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Biographes de Messali Hadj

De
231 pages
La vie politique de Messali Hadj s'est déroulée sur une longue période (1926-1965), dans le cadre de l'Algérie, de la France, du mouvement ouvrier. Ce livre couvre les années 1927-1962, avec un découpage correspondant aux différentes séquences du nationalisme : l'Etoile Nord-Africaine, le PPA, le MTLD et le MNA, avec à chaque fois une brève histoire de la période et cinq à six biographies. La deuxième partie est réservée à deux auteurs dont les travaux sur Messali Hadj font autorité : Benjamin Stora et Mohammed Harbi.
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BIOGRAPHES

DE MESSALI HADJ

Le CREAC (Centre de Recherches Contemporaine), entend:

et d'Études

sur l'Algerie

- Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins. Dejà parus: La Fédération de France de 1'USTA (Union Syndicale des Travailleurs Algériens. Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002). Avec le concours du Fasild-Acsé -L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon)

- Les couples mixtes chez les enfants de 1 'immigration algérienne. Bruno Laffort. - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua, - L'Étoile Nord-Africaine (1926-1937), Jacques Simon. - Le MTLD ILe Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954) (Algérie. Jacques Simon - La réglementation de l'immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat. - Un Combat laïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955). Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J Simon -Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912) Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. J-R. Genty. - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautés juives de l'Est algérien de 1865 a 1906. Robert Attal. - Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J Simon - Crédit et discrédit de la banque d Algérie (seconde moitié du XIX" siècle) M. L. Gharbi -Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche -Le massacre de Melouza. Algériejuin 1957. Jacques Simon - Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal - Paroles d'immigrants: Les Maghrébins au Québec. Dounia Benchaâlal - « Libre Algérie ». Textes choisis et présentés par Jacques Simon. - Algérie. Le passé, l'Algérie française, la révolution (1954-1958). Jacques Simon. - Messali avant MessaliJacques Simon. - Comité de liaison des Trotskystes algériens. Jacques Simon. -Le MNA. Mouvement national algérien. (1954-1956). Nedjib Sidi Moussa Jacques Simon - Algérie. L'abandon sans la défaite (1958-1962). Jacques Simon - Constantine. Ombres du passé. Robert Attal

Jacques SIMON

BIOGRAPHES

DE MESSALI HADJ

Charles-André Julien, Daniel Guérin, Mahfoud Kaddache, Charles-Robert Ageron, René Gallisot... Mohammed Harbi, Benjamin Stora

Publié avec le concours de l'Acsé

L'Harmattan

@ L'Harmattan,

2009

5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09868-8 E~:9782296098688

PRÉSENT ATION

Messali Hadj fut le fondateur du nationalisme algérien, avec l'Étoile Nord-Africaine (ENA), construite par le PCF au sein de l'émigration algérienne en France en 1926 sur décision de la 3e Internationale. Il crée ensuite le PPA, force motrice des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) qui, à son congrès de mars 1945 adopte les thèses du PPA et proclame Messali, « chef national» et « leader incontesté du peuple algérien ». Il a ensuite créé et dirigé le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), couverture légale du PPA et de l'Organisation spéciale (OS). Ce leader charismatique qui proposait, avec la Constituante Souveraine, une solution démocratique au peuple algérien fut pourtant, pendant 28 ans, persécuté, diabolisé et combattu par la droite et le parti colonial, le parti communiste et tous les gouvernements français: ceux de la lIre République ( du cartel de gauche au Front Populaire), l'État français de Vichy, le GPRF du général de Gaulle, les gouvernements de la IVe République et de nouveau, par le général de Gaulle, président de la Ve République. En Algérie, il fut combattu par l'administration, les défenseurs de l'Algérie française et le Congrès Musulman qui regroupait les administratifs et les Élus, les Oulémas, les réformistes de Ferhat Abbas et les communistes du PCA. Il sera après 1945, combattu par même coalition élargie aux« centralistes» du MTLD. Depuis 1952, le MTLD est déchiré par une crise interne. Refondu au congrès d'Hornu, en juillet 1954, sa nouvelle direction: le Conseil national de la révolution (CNR) prépare la lutte armée pour l'indépendance. Le 1er novembre, le CRUAlFLN de Boudiaf instrumentalisé par Nasser, déclenche l'insurrection de la Toussaint. Par réaction, le gouvernement Mendès France dissout le MTLD et une répression massive s'abat sur le MNA qui lui a succédé. Le 20 août 1955, l'insurrection générale dont l'épicentre fut le Nord Constantinois, ébranle l'Algérie du Statut de 1947. Refusant la solution démocratique proposée par le MNA, le Parlement français vote le 12 mars 1956, les pouvoirs spéciaux qui engagent la France dans une guerre coloniale. 5

