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Bernard Loiseau

De
170 pages
Le Creusot, automne 1940. Un jeune élève des Ecoles Schneider se voit refuser l'accès à la classe de Seconde Spéciale, malgré sa réussite au concours d'entrée, pour la simple raison que son père, employé aux Etablissements Schneider, a tenté, vingt ans plus tôt, de créer un embryon de section syndicale au sein de l'entreprise. C'est, pour ce jeune homme, le mobile et le début d'une rébellion qui va l'amener à s'engager dans l'action syndicale. Précision : le Bernard Loiseau de ces pages n'est pas le prestigieux chef cuisinier de Saulieu, mais son homonyme.
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BERNARD LOISEAU
Une vie militante

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13803-2 EAN : 9782296138032

Paul Vannier

BERNARD LOISEAU
Une vie militante
Préface de Jacques Chérèque

L’Harmattan

Du même auteur
Pénélope ou Le hussard démonté, Mon Village, 1988 De Bourgogne, un inventaire des fiertés, I.C.I., 1993 Le Guide du Charolais et du Brionnais, La Manufacture, 1994 Le Jardin de Lodi, Horvath, 1996 Au pays du miel, Flammarion, 1998 L’Abécédaire du miel, Flammarion, 1998 L’Agenda de la femme 2002, Hazan, 2001 L’abécédaire du foie gras, Flammarion, 2002 Un si bel été, L’Harmattan, 2008 Les roses de Tighérine, L’Harmattan, 2009 Notules pour les temps qui courent, L’Harmattan, 2009

En collaboration
Limousines, La Manufacture, 1986 Le Grand Livre des fruits et légumes, La Manufacture, 1996 Le Charolais, La Manufacture, 1996 L’Abécédaire de Citeaux et du monde cistercien, Ancr/ Flammarion, 1998 L’Abécédaire de l’Ecole de la France, Ancr/Flammarion, 1998 Sur des chemins de traverse, interviews de Paul Bernardin, L’Harmattan, 2007

A Simonne Loiseau, A ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants

Cet ouvrage a été réalisé à l’initiative de Jean Limonet avec la collaboration de Gérard Godot et s’inscrit dans la démarche conduite par l’ Association Bourguignonne des Amis du Maitron (ABAM)
Sur le Maitron et l’ABAM, voir la notice en fin de volume

Avertissement Une précision pour lever toute ambiguïté : le Bernard Loiseau dont il va être question dans les pages qui suivent n’est pas le célèbre et prestigieux chef cuisinier, propriétaire du restaurant La Côte d’Or, à Saulieu, tragiquement et trop tôt disparu en février 2003. Mais de son homonyme, sans lien de parenté avec lui, qui est né et a vécu toute sa vie au Creusot. On ne parlera donc, dans les pages qui suivent, ni de recettes, ni de “toques”, ni d’“étoiles au Michelin”. Mais d’un homme qu’on pourrait qualifier d’ordinaire, si l’on n’observait que son comportement et sa manière de vivre, mais dont le parcours, en revanche, n’a rien d’ordinaire. Plutôt qu’une biographie, ce qui suit se veut l’évocation d’une “vie militante”, d’un parcours qui ne saurait se comprendre sans le rappel du contexte familial, local, régional et national dans lequel il s’est inscrit. Ni sans faire référence aux bouleversements économiques et sociaux qui ont marqué la seconde moitié du vingtième siècle en France et qui ont affecté plus particulièrement l’histoire industrielle du Creusot.

Bernard Loiseau, un grand bonhomme Au cœur de son adolescence, Bernard Loiseau a été confronté, durement, à l’injustice. Injustice à son égard : bien qu’ayant satisfait à l’examen qui lui ouvrait l’école spéciale des Schneider, il se voit basculé vers un CAP de tourneur qui sera d’ailleurs sa fierté et sa vraie marque de fabrique. Cette injustice, il la ressent doublement puisqu’il comprend qu’elle pénalise aussi l’action de son père qui a osé tenter, précédemment, une coopérative et qui a adhéré à la CFTC de Chalon. Crime de lèse-majesté que paient le père et le fils. C’est le point de départ du combat de toute sa vie, « de mon combat pour la justice face au patronat et, plus tard, face à la hiérarchie de l’Eglise et ses liens avec le patronat » dira-t-il plus tard. De cet évènement a découlé aussi son adhésion à la JOC dont on ne dira jamais assez combien elle a façonné, comme lui, des militants ouvriers. « La JOC fut l’école du peuple » (regards d’historiens). N’oublions pas que l’entrée de Bernard dans la vie adulte s’est faite dans le contexte de l’occupation nazie, de la Résistance et de la Libération, époque particulière pour faire naître et consolider, à l’image de son père, dans la conscience de Bernard, une foi et des valeurs qui lui serviront de repères inébranlables dans toute son action. De cette exceptionnelle entrée en matière est né un engagement syndical qui le portera à toutes sortes de responsabilités du local au national, jusqu’à l’international. Il les assumera pleinement sans jamais sacrifier à l’ambition personnelle : « Bernard Loiseau n’a jamais été un carriériste » dit de lui un de ses collègues.

