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Au-delà du divorce, c'est l'Inde

De
242 pages
Au-delà du divorce, c’est l’Inde ou « au-delà de l’illusion, c’est la conscience » : voici le message principal de ce livre. Si le divorce est regardé du point de vue juridique en tant qu’une démarche processuelle et administrative, ou du point de vue sociologique comme un échec, l’héroïne, qui est en même temps l’auteur, décrit la dimension spirituelle du divorce reçu comme une expérience purificatoire et ouvrant des profondes significations de la vie.

Ce récit est une histoire authentique de vie et il s’est écrit presque spontanément pendant le processus subi par l’héroïne de détachement de la grande illusion du monde : Leela ou Maya. En s’appuyant sur un enfilage cinématique des images saisies de sa vie, l’auteur nous dévoile généreusement une expérience riche à travers son chemin conçu en tant qu’un voyage de transformation intérieure qui l’a amené à la rencontre du Soi, du Vrai, d’Arunachala.
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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-89025-2

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur :

Le nouveau Code civil – commentaires sur les articles des lois – auteur et coordinateur, Editions CH Beck, 2ème édition revue et augmentée, Bucarest, 2014 ;

Tests grille, (pour le test d’évaluation sur les questions de droit), Editions Solomon, Bucarest, 2014.

Citation

 

« Le Soi n’a pas besoin de faire aucun effort pour acquérir la Réalisation. Il n’est pas question d’essayer de l’atteindre. La Réalisation est toujours et partout, elle est ici et maintenant. Tout ce qu’il faut c’est de se défaire de l’illusion qu’on n’est pas réalisé. »

 

Ramana Maharshi

Mot introductif

Cette lecture s’adresse en tout premier lieu à ceux qui ont perdu quelqu’un de cher ou pensent avoir été abandonnés volontairement ou involontairement par leurs partenaires. Le choc, la douleur, le désarroi, la colère, la déroute sont des sentiments presque inévitables pour ceux qui se trouvent dans cette situation.

Le livre pourrait également trouver son utilité pour ceux qui sont mariés ou dans une relation et qui seraient tentés de croire qu’une autre personne leur apporterait « l’accomplissement » qu’ils ne retrouvent plus auprès de leur partenaire actuel.

Enfin si quelqu’un est attiré par cette lecture purement et simplement sans raison apparente, il serait à même de découvrir, s’il ne l’a pas encore fait, que nous tous, nous ne sommes séparés qu’à un niveau conceptuel. C’est pourquoi le lecteur aurait le loisir d’être capté par mon histoire qui, d’une manière ou d’une autre, pourrait être aussi la sienne.

Peu nombreux sont ceux qui savent qu’une expérience traumatisante de toute nature serait leur chance de se réveiller de l’illusion dans laquelle ils vivent, d’apprendre qui ils sont pour de vrai, de se débarrasser de leur attachement, de redécouvrir la joie naturelle de vivre ou, plus précisément, de se laisser vivre sans aucun obstacle qui suscite l’émotion.

L’expérience décrite dans ce livre est vécue par moi et je suis heureuse de vous en faire part. C’est le chemin parcouru par le petit « moi » vers le « Moi » unique ou bien du « faire » à « l’être ». Je ne sais pas si je suis au bout du chemin et ça ne compte même pas, l’important c’est que je vis ici et maintenant dans un état de paix et de joie dont la ressource intérieure, inépuisable, m’appartient sans aucune contribution extérieure. Elle m’a toujours appartenu, mais j’ai ignoré ceci pendant plus d’un demi-siècle et j’ai erré en la cherchant dans la grande illusion du monde, nommée « maya ».

C’est comme si j’étais revenue à la vie de l’hypnose de l’aventure que je vivais et j’ai commencé à réaliser qui j’étais en réalité, seulement après avoir vécu l’expérience d’avoir été abandonnée par l’âme que j’aimais, le père de mon enfant, mon mari depuis dix-sept ans. Pendant tout ce temps, la souffrance était devenue ma meilleure amie. La douleur était si profonde et continue qu’à un moment donné je ne l’ai plus supportée et je m’y suis abandonnée tout à fait. En fait, j’ai commencé à lui résister. Ça a été comme une sorte de crucifixion ou une sorte de « mourir avant de mourir » comme dirait Eckhart Tolle, l’un de mes auteurs favoris.