Le MNA et le syndicat indépendant UST A subiront les feux croisés des forces de l'ordre et du FLN, soutenu par une coalition comprenant Nasser et les pays de la Ligue arabe, le bloc afroasiatique, les États-Unis (la Maison Blanche, la CISL, le cartel pétrolier), l'URSS et ses satellites, la Chine et le Vietnam. En France, à partir de 1957, les partis communiste et socialiste, les syndicats - à l'exception de la Fédération de l'Éducation

Nationale - la presse, les organisations et les groupes de la gauche
chrétienne, mendésiste, progressiste ainsi que les réseaux qui ont soutenu le FLN, puis le GPRA, refusent tout soutien à Messali, au
MNA et à 1'UST A.

Au pouvoir en 1962, le FLN a hérité d'un immense butin de guerre: les infrastructures portuaires, routières, ferroviaires, les villes avec la presse, les théâtres et les cinémas, le réseau électrique, médical, scolaire et universitaire, les hydrocarbures et les oléoducs, les usines et les entreprises, les terres, les barrages, les aérodromes et tous les biens d'un million d'Européens, chassés et expropriés. En d'autres termes, l'État algérien s'est approprié, sans la payer, toute la richesse produite pendant les 130 ans de 1'Algérie française. Pourtant, malgré ce butin d'une guerre, l'aide multiforme fournie par la coopération et l'interprétation unilatérale par Alger des Accords d'Évian et une politique française entre soutien et non ingérence, aucun des points du programme nationaliste algérien, formulé depuis l'Étoile n'a été réalisé!. Attaché à la stabilité d'un État algérien fort, capable de garantir les intérêts de l'impérialisme français dans ce pays, de Gaulle a accepté l'implosion du GPRA avec qui il avait signé les Accords d'Évian. Il soutiendra les régimes de Ben Bella puis de Boumediene, admettra l'interdiction du néo-PPA en Algérie et l'exil définitif en France de Messali Hadj. Pour les mêmes raisons, Paris a toléré que l'Amicale des Algériens en France interdise la formation d'un parti politique reprenant le combat de l'ENA-PPA-MNA2. Cette politique de l'Amicale a été comprise et soutenue par le PCF, syndicats, les « camarades des frères3 » et la plupart des intellectuels: chrétiens de gauche, les mendésistes, les staliniens et les progressistes. Elle le sera encore par les pablistes, les maoïstes, les gauchistes et les

