"Arrêtons-nous quelques instants"

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Cet ouvrage est une réflexion sur cinquante années de vie d'architecte-urbaniste. Il rapporte des réflexions sur les conséquences du manque de décision des élus, face aux problèmes d'aménagement, par démagogie devant un électorat peu enclin au changement, enfermé dans un égocentrisme sans futur. L'extension désordonnée des agglomérations, pour satisfaire un engouement exclusif pour le pavillon banlieusard, massacre les abords des villes et des villages et dilapide les paysages de nature.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
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EAN13 : 9782296168732
Nombre de pages : 254
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« ARRETONS-NOUS
QUELQUES INSTANTS»Graveurs de mémoire
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2006.
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Francis DUCREST, L'aviateur, 2006.
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tourmente, 2006.
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pas de plus, 2006.
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André COHEN AKNIN, La lèvre du vent, 2006.
Pauline BERGER, Les Vieilles, Album, 2006.
Raymond Louis MORGE, Trois générations de salariés chez
Michelin, 2006.
Monique LE CALVEZ, La petite fille sur le palier, 2006.
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(1956-1962), 2006.
My Youssef ALAOUI, L 'homme qui plantait des chênes, 2006.
Albert et Monique BOUCHE, Albert Bouche (1909-1999), un
frontalier en liberté, 2006.
Paul DURAND, Je suis né deuxfois, 2006.
Fortunée DWEK, Nonno, Un Juif d'Egypte, 2006.
Catherine VIGOR, Tarvildo Targani, mouleur à la main dans le
Doubs,2006.
Carole MONTIER, Unefemme du peuple au xXme siècle, 2006.
@ L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005, paris
www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.IT
harmattan 1@wanadoo.&
ISBN: 978-2-296-02886-9
EAN : 9782296028869Xavier ARSENE- HENRY
« ARRETONS-NOUS
QUELQUES INSTANTS»
3èmeétape du long voyage d'un architecte
2002-2006
L'HarmattanDu même auteur:
Notre Ville - Marne éditeur 1969
La Ville et l'Homme - Etvdes 1966
La Ville de demain - Etvdes 1969
La Ville de l'an 2000 - Etvdes 1972
La Ville, notreprqjet - Etvdes 1975
Idées sur la Ville - Etvdes 1980
Rentrons, il sefait tard - L'Hannattan 1999
J'allais oublier de vous dire - 2003
En couverture dessindeX. Arsène-Henry « Conversation»A tous ceux que j'ai rencontrés et
qui m'ont aidé à être celui que je suis.
Avec mes remerciements à
Brigitte Zanella Arsène-Henry3 janvier 2002 - ] 'espère avoir été. . .
Avant de commencer à relater les évènements de
cette troisième étape de mon long voyage, je voudrais,
peut-être pour la dernière fois, redire ce qui a été
l'essentiel de ma vie d'architecte-urbaniste du XXIème
siècle.
C'est aux environs de la cinquantaine qu'un homme
dresse le grand projet de son intervention et qu'il
précise le sens de ses recherches. Après quoi il exploite
ce trésor dans la mise en œuvre de ses choix, le restant
de sa vie.
Par mes études, mes réflexions, mes recherches, mes
lectures, mes créations, mes réactions devant les
évènements que j'ai traversés et surtout la rencontre
avec de nombreuses et éminentes personnalités du
monde artistique, religieux, scientifique et politique, tout
cela a participé à être celui que j'étais à cinquante ans.
Ma vie sentimentale était un monde à part.
7Le Père Bruno Rib es s.j. Directeur de la
1revueETVDES m'a donné l'occasion de publier
plusieurs articles sur ma pensée fondamentale. C'est
dans ces textes que je définissais ma conception du
((destin de l'Homme de créer un monde artificiel ), ce
qui a été mal perçu par de nombreux amoureux
inconditionnels de la Nature. Cela ne m'a pas ébranlé.
