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Back Hurt

De
204 pages

Parcours au cœur de la douleur et des hôpitaux, ce témoignage relate, non sans ironie, deux ans de souffrance. Un regard souvent impertinent sur le monde médical et une réflexion ancrée dans l’actualité, ponctués d’un humour parfois grinçant.
Jacqueline Marcel s’indigne contre les médecins qui n’investiguent pas suffisamment les causes, les troubles et les retombées des douleurs chroniques mais également contre les politiques qui ne délient pas assez les cordons de la bourse. La lecture de ce récit permettra peut-être aux praticiens d’appréhender avec davantage d’humanité les malades qui leur sont confiés. L’auteur souhaite avant tout qu'à la lumière de son témoignage les patients (patients ou impatients), les souffrants et les « souffreurs » se sentent un peu moins seuls !


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-06445-8

 

© Edilivre, 2017

Back Hurt

 

Ce mal au dos qui vous ronge, qui vous grignote jour après jour… ne pourrait-on pas, histoire de se montrer plus « sérieux », le nommer « Back Hurt » par exemple ?

Sous la forme d’un parcours dans les allées des hôpitaux mais surtout au cœur de la douleur, ce récit relate non sans ironie, deux ans de douleur, une parenthèse ténébreuse dont j’espère avoir tiré quelques enseignements…

Exergue

 

Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. C’était une connerie. Du moins dans son acception banale et contemporaine. Au quotidien, la souffrance n’endurcit pas. Elle use. Fragilise. Affaiblit… L’âme humaine n’est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C’est une membrane sensible, vibrante, délicate. En cas de choc, elle reste meurtrie, marquée, hantée. »

(J-C Grangé, Le Passager)

Prologue

Mal au dos, mal du siècle, j’ai la chance, depuis l’âge de vingt ans d’être indiscutablement de mon époque ! Je suis une championne modernité !

Je ne connais pas l’horreur de la peste des heures les plus noires du Moyen Age, pas la lèpre, pas la petite ni même la grande vérole qui ont ravagé le dix-huitième siècle, je n’ai aucun membre arraché comme les malheureux combattants de la Grande Guerre, pas de cancer, pas de sida, j’ai juste mal au dos. Juste ça, ce mal qui passe pour une fatalité, que tout le monde évoque et que personne n’écoute vraiment, juste mal au dos, un mal sournois, invisible, peu spectaculaire, pas contagieux et… pas franchement grave puisqu’on n’en meurt pas !

J’ai, selon la formule consacrée, tout pour être heureuse : un mari, Jean, qui, anachronisme à notre époque (je peux bien me permettre ce petit écart à une pratique contemporaine répandue…) est aussi le père de mes trois enfants, enfants devenus adultes avec lesquels j’entretiens des relations complices, deux petites-filles de quelques mois. Veine supplémentaire, je pratique dit-on le « plus beau métier du monde » : je suis institutrice maternelle.

Ah ! Je vous entends déjà : « Institutrice maternelle : mauvais pour le dos ça : toujours penchée, toujours porter etc. ». Il est vrai que dans ma profession nous souffrons toutes plus ou moins du dos mais ce n’est pas notre apanage exclusif, c’est également la réalité d’autres métiers : coiffeurs, infirmiers, maçons, carreleurs, couvreurs… que ceux que j’oublie me pardonnent…

Quelques enseignants souffrent des cordes vocales régulièrement mises à rude épreuve, d’autres slaloment entre rhumes et autres bronchites attrapés auprès des petits. Enfin, un nombre non négligeable explose de vouloir trop bien faire et souffre de cette nouvelle maladie, infiniment moderne elle aussi, dénommée Burn-Out.

Tiens, pourquoi utiliser un anglicisme ? Plus efficace ? Il faut reconnaître que cela pose mieux. Énoncer « la maladie de l’épuisement professionnel » est assez lourd, plutôt long, cela ne le fait pas comme on dit aujourd’hui ! L’anglais permet ici d’exprimer une notion complexe en un seul mot ou presque.

La langue anglaise possède souvent une concision expressive et imagée incontestable. Les anglicismes s’incrustent de plus en plus dans notre langue. Qui oserait se targuer de ne jamais y recourir ?