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tiers-mondistes, majoritaires dans les médias, l'édition et dans beaucoup d'universités. L'indépendance de l'Algérie acquise, les autorités françaises évitèrent toute critique de l'État algérien, structuré sur l'armée des frontières. Il en est de même des syndicats et de la gauche qui refusèrent le combat des démocrates algériens pour les libertés démocratiques, la laïcité de l'État, le printemps berbère ainsi que la répression qui a suivi les émeutes d'octobre 1988.4 La victoire électorale du FIS islamique aux élections municipales puis législatives du 26 décembre 1991 a eu plusieurs conséquences: la démission par l'armée du président Chadli, la création d'un Haut Conseil (HCE), la dissolution du FIS, l'assassinat de Boudiaf coopté à la direction du HCE et une guerre faite à la population algérienne par les généraux.5 La critique par le président Mitterrand de l'annulation des élections législatives de 1991 et son soutien à la plate-forme de Rome6 a créé un froid politique entre Alger et Paris. De courte durée, car les attentats menés en France en 1995, ont conduit Paris à soutenir l'armée, présentée comme un rempart contre l'islamisme.7 Une nouvelle génération de:« chercheurs» autoproclamés, « experts », «essayistes », «historiens de la colonisation et des études post-coloniales» est monté au front pour prendre le relais des anciens porteurs de valises et les petits soldats de « la résistance à la guerre d'Algérie» (Vidal-Naquet). Ces prétendus historiens, la plupart sociologues de formation, très présents dans les médias se sont engagés dans l'écriture d'une histoire partisane et mythologique de la guerre d'Algérie. Rarement titulaires du concours de l'agrégation, ils délaissent leurs étudiants et l'université, dès lors qu'ils sont détachés ou à des fondations comme l'institut Maghreb Europe. Les thèmes qu'ils développent dans les conférences, colloques et publications diverses, reçoivent un large écho dans les médias et les universités algériennes, parce qu'ils s'inscrivent dans la politique de l'État algérien envers la France. Devant le Tribunal qu'ils ont dressé, ces commissaires politiques ont décrété que le bilan de la colonisation française en Algérie était globalement négatif. Ils dénoncent la torture et les crimes de l'armée française mais ils considèrent le lumpenprolétariat comme 7

une nouvelle avant-garde et la pose de bombes dans les bus, les cinémas et les bars comme des actes de résistance. Ils estiment encore que le FLN, en prenant le contrôle par la terreur de l'émigration, a créé une « contre société» exemplaire (Stora). Faisant l'impasse sur Melouza et le massacre de milliers de messalistes et de syndicalistes de l'DST A, ils dénoncent la répression du 17 octobre 1961 en stigmatisant le préfet Papon, sans dire que de Gaulle l'avait chargé d'appliquer les méthodes employées par Massu pendant la bataille d'Alger, pour casser le FLN qui avait porté la guerre en France. Ils diabolisent les Européens d'Algériens, qu'ils rendent collectivement solidaires de l'GAS mais ils s'indignent pas du massacre des harkis, qui seraient des collabos. Ils soutiennent encore Alger qui exige de la France un acte de repentance, assorti d'indemnités, pour tourner la page de la guerre d'Algérie8. Ignorant 1'histoire du nationalisme et du mouvement ouvrier algérien en France, ils rendent Messali responsable de la guerre entre le FLN et le MNA et ils comprennent « le meurtre du père» qui s'était, par orgueil, opposé à ses fils qui ont arraché l'indépendance de l'Algérie. En 2000, la préparation d'un traité de paix franco-algérien a donné naissance à une école de «nouveaux historiens» qui prétendent écrire une histoire «mixte franco-algérienne », « apaisée» et «sans tabou », alors qu'ils n'ont qu'une culture superficielle de cette histoire et qu'ils ne font que recycler les thèmes développés par le FLN et ses défenseurs, depuis un demi siècle. Il est significatif que cette nouvelle école soit pilotée par Mohammed Harbi et Benjamin Stora, venus à l'histoire après avoir été des apparatchiks, l'un du FLN/GPRA, l'autre du PCI (lambertiste), adoubé ensuite par François Mitterrand comme l'expert algérien du parti socialiste.9 Nous verrons, comment ces deux historiens hyper médiatisés depuis plus de vingt ans, ont dénaturé le combat de Messali Hadj, partisan d'une Algérie souveraine et démocratique, amie de la classe ouvrière et du peuple français. Mais tout d'abord, qui est Messali Hadj? 8