Un de ces textes a fait l'objet de l'un des sujets de
l'épreuve de français du baccalauréat 1966. Les jeunes
candidats, dont j'ai parcouru les épreuves, étaient plutôt
favorables à cette nouvelle image de notre Terre et de la
place des hommes dans la Création.
Dieu nous a confié son œuvre, non pour en être des
héritiers béats mais pour prolonger la Création en
édifiant un «Monde Nouveau» et prendre le relais de
l'évolution, jusque-là unique artisan du changement.
L'apport permanent des découvertes façonnées par le
don de l'esprit et de l'intelligence de l'Homme a
transformé l'avenir du Monde.
J'étais passionné par la chronologie de l'évolution
biologique depuis les premiers temps de l'univers
jusqu'à l'émergence de «l'homo sapiens sapiens »,
intrigué que j'étais après avoir participé à la troublante
découverte de Lascaux2.
Je comprenais que le développement du cerveau de
l'homme, probablement transcendé par le souffle de
l'Esprit, lui a permis d'inventer « l'Outil et l'Art ».
Plus besoin d'attendre de nouvelles et hasardeuses
évolutions de son corps comme les autres animaux avec
1 ETVDES 11/1966 - 01/1969 - 01/1977 - 02/1975 - 11/1980
2 V oir ~-Les Taureaux de Lascaux Pages 93 à 96
8de plus belles plumes, de plus grandes cornes ou de plus
voyantes couleurs, puisqu'il était capable de créer de
nouveaux assemblages de matières diverses pour
prolonger ses facultés physiques et surtout s'évader des
limites de son corps par la pensée.
TIa cherché à se libérer des contraintes de la Nature
en se construisant un abri contre la pluie, le vent, le
froid, le soleil, la nuit et les tigres et a édifié des Villes
pour lutter ensemble.
Il a voulu manger des haricots, des pommes de terre
et des fraises en toutes saisons, en inventant la
confiture, l'agriculture et le congélateur.
Il a voulu, au lieu de rester nu, varier son
habillement, au-delà des fourrures des animaux qu'il
chassait, en fabriquant des couvre-chefs, des tissus, du
velours, des tee-shirts, des bottes et du nylon pour se
couvrir selon les saisons et ses goûts de paraître.
Il a voulu courir plus vite que les antilopes en
inventant l'automobile. Il a voulu se promener sur l'eau
comme les canards en fabriquant des bateaux. Il a
voulu, comme les aigles, voler dans les airs avec ses
hélicoptères et fusées; entendre de loin la voix de sa
fiancée en se collant à l'oreille un téléphone portable.
Et moi, architecte-urbaniste, descendant de mon
aïeul «l'homo sapiens sapiens» depuis près de 100 000
ans, aujourd'hui je peux dessiner des quartiers de villes,
des autoroutes, des barrages fluviaux, des ponts, des
tunnels et des bâtiments d'équipements que me
demande le Prince pour que ses sujets «logent» à l'abri,
« habitent» en famille et « vivent» en communauté dans
«le monde artificiel» de la ville de pierre et de fer, de
9verre et d'aluminium ou dans la nouvelle nature des
sillons de champs de blé, des rangs de vigne,
d'alignements d'arbres et de carrés de tomates.
Le Père Joseph Comblain S.j.l avait bien repéré, dans
mes articles, ma remise en cause des quatre fonctions de
l'urbanisme de la Charte d'Athènes2. Il y manque, au-
delà du matérialisme de Le Corbusier, son instigateur, la
plus importante cinquième fonction «Développer le
sens de la Cité », car la finalité de l'Homme est de croire
en une Communauté et, de son vivant, son lieu de
prédilection est la Ville, en attendant de nous retrouver
tous dans « La Jérusalem céleste ».
Avec plusieurs confrères de talent, nous avons dressé
des plans d'aménagements d'ensembles urbanisés. Nous
avons construit des milliers de logements, corrects, bien
équipés, spacieux, économiques que l'incapacité des élus
et des gestionnaires a gaspillés en les détournant de leur
affectation initiale au service de l'Homme, par la
médiocrité d'une politique de bulletins de vote pour
conquérir et garder le Pouvoir. Devant l'Histoire, ils
sont les seuls responsables de ce désordre. Qu'importe!
