Au-delà du métier Mémoires d’ingénieur

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Ingénieur, un si beau métier ! Une vocation ? Une illusion de jeunesse ?

L’auteur se souvient : la réalité des relations humaines au sein des entreprises industrielles, la rigidité des organisations, la lourdeur des systèmes hiérarchiques, les intrigues et manigances suscitées par les ambitions personnelles qui finissent par déboucher sur des accidents et des drames.

Que lui reste-t-il en fin de vie de l’enthousiasme d’origine ? Les réminiscences de quelques réussites ? L’estime de quelques rares collègues retraités comme lui ? Peu importe ! Si ce n’est le souvenir amer des tués et des blessés graves, ces victimes sacrifiées sur l’autel de la vie industrielle.

Une lueur d’espoir malgré tout ? Le rêve d’une prise de conscience chez tous les dirigeants et cadres d’entreprise.


Publié le : lundi 30 juin 2014
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EAN13 : 9782332760791
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ISBN numérique : 978-2-332-76077-7
© Edilivre, 2015
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A la mémoire de ce grand-père mort en usine, et que je n’ai pas connu.
Avant-pRopos J’ai tardé longtemps à raconter mon histoire. En partie par désintérêt pour l’écriture, en partie par manque de temps, en partie par paresse aussi. Ce qui m’a finalement décidé, c’est la multiplication des accidents et grandes catastrophes de ce début de millénaire.
Ce livre n’est donc pas un roman ; ce n’est pas une œuvre d’imagination. Il doit être considéré comme un témoignage, une contribution historique en quelque sorte sur des événements qui ont eu lieu dans le courant de la deuxième moitié du vingtième siècle. L’histoire qui y est racontée est la mienne. Rien n’a été imaginé. Tout ce que j’y rapporte concerne des faits réels, des situations vécues. C’est tout spécialement le cas pour les dialogues et propos tenus en réunions que j’ai reproduits aussi fidèlement que la mémoire me le permet. C’est toute une vie, une vie professionnelle avec ce qu’elle peut avoir de petits bonheurs, de grandes déceptions et de profondes blessures.
Pour les accidents graves, attribuables à des fautes ou négligences ayant entraîné des victimes, j’ai cité le nom des témoins susceptibles de confirmer les faits décrits pour le cas où il s’avérerait que l’un ou l’autre lecteur intrigué voulût s’assurer de la véracité du récit.
Ce livre, je l’ai écrit comme un combat, un combat contre l’indifférence en matière d’accidents sur les lieux du travail, un combat destiné à mieux sensibiliser les dirigeants des entreprises industrielles aux aspects humains de la sécurité et à l’impact de la gestion des ingénieurs et cadres sur cette question si douloureuse.
Ce livre, je le dédie à toutes les victimes d’accident du travail et à leurs familles tant éprouvées par ces drames et qui bien souvent, ne comprennent ni le pourquoi ni le comment de ce qui leur arrive, mais en subissent toutes les souffrances ; à tous ces inconnus qui, contrairement aux grandes catastrophes minières et industrielles, ne font pas la une des journaux. Les média n’en parlent pas. Ou si peu. Je le dédie également à tous les ingénieurs et cadres qui doivent faire face à bien des obstacles et contraintes pour défendre leur dignité dans le monde implacable des grandes entreprises.
Si j’ai tant hésité à l’écrire, c’est aussi à cause d’une considération atavique pour une de ces entreprises qui a hérité d’un nom illustre et à laquelle j’ai consacré la partie la plus longue de ma vie professionnelle. Malgré les déboires et les désillusions, j’ai conservé pour les descendants des fondateurs une estime certaine, car contre vents et marées, au travers des vicissitudes du vingtième siècle, ils ont su conserver au sein de cette société une part de l’esprit humaniste de leurs ancêtres. Une part seulement, hélas !
Devenue plus grande au fil des ans, cette société a dû évoluer, se transformer pour faire face aux contraintes de la vie économique et de ce fait, a perdu bien des aspects paternalistes de ses origines, ces aspects qui lui donnaient un cachet si particulier. Cette évolution d’une entreprise familiale en société anonyme, confrontée à une lutte quotidienne pour les résultats, pour la survie, ne manque pas de susciter une certaine confusion dans l’esprit de ses collaborateurs. Le nom, celui d’une famille à la renommée prestigieuse, ne manque pas d’entretenir des malentendus au sein du personnel qui s’imagine encore trop souvent pouvoir accorder une confiance quasi aveugle à ses dirigeants.