Bref itinéraire de « l'éternel enfermé»
Messali Hadj est né en 1898 à Tlemcen dans une famille modeste, dont le père est un koulougli (métis de turc et de berbère), membre de la confrérie religieuse des derqaoua. Il fréquente l'école de façon intermittente car il doit gagner sa vie en exerçant de petits métiers. Dès sa jeunesse, Messali est frappé par les différents aspects que prend la colonisation, avec la conquête du Maroc, la paupérisation accrue de la population musulmane, la fiscalité très forte (les impôts arabes), le code de l'indigénat et la conscription entraînant l'exode de 1911. Lecteur passionné de la presse, il anime plusieurs nadis (cercles de discussions). Mobilisé en 1917 à Bordeaux, il s'intéresse à la révolution russe, au Congrès des peuples de l'Orient de Bakou et aux victoires de Mustapha Kemal, soutenu par Lénine, au congrès de Tours et à la grève générale de 1920. En 1923, démobilisé à Tlemcen, Messali refuse la condition d'indigène. Il est déçu par l'émir Khaled et les Jeunes Algériens, les socialistes, les communistes et le syndicalisme naissant. Il s'exile alors à Paris, trouve un emploi et une compagne et se passionne pour la vie politique. En 1926, il adhère à la CGTU, au PCF et à l'Étoile NordAfricaine (ENA), dont il devient le secrétaire général. Surtout implantée dans la région parisienne, l'Étoile (1926-1937) s'engage dans toutes les luttes du mouvement ouvrier, jusqu'à sa dissolution par le gouvernement de Front Populaire. Le PPA succède à l'Étoile (1937-1945). Il intervient en Algérie et en France, jusqu'à sa dissolution par le gouvernement de Vichy puis par le GPRF du général de Gaulle en 1945. Reconstitué après 1946, le PPA se dote d'une couverture légale: le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD). Son histoire se déroule dans le cadre de la crise conjointe du capitalisme et de la bureaucratie stalinienne. C'est dans ce contexte que le MTLD est déchiré par une lutte interne entre réformistes et messalistes. Refondu en juillet 1954 au Congrès d'Hornu, le MTLD qui s'est doté d'un programme radical et d'une direction nouvelle, prépare la révolution qui éclatera en novembre. 9

Le MNA qui remplace le MTLD joue un rôle déterminant pendant la phase première de la révolution 13,mais il est écrasé par les forces de l'ordre et par le FLN soutenu par une coalition de forces attachées au maintien de l'ordre dans le monde et en particulier à la stabilité des nouveaux États d'Afrique et du MoyenOrient. En France, la majorité des partis, des syndicats, des forces politiques, de la presse et des intellectuels de gauche, soutiennent de Gaulle qui installe le GPRA pour se débarrasser du «boulet» algérien. En 1962, Messali recrée le PPA, mais le contexte a changé. Il est isolé en France, interdit en Algérie et il périclite. Messali meurt en 1974. L'objet de ce livre La vie politique de Messali Hadj s'étant déroulée sur une longue période (1926-1965), dans le cadre de l'Algérie, de la France, du mouvement ouvrier et dans l'histoire du premier XXe siècle, l'écriture de sa biographie doit être replacée dans ce contexte et ne pas se réduire à la séquence de la guerre d'Algérie. Tâche très lourde, car il existe maintenant une immense documentation sur la question et d'importants travaux d'historiens français et étrangers, car la guerre d'Algérie a eu un retentissement international. Il convient aussi de réfléchir sur les raisons qui ont cristallisé contre cet homme, la haine du colonialisme, la répression de tous les gouvernements français depuis 1929, l'hostilité tenace du PCF et des partis staliniens et - cas unique - le soutien aussi hétéroclite que surprenant de la coalition qui, en pleine guerre froide, a soutenu le FLN/GPRA. Ce livre consacré à Messali couvre les années 1927-1962, avec un découpage correspondant aux différentes séquences du nationalisme: l'Étoile, le PPA, le MTLD et le MNA. Chacun des quatre chapitres de la première partie comprend une brève histoire de la période, des documents et cinq à six biographies, faites pour l'essentiel par des historiens, présentées et critiquées par l'auteur. La deuxième partie est réservée à deux auteurs dont les travaux sur Messali font autorité: Benjamin Stora et Mohammed Harbi. Il 10