Pendant plus de trente années, ces ensembles ont rendu
service, avant d'être détruits.
Sans oublier les plus démunis et les plus asservis,
privés de leur liberté de choisir pour créer
l'environnement de son choix, l'Homme peut doser,
selon ses activités et ses goûts, le couple du minéral et
du végétal, ces deux matériaux de notre Terre.
1 Théologie de la Ville J. Comblain
- 1968 - Presses Universitaires2 «Habiter, travailler, circuler, cultiver le corps et l'esprit»
10Il devrait avoir la possibilité de choisir librement, en
acceptant de reconnaître que choisir est, en même
temps, abandonner ce que l'on a pas choisi, car on ne
peut pas tout avoir à la fois, et, de plus, nos choix
interviennent avec ceux des autres.
Mais voilà qu'au lieu d'humaniser le cadre de vie, son
individualisme aidant, son impatience d'avoir tout, tout
de suite, sa jalousie de posséder ce qu'a l'autre, portent
atteinte à ce que, par ailleurs, il fait bien.
La politique du « laisser faire », pour donner l'illusion
de gommer les contraintes, est le principal facteur de la
dilapidation de la ville devenue inhumaine par absence
d'un urbanisme volontaire conçu selon des valeurs
respectables et non pour le seul profit; inhumaine par
ségrégation de ses habitants en fonction de leurs
capacités financières (les ghettos sont un scandale);
inhumaine pour s'être laissée envahir par
l'asservissement technique et l'esclavage publicitaire;
inhumaine par des constructions nées de la médiocrité
des Marchands du Temple.
En marge de la ville, les espaces de nature et la
campagne des agriculteurs sont pillés par la marée des
pavillons « chien-méchant ». Les plus beaux paysages de
montagne et de bords de mer sont détruits par
l'envahissement d'un tourisme de vulgaire
consommation. Heureusement que tous ces déchets
sont mal construits. Le temps et les évènements
climatiques les détruiront comme Sodome et
Gomorrhe.
En même temps que l'Outil, l'Homme a inventé
l'Art, car la Beauté n'existe qu'après la découverte par
Ill'Homme de la dimension cachée des choses, au-delà de
leur simple apparence. La Nature, même évoluée, n'est
belle que sous le regard de l'Homme. Le caillou que
ramasse un enfant sut la plage pout l'offrir à sa mère ne
devient beau qu'après avoir été choisi par lui et chargé
de l'idée de don.
Tant que les pommes étaient un fruit qu'on mange,
elles n'étaient qu'un fruit de pommier. Après Paul
Cézanne, les pommes dans un compotier sont devenues
un symbole de l'abstraction de la Beauté. L'Homme a
fait la fabuleuse découverte d'avoir la faculté de pétrifier
des abstractions de sa pensée par des représentations
matérielles de ce qu'il trouvait Beau, témoins les blasons
mystérieux de Lascaux jusqu'aux compositions
orthogonales de Piet Mondrian; la recomposition du
corps de la Vénus de Lespugne jusqu'aux Demoiselles
d~vignon; le volume simple des pyramides jusqu'à la
complexité du Centre Pompidou en passant par
l'explosion du Château de Chambord; la calme
immobilité de la Tête de Néfertiti et les portraits
tourmentés de Francis Bacon.
L'Homme est un artiste avec divers degrés
d'exigences, en fonction de la densité de ses dons. Nous
sommes tous doués d'un potentiel de créativité.
Pendant plus de cinquante années, j'ai intégré dans la
recherche de mes réalisations, l'inquiétude de la Beauté
qui n'est peut-être pas celle des autres, j'en conviens,
mais je peux affirmer que mes choix ont toujours été
colorés par l'honnête satisfaction de ne pas sacrifier
l'aspect des choses à la facilité de copier ce qui se faisait
pour plaire, d'agir avec paresse en acceptant ce qui
12m'était réclamé par une fausse idée de la culture; de ma
faculté de refuser et de remise en cause du présent par
ma conception de mise en forme dans le respect des
conditions des programmes. L'innovation est un grand
mobile de création.