Burn Out : explosion, c’est bien de ça que souffrent ces malades, ils explosent littéralement.

Mais alors, le mal de dos, pas celui que chacun ressent de temps à autre ou suite à un mouvement malencontreux mais celui qui vous ronge, qui vous grignote jour après jour… ne pourrait-on pas, histoire de lui donner plus de « sérieux », le nommer « Back Hurt » par exemple ? Blessure du dos en français… Ah, oui, cela sonne bien ça Back Hurt, beaucoup plus « trendy », in english cela prend tout de suite une autre allure !

Les dictionnaires médicaux pourraient le définir comme suit :

Back Hurt : Le syndrome du Back Hurt se caractérise par des douleurs dorsales lancinantes et omniprésentes qui s’installent de manière lente et sournoise. Ce syndrome douloureux s’accompagne généralement d’une série de symptômes d’ordre psychologique : dévalorisation de soi, épuisement, dépression. Le Back Hurt n’est pas à confondre avec le Back Pain qui lui englobe les maux de dos occasionnels causés par un effort ou un mouvement inapproprié.

Eh oui, sans nul doute, si dès le départ je m’étais présentée à une consultation en déclarant « Docteur, vous devez m’aider, je souffre de Back Hurt », c’est sûr, j’aurais attiré davantage l’intérêt et ces derniers mois auraient sans doute été différents sous bien des aspects. Mais non, comme tout le monde j’ai piteusement avancé : « Docteur, j’ai mal au dos », presque un lieu commun. J’ai eu droit, en retour, à un regard complaisant, quelque peu goguenard car, comme je l’ai précisé plus haut, le mal au dos étant le mal du siècle il en perd, par sa banalité, l’importance pourtant intolérable qu’il revêt pour ceux qui en souffrent.

Back Hurt…

Décidément, il aurait peut-être suffi d’un peu d’anglais et la face de ma vie en aurait été changée !

Contact

Depuis des années, j’ai mal au dos… un mal qui m’accompagne tous les jours, un inconfort permanent, un ennemi intérieur redoutable, destructeur, invisible mais devenu une partie de moi. Je l’accepte avec fatalisme, rien d’insupportable, une gêne lancinante ; parfois la crise, un lumbago, le vrai, vous savez celui qui vous plie en deux de mal et ne vous laisse aucun répit !

Depuis des années, visites répétées chez des généralistes durant lesquelles, inlassablement, je reçois ce sempiternel et horripilant conseil, énoncé du ton sentencieux de celui qui vient de découvrir la pluie : « Vérifiez votre literie voire changez-la, cela ira sûrement mieux ! ». Si je les avais tous écoutés, le Roi du Matelas et ses concurrents auraient, c’est certain, fait fortune sur mon dos ! Toutes les consultations se déroulent suivant un procédé immuable : piqûre de cortisone et ordonnance d’anti-inflammatoires, un petit myorelaxant le soir et du paracétamol si vraiment ça fait très mal. Non, non docteur, cela ne fait pas « vraiment » mal, c’était juste une visite de courtoisie ! Je vous en prie…

Ce scénario s’est répété dix fois, cent fois peut-être, je ne sais pas, je n’ai pas compté… et j’ai continué, des années, presque sans y penser, pour ne pas gêner, parce que « Je n’avais pas le temps », pour ne pas ressembler à une mauviette. J’ai ainsi commis l’immense erreur de laisser Back Hurt grandir jusqu’à ce qu’il devienne incontrôlable…

Les dix bonnes raisons de ne pas s’absenter du boulot quand on a « juste » mal au dos, je les connais toutes, je les ai faites miennes. J’en ai fait mon Code de bonne conduite. Oui, tels les dix commandements, ces articles sortis tout droit d’un mélange de sentiment de culpabilité et de ma vision de la conscience professionnelle m’ont poursuivie pendant des années, années de déni, d’effort et de douleur.

Art 1) Tout le monde a mal au dos. Je mords sur ma chique.

Art 2) Si tu t’absentes, tu vas ennuyer les collègues. Je poursuis mes efforts.