sera suivi d'un chapitre qui s'efforcera d'expliquer les raisons durables du silence ou de la diabolisation de Messali en Algérie qui n'ont pas empêché le retour de Messali dans le champ de l'histoire et dans l'actualité. Notes
1. La formation d'un État de droit issu d'élections libres à une Assemblée constituante, la laïcité de l'école et de l'État, la réforme agraire, l'industrialisation pour développer les forces productives, l'application du programme démocratique (les libertés d'opinion, d'expression et d'organisation, l'émancipation de la femme, l'indépendance des syndicats), la satisfaction des besoins sociaux et culturels des masses, la langue berbère comme langue officielle), l'unité des peupJes d'Afrique du Nord et son intégration dans un Commonwealth franco-africain. 2. L'Amicale qui succèdera à la Fédération de France du FLN (la wilaya 7) deviendra la police politique de l'État algérien, l'Ambassade avec les consulats étant la représentation officielle. Derrière une couverture pseudo culturelle, le rôle de l'Amicale était de soutenir les historiens et journalistes favorables à leur cause, d'encadrer et contrôler l'émigration et d'infiltrer les groupes et organisations d'opposants pour les détruire. Cinquante ans après, le spectre de Messali hante toujours l'appareil politique et répressif algérien. 3. Hamon (Hervé)-Rotman (Patrick). « Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d'Algérie », A. Michel, 1979; Pattieu (Sylvain). « Les camarades des frères », Syllepse, 2002. 4. Charef (Abed). « Octobre », Laphonic, Alger, 1990. 5. Souaïdia (Habib). « La sale guerre », Gallimard (Folio), 2001; Aboud (Hichem). « La mafia des généraux », Lattes, 2002; Provost (Lucille). « La seconde guerre d'Algérie », Flammarion, 1996; Labat (Séverine). « Les islamistes algériens », Le Seuil, 1995; Martinez (Luis). « La guerre civile en Algérie », Karthala, 1999. 6. Aïssat (Sadek), Dimet (Jacques), Euzière (Paul). « Algérie, une guerre à la société », Ed.sociales, 1996. 7. « Chadli, les généraux et nous », Le Matin, 10janvier 2002. 8. Lefeuvre (Daniel). « Pour en finir avec la repentance coloniale », Flammarion, 2006. 9. Harbi (Mohammed) et Stora (Benjamin). « La guerre d'Algérie, 1954-2004. La fin de l'amnésie », Laffont, 2004.

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PREMIÈRE

PARTIE:

MESSALI HADJ, LE ZAÏM

Chapitre l

L'ÉTOILE NORD-AFRICAINE

. Brève histoire
C'est en 1924, pendant son exil à Paris, que Messali fait la connaissance de Hadj Ali Abdelkader, un Algérien de Relizane devenu membre du comité central du PCF et candidat de ce parti aux élections législatives. Les rencontres entre les deux hommes qui sympathisent deviennent très vite régulières et fréquentes. C'est par les discussions avec Hadj Ali, l'étude de la presse syndicale et communiste que Messali devient en octobre 1925, membre de la CGTU et sympathisant, dans une cellule d'Algériens du PCF, rue Ordener, dans le ] 8e arrondissement. En ]926, quand l'Étoile Nord Africaine (ENA) est créée par le PCF sur décision de la Ille Internationale], Messali fait partie des cadres algériens communistes du PCF qui ont investi les différentes structures coloniales du PCF: l'Union intercoloniale (UIC), le Comité des études coloniales (CEC), la SousCommission nord-africaine (SCNA) et la Commission coloniale centrale (CCC). Dans son Assemblée générale constitutive, l'Étoile adopte un document intégré dans les statuts qui établit une séparation entre le programme démocratique réalisable dans le cadre colonial existant2 et, à une étape plus lointaine, la lutte pour le socialisme. Cette théorie adoptée par le Ve Congrès de l'IC sur le Guomintang chinois3 est apparue à Messali Hadj, contradictoire avec l'action menée par le PCF contre la guerre du Rif. Dès sa création, Messali Hadj est nommé, sur proposition de Hadj Ali secrétaire général de l'Étoile; il est chargé du travail syndical, de l'organique et de la propagande. En dix mois, Messali fait adhérer une centaine de travailleurs, surtout des kabyles à l'Étoile et à la CGTU. Il lit avec soin les brochures de l'Internationale, de la CGTU et du PCF, les tracts et les journaux ainsi que les cours de l'école des cadres communistes de Bobignl que lui remet Hadj Ali. En février 1927, chargé de représenter l'ENA au Congrès international de la Ligue anti-impérialiste de Bruxelles, Messali 15