Pour ce qui concerne la problématique des accidents du travail, l’évocation de quelques cas vécus en illustrera, autant que faire se peut, toute la complexité. On se rendra compte que les causes sont loin d’être toujours aussi simples que celles qu’on évoque au cours des séminaires destinés aux responsables de la sécurité dans les usines.
Incidemment, le document permet aussi de comprendre les raisons qui dans des circonstances particulières, poussent des employés et cadres à la dépression, voire au suicide e comme on a pu le voir en ce début du XXI siècle dans un grand Groupe en France.
Il me reste à émettre un souhait. Puisse ce témoignage inspirer tous ceux, patrons et
cadres d’industrie, qui ont encore le souci de la sécurité du personnel et des installations dont ils ont la responsabilité.
Première partie
Origine et début d’une carrière
Chapitre 1 Naissance d’une Vocation
L’enfance On ne peut comprendre une vie d’homme avec ses rêves, ses ambitions, ses réalisations, ses petites lâchetés aussi, sans se référer à son enfance, à l’époque qui l’a modelée, aux croyances et à l’éducation auxquelles elle a été soumise. Qui n’a des souvenirs de son enfance qui le suivent tout au long de la vie ?
Je suis né tout au début du mois de mai 1940, quelques jours à peine avant l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes. Ma mère, issue d’une modeste famille d’un de ces villages de Gaume où l’on vivait depuis des siècles dans le strict respect de la religion et des traditions rurales, était, jeune fille, venue travailler à Bruxelles où elle s’était mariée et établie. C’est surtout elle qui a marqué ma petite enfance.
Fidèle à ses origines, elle veilla dès mon plus jeune âge à m’imprégner de cette éducation traditionnelle qu’elle-même avait reçue, en m’enseignant les premiers rudiments de la religion et de la morale des gens simples. Ainsi me furent transmises ces valeurs familiales d’honnêteté et de respect d’autrui qui peuvent paraître désuètes de nos jours mais auxquelles je suis resté attaché.
La religion, elle la pratiquait d’une foi profonde dans une observation naïve des prescriptions et artifices accumulés au fil des siècles et une considération respectueuse pour tous les intervenants ecclésiastiques. Le Pape surtout dont les paroles étaient sacrées méritait notre plus grand respect ainsi que notre Sainte Mère l’Eglise. Si elle honorait volontiers tous les Saints du Paradis selon les circonstances de la vie où il était d’usage de les invoquer, Sainte Rita, patronne des causes désespérées, bénéficiait d’une dévotion particulière. Elle lui vouait une vénération toute spéciale avec l’espoir que la Sainte intercéderait en sa faveur pour la soulager des maux qui l’accablaient. Elle attribuait sa mauvaise santé aux privations subies dans l’enfance, pendant la première guerre mondiale, car l’occupant avait assigné son village en « zone de guerre » pendant toute la durée du conflit. Au fil des ans et à mesure de la dégradation de sa santé, ce culte finit par se muer en une véritable bigoterie.
Elle voyait la main de Dieu dans tous les grands drames et souffrances de l’humanité. Le naufrage en 1912 du Titanic fut un de ces exemples souvent invoqué pour mon édification. Elle y voyait l’intervention divine qui avait puni les hommes de leur orgueil, eux qui avaient eu l’audace de déclarer que même Dieu n’arriverait pas à couler le navire qu’ils avaient construit. On sait aujourd’hui ce qu’il en est des causes techniques de la catastrophe depuis que des investigations sous-marines ont ramené quelques morceaux d’acier de la coque.
Elle me parlait avec tendresse de son père dont elle conservait, pieusement dans le tiroir d’une commode, quelques souvenirs épars et dérisoires : une carte d’identité défraîchie, une vieille pipe ébréchée, une blague à tabac en cuir tout craquelé par l’usage, une photo de mariage des aïeux jaunie par le temps, etc. Je n’ai donc pas connu ce grand-père maternel. Il est mort dans un accident du travail en usine, l’année précédant ma naissance. Le peu que j’en sais, je l’ai appris par ma mère qui me racontait, tout petit, les circonstances de sa mort.
