//img.uscri.be/pth/80073d5afec86a97229683a68033eeafd25972cd
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 30,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Anna Seghers et la France

De
426 pages
Anna Seghers (1900-1983), militante antinazie, née dans une famille juive progressiste de Rhénanie et célèbre écrivaine, nous est présentée ici sous des aspects peu connus. Cet ouvrage constitue aussi une contribution à une meilleure connaissance de la France entre 1933 et les premières années de la guerre, à travers le regard d'une des plus talentueuses romancières de langue allemande.
Voir plus Voir moins
ANNA SEGHERS ET LA FRANCE
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.f ISBN : 978-2-296-99178-1 EAN : 9782296991781
Marie-Laure CANTELOUBE
ANNA SEGHERS ET LA FRANCE
Préface d’Anne Saint Sauveur-Henn
Allemagne d’hier et d’aujourd’hui Collection fondée et dirigée par Thierry Feral L’Histoire de l’Allemagne, bien qu’indissociable de celle de la France et de l’Europe, possède des facettes encore relativement méconnues. Le propos de cette collection est d’en rendre compte. Constituée de volumes facilement abordables pour un large public, tout en préservant le sérieux et l'érudition indispensables aux sciences humaines, elle est le fruit de travaux de chercheurs d’horizons très variés, tant par leur discipline, que leur culture ou leur âge. Derrière ces pages, centrées sur le passé comme sur le présent, le lecteur soucieux de l’avenir trouvera motivation à une salutaire réflexion. Dernières parutions Jacques MEINE (sous la dir. de),Edmond Vermeil, le germaniste (1878-1964). Du Languedocien à l’Européen, 2012. Evelyne BRANDTS, Rainer RIEMENSCHNEIDER,Déchirures culturelles, expériences allemandes. Les rapports de civilisations dans l’œuvre de Catherine Paysan,2012. Didier CHAUVET,Le nazisme et les Juifs. Caractères, méthodes et étapes de la politique nazie d’exclusion et d’extermination,2011. Ralph KEYSERS,L’intoxication nazie de la jeunesse allemande, 2011. Hanania Alain AMAR,Arthur Koestler, La rage antitotalitaire, Essai, 2011. Titus MILECH,Le lieu du crime. L'Allemagne, l'inquiétante étrange patrie, 2011. Laura GOULT,L'enlèvement d'Europe. Réflexion sur l'exil intellectuel à l'époque nazie, 2010. Jacques DURAND,Le roman d'actualité sous la République de Weimar, 2010. Thierry FERAL,Le « nazisme » en dates, novembre 1918-novembre 1945, 2010. Marie-Amélie zu SALM-SALM,Témoignages sur les échanges artistiques franco-allemands après 1945, 2009. Alexandre WATTIN,Rétrospectivesfranco-allemandes, 2009. Maud DUVAL,L’Influence de la sœur chez Goethe, Kleist, Brentano et Nietzsche, 2009.
À Madeleine et Lise, À Renée et Robert, À Ariel
Préface
« Jamais malheur propre ne m’a autant touché, autant bouleversé, autant désespéré que l’humiliation de cette ville qui avait la grâce comme nulle autre 1 de rendre heureux quiconque s’en approchait ».
&’est par ces mots d’aiction que6teIan=Zeig décrit l’entrée des troupes allemandes dans Paris le 14 juin 1940, marquant le tournant dans le statut de la France, terre d’asile. Ce pays des droits de l’homme et de la liberté, de la Révolution et de la Commune avait en effet donné refuge dans les six premiers mois de 1933 à la moitié des émigrés qui fuyaient l’Allemagne national-socia-liste, Paris même était devenue, jusqu’à la déclaration de guerre de septembre 2 1939, le centre de l’émigration germanophone. Certes, la province, et en par-ticulier le Midi, avait joué jusqu’en 1940 un certain rôle important, en particu-lier à6anary-sur-Mer, mais c’est entre 1940 et 1942 que la]one libre jouera un rôle déterminant pour les exilés allemands, Marseille devenant alors le principal centre de transit vers les nouveaux pays d’accueil outre-Atlantique.
La France n’était plus un refuge, mais un piège, du fait des Allemands, mais aussi des Français. En effet, les conditions de l’article 9 de l’armistice repré-sentent une véritable épée de Damoclès pour les émigrés allemands, la France s’étant engagée à livrer les émigrés que l’Allemagne réclamerait. Mais ce furent les Français qui, dès septembre 1939, internèrent les émigrés allemands devenus « étrangers indésirables », en particulier dans le sud de la France, la France de Vichy soutenant par la suite largement les lois antisémites hitlé-riennes. En 1940, la France était devenue un pays que les émigrés allemands tentaient désespérément de fuir,¿n 1942, il sera trop tard, l’issue étant souvent 3 la déportation.