Quand ça m’était devenu égal de mourir de douleur, parce que même la mort me paraissait une meilleure alternative, j’ai ressenti comment, des profondeurs, une paix intense s’élevait, une joie indescriptible. Quelque chose de sacré venait des profondeurs ou, plus précisément, cela se dévoilait à moi parce que cela avait toujours été là. Fugitivement d’abord, puis avec de plus en plus d’intensité jusqu’à ce que le silence total s’installe. Cela était partout. Même mon corps, où j’avais accumulé autant de souffrance, semblait avoir disparu.

C’est comme ça que j’ai appris que tout ce que j’avais cherché en dehors de moi était enfin en moi.

Et c’est alors que j’ai compris que nos relations avec les autres ne sont pas destinées à nous compléter, mais à nous apprendre que nous étions déjà complets.

Je ne t’aime plus

« Je ne t’aime plus ! Je veux expérimenter avec quelqu’un d’autre ! » Tels ont été les mots de mon mari, il y a quelques années. Je les ai reçus comme un coup de poignard au cœur. Je n’étais pas préparée à entendre quelque chose de pareil. Nous étions ensemble depuis dix-sept ans. Nous nous étions mariés par amour et nous avions dépassé bien des choses ensemble. Nous avions un enfant ensemble et Emma, ma fille, nous l’avions élevée ensemble depuis qu’elle était toute petite. Notre liaison paraissait indestructible. On ne s’est jamais disputé. Je croyais qu’on en était à se comprendre du regard, à lire nos pensées. Il me caressait du regard. J’avais en lui une confiance aveugle. Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse me blesser.

– As-tu trouvé une autre femme ? ai-je demandé, ébranlée à la pensée qu’il aurait été capable de faire une chose pareille.

– Non, pas du tout, a-t-il riposté fermement, notre relation ne fonctionne plus.

– Et l’enfant ? ai-je espéré timidement que le sens de la paternité aurait un sursaut.

– Il va s’y faire, a-t-il répondu implacablement.

Je ne pouvais pas croire que quelque chose de semblable puisse m’arriver. Mon mari, doux et plein de joie, s’était transformé subitement en quelque chose de bizarre. Il était froid comme un reptile, nous dormions séparés et, s’il ne passait pas ses nuits prétendument au bureau, il s’éternisait devant l’ordinateur et jouait aux échecs toute la nuit. De temps en temps, il me regardait droit dans les yeux et me disait qu’il ne m’aimait plus et que tout était fini entre nous. Je sentais qu’il me repoussait et que je n’étais capable de rien faire pour toucher son cœur. En fait, je n’avais plus de force et je sentais ne plus vouloir et pouvoir maintenir un tel état de choses. Tout paraissait étrange, dépourvu de sens. J’avais porté le fardeau des dernières années, pourquoi c’était toujours moi qui devais essayer de sauver la famille ? Une bizarre répulsion montait en moi depuis le plexus solaire. C’était quelque chose de sale, de très sale. J’allais l’apprendre bientôt.

J’ai cru qu’il s’agissait de ce que l’on appelle « crise de l’âge moyen », d’autant plus que ça en présentait les symptômes. Depuis quelque temps, il s’habillait en couleurs plus vives, il était plus absent qu’avant, il découchait souvent sous prétexte qu’il avait beaucoup de travail. Rien ne m’avait paru sortir de l’ordinaire. Il avait découché souvent depuis le début de notre relation. Il prétendait mieux pouvoir travailler la nuit et quelquefois même il travaillait à la maison pendant la nuit. Je l’ai cru. Qu’il paraisse absent et même fatigué ; de nouveau cela ne m’avait pas alarmé parce que nous venions de traverser une épreuve difficile pour notre famille, où le mari de ma sœur avait failli mourir. Il n’avait jamais été trop impliqué dans la vie de famille, aussi ai-je attribué son indifférence à la fatigue accumulée, d’autant plus que tout se passait vers la fin de l’année 2007.

