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Antoine de Saint-Exupéry

De
120 pages

Biographie d'Antoine de Saint-Exupéry. Avec T.-E. Lawrence et André Malraux, Saint-Exupéry est le type même de l'écrivain dont on affirme qu'il a engagé toute une part de sa vie dans son oeuvre. On a dit et écrit que chez l'auteur du Petit Prince et de Courrier Sud, oeuvre et vie étaient inséparables, l'une n'étant que la transposition poétique de l'autre. Cela est-il entièrement vrai ? Malgré l'apparence, il ne semble pas que l'enseignement qu'il a tiré de ses expériences d'homme d'action soit toujours conforme au principes sur lesquels il a fondé son éthique. Qu'il ait été prêt à payer de sa vie les idées qu'il avançait, nul ne le contestera. Mais qu'il ait vécu selon ces idées, voilà qui paraît moins certain. Il suffit d'évoquer ses raids -- les deux plus importants se soldèrent hélas par des échecs ! -- et la manière dont il est mort pour que le doute naisse en nous.


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Antoine de Saint-Exupéry
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PRÉSENCE DE L’HOMME
"Car ce pourquoi tu acceptes de
mourir, c’est cela seul dont tu peux
vivre. »(1)
Si l’on veut se représenter Antoine de Saint-Exupéry enfant, il faut l’imaginer à
traversLe Petit Prince, blond et bouclé, découvrant le monde avec émervei llement,
heureux d’explorer le domaine que possède sa famill e à Saint-Maurice-de-Remens,
dans l’Ain. Un garçon turbulent, malicieux, plein d e vie, intelligent, sensible, pas
toujours réfléchi, mais sérieux quand il parle de s es recherches et de ses projets
d’avenir, rêveur et fantaisiste, épris d’une liberté qui admet la contrainte de
l’éducation et du travail. Dès l’âge de raison, il écrit ses premiers poèmes, se créant
un univers à sa mesure, et il consacre déjà une partie de ses loisirs à inventer de
nouveaux moyens de locomotion, telle une bicyclette à voiles. Il est doué d’une
singulière puissance de concentration qui lui sera d’un grand secours dans sa
carrière de pilote. Aucun détail ne lui échappe : i l sait établir des relations entre ce
qu’il voit et ce qu’il ressent, et leur donner un s ens humain profondément élevé.
Passionné dans tout ce qu’il commencé d’entreprendre, exalté dans ses
sentiments, il a besoin de tendresse — cette tendre sse dont une mère admirable
n’a jamais cessé de l’entourer — mais il n’est pas sans apprécier une certaine
austérité qui s’appuie sur le respect de l’autorité . Plus tard, lorsqu’il sera
pensionnaire chez les Maristes, à Fribourg, il pren dra conscience de sa
responsabilité personnelle en s’interrogeant sur le problème de Dieu et de la
religion. S’il n’échappe pas à l’angoisse métaphysi que, à la crainte du néant, du
moins n’est-il pas atteint par le scepticisme des j eunes, sa vie intérieure le portant
plus à croire qu’à nier, avec ce désir de se convai ncre lui-même de la beauté d’une
existence qui est de source divine. Poète dans l’âm e, magicien, diplomate, il est
l’apôtre, le chevalier du monde moderne, et surtout le conquérant de l’homme.
Adulte, il apparaît non pas comme une « grande pers onne » jalouse de ses
mérites et assurée de son importance, mais comme un adolescent qui a atteint
avant l’âge une parfaite maturité de pensée, à la fois enthousiaste et songeur,
véhément et généreux. Sa stature impressionne (1 mè tre 84). De larges épaules au
milieu desquelles trône une tête massive, presque ronde, font évoquer quelque
rocher de la côte bretonne, défiant les tempêtes. S on regard perçant, parfois amusé
ou ironique, qu’éclaire la flamme d’une intelligenc e toujours en éveil, et où l’on
devine une franchise assez brutale, mais affectueus e, inspire aussitôt à ceux qui
l’approchent une confiance sans limite. Peu expansi f quand on essaie de le faire
parler de lui — il ne se livrait à des confidences qu’avec les rares amis dont il était
sûr — il se montre au contraire fort communicatif l orsqu’on l’interroge sur ses
camarades, sur l’aviation, sur les mille questions auxquelles il s’intéresse (musique,
philosophie, sciences physiques et mathématiques, b iologie, astronomie, etc …).