Pour terminer le tour complet de mes croyances, je
voudrais redire avec conviction que je redoute
l'intervention d'instances internationales dans les
directives, face à la création architecturale et aux
perspectives d'urbanisme.
En reconnaissant, comme par ailleurs,
l'augmentation de la complexité dans l'évolution de
l'acte de construire par l'introduction de techniques
relevant de nouvelles disciplines, il n'est pas acceptable
d'exploiter la méthode de l'analyse pour la création
d'une œuvre architecturale et de se contenter de
décomposer un programme en nombreux éléments
indépendants les uns des autres pour en faciliter le
traitement et, par la suite, sans hiérarchie dans
l'organisation, de les présenter à la consommation
comme un plat de hors-d' œuvre variés.
L'architecte n'est pas un des membres d'une équipe
pluridisciplinaire, intervenant dans les choix au même
titre que le plombier, l'ingénieur en béton armé ou le
sociologue. Il intervient au sommet de l'intervention,
comme étant le seul artiste de l'équipe, en amont de
toutes participations techniques et possède, seul, le droit
de la mise en forme qu'il présente au promoteur à qui il
revient le droit d'accepter ou de refuser la proposition,
mais non d'imposer sa solution. Ainsi se règle
13l'intervention ou le retrait de l'architecte, maître
d' œuvre.
A lui, en contrepartie, d'être compétent pour
maîtriser l'ensemble des techniques afin de réaliser, en
les intégrant, l'unité de œuvre. A l'enseignement del'
l'architecture d'avoir la responsabilité du niveau des
études pour former des architectes de pleins pouvoirs et
non des porteurs de diplôme sans compétences.
Enfin, je voudrais prendre position contre une idée
née en 1968. La déclaration de Rita Levi-Montalcini,
Prix Nobel de Médecine «L'œuvre d'art est le résultat de
l'activité créatriced'un être unique»1 résume une réaction
devant les affirmations de confrères architectes qui
invoquent leur croyance en la création collective lors de
leurs études et réalisations d'un programme
d'architecture. Cela me paraît contraire à la conception
de l'homme-artiste qui exploite le don individuel reçu,
ce qui lui permet, lors de la création d'une œuvre,
d'exprimer sa vision personnelle à travers ce que sa
main trace sur un papier ou sur un écran. L'inquiétude
artistique, qui est à la base de l'architecture, ne se
cumule pas entre plusieurs individus. On confond
l'intérêt des interventions successives d'un groupe de
techniciens de compétences différentes lors d'une étude
en vue de la réalisation d'une œuvre. L'artiste est seul
maître dans la hiérarchie des intervenants.
Une seule fois, j'ai rencontré un ingénieur polyvalent
qui était avant tout un artiste visionnaire -Wladimir
Bodiansky-.
1 J'allais oublier de vous dire, ...- Page 203 X. Arsène-Henry - Ed
I'Harmattan
14Cette conception du rôle prépondérant de l'artiste
exprime parfaitement la différence entre la seule
connaissance et la diversité de la culture.
Il se peut que certains contestent le qualificatif
d' « artiste» à un architecte. Dans ce cas, il ne faut pas
parler d'architecture mais seulement de la fabrication
d'un bien de consommation comme une automobile ou
un aspirateur.
La Société Citroën a demandé à Le Corbusier de
dessiner la carrosserie de la fameuse «Traction avant 11
ev», encore qu'il faille nuancer cette remarquable
invention pour bien affirmer que le rôle d'un architecte
ne se limite pas au dessin de la façade comme le
« carter» d'une mécanique.
A l'échelle du temps de ma vie, je mesure
probablement mieux que les deux générations qui m'ont
précédé, par les nombreux contacts avec des groupes de
réflexion dans des instances de décisions internationales
et nationales, dans des réunions d'experts en
aménagement du territoire, dans des relations
d'échanges de connaissances, dans la multiplicité des
situations auxquelles j'ai été confronté, j'ai acquis le
sentiment d'appartenance à une communauté de pensée
plus étendue que la rue St Serin où je suis né, la ville de
Bordeaux de mes parents, la Région Aquitaine de ma
famille, la Nation Française que j'ai servie et à qui
j'appartiens et, peut-être après demain, au Continent
Européen de mes échanges.