Evidemment, en premier lieu, le terrain d’action de Bernard Loiseau a été celui du Creusot et de l’entreprise Schneider, dont l’histoire s’inscrit dans celle des maîtres de forge, dans celle de la ville et de ses luttes ouvrières. Paul Vannier stigmatise dans cet ouvrage cette histoire que je ne peux m’empêcher de relier à celle de ces potentats industriels comme les de Wendel en Lorraine, et ailleurs. C’est à partir de cette vie industrielle, commune aux entreprises métallurgiques et sidérurgiques, que « métallos » de la CFTC, qui deviendra CFDT, nos chemins se rencontreront. Bien que d’origine et de parcours différents, c’est le contexte de la guerre d’Algérie, les idéaux de laïcité, les valeurs d’altruisme et le charisme d’un Eugène Descamps qui m’ont fait adhérer à la CFTC, CFDT. Mon premier congrès syndical a été celui de la déconfessionnalisation en 1964. Il m’a conduit, de ce fait, à devenir, moi aussi, un permanent de la FGM (Fédération Générale des Métaux) si chère à Jean Maire. Jean Maire, qui, succédant à Descamps, sollicite Bernard et fait de lui un des piliers régionaux de cette FGM qui deviendra la grande fédération de ces années-là. Le début de cette période a marqué la longue mutation des industries de base et les premiers craquements d’une organisation industrielle fondée sur le gigantisme et le paternalisme qui exigeait un changement auquel le patronat a longtemps cherché à échapper. Mais c’est aussi, en même temps, de la modification de la composition de la classe ouvrière qu’il s’agit. L’expansion des industries de consommation génère l’arrivée des ouvrières à la chaîne, comme chez SEB ou Moulinex, et à l’autre bout du spectre ouvrier, l’irruption des techniciens et des ingénieurs comme chez Thomson, Dassault ou dans le nucléaire.

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Le mérite de Jean Maire est d’avoir ressenti ces changements, de les avoir organisés dans une fédération d’industries qui regroupe, dans un syndicalisme unique, toutes les catégories professionnelles de la métallurgie. La Fédération Générale de la Métallurgie se structure par branches nationales qui s’appuient sur des Unions Métaux Régionales. Bernard Loiseau a été un des artisans passionnés de cette intelligente et pertinente organisation Ainsi, la question du changement et de sa gestion demeure un problème redoutable, toujours d’actualité, car elle pose, au-delà des revendications habituelles, la nécessaire vision du long terme. Quelle stratégie pour conjuguer, à la fois, l’économique et le social ? Mais, en tentant d’y répondre, le syndicat fait irruption dans le politique. C’est pourquoi Bernard Loiseau, comme beaucoup d’entre nous à la CFDT, a cherché à dépasser, dans les conflits, leur dimension habituelle pour y inscrire les questions de la société. 1968 a été l’occasion d’imposer la revendication “qualitative”, comme la reconnaissance de la section syndicale dans l’entreprise, aux côtés de la substantielle augmentation du SMIC. Les années qui ont suivi ont été exaltantes. En 1971, j’ai l’immense opportunité de devenir le Secrétaire Général de la FGM, au congrès de Dijon (ville de ma naissance) dont Bernard est le pivot irremplaçable. La FGM va devenir la colonne vertébrale de la CFDT, dont Edmond Maire est le prestigieux leader. Des grands chantiers vont s’ouvrir qui iront de l’animation de luttes fameuses, comme LIP, à l’engagement international au sein de la grande Fédération Internationale, la FIOM. Membre de la commission exécutive, Bernard est de toutes ces aventures, solide, expé13