Il me semblait de plus en plus qu’il avait un comportement d’adolescent, sa voix même paraissait changée. Il jouait sur la Wii ou même avec les petites autos téléguidées de notre fils David. Il se promenait en patins à roulettes. Il était passionné de jeux sur l’ordinateur, ça me coûtait de le voir ainsi. Il avait toujours été choyé comme « mon troisième enfant », mais je sentais que la femme que j’étais, le rejetait à cause de cet état d’adolescent plus accentué que d’habitude. Notre relation me paraissait presque incestueuse. Je ne lui en ai rien dit, j’attendais que ça passe. Cela n’a plus été le cas, car entre-temps il est parti.

Je me rappelle que, pendant une des rares nuits où il dormait encore avec moi, je lui tenais la main et j’essayais de réchauffer son corps reptilien. J’ai fait un songe, notamment que j’avais fait l’amour avec son cousin, un homme gentil et très aimable. Le songe paraissait si réel que j’ai cru m’être réveillée et j’ai longuement examiné ce que j’avais fait. Le sentiment de culpabilité était très profond, proche de la mort. Je ne pensais plus pouvoir vivre avec un tel fardeau. J’étais dévastée, je me demandais si c’était un songe et il me semblait être parfaitement éveillée. Ce n’était pas un songe, c’était une horrible réalité. Et pourtant cela avait été un songe. Quand je me suis réveillée pour de bon, cela m’a pris du temps pour me libérer de la culpabilité qui m’accablait. Plus tard, j’ai compris que, en fait, je recevais le sentiment de culpabilité que vivait mon mari. Il me trompait en effet depuis de nombreuses années, comme j’allais l’apprendre bientôt.

La nouvelle qu’il ne se sentait plus bien et qu’il voulait vivre une expérience avec quelqu’un d’autre, il me l’avait donnée entre Noël et le Nouvel An. Une tension soudaine s’était installée entre nous vers la fin de l’année. Quelque chose de flou et d’embrumé flottait entre nous. C’était à couper au couteau. Il était sombre et nerveux et, à un moment donné, il a levé la main pour me frapper, sans en arriver là. Jamais quelque chose de pareil ne s’était passé. De nouveau j’ai tout oublié et j’ai attribué cela au stress et à la fatigue.

Après avoir passé Noël avec ses parents et quelques amis, un jour il m’a dit sans sourciller (je crois qu’il avait longtemps préparé son discours) qu’il ne se sentait plus bien chez lui, qu’il ne me rendait plus heureuse. Il paraissait avoir des arguments : que nos sentiments s’étaient refroidis, qu’on ne faisait plus de choses ensemble, qu’on travaillait trop. Je ne pouvais rien dire, je l’ai cru et même je lui ai donné raison. À ce moment, il n’avait pas décidé de quitter la famille, de sorte qu’on a décidé de repenser nos priorités et d’arranger notre programme pour passer plus de temps ensemble. Il a accepté, à ma suggestion et pour sauver les apparences, qu’il pouvait traverser la crise de l’âge moyen avec les implications émotionnelles qui se manifestaient quelquefois chez les hommes, la quarantaine passée.

Nous avons fait toutes les démarches et nous sommes partis à Prague pour passer un week-end romantique. On a logé dans un hôtel charmant de la vieille ville. Dans notre appartement, nous avions une cheminée où l’on faisait le feu avec du bois et une fontaine mystérieuse où l’on voyait miroiter l’eau. Nous nous sommes promenés dans les rues étroites, nous avons fait l’amour, nous avons visité le château et d’autres lieux pittoresques de la vieille ville. Même si Victor paraissait triste et un peu égaré, il ne m’a pas paru que quelque chose puisse lui déplaire. Nous n’avons pas discuté des choses prononcées en décembre. Cela allait de soi qu’on était là pour rafraîchir notre relation. Quelque chose m’a empêchée de fouiller dans son âme. Je pensais qu’il m’avait dit la vérité, que nous travaillions trop et qu’il désirait vraiment qu’on passe plus de temps ensemble.