Entier dans ses jugements, il n’aime pas qu’on le c ontredise, même si les
objections qu’on lui oppose sont fondées. Il veut a voir le privilège de résoudre lui-
même les contradictions décelées dans un raisonneme nt qu il a pourtant
longuement médité. Mais il n’y a pas d’être qui ait une noblesse de cœur
comparable à la sienne. Sa fidélité en amitié, sa b onté, sa probité sont vraiment
exemplaires. Tous ceux qui ont entretenu des rapports avec lui, aussi brefs qu’ils
aient été, savent le pouvoir de séduction qu’il exe rçait sur son entourage.
Ses qualités d’homme sont donc exceptionnelles. Que lle était sa valeur en tant
que pilote ? Quelques biographes rappellent ses dis tractions et son audacieuse
fantaisie lors de certains atterrissages ou décolla ges, mais ses camarades
aviateurs ont toujours reconnu son habileté, sa tén acité, la précision et la rapidité de
ses réflexes, et sa remarquable présence d’esprit d ans les « coups durs ». Le
docteur Georges Pélissier a interrogé sur ce point le lieutenant-colonel Gavoille qui
fut pendant les années 1943-1944 Ie chef de l’escad rille à laquelle appartenait
Saint-Exupéry, et celui-ci lui a répondu : « Saint-Ex était un excellent pilote, très
adroit, ii faisait bien quelques petites fautes, no n par distraction en vol (il était au
contraire, là-haut, très méticuleux, et il avait un e telle expérience !) mais par
distraction au sol, au moment où nous lui donnions des explications ! »(2). Ce
témoignage convaincra les plus sceptiques.
Quelle image nous reste-t-il de cet homme qui lutta pour le ciel et pour la terre ?
S’il est entré dans l’histoire en guerrier vainqueu r de tout litige, n’appartient-il pas
déjà à la légende, tel un infatigable messager de p aix voguant sur le navire qui
« ramène au vrai ceux que le faux repoussa »(3)? Sans doute, mais la
permanence de son œuvre fait surtout qu’il est de n otre temps, plus présent que
jamais, aussi jeune qu’il y a vingt ans, bien qu’il n’ait jamais cessé de croître, et
l’héritage qu’il laisse aux hommes est en soi plus précieux que la somme des
souvenirs qui s’y rattachent directement.
Saint-Exupéry n’est pas un auteur à thèse. Sa pensé e n’est jamais altérée par
ce souci de la démonstration si chère aux logiciens . Pour lui, la vérité d’une chose
ne se prouve pas : elle échappe au premier contrôle du raisonnement, et n’est
saisie qu’à l’aide d’un jeu d’approximations succes sives et de ressemblances de
plus en plus proches. Non qu’il n’y ait de vérités que comparées, mais plutôt parce
que chaque chose dépend d’une autre, obéit à des lo is d’ensemble, participe à une
organisation de structures qu’il faut considérerin globo, et n’a d’efficacité que si elle
s’impose à nous dans toute son unité. Ainsi, ce que Saint-Exupéry retiendra de
nombreuses propositions philosophiques sur la soumi ssion du particulier à
l’universel, sur la transcendance et le devenir de l’être, sur tout ce qui peut donner
un sens au bien et au mal, à l’existence et à son c ontraire, prendra aussitôt la forme
d’uneévidenceurquoi l’on ne doit(l’évidence impliquant ici la certitude). C’est po
pas s’étonner si cet écrivain procède presque uniqu ement par affirmations.