rimenté et imaginatif. Il propose, il impulse et prend une part décisive de la dynamique de la FGM. Cependant, l’ombre de la politique plane sur le mouvement social. Un nouveau parti socialiste vient de naître à Epinay avec François Mitterrand. La pompe aspirante commence à fonctionner : pour être crédible, le parti doit compter dans ses rangs d’authentiques ouvriers. Bernard Loiseau et Camille Dufour, « le frère jumeau, l’inséparable compère, l’alter ego », y adhèrent On connaît la suite logique, la conquête du Conseil Général puis de la mairie, par Camille, associé à Bernard, formidable odyssée mais aussi, rupture de parcours. Pour l’avoir moi-même expérimenté, je ne cesse cependant de m’interroger sur les champs respectifs du syndical et du politique. Comment intervenir sans confusion ni subordination ? Comment le syndicat peut-il être indépendant et cependant politiquement efficace ? Stratégie complexe, qui demande aux acteurs beaucoup de perspicacité et de discernement. D’autre part, comment ne pas pointer du doigt l’utilisation excessive que font les partis de tant de militants de base qui n’ont jamais ou rarement accédé à des responsabilités de haut niveau ? C’est peut-être pour cela, que ces “orphelins de la politique”, dont parle Jacques Delors, existent de moins en moins. A cet égard, Bernard Loiseau a fait un parcours politique exemplaire, car il a su gérer, à sa manière totalement désintéressée, ce rôle de second ou de suppléant que lui a laissé parfois la pratique partisane. Devenu inopinément député, il marquera son séjour à l’Assemblée Nationale par son à propos et par sa particularité ouvrière. 14

Dans ses responsabilités politiques, il a été confronté, de plain pied, au dépôt de bilan de la Société Creusot Loire, à son effondrement et à la gestion de ses conséquences sociales, économiques et territoriales. Ce fut pour lui une vraie tragédie. Il saura toujours conjuguer la nécessaire implication concrète dans le traitement des problèmes immédiats avec la recherche de solutions durables. Son objectif central a toujours été l’emploi. Cette bataille a été celle de cette décennie qui a vu comme au Creusot, la sidérurgie, le ferroviaire ou la navale subir des restructurations parfois sauvages. Mais peut-être son champ d’action privilégié a-t-il été finalement celui de la Mission Locale ? Sa rencontre avec l’extraordinaire Bertrand Schwartz est un moment fort de la vie sociale et politique, qui voit l’harmonie totale entre deux personnalités aux parcours différents, réunis par une obsession commune : l’Avenir des jeunes. J’ai eu l’immense privilège de bénéficier du soutien actif de Bertrand Schwartz, en Lorraine. Un peu plus tard, devenu à mon tour président de la Mission Locale de Pompey, en Meurthe et Moselle, j’ai retrouvé Bernard, dont l’expérience et l’autorité pesaient fort au sein du Conseil National des Missions Locales. Des hommes comme Bernard Loiseau et Bertrand Schwarz ont accumulé, en faveur des besoins de tous les jeunes, un précieux et inaltérable patrimoine d’expérimentations et de propositions, que les exigences des temps présents imposeraient d’exploiter sans tarder. Mais est-il encore temps ? Oui, si l’on s’appuie sur la leçon d’opiniâtreté que nous a léguée Bernard Loiseau, car c’était “un grand Bonhomme”. Jacques Chérèque Ancien ministre 15

DEUX OMBRES DANS LA NUIT…

Une ville de province. Extérieur. Nuit. Ce pourrait être la première séquence d’un film en noir et blanc. Néo-réaliste. A la manière de Rome, ville ouverte, ou du Voleur de bicyclette1 qu’on pourra voir plus tard sur les écrans. Deux hommes, un père et son fils, marchent dans une rue du Creusot. Il fait déjà bien sombre, en cette fin de soirée brumeuse de l’automne 1944. Les deux silhouettes avancent lentement au milieu de la chaussée, le long des façades éventrées, ici et là, des toitures effondrées, des pans de murs à demi écroulés supportant des planchers de guingois en équilibre, des galandages ébréchés d’où pendent des lambeaux de papiers peints, rappelant que là, il y avait une chambre, là, une salle à manger… Les trottoirs, de loin en loin, sont encore encombrés de gravats, d’où montent des odeurs de plâtre humide, de suie, de fumée froide… Il y a un plus d’un an maintenant qu’un bombardement, le deuxième, a détruit une partie de la ville, causant de nombreuses victimes, provoquant d’importants dégâts. C’était dans la nuit du 20 juin 1943… Un peu plus d’un mois après l’arrivée des troupes alliées dans la ville, le 7 septembre dernier, les plaies sont toujours là, béantes, la reconstruction des immeubles détruits n’a pas encore commencé… Des ampoules nues, suspendues aux fils qui pendent entre des poteaux penchés, répandent sur ces ruines calcinées, ces tas de pierres
Rome, ville ouverte sera réalisé par Roberto Rossellini en 1945, et Le Voleur de bicyclette, par Vittorio De Sica en 1948.
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