Je me suis maintes fois posé la question, après notre séparation : pourquoi n’ai-je pas essayé d’en savoir plus ? Peut-être me serais-je rendu compte de quoi il s’agissait ! À quoi bon ? Parce qu’en réalité je luttais pour sauver ma famille sans savoir que je l’avais déjà perdue. Et je l’avais perdue parce que mon mari avait commencé une aventure avec une autre femme qui l’attirait davantage. Bien sûr tout était neuf, troublant, excitant. Aucune relation datant de dix-sept ans n’a d’ailleurs plus ces attributs éphémères. Mon amour et mon dévouement ne valaient plus rien. Ses responsabilités, quelles responsabilités ? L’enfant ? Il s’y habituera. Et toi, tu es forte, répétait-il de façon obsessive. En effet, en ce temps-là, je ne savais pas combien j’étais forte et que c’était le début du chemin au bout duquel j’allais savoir qui j’étais vraiment ou, plus précisément, que j’étais déjà ce que je cherchais.

Je l’ai regardé quitter la maison avec tant de douleur, que je ne croyais jamais en guérir. J’étais comme une blessure ouverte, j’avais mal partout et je ne savais quel remède prendre pour guérir. Je pleurais presque sans cesse et, lorsque les enfants n’étaient pas dans les parages, je hurlais comme une bête blessée. Pendant des mois je n’ai pas pu dormir. Je ressentais dans mon plexus solaire une agitation semblable à celle causée par un ver énorme qui me rongeait le corps et que je ne pouvais pas calmer. La tête me tournait et je ne pouvais me concentrer sur rien. Simplement, je ne savais pas fonctionner sans lui, sans mon identité de femme, sans mes soucis journaliers dans ce rôle. Mon mari était profondément imprégné en moi ou en ce que je pensais être « moi » à ce moment. Je sentais son odeur, j’entendais sa voix, il me semblait qu’il bougeait sur son côté de lit, qu’il entrait par la porte, qu’il montait l’escalier. Notre routine me manquait, les éclats de rire de la maison, les dîners prolongés à la cuisine, nos fêtes, même ses habitudes dont je ne raffolais pas, mais qui le définissaient en quelque sorte. Notre voyage en commun à travers la vie n’avait pas été exactement un chemin parsemé de roses, parce qu’au fil des années nous nous sommes confrontés à des problèmes difficiles, mais nous étions une équipe et nous les avions surmontés ensemble. Nous nous aimions, nous avions confiance l’un dans l’autre et pas seulement pour moi, mais pour mes parents et pour mes amis, ses actions et notre séparation ont été choquantes, incompréhensibles.

À mon sens, Victor était un homme présentable, à la figure calme et sereine. Il me paraissait intègre, sincère, positif et tolérant dans ses relations, même si, au long des années, il avait eu quelques conflits avec ses supérieurs ou d’autres personnes.

Généralement il avait un problème avec le respect des règles, que ce soit pour le programme au bureau, le Code de la route, etc. Il n’aimait pas les personnes autoritaires et, à peu d’exception près, il ne s’attachait pas à ses collègues. Il m’a avoué, à quelques reprises, qu’il n’aimait pas ses collègues de service. J’étais étonnée et je me suis demandé au fil des années pourquoi il n’avait pas d’amis, tout en étant un homme si agréable. Parce que vraiment, pendant les dix-sept ans passés ensemble, Victor n’a pas eu d’amis. Il paraissait être content avec nous, et mes amis ou ceux qui devenaient mes amis, devenaient automatiquement ses amis. Il avait une capacité universelle de s’adapter ou du moins je le croyais.

Il aimait beaucoup manger, beaucoup dormir, il était capricieux et têtu. Il a imposé son propre programme au bureau, adapté à son rythme biologique, parce qu’il prétendait ne pas pouvoir bien travailler le jour. C’est ainsi qu’il avait obtenu l’approbation de ses chefs de commencer son programme à onze heures du matin. Même ainsi, il n’arrivait au bureau que vers treize ou quatorze heures, en disant que de toute façon tout le monde est en retard d’au moins deux heures. Il n’avait jamais la notion du temps, il était incapable de me dire dans quel intervalle de temps il pouvait finaliser un projet. Il était fréquemment en retard ou il découchait souvent, il manquait ses avions et il avait un laisser-aller dans sa personnalité, auquel je me suis adaptée avec le temps. Je ne l’ai jamais contrôlé pendant les dix-sept ans de cohabitation.