Comme c’était souvent le cas à l’époque en milieu rural, la famille vivait en économie mixte, un peu d’agriculture et d’élevage pour l’essentiel de la nourriture, un emploi en usine pour le solde des besoins. Le père, ouvrier frontalier du sud du pays, travaillait dans une usine sidérurgique de la région de Longwy. Un jour de 1939, lors d’une ronde dans les installations, il avait glissé d’une passerelle en surplomb d’une cuve contenant des scories en cours de refroidissement. Dans la chute, il avait agrippé le bord du réservoir et était resté suspendu, au-dessus des scories encore toute rougeoyantes du feu qui les avait enfantées. Le temps que les compagnons de travail interviennent pour le secourir et le remonter et le voilà brûlé sur tout
le corps. Les ouvriers qui l’ont ramené à la maison ont raconté que, lorsqu’ils l’avaient saisi par les bras pour le remonter, la peau leur avait glissé des mains en se détachant des muscles. Il n’a pas tardé à mourir.
Cette histoire m’a accompagné tout au long de la vie et il m’en est resté une sensibilité aiguë aux drames des accidents du travail et aux pénibles conséquences pour les familles. Après le décès du mari, l’aïeule était venue vivre à Bruxelles chez nous, de manière à libérer sa petite maison au village ; le loyer, joint à la pension de veuve, lui assurant un revenu juste suffisant.
Au regard des conventions sociales, ma mère restait imprégnée d’une déférence atavique envers tous les notables. Elle accordait une confiance aveugle à chaque personnalité investie d’un pouvoir quelconque. Dans cette tradition si typiquement rurale, elle nous inculquait une soumission respectueuse à l’autorité que donne le savoir. Malgré toutes les désillusions de la vie, il m’en est toujours resté quelques traces ; le plus souvent à mes dépens.
Elle me transmettait les concepts historiques et les idées qu’elle avait elle-même hérités de ses parents. Dans ce contexte social du début du siècle passé où elle avait vécu son enfance, la famille royale bénéficiait d’une ferveur et d’une gratitude toute particulière. Elle me présentait une vision idyllique de la monarchie, dévouée au service du pays avec ses idoles comme la reine Astrid, ses héros comme le roi Albert et ses bienfaiteurs, comme Léopold II qui avait donné le Congo à la Belgique. Un royal cadeau !
Parmi ses mythes, il y avait aussi Solvay chez qui mon père avait eu la chance de trouver un emploi stable comme ouvrier de laboratoire. Elle me commentait, avec une admiration naïve, le génie de l’inventeur du procédé de même nom et fondateur avec son frère de la Société. Elle me montrait leurs photos dans un album qui avait été édité et distribué au ième personnel pour le 75 anniversaire de celle-ci. Elle évoquait avec reconnaissance leurs actions philanthropiques, en évoquant l’assistance apportée aux populations civiles pendant la guerre de 14-18, et en soulignant leur générosité qui les avait conduits à octroyer des avantages sociaux à leur personnel grâce aux profits que le nouveau procédé de fabrication de la soude leur avait apportés : une des toutes premières entreprises du pays à avoir introduit les congés payés, bien avant que ceux-ci ne deviennent obligatoires, ainsi qu’un système mutualiste d’intervention dans les frais médicaux pour toute les familles de ses employés. Ce sentiment de gratitude pour cette famille illustre, je l’ai rencontré plus d’une fois par la suite chez des personnes de la même génération, originaires des régions d’Ardennes et de Gaume.
Très tôt, elle me sensibilisa à l’importance du travail : il fallait « gagner son pain à la sueur de son front », disait-elle en insistant sur l’obligation de bien étudier à l’école, afin d’avoir un bon métier plus tard. C’est ainsi que tout jeune, j’acquis une conscience aiguë de la nécessité de se procurer un emploi rémunéré qui permette d’assurer la subsistance de sa famille, de la mettre à l’abri du besoin. Cette insistance, répétée tout au long de mon enfance, finit par m’imprégner peu à peu d’une inquiétude secrète de me retrouver un jour « sur la paille », comme elle disait, une anxiété qui n’a cessé de me poursuivre et de me ronger tout au long de la vie professionnelle.
