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Archives familiales : mode d'emploi

De
120 pages
Écrire un récit de vie invite à s'appuyer sur des documents, à intégrer divers éléments d'archives publiques ou privées : carnets, journaux personnels, correspondance, articles de presse, photographies – qui peuvent être à l'origine du récit, le soutenir ou l'accompagner. Ce livre propose des analyses d'universitaires et témoignages d'écrivains, qui se penchent sur la mise en récit de ces traces familiales : de quelle manière les intégrer au récit, les transformer, comment leur redonner vie ?
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Véronique Montémont et Catherine Viollet
Archives familiales : modes d’emploi Récits de genèse
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Au cœur des textes Collection dirigée par Claire STOLZ(Université Paris-Sorbonne) 1. Alia BACCAR-BOURNAZ,Essais sur la littérature tunisienne d’expression française, 2005. 2. Alya CHELLY-ZEMNI,Le sauveur dansBataillesdans la montagnede Jean Giono, 2005. 3. Noureddine LAMOUCHI,Jean-Paul Sartre, critique littéraire, 2006. 4. Catherine VIOLLET et Marie-Françoise LEMONNIER-DELPY (dir.),Métamorphoses du journal personnel. De Rétif de la Bretonne à Sophie Calle,2006. 5. Lia KURTS-WÖSTE, Marie-Albane RIOUX-WATINE et Mathilde VALLESPIR, Éthique et significations, 2007. 6. Jean-Louis JEANNELLE et Catherine VIOLLET (dir.),Genèse et autofiction, 2007. 7. Irène FENOGLIO (dir.),L’écriture et le souci de la langue. Écrivains, linguistes : témoignages et traces manuscrites, 2007. 8. Irène FENOGLIO,Une auto-graphie du tragique. Les manuscrits deLesFaitset de L’avenir dure longtempsde Louis Althusser, 2007. 9. Delphine DENIS (dir.),L’obscurité. Langage et herméneutique sous l’Ancien Régime, 2007. 10. Aurèle CRASSON (dir.),L’édition du manuscrit. De l’archive de création au scriptorium électronique, 2008. 11. Lucile GAUDIN et Geneviève SALVAN (dir.),Les registres. Enjeux stylistiques et visées pragmatiques, 2008. 12. Françoise RULLIER-THEURET,Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque, 2008. 14. Véronique MONTÉMONT et Catherine VIOLLET (dir.),Le Moi et ses modèles. Genèse et transtextualités, 2009. 15. Ridha BOURKHIS et Mohammed BENJELLOUN (dir.),La phrase littéraire, 2008. 16. Salah OUESLATI,Le lecteur dans lesPoésiesde Stéphane Mallarmé, 2009. 17. Jean-Michel ADAM et Ute HEIDMANN,Le texte littéraire. Pour une approche interdisciplinaire, 2009. 18. Françoise SIMONET-TENANT,Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives, 2009. 19. Samia KASSAB-CHARFI (dir.),Altérité et mutations dans la langue. Pour une stylistique des littératures francophones, 2010. 20. Olga ANOKHINA (ed.),Multilinguisme et créativité littéraire, 2011. 21. Claire BADIOU-MONFERRAN (dir.),interdisciplinarité. ApprochesIl était une fois l’ discursives des “contes” de Perrault, 2010. 22. Geoffrey ZUFFEREY (sous la dir. de),L’autofiction : variations génériques et discursives, 2012. 23. Anna JAUBERT, Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ, Sophie MARNETTE, Laurence ROSIER et Claire STOLZ,Citations I. Citer à travers les formes. Intersémiotique de la citation, 2011. 24. Anna JAUBERT, Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ, Sophie MARNETTE, Laurence ROSIER et Claire STOLZ,Citations II. Citer pour quoi faire ? Pragmatique de la citation, 2011. 25. Jean-Jacques QUELOZ,Philippe Soupault : écriture de soi et lecture d’autrui, 2012. 26. Véronique MONTÉMONT et Catherine VIOLLET,Archives familiales : modes d’emploi. Récits de genèse, 2012. 27. Marianne ALPHANT et Marie-Françoise LEMONNIER-DELPY (dir.),Jude Stéfan. Une vie d’ombre(s), 2012. 28. Geneviève SALVAN,Jean Rouaud. L’écriture et la voix, 2012.