Art 3) Si tu t’absentes, tu vas perturber les enfants, les parents te les ont confiés, ils comptent sur toi ! Je continue.

Art 4) Si tu t’absentes, tu vas donner une mauvaise impression aux parents, la réputation de l’école pourrait en pâtir ! Je prépare mes leçons.

Art 5) Si tu t’absentes, tu vas gamberger chez toi, mauvais pour le moral. Je vais bosser et je pense à autre chose.

Art 6) Les radiographies n’ont rien décelé de bien grave. Je cesse de me plaindre.

Art 7) Le scanner a décelé une anomalie discale, tant pis, prends des anti-inflammatoires ! J’avance.

Art 8) La scintigraphie a démontré un vilain tassement discal ! Je me redresse, c’est l’âge !

Art 9) La résonnance magnétique confirme un problème, et alors ? J’avale des médocs !

Art 10) S’arrêter ? A quoi bon ? N’y prête pas attention, cela n’arrangera rien ! Je persiste.

Pourquoi ne pas les proposer en annexe au vadémécum du jeune enseignant ? Possible que je perçoive des droits d’auteur !

Durant trente ans, mon existence fut émaillée d’épisodes de bien, de mal, de mieux. Pendant ces années j’ai eu l’occasion de rencontrer moult médecins, généralistes comme spécialistes et une légion de kinésithérapeutes et autres ostéopathes. Par aucun je ne me suis réellement sentie comprise. D’après eux, je souffrais de maux au dos communs à la majorité de nos congénères.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager divers commentaires désobligeants ressentis comme d’incontestables affronts : « Tout le monde a mal au dos, Madame, il faut prendre votre mal en patience », « Faites du sport », « Perdez du poids ». Et le meilleur : « Vous connaissez l’adage, Madame : « En avoir plein le dos », et bien votre mal peut s’avérer d’ordre psychosomatique, réglez d’abord vos problèmes. »… Et pan ! Véritables camouflets, l’impression que les toubibs portent un jugement sur la validité de ma souffrance : insupportable !

Un simple mal au dos ne présente évidemment pas une menace pour la vie du patient, cependant, lorsqu’il s’installe longtemps, trop longtemps, il se découvre à ce point nuisible qu’il empoisonne tout ce qui constitue son existence.

Quel a été le facteur déclenchant du mal qui me ronge aujourd’hui ? Je l’ignore et, tout bien considéré, je m’en fous !

Je sais bien qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Les clichés rappelés avec un tact implacable par les toubibs présentent probablement du sens. N’a-t-on pas tendance, face à une mauvaise nouvelle, à se voûter, à faire le dos rond pour se protéger ? « Porter le poids du monde sur des épaules » indique bien la manière dont le corps fait écho au mental. Je tiens malgré tous ces poncifs en grande partie responsables de l’indifférence suscitée par les maux de dos chez une bonne partie du corps médical.

Si vous avez déjà été victime du mépris et de l’arrogance des spécialistes, je vous propose un bout de chemin à mes côtés, vous allez vous régaler.

Autre commentaire régulièrement entendu : « Voyez-vous Madame, la station debout a déformé notre colonne, le corps humain ne s’est pas correctement adapté à la positionverticale. ». Six millions d’années de bipédie et ne nous sommes pas adaptés, un record que même Darwin n’aurait pas osé envisager !

Fallait-il que j’avance à quatre pattes pour qu’on m’entende enfin ? C’est à peu près ce qui s’est produit… Ce n’est que ces derniers mois que j’ai compris avoir contracté ce que je me plais à nommer « Back Hurt », un syndrome sournois, insidieux, ravageur, qui entre, en médecine, dans la grande famille des douleurs chroniques. J’y reviendrai.