152002 -
03.01 Rien n'estjamais fini - 22.02 Le Pont de Cracovie-
28.02 L 11iade- 13.05 L'accident - 12.06 Perspectives-
04.08 Apologie de la Différence.
3 Janvier - En écrivant aujourd'hui, je ne voudrais
pas sombrer dans le seul rappel des faits de mon
enfance et de mon adolescence. Souvent les personnes
âgées croient ainsi laisser à leurs descendants une belle
image de leurs ancêtres, alors que leurs souvenirs ne
sont que l'énoncé d'évènements traversés sans
réflexions, sans commentaires, sans jugements.
Ce qui est beau dans la vie, c'est d'essayer de
répondre au «pourquoi» qui nous interpelle. Pour
17beaucoup, vivre se résume à «faire les gestes que
1.l'habitude commande»
Mes premiers temps ont été marqués par mon
impérieux désir de liberté et de me dégager, à chaque
instant, du poids de mon environnement familial, des
réactions téléguidées par l'appartenance à une classe de
bourgeois, sincèrement convaincus, qui se prenaient
pour être seuls détenteurs de la vérité, une vérité
conformiste sans remise en cause.
En dehors de mes parents qui ne vivaient que pour la
musique où ils se retrouvaient au septième ciel quand ils
jouaient à quatre-mains, les autres ont courageusement
vécu une existence de bons serviteurs légalistes sans
inquiétudes. Certains ont bradé leurs héritages terriens
pour maintenir leur apparence dans le monde de leur
choix.
lis ne sont pas nombreux ceux qui ont eu un
rayonnement exceptionnel dans leurs relations avec les
autres, porteurs d'une clairvoyance remarquable sur la
marche de la pensée de ce siècle.
D'autres, enfin, ont disparu sans laisser de traces si
ce n'est quelques sous, quelques faux meubles anciens et
quelques photos de première communion et de
mariages endimanchés que se divisent, avec âpreté, leurs
héritiers.
Je n'ai pas supporté le dédain que me manifestaient
ceux qui, adultes, condamnaient mon attitude non
conforme à leur modèle de société.
1
Le mythe de Sisyphe - Albert Camus
18Etant en préparation au concours d'entrée en
Architecture à l'Ecole des Beaux-Arts, des portes m'ont
été fermées pour ne pas contaminer les adolescents
familiaux par mon appartenance au milieu perverti des
élèves, artistes contemporains sans morale! Les portes
de l'Enfer étaient à Montparnasse.
On pouvait, à la rigueur, parler de la Vénus de Milo
parce qu'elle n'avait pas de bras et perdait ainsi son
érotisme.
Après mon premier succès d'admission à l'Ecole, j'ai
su que je réaliserai, contre tous, mon rêve d'être
architecte car j'avais découvert chez les scouts l'intérêt
de participer, dans l'action, au service de ceux qui
n'avaient pas accès aux biens élémentaires. Quelques
visites de famille dans les quartiers démunis de
Bordeaux et de Melun m'avaient fait découvrir les
pauvres.
Au temps où je partageais mes pensées aveç
Genevièvel, je lui parlais de ma détermination de bâtir
« La Maison». Elle croyait qu'il était question de « Sa
Maison» et de «Notre Maison» alors que, pour moi,
c'était de « La Maison des Autres» dont je rêvais.
A côté d'autres équipements collectifs, c'est à
construire des dizaines de milliers d'HLM que j'ai
consacré mon temps, mon métier, mon expérience
pendant cinquante années.
Frédérique, à côté de moi, a accepté ce partage qui
est toute la force de notre union. N os enfants, en
prenant de l'âge, prétendent maintenant qu'ils n'ont pas
1
5 mai 1940 - page 58 - Rentrons, il se fait tard - X.Arsène-Henry
Ed. L'Hannattan
19eu de père! J'étais souvent sur la planche ou sur les
chantiers.