D’ailleurs, sa vie n’a-t-elle pas été l’illustratio n d’une de ses plus belles assertions :
la primauté de l’homme sur l’individu ? «Je combattrai pour l’Homme. Contre ses
ennemis. Mais aussi contre moi-même»(4), écrit-il au cours d’une sorte de
profession de foi émouvante par la simplicité et la générosité des sentiments qui
l’inspirent. Ce besoin d’affirmer, de construire, c e désir d’aller droit au but, de rendre
clair ce qui semble le plus complexe et le plus obs cur, était devenu pour Saint-
Exupéry une règle de conduite et de travail. Et l’o n retrouve dans l’homme, comme
dans le créateur, la même intelligence, la même rig ueur, la même recherche du
nœud essentiel d’actes diversqui ne se découvre qu’à travers l’évidence de sa
nécessité.
Saint-Exupéry se méfiait des prétextesà faire de la littérature. Il a toujours lutté
contre cette maladie de l’écrivain qui s’efforce d’ enjoliver un récit par de savantes
évocations stimulant l’imagination du lecteur, mais trahissant l’authenticité des faits
sous le couvert d’histoires vraisemblables. Ainsi, dans un des passages dePilote
de Guerre(5)errière son avion en, il compare le nuage de condensation qui s’étire d
plein vol à unerobe à traîne d’étoiles de glace. L’image est valable en soi puisqu’il
l’ainventée sans dégoût. Mais aussitôt il se reprend, mortifié d’avoir céd é a la
tentation d’unepoésie de pacotille. C’était faux à vomir. Voilà comment il dénonce
la pose. Il éprouve une véritable aversion pour tou t ce qui est attitude. Lui qui a si
souvent côtoyé la mort ne se demande pas comment on doit se comporter devant
elle. Chaque fois qu’il la rencontrera sur son chem in, il ne pensera pas àelle, mais
à la nouvelle expérience qui peut l’enrichir et à l a signification existentielle qu il faut
lui donner. C’est cet attachement à la vie qui éton ne chez un être qui a choisi de ne
s’en soucier que dans la mesure où elle est partage et amour, grandeur et misère.
Qu’il se penche sur le mystère du monde, qu’il médi té sur la corruption d’un
peuple, qu’il veuille bousculer les événements en y prenant une part active, et forcer
l’histoire en lui appliquant des lois qu elle ignore, il poursuit la même conquête de
l’homme dans l’universalité de sa conscience, l’hom me étantcelui qui porte en soi
plus grand que lui(6).
La figure de Saint-Exupéry semble correspondre étra ngement à sa définition de
l’homme. Et c’est justement cette présence en lui d e quelque chose de supérieur à
sa personne qui lui a permis de concevoir une éthiq ue fondée sur le respect et la
ferveur.
Faire un choix dans l’œuvre de Saint-Exupéry est bi en arbitraire. Quoique
chacun de ses ouvrages ait sa signification propre, les thèmes qui y sont
développés sont liés entre eux avec tant de force q u’il semble impossible, au
premier abord, de les analyser séparément. Mais ce serait une erreur de ne pas les
considérer dans le cadre d’une évolution spirituell e où l’on observe les différents
moments d’une progression ascendante vers un but dé terminé.
Chez Saint-Exupéry chaque idée correspond à un beso in d’élévation
comparable à cettefaim de lumière(7)qui commande à Fabien de monter vers les
étoiles. Partant de l’homme pour arriver à Dieu, il lui faut d’abord prospecter la
planète qu’il habite, creuser le champ où germent l es semences, dénombrer les
richesses qui y sont enfouies, voir quelle moisson l’on y récolte. Ensuite, quand il se
sera assuré de la solidité du terrain, il construira sa citadelle pour défendre le trésor
qu’il aura découvert. Il travaillera comme un pionn ier, car il sait quechaque jour,
pour l’ouvrier qui commence à bâtir le monde, le mo nde commence(8). Son outil
sera l’avion, son arme l’amour.