prononce un discours radical qui fonde le nationalisme algérien. En effet, à la différence du PCF, Messali établissait une liaison étroite entre la lutte pour le programme démocratique et l'indépendance des trois pays d'Afrique du Nord Dès lors, Messali devient pour la droite coloniale, les gouvernements français et le PCF et l'lC, 1'homme à abattre. Soutenu par son comité directeur, Messali maintient l'ENA dans la mouvance du PCF et de la CGTU. Il renforce l'autonomie de l'Étoile en 1928, puis son indépendance totale envers le PCF, en 19336. En six ans, l'Étoile a connu une véritable mutation. Par sa composition sociale, sa direction, son mode de fonctionnement, son programme, ses méthodes de lutte, sa propagande et son insertion dans le mouvement social, c'est, selon les critères du marxisme, une organisation prolétarienne. Elle n'est plus cependant comme «le parti communiste national musulman» de Sultan Galiev7, rattachée à l'lC de Moscou devenue stalinienne. En 1934, l'Étoile se lie avec la gauche socialiste, les trotskystes et les anarchistes. Elle participe activement à la lutte contre les ligues en France et le fascisme, le racisme et l'antisémitisme, le contrôle policier de la rue Lecomte, la Mosquée de Paris, l'exposition coloniale et l'agression italienne de l'Éthiopie. En 1935, elle adhère au Front Populaire et se fait applaudir au défilé du 14 juillet 1936. Le mois suivant, Messali s'installe en Algérie et construit une Région de l'Étoile.8 Il est combattu par le parti communiste algérien (PCA) qui forme le noyau dur du Congrès Musulman Algérien (CMA) et par la grande colonisation. En janvier 1937, le PCF et le PCA qui ont mené une lutte acharnée contre Messali obtiennent du gouvernement Blum, la dissolution de l'Étoile9.

. Documents
1. Le discours de Bruxelles Organisé par la Ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale, fondé à Berlin avec le soutien du Comintern, le Congrès de Bruxelles (l0-15 février 1927) visait à créer «un mouvement anti-impérialiste de masse» et s'inscrivait dans la politique du « bloc des quatre classes» adoptée par le ye Congrès de l'le. 16

Invité à prendre la parole, Messali fera en tennes vifs le procès de la colonisation en Algérie: « Bien loin d'apporter à ce pays l'aide qu'il aurait pu utiliser pour se développer, l'impérialisme français a joint à l'expropriation et à l'exploitation, la dominationpolitique la plus réactionnaire,privant les indigènes de toute liberté de condition, d'organisation, de tous les droits politiques et législatifs, ou bien n'accordant des droits qu'à une petite minorité d'indigènes corrompus. [...] C'est contre cette politique coloniale, contre cette oppression que les populations laborieuses d'Afrique du Nord ont mené et mènent
encore une action permanente par tous les moyens dont elles disposent,