La vie est un choix écartelé entre l'individualisme
d'un repli confortable, sans se poser de questions,
entouré de vieilleries et l'envahissement communautaire
où chacun disparaît, écrasé dans une médiocre
unifonnité. La troisième voie est de mettre notre
originalité et nos compétences au service des autres en
créant, par nos œuvres, les conditions de créer pour
ceux qui les utilisent.
Je l'ai écrit et le redis. Rien n'est jamais fini.
Seules les manifestations artistiques de toutes
natures, nées avec le souci de la recherche de la Beauté,
méritent de figurer au patrimoine humain après un
jugement dans le temps. Ce qui a été conçu comme bien
de consommation doit être adaptable et évolutif pour
avoir la possibilité de répondre aux nouvelles exigences,
nées de la continuelle évolution.
Alors, acceptons le caractère éphémère de nombre
de nos créations qu'il est nécessaire de détruire après un
certain usage, tout ou partie de la matière à recycler
pour être à nouveau exploitée pour de nouvelles
créations.
Il serait intéressant que ce qui est produit à de
multiples exemplaires par la filière industrielle, après
usage, quelques exemplaires en soient conservés dans
des lieux appropriés comme témoins d'une époque que
les historiens futurs auraient la facilité de consulter pour
écrire le phylum de l'évolution des formes des objets
usuels.
20Je doute que dans deux mille ans on mette en vitrine
nos bouteilles en plastique d'eau minérale comme on y
présente aujourd'hui les coupes étrusques au Musée du
Louvre.
22 février - u Pont de Cracovie- Bordeaux
Voilà que l'on reparle du pont de Cracovie1.
Lors du concours du projet d'urbanisme du quartier
du Lac, en 1967, j'avais dénoncé l'erreur du maintien de
ce pont «ridicule dos d'âne» qui était un obstacle à
l'ancrage du futur quartier (2 000 ha) avec la ville.
Trente-quatre années plus tard Ge dis bien 34 années)
un adjoint à l'urbanisme du conseil municipal découvre
que «ce pont bouche la perspective du Lac»! Alors
que j'ai réclamé régulièrement, depuis 1967, de le
démolir d'abord parce qu'il est laid, pitrerie technique de
piles en ciseaux, et surtout que l'une des priorités du
programme aurait dû être le rattachement du quartier du
Lac au tissu urbain par les allées de Boutaut.
Un pont est, d'abord, un élément de liaison entre les
deux rives d'un fleuve, en l'occurrence le réseau SNCF.
Au lieu de cela, on a conçu un ouvrage qui, en effet,
permet matériellement de franchir les voies mais qui a
ignoré le rôle de continuité visuelle avant et après les
rails, créant, à coup sût, une barrière psychologique.
Une fois de plus, je voudrais dénoncer l'absence de
vision d'ensemble d'un problème d'aménagement
urbain de la part de ceux qui se targuaient d'être des
urbanistes. Les techniciens de l'époque se sont
1
Sud-Ouest - 22.02.2003
21contentés de résoudre un seul problème qui ne prenait
en compte qu'une donnée technique, celle du
franchissement des voies, mais, plus grave est de ne pas
sentir qu'il est très important d'intégrer le problème en
question dans un large contexte environnant.
Le franchissement de la voie ferrée (si tant est qu'il
soit encore justifié de maintenir ce tracé de voies dans
ce secteur) est une des données de la relation «tissu
urbain de la Ville/Quartier du Lac» qui comprend
l'urbanisation des allées de Boutaut, l'aménagement de
la place Ravesies et la conception du carrefour de
Latule, improprement baptisé « Place ».
C'est cela l'Urbanisme! C'est comme le «pot-au-
feu» dont il est nécessaire d'équilibrer les ingrédients
pour qu'il soit bon. Permettez-moi de redire, une fois
encore, ce que je crois être la meilleure solution
d'aménagement de ce secteur, dans les conditions
actuelles.