J’avais en lui une confiance absolue et à mon tour j’étais trop occupée pour me casser la tête avec des jalousies de femme ennuyée même si, parfois, de vagues soupçons me passaient par la tête. En fait, si j’y pense, je n’ai jamais été jalouse même lorsque j’ai appris qu’il avait quitté sa famille pour une autre femme. J’ai été affligée, déçue, furieuse même, mais pas vraiment jalouse. J’ai toujours pensé que l’assertion selon laquelle la jalousie serait un signe d’amour était une grande bêtise. Selon moi, la jalousie est une énergie très basse, attachée à l’idée de possession, de propriété, normale par rapport aux biens matériels, mais complètement inadéquate par rapport à une personne. C’est parce que personne ne peut être la propriété d’autrui, quelque grand soit le désir de jouir de la compagnie de quelqu’un et combien elle nous manquerait comme présence physique. Je pense que même lorsqu’une personne chérie disparaît physiquement par la mort ou qu’elle part de notre existence, nous avons l’avantage de garder l’amour pour cette personne. J’avoue que l’absence physique de mon mari n’a pas altéré mon amour pour lui, même si dans les premières années de notre séparation, sa présence physique m’a beaucoup manqué. Et même si, pour mon ego, il eut été plus simple de le discréditer vu ses comportements dévoilés pendant notre cohabitation et ses actions ultérieures qui auraient pu le rendre indésirable, l’empreinte que cet homme a laissée sur mon cœur ne s’est jamais effacée. J’ai appris à vivre sans sa présence physique, ce qui, d’une certaine façon, m’a libérée d’une dépendance obstructive au niveau spirituel.

J’ai compris qu’il n’était pas « le conte de sa pensée » même si à une partie de ce conte il nous a tous exposés. En même temps, je n’ai pas essayé de le « détourner » et j’ai respecté « son besoin d’expérimenter ». C’est seulement de cette façon qu’il aura la chance d’apprendre sa leçon, peut-être l’essentiel n’était pas « le conte de sa pensée » qui l’avait poussé à fuir ce qu’il avait aimé avec autant d’intensité jadis. Cela ne veut pas dire que ma séparation de Victor n’a pas été douloureuse ou que je ne vois pas les conséquences que ses agissements ont eues dans ma vie et dans celle de mes enfants. C’est pourquoi je dis Non à toute tentative de manipulation et de harcèlement que son ego tourmenté avait manifesté abondamment dans la dernière période.

Je ne me suis jamais proposée de faire quelque chose pour changer mon mari. Je l’ai pris tel qu’il était et c’est moi qui me suis accommodée à sa personnalité. Il avait une complète liberté de faire ce qu’il désirait, de se développer dans le sens qu’il jugeait bon, d’avoir toute initiative pour s’accomplir. Cela allait de soi que tout cela devait se passer dans les limites du bon sens et sans péricliter sa famille. Les décisions majeures dans notre vie de couple, nous les avons prises ensemble tout simplement, sans trop de débats. Enfin, dans la mesure où nous pouvions décider quelque chose, comme je le pensais alors. En réalité, je crois plutôt que nous attirons vers nous, tout simplement, tout ce que nous devons expérimenter à un moment donné pour notre propre évolution.

On dit qu’on se fait une idée sur les autres et puis le plus souvent on rencontre cette idée. Les autres deviennent de simples concepts avec lesquels notre jugement travaille sans qu’on se branche plus à eux d’une façon authentique. Nous sommes trop préoccupés de notre propre confort émotionnel, de notre petit moi toujours insatisfait qui court éperdument après les plaisirs, les désirs de devenir quelqu’un d’important ou de spécial, d’être aimés, etc. Étant si occupés, on ne remarque pas forcément les changements que les autres subissent à leur tour, en faisant la même chose. De telle façon qu’il n’est pas difficile de comprendre comment je ne me suis pas rendu compte que mon mari me trompait, au vu et au su de tous, comme on dit. J’aimais davantage le croire aimant, intègre, dédié à sa famille, et pendant longtemps même, si ses agissements étaient devenus clairs, je n’ai pas accepté qu’il puisse faire cela. Il fallait qu’une faute ou qu’une excuse existe quelque part. Peut-être que les hommes qui traversent la prétendue crise de l’âge moyen, perdent la raison, je le supposais, pour lui trouver des circonstances atténuantes.

