
2. L'apogée du grand reportage
Le reportage devient un genre journalistique à part entière en
France à partir de la seconde moitié du XIX' siècle. On passe alors
. Jacques Mouriquand, L'Écriture journalistique, Paris, PUE 1997. pp. 59-60.
2. Marianne, 1er novembre 1933, amen.
fnémoire de maîtrise soutenu à 3. Catherine Trespeuch, Un Lire asexué : la ,fenune journaliste.
Paris II, dir. par P. Albert et F. Kuptermanm 1981.
24