Feldène, Ibuprophène, Diclofénac, Apranax, Mobic, Medrol… Ce ne sont pas les prénoms de mes élèves quoique je travaille, à Bruxelles, dans une école cosmopolite mais bien de mes fidèles compagnons de route, mes anti-inflammatoires adorés, ceux qui ne me lâchaient pas, toujours là en cas de besoin, au fond d’une poche, d’un sac, d’une armoire. Ils ne m’ont jamais laissé tomber, durant des années…

Jusqu’à ce jour où j’ai finalement dû admettre qu’ils ne suffisaient plus. Vu mon état, j’ai fini par céder aux conseils de mon entourage, inquiet de me regarder me détériorer. Je devais cesser l’automédication, trouver de l’aide, m’autoriser à trouver des solutions pour me sentir mieux ce qui, en soi, génère déjà l’idée de reconnaître « Je ne vais pas bien »… Dans mon chef, une attitude difficile à accepter… Des raisons à chercher dans mon éducation ? Peut-être… L’unique certitude est que j’allais sans doute payer cash la facture de ces trop nombreuses années de négligence…

Première vitesse
Année scolaire 2014-2015, premier trimestre

Une nouvelle année scolaire débute avec son lot de routine mais aussi d’imprévus. Avant tout, il y a ces vingt-quatre petits enfants qu’il m’incombe de préparer et d’accompagner jusqu’au seuil de l’école primaire.

Le planning de l’année est bouclé, l’agenda déjà bien rempli : réunions d’équipe, rencontres avec les parents, visites extra muros, journée portes ouvertes Ajoutons au calendrier les activités qui n’ont rien de pédagogique telles brocante, marche parrainée etc et vous aurez compris que l’enseignement est une profession obligée de s’autofinancer par manque de moyens (ou d’intérêt ?) de notre Gouvernement… et que non, la vie d’un enseignant ne se limite pas à prester devant les élèves !

Je suis motivée, ma meilleure ennemie, ma douleur, me titille bien un peu mais je n’y prête pas plus d’attention que d’habitude, je garde, au fond de mon sac, de quoi la mettre en sourdine ! Je m’en détourne, je lui tourne le dos !

Les semaines se succèdent, malheureusement chacune se révèle un outrage supplémentaire infligé à mes lombaires. Novembre… Voici que la douleur s’installe à demeure, elle gagne en puissance de jour en jour. L’impression de recevoir des coups de poignards dans le dos, des décharges électriques dans les jambes. Il devient difficile de le nier, je dois consulter, une fois de plus… Mon généraliste, le docteur Lebeau qui me suit depuis quelques années et s’est, à maintes reprises, révélé un toubib compétent, ne transige plus et me conseille de me rendre chez un orthopédiste de sa connaissance. Bien entendu, je refuse tout certificat d’interruption de travail, rappelez-vous… Articles 1, 2, 3, 4 et 5 des fameux dix commandements…

Et puis quoi encore ? Accepter une baisse de régime ? Pas bon pour mon image ça !

Cependant je reconnais que me rendre à l’école chaque jour s’apparente de plus en plus à gravir le Golgotha, j’ignorais encore que le Chemin de Croix ne faisait que commencer… Quatorze stations avant d’atteindre le repos ? Impossible, cela en fait au moins treize en trop !!!

Face à la maladie, le dévot invoque Dieu, la souffrance s’avoisine même à une punition divine. En imitant Jésus-Christ qui a choisi de mourir sur la croix, la douleur transcende l’homme tout en ayant une valeur expiatoire.

L’athée que je suis n’invoque que le médecin, ne se console pas en pensant à l’absolution mais au contraire se rebiffe, veut comprendre et croyez-moi, la médecine et ses praticiens offrent très souvent des occasions de douter de sa foi !

La suite de mon récit vous le démontrera… J’avoue que certains jours on ne sait plus à quel saint se vouer…

Je me rends donc chez l’orthopédiste comme d’autres vont à la messe, emplie d’attente et de confiance.

Saviez-vous que parmi les profs, nombre d’entre eux ont été des élèves rebelles ? Faisant partie de ceux-là, je n’écoute bien sûr que partiellement les conseils du docteur Lebeau : je prends bien rendez-vous chez un orthopédiste mais pas chez celui qu’il m’a conseillé. Les délais d’attente chez ce toubib m’ont semblé vraiment trop longs !