Avant d’agir efficacement, il est normal qu’il se p enche sur son outil et sur son
arme pour savoir comment il convient de s’en servir. Et bientôt il s’aperçoit que leur
usaçe conduit à un métier, à un style de vie, tout en lui apprenant à justifier le sens
de son aventure. Saint-Exupéry, dans la plupart de ses écrits, ne fera que nous
rendre compte de ce double apprentissage essentiel à la connaissance des êtres et
des choses. C’est pourquoi nous serons amenés a dis tinguer dans son œuvre deux
thèmes prédominants :l’actioncomme moyen de se surpasser soi-même, et lafoi
conçue comme une passion qui bouleverse les données de la conscience.
Indiquons toutefois que Saint-Exupéry ne sépare pas la pensée de l’action, et que la
volonté d’agir n’est que la réalisation du désir de croire.
UNE MORALE DE L’ACTION
"La terre nous en apprend plus
long sur nous que tous les livres.
Parce qu’elle nous résiste. »(9)
Si Saint-Exupéry a délibérément opté pour l’action, c’est qu’il avait la ferme
conviction que l’homme, pour s’affirmer, devait liv rer un combat dont l’issue pouvait
lui être fatale. Dans l’homme il y a toujours l’ind ividu qui domine, cette part de soi-
même qui refuse d’adhérer à la communauté, et qui s e rebelle quand on lui impose
des règles lésant ses intérêts et limitant ses ambi tions. Saint-Exupéry rejette le culte
de l’individu, car il ne mène qu’à la déchéance, la branche étant incapable de vivre
une fois détachée de l’arbre ou privée de sa sève. L’homme est constamment
menacé de dégénérescence s’il ne se délivre pas de ce double encombrant et
nuisible. Notre première tâche sera donc d’anéantir en nous tout ce qui favorise
notre prédisposition à l’égoisme. Le mal est en nou s, et il ne se déclare pas toujours
au moment où il est encore temps de le guérir. Il faut le prévenir. Saint-Exupéry
nous propose comme remède infaillible l’action qui poussera l’individu àrégner sur
soi-même(10). La valeur de chacune de nos démarches sera proportionnelle à
l’effort que nous aurons à faire pour sortir de nou s-memes. Ainsi agir, c’est aller au
devant de quelque chose, lutter contre des forces a dverses, vaincre une résistance,
mais c’est égalements’oublier,s’offrirsans restriction, s’engager du meilleur cœur
dans une quete de pureté que rien ne pourra ternir. On devient alors invulnérable,
comme cetéquipage de vainqueursque Saint-Exupéry ramena au-dessus de la
défaite, et dont il nous retrace l’épopée dansPilote de Guerre.
Courrier Sudle n’y figure qu’àannonce déjà cette conception de l’action, mais el
l’état d’ébauche. Bien que l’auteur ait adopté pour ce livre la forme romancée,
l’expérience qui y est relatée ne sert pas de nœud à une intrigue. C’est le contact de
l’homme avecsaterre qui importe ici. La découverte d’un monde no uveau, fait
d’espoir et de solitude. L’aviateurreconnaîtson monde, lancé dans un espace dont
il meuble les dimensions de sa présence. De là-haut, la terre semblenue et morte,
mais lorsque l’avion descendelle s’habille, etle cours des choses s’accélère.Les
points de repère ne sont plus les mêmes. Certes, il y a la mer, les montagnes, les
villes, les fleuves, les instruments de bord qui re nseignent le pilote sur sa position.
Mais comment se fier à des chiffres, à des calculs, à l’enseignement de la
géographie ? Au sol, tout n’est que pensée figée, représentation abstraite. Mieux
vaut observer sur son chemin la fermière qui vaque à ses occupations, les moutons
qui rentrent au bercail, trois orangers, un ruissea u, autant de signes vivants qui
vous guident, car là où ils sont, on devineles refuges et les piègesque n’indique
aucune carte. Jacques Bernis, le héros du roman, co mmence ainsi son aventure. Il
recherche la trace de l’homme. Ilse fait. Pilote de ligne, il transporte le courrier.
Courrier plus précieux que la vie. De quoi faire vivre trente mille amants. En vol il ne
s’appartient plus : il a le sentiment d’être respon sable des autres. Il est
momentanément le centre des relations humaines. Que de joies, que de drames
aussi dépendent...
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