De même, Victor non plus, n’observait plus combien je travaillais pour pouvoir entretenir une carrière « demanding » tout en remplissant mes devoirs de mère, d’épouse, de fille, de belle-fille et même d’amie. Au cours de l’une des rares discussions que nous avons eues après notre séparation, en lui disant que lorsqu’il avait pris la décision de partir, je me sentais sans force, épuisée, il m’a demandé innocemment :

– Pourquoi es-tu fatiguée ?

Le jour où il est parti, quoique je fusse en connaissance de cause concernant la chose, j’ai eu une attaque de panique. Je me suis agenouillée pour prier devant une icône et j’ai ressenti une sorte de révolte contre Jésus et tous les Saints devant lesquels j’avais prié avec ferveur pendant autant d’années pour qu’ils prennent soin de ma famille. Je n’étais plus capable de prier, un vide douloureux occupait mon corps et j’avais de la peine à croire que mon mari, mon bien-aimé, le père de notre fils, nous quittait tout simplement, sans raison apparente. Qu’il désirait se séparer de nous, ne plus nous voir et outre notre volonté, nous imposer à nous aussi, de ne plus le voir. J’ai commencé à pleurer en sanglots et tout à coup mes mains et mes maxillaires se sont bloqués. Ma respiration était agitée, désordonnée et je ne pouvais plus proférer un seul mot. Ma fille Emma s’en est effrayée terriblement et m’est vite venue en aide. Victor, lui aussi, est apparu et cela m’a fait beaucoup de mal, car je sentais qu’en dépit de la situation, il tirait quelque satisfaction de me voir atterrée et vaincue. Probablement, il se sentait mal.

Je ne savais pas comment expliquer ces choses à mon fils qui avait alors douze ans. Je crois qu’il a été le premier à avoir des prémonitions concernant notre séparation. Il faisait un cauchemar depuis longtemps. Il se réveillait suffoquant et essayant de sortir d’un espace clos et, quand il atteignait la porte de notre dortoir, il voyait son père le dos tourné travaillant sur l’ordinateur. En été, environ deux ans avant la séparation, David a été à la mer avec un ami et les grands-parents de celui-ci. Il avait rêvé que j’étais dans un groupe de femmes et quelqu’un m’avait coupé la gorge et m’avait jetée dans un précipice. David s’était élancé pour me rattraper, mais à ce moment, il s’est réveillé. Il m’a demandé :

– Sais-tu qui t’a tuée ?

– Je ne le connais pas, lui ai-je répondu.

– C’était Victor, a-t-il répondu, terrifié encore par le souvenir du cauchemar. Il appelait son père par son prénom en imitant Emma, qui ne l’avait jamais considéré comme une figure paternelle. Victor s’est amusé quand je lui ai raconté le cauchemar de notre fils et il a commenté quelque chose dans le genre :

– Voilà, j’étais donc « serial killer ».

Il y a eu d’autres signes encore que je n’avais pas compris, étant trop inconsciente à l’époque. Pendant l’été 2006, je suis allée en vacances au Portugal avec la famille de quelques amis. C’était la seconde fois de suite que nous passions nos vacances à Carvoiro-Algarve, une petite ville située au sud du Portugal. Nous étions tout simplement devenus amoureux des plages, des golfes de l’océan Atlantique, de la musique Fado, du vin de Porto et de la nourriture portugaise. Comme à l’été 2005, nous avons loué une villa avec une piscine, entourée de fleurs et de végétation exotique. À l’exception de David, qui trouvait la piscine trop petite et la maison trop vieille, et de l’événement que je vais décrire plus bas, nous étions bien avec nos amis pendant ces vacances.

Un jour, nous avons décidé de visiter ensemble la côte ouest du Portugal. Un paysage sauvage nous a accueillis, avec des plages étendues, mais aussi avec un océan furieux, empli de vagues énormes et de courants puissants. L’eau était très froide, environ 10 à 15 degrés et, en contraste avec la haute température de l’air, elle produisait un brouillard épais sur la plage. Quelque chose paraissait sinistre et, comme je l’ai appris plus tard, chacun des enfants a ressenti un étrange état d’inquiétude.