Je ne mesurais pas encore le sens profond du terme « patient »…

« Patient » vient du verbe latin patior qui signifie souffrir. En toute logique, le « client » du médecin est, en conséquence, celui qui souffre. L’étymologie nous renvoie aussi à « patientia » qui spécifie non seulement la souffrance elle-même mais aussi le courage, la résignation, la patience en tant que telle… Curieux, comme nous le verrons plus loin, que ceux dont la vocation réside à s’occuper des patients manquent à ce point de compassion et d’empathie, termes dérivant pourtant de la même racine…

J’ai énoncé que je ne mesurais pas encore le sens du terme « patient », j’entends par là que ce n’est que lorsque la souffrance vous contraint à vous tourner vers le corps médical que vous prenez pleine conscience que l’espace-temps se constitue en réalité de deux dimensions : celui des médecins et celui des patients, c’est-à-dire vous, moi…

À moins de s’avérer une urgence et je reconnais humblement ne pas en avoir été une, il faut, une fois que vous mettez le pied dans l’engrenage médical, vous montrer très patients.

Lorsqu’on vous propose un délai de trois mois pour un rendez-vous chez un spécialiste, les médecins s’entendent à déclarer qu’il s’agit là d’une attente raisonnable, cependant lorsque vous avez mal, trois mois c’est un trimestre, une saison, un quart d’année… !

Dans le courant du mois de décembre, je rencontre donc cet orthopédiste dont, je l’avoue, j’ai oublié le nom quoiqu’après toutes ces années il m’ait enfin proposé une suggestion ! Bien entendu, tout commence par la batterie d’incontournable examens d’imagerie médicale : radiographie, scanner, scintigraphie. « Désolée cherscollègues, je devrai chaque fois m’absenter en vue de me rendre à tous ces rendez-vous ! », je suis navrée, emplie de culpabilité, article 2 de mon « Code de bonne conduite », mais il faut bien n’est-ce pas ? Aucune alternative. Un mal nécessaire pour parvenir à gérer cette année !

Le principal, cependant, consiste dans la proposition concrète et inédite de cet orthopédiste : des infiltrations de corticoïdes sous péridurale pourraient avoir raison de la douleur et reléguer, une fois pour toutes, Back Hurt à fond de cale ! L’intervention peut se renouveler trois fois par an. Si je pouvais, je sauterais de joie, enfin une solution se profile à l’horizon !

Trois petites infiltrations et puis s’en vont, voilà qui résonne à la manière d’une comptine, cela tombe à pic, j’en récite toutes les semaines, il doit s’agir d’un signe !

Deuxième vitesse
Décembre 2014

Première infiltration. Je ne sais pas à quoi m’attendre cependant je n’ai pas peur de souffrir. Une péridurale, j’en ai subi une pour mon deuxième accouchement, c’est génial la douleur s’estompe. Dès lors, je me rends à l’hôpital le cœur plutôt léger. L’infirmière m’a bien conseillé de prévoir que quelqu’un vienne me chercher après l’intervention, cependant, pas de raison de me tracasser, c’est sans aucun doute à cause de l’anesthésie locale. Les hôpitaux ont besoin de couvrir leurs arrières…

En préalable, petite anamnèse avec l’infirmière, « Pouvez-vous évaluer votre douleur sur une échelle de 0 à10 ? »

Ah, si c’était si simple… Je trouverais plus facile de jouer au jeu du portrait chinois ! Si la douleur était un art, elle serait l’impressionnisme pour son côté subjectif, ses sensations diverses, parfois fugaces aux contours flous et imprécis. Si la douleur était un arbre, elle serait un cèdre pour son feuillage persistant. Si la douleur était un animal, elle serait un tigre patient, à l’affût de sa proie avant de la dévorer sans vergogne… et moi, si j’étais un végétal, je serais sans conteste un légume !

Oh mais je divague, je digresse, revenons-en à la réalité, à son baromètre et son arithmétique !

« Ben, voyez-vous Madame, par exemple si je dors je pourrais évaluer la douleur à 3 ou peut-être 4, parfois 5 ? En revanche, si je me tiens debout, elle peut monter à 7, par contre assise on peut parler de 6,5 alors que lorsque je cours derrière un enfant désobéissant j’explose à 9 ou 10… » Je n’ai jamais aimé les maths, comment transcrire tous ces chiffres ? Qu’à cela ne tienne, pas besoin d’effectuer un tour par la case Polytechnique, il suffit de calculer la moyenne et ça ira fort bien sic !