Cette angoisse de l’avenir, cette peur au ventre, combien de fois ne l’ai-je ressentie par la suite. Chaque fois que j’ai perdu mon emploi, comme ce fut le cas lors de la nationalisation de l’UMHK par Mobutu en 1967. Je l’ai ressentie aussi lorsque, deux ans plus tard, je dus quitter la « Cerro de Pasco Corporation » parce que la haute altitude où nous vivions affectait la santé de ma femme. Je l’ai encore ressentie quand ma situation devenait instable chez Solvay SA, lors de mes démêlés avec les hiérarchies où elle me paralysait alors que j’aurais dû trouver et mettre en avant les arguments judicieux pour ma défense.
De la période de guerre 40-45, je n’ai pas conservé le souvenir de souffrances ou de privations particulières. D’origine paysanne, mes parents se sont débrouillés comme ils le
pouvaient pour nous fournir l’essentiel. Un potager sur un terrain vague libéré et prêté par la commune, un petit poulailler au fond du jardin, à l’arrière de la maison, et vraisemblablement quelques fournitures achetées au noir ou provenant de la famille à la campagne complétèrent les rares victuailles que nous laissait le rationnement imposé par l’occupant. Ces quelques adaptations suffirent à nous assurer la maigre pitance indispensable à nos besoins. Mon père, qui avait échappé par miracle à la déportation lors de la reddition des troupes, avait aussitôt retrouvé son emploi assurant ainsi un revenu minimal au ménage.
Ce n’est qu’à partir de la libération que je pris conscience petit à petit des horreurs de cette guerre que nous venions de traverser : le retour des prisonniers, le drame des familles découvrant la perte de l’un des leurs en déportation, la révélation des camps de la mort et de la Shoah ; jusqu’à mon entrée à l’université avec la vision de ce film d’épouvante : « Nuit et Brouillard », document bouleversant des atrocités dont l’homme est capable.
Jusqu’à ma douzième année, l’éducation maternelle de base fut ainsi soutenue et renforcée par un enseignement primaire dans une école paroissiale où l’on accordait plus d’importance au catéchisme et à la Bible qu’à toute autre matière. Reprise par l’endoctrinement religieux de l’école primaire, cette éducation aurait dû aboutir à faire de moi un bon petit catholique bien respectueux de l’autorité de l’Eglise et de son clergé, une grenouille de bénitier. A moins d’une remise en cause fondamentale. Celle-ci n’allait pas tarder.
L’adolescence
* * *
Vers la fin de l’école primaire, il fallut me choisir un établissement pour l’enseignement secondaire. Ma mère aurait bien souhaité m’inscrire dans un collège catholique qui correspondait à ses convictions mais les écoles moyennes libres étaient coûteuses. Mes parents n’étaient pas riches et n’avaient pas les moyens de m’assurer la fréquentation du collège de bonne renommée, voisin de notre commune. Ce n’est que quelques années plus tard, dans le cadre du pacte scolaire, que la gratuité de l’enseignement secondaire fut étendu à tous les réseaux, quelle que fût leur tendance philosophique ou religieuse ; je fus donc orienté vers un athénée de l’enseignement officiel, malgré toutes les réserves que les milieux ecclésiastiques n’avaient pas manqué de distiller à ma mère. Heureusement pour moi ! Car cela débouchait sur un autre monde, différent, bien plus vaste et complexe que celui protégé de mon enfance.
Les études, que j’ai pu poursuivre grâce aux bourses accordées par le « Fonds des Mieux Doués », allaient peu à peu rectifier la vision simple et naïve de mes premières années. A l’athénée, je me pris de passion, pour les mathématiques d’abord et dans la foulée, pour les sciences. Ce furent surtout les progrès techniques de l’époque qui éveillèrent mon intérêt pour ces dernières. Le soutien sans faille d’un professeur de mathématiques qui avait remarqué mes dispositions pour ces matières m’encouragea dans cette voie tout au long des études secondaires.
Par ailleurs, mon père travaillait sous les instructions des ingénieurs de recherche dans les laboratoires en plein développement de la Société qui l’employait, Ce qu’il m’en disait me faisait rêver de devenir, moi aussi, un de ces ingénieurs qui créaient des nouveaux produits, qui concevaient, construisaient et mettaient au point les machines utilisées pour leur fabrication et mise en forme. Dès le début du secondaire, je me mis à étudier assidûment avec le secret espoir d’atteindre un jour cet objectif. En conséquence, mes résultats scolaires, sans être des plus brillants, devinrent de plus en plus acceptables.