Il y avait partout des fanions qui interdisaient la baignade et signalaient le péril des courants. Moi, je ne sais pas nager et je suis partie le long de la plage pour ramasser les coquillages apportés par les vagues. Je peux affirmer que j’ai été surprise par les vagues qui paraissaient mordre furieusement la plage et voulaient m’aspirer vers le large. Sur le chemin du retour, j’ai rencontré Victor qui était accompagné de Lili, notre amie. Il était agité et voulait entrer dans l’eau. Je l’ai imploré de ne pas le faire, sans savoir qu’il voulait répéter une tentative, arrêtée à temps, à la suite de l’intervention des sauveteurs. À un moment donné, sans que je puisse réagir, Victor a couru brusquement vers l’océan, s’est jeté à l’eau et il a fendu les vagues par en dessous et, à partir de ce moment-là, je ne l’ai plus vu. Je suis tombée à genoux, incapable de regarder vers l’eau. Un couple qui passait sur la plage a prévenu immédiatement les sauveteurs et j’ai senti l’agitation aux alentours. J’ai vu les sauveteurs courir vers l’océan et je pense qu’une heure est passée jusqu’à ce que ceux-ci aient récupéré Victor au large. Il y avait de forts courants qui les éloignaient avec force et rapidité de la rive.

Je voyais des groupes d’hommes se presser pour assister à l’opération de sauvetage et je les entendais prier « Jesus, Jesus, help him ».

J’étais toujours à genoux et je demandais à mon amie si elle voyait quelque chose et combien de têtes elle observait. En dépit de la situation apparemment dramatique, dans mon esprit, vers lequel je me suis tournée spontanément, il y avait un espace, une sorte de sérénité qui paraissait contraster avec l’agitation extérieure. Enfin, ils sont tous sortis de l’eau sains et saufs. Je me suis approchée de Victor et nos regards se sont croisés. Le message que j’ai perçu était :

– Tu vas voir !

Il était violacé et avait besoin de soins médicaux. Une ambulance est arrivée et on l’a réchauffé. Les sauveteurs étaient convaincus qu’il avait été happé par une vague. Ils ne pouvaient pas imaginer que quelqu’un puisse avoir l’inconscience de se jeter seul à l’eau dans de telles circonstances, d’autant plus que la vie des sauveteurs avait été mise en danger.

J’étais choquée et furieuse. Je n’arrivais pas à comprendre comment il n’avait pas pensé, même une seconde, à nous, aux conséquences, aux enfants. Que serait-il arrivé si on n’avait pas pu le sauver ? Nous étions en vacances avec nos enfants et nos amis et que serait-il arrivé si nous étions rentrés sans lui ? Est-ce qu’on se serait jamais remis de ce malheur ? Que s’est-il passé dans sa tête ?

Ultérieurement nous avons évité de discuter sur ce sujet et Victor non plus n’a pas décrit ses sentiments. Il m’a seulement dit qu’il avait réalisé immédiatement qu’il nageait contre le courant et que les chances de regagner la rive sans aide étaient minimales, étant donné le risque sérieux d’hypothermie. Moi, je remerciais Dieu de ne pas me l’avoir enlevé, chaque fois que je m’en souvenais ou que j’étais dans une église. Je ne savais pas qu’il allait partir de toute façon quelques années plus tard, même si ce n’était pas au large de l’océan, et le message que j’ai capté lorsque nos regards se sont croisés après qu’on l’a sauvé, je l’ai compris seulement quand il est parti. Et j’ai compris non seulement le message, mais le fait que ce qui se passait dans nos vies était fixé d’avance et que, de toute façon, nous n’aurions pu en changer le cours, quelle que fût l’intensité de notre désir.

Ensuite, le 1er janvier 2007, Victor a glissé et s’est fait mal à la colonne vertébrale en tombant dans l’escalier de la maison. La douleur avait été si vive qu’il était resté là, paralysé pendant quelques bonnes minutes. Heureusement rien de grave ne s’était passé, à part un bleu énorme qui a guéri en deux mois.