Me voici, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire embarquée vers une salle d’opération, une vraie. Première angoisse vu que je ne m’y attendais pas du tout. Moi, j’imaginais le traitement plutôt gentil, cosy, dans une salle d’examen classique. Mais non, c’est le grand jeu et personne ne m’a prévenue. Si le corps médical et le corps humain ont, comme je l’ai déjà fait remarquer, une notion du temps qui diffère, ils ont, en outre, une autre perception de l’espace. Pour eux, la salle d’opération est en quelque sorte comparable à mon local-classe, un lieu quotidien, sauf que pour ma part, je prépare et console les enfants effrayés d’y entrer…

Sans trop d’attention à mon égard, l’anesthésiste m’enjoint de me coucher sur la table, « Sur le ventre s’il vous plaît. ». J’éprouve l’impression désagréable d’être le énième numéro de la journée, de me voir ni plus ni moins réduite à un dos à piquer… Efficacité déshumanisée des médecins eux-mêmes sans doute compressés par des cadences insupportables ! Ces gens ne pensent même plus que je ne dois ma présence qu’au mal au dos et que, par conséquence, la position ventrale s’avère sans nul doute la plus douloureuse. Néanmoins, je me plie, si je puis dire, à l’injonction. Quelle autre solution ? Il faut bien permettre au médecin de voir avec précision l’endroit où elle pique !!!

D’ailleurs, à bien y réfléchir, j’aime autant…

Attention, âmes sensibles s’abstenir, ce qui suit pourrait les heurter !

L’anesthésiste m’explique que, sous radioscopie (en langage de patient cela signifie qu’une caméra est placée au-dessus de moi), elle introduira une aiguille dans l’espace épidural, entre deux vertèbres afin d’injecter de la cortisone au cœur de la zone douloureuse. J’ignorais à cette époque que sous le vocable « péridural » se cachait un « espace » et non pas une forme d’anesthésie. Vous le saviez ou je suis le seul cancre parmi nous ?

En tout cas, aucune comparaison avec le soulagement de l’anesthésie péridurale vécue lors de la naissance de ma fille, la douleur se révèle vive, atroce, insupportable. Mon sang tambourine contre mes tempes, la sueur perle sur tout mon corps. Je me sens piégée, vulnérable. Au secours, Madame l’infirmière ! Ça y est, votre baromètre explose au-delà de 10 !!!

L’infirmière en question me ramène en « salle de réveil ». Croyez-moi, éveillée je le suis, mais laminée, épuisée ! Néanmoins il paraît que c’est pour un mieux, dès lors…

À la maison, un malaise vagal me mène au bord de l’évanouissement, chute de tension somme toute bénigne quoique fort désagréable mais qui aurait pu toutefois présenter un réel danger lorsque je chancelle dans les escaliers. Par chance, Jean me rattrape in extremis ! Sinon j’aurais peut-être pu ajouter une fracture pour tenir compagnie à Back Hurt !

L’anesthésiste m’ayant annoncé qu’une quinzaine de jours est nécessaire avant que l’intervention ne me soulage pour de bon, j’attends le réconfort promis tout en persévérant le mieux possible à l’école…

Un mois après, sans résultat notable, me revoici sur la table du supplice. Changement de programme cependant, une petite variante pour étendre le champ des sensations : cette fois, la toubib va, selon le même procédé, me brûler des terminaisons nerveuses à l’aide d’impulsions électriques. Radiofréquence que ça s’appelle. Un terme de plus à ajouter au manuel de mes nouvelles connaissances !

Radiofréquence donc, voilà qui m’apparaît très novateur, je me réjouis déjà de l’effet salvateur garanti dans les jours à venir !

En attendant, j’essaie de ne penser à rien, de focaliser mon attention sur ma respiration. J’ai le souffle court. Surtout résister à cette souffrance épouvantable, je sens à nouveau la sueur s’écouler dans mon dos… « Attention,Madame, ne bougez pas, je me trouve dans l’espace péridural, près de la moelle épinière ! » Hum, l’idée apparaît suffisamment suggestive pour m’enjoindre à rester parfaitement immobile. Voyez-vous, il existe des moments où même les esprits les plus récalcitrants se soumettent !