Officiellement, l’enseignement dans les écoles de l’Etat était neutre. Mais les programmes, établis par un comité dont les membres, désignés par les grandes familles politiques, évitaient
les thèmes trop délicats, surtout aux yeux des tenants du parti confessionnel, majoritaire à l’époque et dont l’influence ne pouvait être ignorée. Il arrivait néanmoins que l’un ou l’autre professeur, le plus souvent issu lui-même de l’enseignement officiel, fasse un écart au programme par une allusion édifiante au rôle ambigu de l’Eglise dans l’Histoire. C’est ainsi que je pris progressivement conscience d’une réalité qui ne correspondait plus du tout à l’image que je m’en étais faite jusqu’alors.
Toutes ces révélations, l’intolérance religieuse, les guerres de religion avec leurs cortèges de massacres, l’affaire Galilée, les procès de l’Inquisition, l’histoire mouvementée d’une papauté très peu chrétienne, plus soucieuse de son pouvoir et de ses richesses que du message des Evangiles, étaient bien éloignées de ma vision idyllique de la religion et de son église. Petit à petit, elles finirent par ébranler, puis rectifier les certitudes de l’enfance.
Des études secondaires, il me reste aussi le souvenir de quelques personnalités marquantes qui ont eu une profonde influence sur mes aspirations et le développement de ma personnalité. J’y ai croisé un préfet pour qui j’ai conservé une estime toute particulière, un préfet des études attentif au suivi et aux résultats de ses meilleurs élèves ; et surtout de ceux parmi eux qui montraient un goût plus prononcé pour les études scientifiques. J’y ai connu également l’enseignement rigoureux d’un professeur de français qui a su s’attirer l’estime de tous ses élèves. Bien des années plus tard, nombreux furent ceux d’entre eux qui assistèrent, en hommage posthume, aux funérailles de cet homme qui n’avait plus de famille ; chose exceptionnelle, même à l’époque, que cette manifestation de reconnaissance de la part d’anciens potaches. Des leçons de cet homme de bien, j’ai retenu que le Bonheur n’est qu’un mythe inaccessible, que la vie ne peut nous accorder que des petits bonheurs clairsemés, des instants qu’il ne faut surtout pas négliger d’apprécier quand ils se présentent.
En fin d’humanité, un groupe de professeurs laïques avaient pris l’initiative d’enseigner quelques matières qui ne figuraient pas au programme officiel mais qu’ils estimaient essentielles à une formation générale humaniste. Parmi celles-ci, les premiers éléments des théories de Lamarck et Darwin sur l’évolution des espèces. On était bien éloigné du créationnisme biblique ! L’ensemble des études secondaires aboutissait finalement à une prise de conscience de la contradiction fondamentale entre une approche rationnelle, scientifique de la connaissance et le dogmatisme religieux.
1958. Année de l’Exposition Universelle à Bruxelles. Mes études secondaires s’achevaient dans l’allégresse et je me préparais avec l’enthousiasme de mes dix-huit ans à présenter l’examen d’entrée à l’Ecole Polytechnique de l’Université de Bruxelles.
L’Université
Dès la première année des études universitaires, je découvris un monde où la liberté de pensée était le fondement de l’enseignement. Ce principe de vie intellectuelle fut pour moi comme une révélation. Si la libre pensée n’apporte pas une réponse universelle et définitive aux questionnements métaphysiques, elle n’en constitue pas moins une méthode d’approche plus conforme à la raison et à la dignité de l’Homme, et tout à fait dans la ligne de la formation scientifique de base que j’avais acquise à l’Athénée.
De nos jours, la Science a perdu quelque peu le prestige dont elle a joui par le passé. Des catastrophes industrielles, la pollution généralisée, l’utilisation des découvertes au service d’intérêts économiques voire de pouvoirs totalitaires ont nui à son image. On assimile trop volontiers la Science à la Technique ; il y a confusion entre la finalité de la Science, recherche de la vérité, et la généralisation marchande des biens techniques dans une société de consommation. Pour ma part, je reste convaincu que la raison et le progrès des connaissances restent la condition sine qua non du progrès humain face aux dogmatismes et obscurantismes de tous bords. Nos conceptions modernes sur la structure de l’Univers, sur l’origine de la vie et de l’homme ne sont-elles pas le fruit des découvertes scientifiques du passé ?
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