Véronique Montémont et Catherine Viollet
Archives familiales : modes d’emploi
Récits de genèse
N° 26
D/2013/4910/20
©AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
ISBN 13 : 978-2-8061-0080-1
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Avantpropos
Véronique Montémont et Catherine Viollet
a question de la collecte des traces et de leur inclusion dans les récits revêt L une pertinence particulière dans le domaine des écrits autobiographiques. Entreprendre un récit de vie, c’est en effet souvent s’appuyer sur des documents, publics et privés, au fil de l’écriture. Ce tropisme documentaire est une tendance de plus en plus présente dans l’autobiographie contemporaine : à titre d’exemple, l’étude d’un corpus de cent vingt œuvres écrites entre 1975 et 2009 permet d’établir que la moitié des textes montrent ou décrivent des carnets, journaux ou correspondances, et que 78 % mentionnent, décrivent ou reproduisent des photographies. On est en face d’un puissant « goût de l’archive », tel que le caractérisait Arlette Farge, à un degré tel que parfois, le point d’origine semble se renverser : ce n’est plus l’autobiographie qui accueille l’archive familiale, mais celle-ci qui est à l’origine de la naissance du texte.
Le présent volume recueille des analyses d’universitaires et des témoignages d’écrivains, qui tous se penchent sur la question de la mise en récit des traces. C’est là qu’intervient la réflexion sur la genèse des œuvres : que se passe-t-il quand le document brut devient élément d’un autre récit ? À quelles transformations est-il soumis, de quelle manière est-il « accompagné », lié au discours de qui écrit ? Comment l’écriture choisit-elle de redonner vie, à travers les photos, écrits, témoignages, à la voix des absents ? Mais aussi quelles motivations poussent un proche – un membre de la famille, fils ou fille la plupart du temps – à s’approprier ces traces ? Au prix de quelles angoisses, quelles interrogations, quel travail sur soi ?
George Sand, pour qui « l’histoire se sert de tout », a sans doute ouvert la voie à toutes celles ou ceux qui, après elle, tenteront de reconstruire la vie de proches, s’appuyant en particulier sur des correspondances (Brigitte Diaz). Ces lettres, mais aussi cartes, messages, traces de l’infra-ordinaire, jouent un rôle essentiel dans le journal d’Yves Navarre (étudié par Sylvie Lannegrand), qui
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A RCHIVES FAMILIALES
les agglomère jusque dans leur matérialité. Elles sont au centre deC’est encore moi qui vous écris, sorte d’autobiographie monstre assemblée à partir du seul matériau épistolaire. Marie Billetdoux évoque ici la longue et difficultueuse genèse de ce livre, en réaction à une douloureuse rupture familiale, et le rôle essentiel des lettres, notamment paternelles ; Catherine Viollet propose divers parcours de lecture au sein de cet imposant massif.
La deuxième partie du volume, uniquement composée de témoignages d’écrivains et d’essayistes, s’attache à une archive plus vaste (journaux, carnets, manuscrits) et analyse les enjeux politiques, psychiques et affectifs de leur appropriation : lutte contre la volonté de destruction de la mémoire arménienne (journal du père de Janine Altounian, rescapé du génocide) ; héritage de figures parentales écrasantes (Sylvie Weil), en souffrance (Gwenaëlle Aubry), compromises politiquement (Marie Chaix). Dans tous ces textes, on constate que l’Histoire joue un rôle déterminant, et que l’écriture de l’archive dans l’autobiographie revient à prendre (ou inventer) des repères dans un passé troublé : assumer une douleur collective, la comprendre, est une étape déterminante pour qui veut faire émerger une individualité reconstruite.
Un dernier cas de figure, assez fréquent compte tenu des soubresauts de e l’histoire européenne du xx siècle, est celui où l’archive manque. Comment écrire un récit de filiation à partir de rien, ou de traces auxquelles on n’a pas accès ? C’est le problème auquel a été confrontée Martine Storti, dans L’Arrivée de mon père en France, et à sa manière Clémence Boulouque, qui était à New York le 11 septembre, loin des archives familiales, quand elle a entrepris l’écriture deMort d’un silence. Là encore, l’écriture autobiographique est le lieu qui permet de démêler les interactions complexes de la petite et de la grande Histoire, de confronter le regard intime que l’on porte sur les siens et leur image publique.
Il s’agit donc, à travers ces témoignages et lectures croisées, de voir comment l’écriture tantôt habille, tantôt incorpore traces et documents divers ; de montrer que le discours autobiographique n’est pas le lieu d’une relation solipsiste, mais plutôt celui d’un dialogue – lieu d’accueil privilégié d’une mémoire familiale rendue précise, vivante, que fécondent et densifient ces apports documentaires.
CORRESPONDANCES