C’est dans ce cadre historique que se situe l’ouvrage passionnant de Ma-rie-Laure Canteloube qui se consacre au cas de l’émigrée allemande Anna 6eghers communiste et juive, elle avait d€l’Allemagne national-so- fuir cialiste dès février 1933 et trouver refuge en France avec son mari Las]lo Radvanyi et leurs deux enfants Peter et Ruth (nés respectivement en 1926 et
1 6teIan=Zeig,Die Welt von gestern, Frankfurt am Main, 1989, p.152. 2 Anne6aint6auveur-+enn,Fluchtziel Paris. Die deutschsprachige Emigration 1933-1940, Berlin, Metro-pol Verlag, 2001, p.23. 3 Anne6aint6auveur-+enn,Zweimal verjagt. Die deutschsprachige Emigration und der Fluchtweg Fran-kreich-Lateinamerika, 1933-1934, Berlin, Metropol Verlag, 1998, p.21.
9
1928). L’ouvrage éclaire de façon équilibrée autant la réalité de cet exil que sa transposition littéraire. L’exil de Anna6eghers en France comporte deux phases fort distinctes. La première de 1933 à 1940, où la famille trouve de nouveaux repères en région parisienne, en habitant à Meudon. Les enfants y sont scolarisés, les parents poursuivent, en fonction des données nouvelles, des activités de com-munistes engagés, cet engagement se traduisant pour Anna6eghers par un travail d’écriture, mais aussi des activités politiques propres, en contact avec les intellectuels français et exilés comme au congrès pour la défense de la liberté de 1935. Le tournant dans cet exil sera septembre 1939 et la déclara-tion de guerre, qui verront l’internement du mari de Anna6eghers au camp du Vernet dans l’Ariège en avril 1940, au titre du décret de septembre 1939 qui stipulait l’internement des « étrangers indésirables », confondant par là même acteurs et victimes du national-socialisme. Le deuxième tournant dramatique sera l’entrée des troupes allemandes à Paris en juin 1940 et l’obligation pour Anna6eghers et ses deux enfants de tenter de rejoindre la]one libre, ce qui ne réussit qu’après un premier échec, la famille ayant d€vivre entre-temps dans la clandestinité. La deuxième partie de l’exil de Anna6eghers sera marquée par le désarroi, la souffrance morale et matérielle, la quête éperdue d’un visa de sortie, comme en témoignent ses lettres. Elle af¿rme ainsi dans une lettre de novembre 1940 à Fran]:eiskopf qu’elle a tout essayé, Marseille, Vichy, qu’elle a écrit, télégraphié, mais qu’elle n’obtient rien. Et elle ajouteJe « ne peux pas vous décrire notre vie. Dante, Dostoïevski, Kafka – oh, c’était des bagatelles ! […] C’est sérieux. Et le plus étonnant, c’est que l’on fait des choses de la vie quotidienne, les enfants vont à l’école, je fais une curieuse 4 soupe pour nous trois et deux nouveaux arrivants. » C’est bien cette dichoto-mie de l’exil, à la fois le tragique et la tentative de maintenir une vie normale, que met parfaitement en valeur le livre de Marie-Laure Canteloube.
Anna6eghers quittera Pamiers en Ariège pour Marseille en 1941, son mari étant transféré du camp du Vernet au camp des Milles. Ce n’est que le 24 mars 1941 que Anna6eghers pourra s’embarquer avec son mari et leurs deux en-fants sur le Paul Lemerle, ce bateau sur lequel se trouvaient également Claude Levi-6trauss et André Breton, en partance pour la Martinique, d’où la famille rejoindra le Mexique, après un transit par lesetats-8nis. Anna6eghers ne quittera son deuxième exil mexicain qu’en 194pour rejoindre la]one sovié-tique de l’Allemagne puis la RDA, alors que Peter regagnera la France en 1945 et Ruth en 1946.6i donc le lien géographique direct de Anna6eghers à la France cesse en 1941, il se poursuit par l’intégration de son¿ls, devenu français sous le nom de Pierre Radvanyi, mais aussi par le lien de l’écriture
4 Anna6eghers an F.C.:eiskopf, 23.11.1940.
1
0