Peu de temps après, pendant qu’il déblayait la neige dans la cour, un bloc de glace est tombé très près de sa tête. Il s’est ensuivi un pied luxé au ski, des vertiges et des bruits aux oreilles, des démangeaisons de la peau, le cou raidi et l’épaule bloquée.

En effet, le temps de se dévoiler était venu. Le mensonge, ou l’énergie qui s’y attache, peut non seulement rendre malade, mais peut même tuer et je pense qu’il vivait dans cet état depuis quelque temps.

Il y a eu quelques signes transmis par mon corps, que j’ai perçus intensément dans la dernière période de notre cohabitation et que je n’ai pas su interpréter alors. Chaque fois que Victor me prenait dans ses bras ou avait une tentative d’approche physique, je sentais pendant de longues secondes comme une combustion dans mon corps, quelque chose de très désagréable et de repoussant. Comprenez-moi bien ! Je ne savais pas alors que mon mari m’apportait l’énergie d’une troisième personne dans le lit conjugal. Moi pas, mais mon intuition le savait bien. Je n’ai jamais eu, depuis le départ de Victor, cette sensation voisine de la nausée.

En dehors de la réaction physique, je peux affirmer que, sur le plan spirituel aussi, des changements s’annonçaient. Bien que pendant les dernières années je me sois comportée comme un coureur au long cours, je commençais à ne plus comprendre le sens de cette course et surtout je ne savais pas où ça allait aboutir et je ne voyais pas la ligne d’arrivée. Maintes fois, je me suis demandé : quand vais-je commencer à vivre ? Il me paraissait que j’avais encore quelque chose à faire. C’était une sorte d’ajournement, de projection dans le futur comme lorsque j’aurais fini ce que j’avais à faire. J’étais enfin libre de jouir de la vie et, malgré mes nombreuses expériences, lorsque je regardais dans le passé, il me semblait avoir vécu une vie médiocre sans des choses mémorables ou remarquables. Et parce qu’une sorte d’anxiété voisine de la dépression m’envahissait fréquemment, ma plus fervente prière était de retrouver ma paix intérieure. Mais jamais cela ne m’était passé par la tête que j’aurais pu me sentir ainsi parce que mon mari ne me « comblait » pas.

J’avais aussi des rêves répétés, où je perdais mes chaussures et je marchais pieds nus en des endroits envahis de boue ou de saleté. Je rêvais toujours à répétition que je rendais visite à mes parents et que je ne trouvais pas ma mère, qui avait juste quitté la maison et personne ne savait où elle était. Je me réveillais avec la sensation d’une perte irréparable.

Avant que Victor ne quitte la maison, je me rappelle David, ses petites mains jointes dans une prière, dans une église proche de la maison où j’avais l’habitude d’aller souvent. En ce temps je croyais encore à un Dieu tout-puissant, représenté par Jésus et la Sainte Vierge et toute une pléiade de Saints. Étant donné mon éducation religieuse orthodoxe, je croyais devoir plaire à ce Dieu et je respectais les règles de la religion orthodoxe de ne pas pêcher et généralement de croire que Dieu savait le mieux ce qu’Il avait à faire. Je cultivais en David le respect des règles saintes et même je le soumettais aux rites orthodoxes concernant la confession et la communion. Il sentait bien que quelque chose se passait et les troubles de son âme me fendaient le cœur. Il m’a posé des questions. J’ai essayé de lui expliquer des choses concernant la « midlife crisis » et je lui ai montré quelques matériaux trouvés sur internet. À ce moment, je croyais que mon mari traversait un état de trouble émotionnel. Je l’ai cru alors qu’il me disait qu’il n’avait aucune autre attache, bien que tous mes amis m’assurassent que c’était bien le cas. J’ai dit à David que son père souffrait d’une sorte de grippe et que nous ne pouvions rien faire d’autre que d’attendre que ça passe. Ça lui a donné un peu d’espérance pour quelque temps, jusqu’à ce qu’il apprenne que son père avait choisi de nous abandonner et de vivre auprès d’une autre femme, ce qui n’avait rien à faire avec la grippe dont je lui avais parlé. Depuis, David a commencé à expérimenter d’autres émotions : l’abandon, l’impuissance, la trahison et surtout la furie qui ne l’a malheureusement pas quitté...