Et je me surprends à songer aux prisonniers de tous bords qu’on tente de contraindre à parler sous la torture et je reconnais qu’à cet instant, je tire mon chapeau à tous ceux qui ont gardé le silence.

De tous temps, des hommes, des femmes se sont vus torturés jusqu’à ce qu’ils abjurent leur religion, leurs valeurs ou avouent des crimes qu’ils n’avaient parfois pas commis. Les plus courageux ont refusé de parler, parfois jusqu’à en mourir !

Je m’interroge sur ma propre capacité à me taire dans une situation pareille et, j’en conviens, je n’ose jurer de rien… On peut défendre des valeurs, soutenir des idéaux mais lors d’instants pareils, croyez-moi, nous ne sommes que chair et douleur…

Bon, j’en rajoute une couche. Pas la peine d’alerter tout de suite Amnesty International ! Toute raison gardée, je n’ai quant à moi rien à avouer ni à trahir, toute cette procédure est « pour mon bien », dès lors de quoi me plaindre ?! L’ingrate que voilà !

N’empêche, je ne me suis jamais présentée à la troisième rencontre vu qu’aucun mieux ne s’est manifesté. Il faut parfois choisir entre la peste et le choléra… J’ai choisi Back Hurt, au moins je le connais, nous avons déjà vécu tant d’expériences ensemble lui et moi.

Je continue d’emprunter le chemin des écoliers, le dos meurtri, la démarche lourde, l’humeur à fleur de peau et le moral vacillant, fatiguée, frustrée et irritée par la contrainte oppressante de devoir en permanence imposer violence à mon corps afin de suivre le rythme. La douleur envahit désormais tout ce que je suis. Elle me dévaste. Quand on ne se supporte plus soi-même, comment résister aux difficultés et frustrations de la vie quotidienne ?

Je me sens chavirer lentement mais sûrement, je suis usée par cette souffrance constante. Je me sens avalée par une spirale négative, mes pensées à mon propos sont de plus en plus négatives. Je veux malgré tout persévérer, continuer de travailler : « Haut les cœurs ! Back Hurt n’aura pas raison de moi ! ».

Point mort
Janvier/Février/Mars 2015

Feu rouge, point mort, circulation à l’arrêt.

Je me retrouve en quelque sorte de retour à la case départ. J’ai toujours mal au dos, de plus en plus même. Que se passe-t-il ? Mes petits lutins malins communément appelés AINS (anti inflammatoire non stéroïdiens, en français dans le texte, oui Madame !) n’agissent plus guère, je ne dors quasi plus. La douleur me réveille, tortionnaire impitoyable. La nuit, j’arpente mon salon en espérant détendre mes muscles contractés, je broie du noir… Elle est idiote cette expression « broyer du noir » il s’agit indubitablement d’un contresens, la vérité est que c’est le noir qui vous broie, pas l’inverse. Il vous broie tout entier, vous immerge, vous imbibe de son fiel hostile. Les nuits sont plus longues que les jours, on y trouve d’innombrables questions et pas ou peu de réponses. Comment sortir de cette spirale de douleur ? Je ne me retrouve plus. Je suis réputée forte, solide, drôle même néanmoins se montrer forte n’empêche pas de se sentir quelquefois fragile. Je ne suis plus qu’élancements, tiraillements, souffrance. Je ne contrôle plus rien… Chaque jour de boulot s’apparente à un combat gagné sur moi-même, mais je respecte l’article 1 du Code de bonne conduite : « Tout le monde a mal au dos. Je mords sur ma chique. ».

Le temps passe, deux ou trois visites chez le docteur Lebeau s’enchaînent, on varie les AINS, je prends des somnifères, leur durée d’action n’excède pas quatre heures. Le brave Doc insiste, « Vous devez cesser de travailler et rencontrer l’orthopédiste dont je vous ai parlé, le docteur Lamal » Ok, bien reçu, je cède en partie, il prend rendez-vous à ma place. Comme prévu, trois mois d’attente, rendez-vous fixé mi-juin, pas le choix. Quoi qu’il en soit, absolument pas question d’absence pour...