pour atteindre l'objectif qui renferme leurs aspirations de l'heure présente: l'indépendancenationalelO. » Sur la route qui conduit à l'indépendance et à l'expropriation de l'impérialisme, Messali énonce une série de revendications démocratiques: « l'abolition du Code de l'Indigénat et des mesures d'exception », « la liberté de presse, d'association, de réunion », « l'application des lois sociales », «les droits politiques et syndicaux égaux à ceux des Français qui sont en Algérie », etc. L'intervention de Messali est historique pour trois raisons: le problème de l'indépendance des trois pays de l'Afrique du Nord est posé pour la première fois dans une instance internationale, la lutte pour les revendications démocratiques est étroitement liée à l'indépendance et à l'émancipation des populations d'Afrique du Nord, l'Étoile a été présentée comme le parti des « populations laborieuses », c'est-à-dire le parti de la classe ouvrière. Ce discours se démarque de la politique de l'IC, sur l'Afrique du Nord, fonnulée dans les statuts de l'Étoile de 1926; c'est le point de départ de la rupture politique et programmatique entre Messali et le PCF. 2. Le Programme de 1933 Le 28 mai 1933, l'Assemblée générale de l'ENA discute et adopte les projets de rapports proposés par la direction. Puis elle élit une direction, qui reconduit la plupart des membres de la JI prece dente. " Le programme12 comprend deux parties : les revendications démocratiques et les objectifs politiques. La première partie 17

comprend une liste de revendications, qu'il est possible d'arracher par une mobilisation très large, dans le cadre de l'Algérie, avec l'application aux indigènes les lois de la République française: . la suppression du Code de l'indigénat, des lois d'exception, des communes mixtes et des territoires militaires; . la libre circulation entre l'Algérie et la France; . la liberté de presse, d'association, de réunion, les droits politiques et syndicaux; . l'application des lois sociales et ouvrières: le droit de chômage aux familles algériennes en Algérie et les allocations familiales, l'octroi immédiat des assurances sociales; .- un « crédit agricole aux petits fellahs, une organisation plus rati~nnelle de l'irrigation. » Dans la seconde partie, l'Étoile se prononce pour l'indépendance « totale de l'Algérie », avec « un gouvernement national révolutionnaire» désigné par une « Assemblée Constituante élue au suffrage universel par tous les habitants de l'Algérie ». Il sera chargé de réaliser les tâches démocratiques et en particulier la question agraire par: « la confiscation des grandes propriétés accaparées par les féodaux alliés des conquérants, les colons et les sociétés financières, et la remise de la terre confisquéeaux paysans. Le respect de la moyenneet petite propriété, le retour à l'État algérien des terres et forêts accaparées par l'État français. [...] apporter une aide immédiate aux fellahs par l'affectation à l'agriculture de crédits sans intérêts pour l'achat de machines, de semences et d'engrais, organisation de l'irrigationet améliorationdes voies de communicationetc. » Le gouvernement devra aussi donner une impulsion au développement de l'économie, du fait de « la remise en toute propriété à l'État algérien des banques, des mines, des chemins de fer, des ports et des services publics, accaparés par les
conquérants.»

Il s'agit là, d'un programme qui condamnait l'ordre colonial, préconisait l'émancipation sociale et politique du peuple algérien et garantissait à sa composante juive et européenne, tous ses droits et libertés. La dimension historique de cette Assemblée Générale, c'est que l'ENA a été construite et dirigée par Messali comme une 18

organisation prolétarienne avec un programme social et politique radical, à un moment où Hitler devient chancelier du Reich. 3. La rupture entre le PCF et l'Étoile

Après 1928, le PCF engage une lutte acharnée contre l'Étoile qu'il cherche à détruire. En 1933, André Ferrat, membre du Bureau Politique s'en explique: «Nous avons rompu avec le groupe de l'Étoile Nord-Africaine qui suivait une politique national réformiste et religieuse, son journal ne paraît plus régulièrement, un seul numéro est sorti depuis notre rupture avec eux. Les éléments qui faisaient vivre ce groupe étaient en réalité nos propres camarades. [...] Ils sont maintenant acquis à notre ligne de lutter contre les nationaux réformistes et chefs religieux soutiens de l'impérialisme.13}) Amar Ouzegane, le secrétaire stalinien d'Algérie écrit: général du PCA et le meilleur