Je souhaite que ce problème intéresse enfin les
Bordelais.
C'est du reste à regret que je n'insiste pas sur la
solution, a priori, d'une voie sur pilotis depuis l'avenue
Emile Counord jusqu'au droit des Aubiers, telle que
prévue, lors du concours de 1966. On pouvait accepter
cette solution coûteuse dans une urbanisation rapide (le
programme parlait de 15 à 20 années) génératrice de
financement d'équipements. Après trente-cinq années, il
reste encore 150 ha viabilisés en attente de promoteurs.
V oici donc ma proposition, déposée aux archives de
la Mémoire de Bordeaux avec tout le dossier du Lac:
220)1 - Traiter largement le carrefour Ravesies, au moins à
deux niveaux, avec priorité en surface axe Avenuel'
Emile Counord/ Allées du Boutaut, pour favoriser
l'accès aux équipements du Lac, tels que la Foire
Exposition, le secteur des hôtels, le centre commercial
et le passage du TCSP1, actuellement tramway. Les
Boulevards seront prévus au niveau inférieur.
2°) - Déplacer la gare Saint Louis, coincée dans l'angle
Nord-Ouest du carrefour et l'implanter au pied Nord-
Ouest du pont de Cracovie. Le terrain nécessaire est
actuellement réservé ainsi que la surface de parking en
bordure Nord des voies, avec accès à la station du
TCSP dont l'emprise est prévue du pont de Cracovie
alL""C antennes sportives.
0) - Arrêter l'urbanisation autour du carrefour Ravesies3
pour ne pas aggraver les difficultés d'accès sur les
bretelles et ne pas infliger des bruits de circulation aux
usagers et résidents. Construire autour d'une place est
une solution en centre ville, en milieu urbain ancien et
commercial. Les constructions réalisées dans le cadran
Sud-Est seront desservies par l'arrière.
4°) Traiter les allées de Boutaut depuis Ravesies jusqu'au
pont de Cracovie: un terre-plein central gazonné où
sera implanté le TCSP avec passages piétons couplés
avec les dessertes latérales et, de part et d'autre, deux
voies à double file bordées par un terre-plein planté,
côté voies, de dessertes parallèles à l'axe avec trottoirs
avec encoches de stationnement minute, limités par des
1 TCSP: Transport en Commun en Site Propre
2324constructions en continu avec entrées de parkings
souterrains (au total40 à 50 mètres d'emprise).
5°) - Démolir le pont de Cracovie et construire un pont
à plat avec TCSP en position centrale, prolongation de
part et d'autre des deux voies doubles, un trottoir
protégé latéralement.
Les voies SNCF réimplantées au niveau inférieur,
bordées de talus ou de murs de soutènement avec
implantation du quai de la gare dans l'angle Nord-Ouest
et raccordement piétons vers la station de TCSP.
La solution aujourd'hui envisagée de passage à niveau
avec interruption de la circulation pour la traversée
piétonne est aberrante. On se croirait revenu cent ans
en arrière, alors que dans la France entière on supprime
les passages à niveau. Ce n'est pas la SN CF qui
commande en urbanisme.
6°) - Récupération d'une partie de la surface de la gare
de triage qui n'a plus rien à faire là où elle est.
L'implanter à Parempuyre au Nord, près de la voie
Nord-Médoc. Prévoir au droit des «Aubiers» une
passerelle piétonne pour permettre le franchissement de
la voie SNCF en direction du boulevard Alfred Daney.
7°) - Aménager le carrefour de Latule, en supprimant le
toboggan qui date du temps où, depuis le Pont
d'Aquitaine, la rocade n'étant pas encore exécutée, il
convenait d'orienter en préférence, par l'avenue
Eléonore d'Aquitaine, les véhicules se rendant au Sud de
Bordeaux, en les faisant passer par les Boulevards pour
se rendre aux Barrières et à l'aéroport.
Aménager le carrefour de Latule à plusieurs niveaux ne
veut pas dire d'y implanter, comme il a été
25

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