«L'ENA devait jouer au Maghreb le rôle d'une alliance nationale, patriotique et populaire comme le Toudeh en Iran, le Congrès hindou, le Waqf égyptien...où le poids des pachas antibritanniques serait compensé par celui du bloc des couches populaires. Pour le malheur des peuples maghrébins, l'ENA n'a pas répondu aux espoirs des inspirateurs d'un efficace moyen de libération nationale. Au contraire, elle se recroqueville en parti ouvrier, comme pour s'aligner sur le sectarisme de Trotski qui reprochait à l'Internationale communiste «d'avoir cherché en dehors du prolétariat des forces révolutionnaires toutes faites. [...] Ce qui est anormal, c'est lorsque l'organisation anti-colonialiste échappe au contrôle de ses inspirateurs, les théoriciens de Moscou et de Parisl4. })

4. Messali: « l'Étoile est une organisation prolétarienne»
Après 1934, Messali, vivement attaqué par la presse coloniale, les partis de droite et le PCF, précise le combat mené par l'Étoile. Dans un meeting tenu à Tlemcen, le 4 novembre 1936, il dit: «Nous réclamons l'octroi des libertés démocratiques, nous voulons la constitution d'un Parlement algérien, élu au suffrage universel, mais nous entendons bien atteindre ces buts grâce à la collaboration intime des Algériens et des Français. [...] Nous travaillons en prévision de l'avenir logique de l'Algérie, pour que le peuple algérien puisse 19

participer à la direction économique, politique et administrative de son pays, l'Israélite, le Musulman et le Français se trouvant sur le même pied d'égalitéI5. » ~ En janvier 1937, à Alger, les délégués de l'Étoile sont expulsés par le service d'ordre du PC A, du Congrès Musulman, défenseur du projet réformiste Blum- Viollette. Peu après, la direction du Congrès entraînée par les communistes, obtient du gouvernement Blum la dissolution de l'Étoile. Dans La Gauche Révolutionnaire du lef mars 193i6, Messali parle des relations entre l'Étoile et le Front populaire: « [...J L'Étoile était présente, le 12 février 1934, à la Nation, aux manifestations du Mur des Fédérés; au 14 juillet, de même; elle était présente au Panthéon pour protester contre l'agression dont notre camarade Blum fut victime au mois de février 1936 ; tout récemment encore, au grand défilé du 14 juillet 1936, plus de 35 000 Arabes étaient groupés sous son drapeau. En ce qui concerne l'Ethiopie, elle a, en accord avec les Noirs, organisé cinq grands meetings pour protester contre l'agression italienne. Je suis allé moi-même, avec une délégation, pour protester au nom de toute l'Afrique du Nord. Dans notre journal El Duma, j'ai écrit plusieurs articles condamnant le fascisme et l'impérialisme. Nous antisémites? Nous, amis de Franco? Quelle ignominie et quelle calomnie qui ne peuvent que déshonorer leurs auteurs. Nous n'avons jamais été antisémites, et pour preuves: nos relations cordiales avec Bernard Lecache, chef de la Ligue internationale contre l'antisémitisme. [...J L'Étoile est une organisation essentiellement prolétarienne, groupant non seulement des ouvriers, mais des parias qui ont été tour à tour exploités par l'impérialisme, le fascisme et la féodalité de chez nous. Les camarades de la Gauche Révolutionnaire me permettront de leur dire franchement que toutes les accusations que l'on essaie de porter contre nous sont dénuées de tout fondement et que nous sommes prêts à les réfuter publiquement. »

. Biographes et critiques de Messali
[Parmi la liste des biographies consacrées au chef algérien, il nous a semblé important de revenir sur la genèse du nationalisme algérien. Cela explique le choix fait d'examiner, après un important rapport de police de 1934 sur l'Étoile, les critiques faites - en nous limitant à deux points: le discours de Bruxelles et la nature, le programme et l'action de l'Étoile par Daniel Guérin, un dirigeant du Parti socialiste ouvrier et paysan 20

(PSOP) qui fut son ami et par quatre historiens: Charles André Julien, Charles Robert Ageron, René Gallissot, Mahfoud Kaddache. Mohammed Harbi et Benjamin Stora feront l'objet d'une étude particulière dans la seconde partie.]

1. Le rapport de police de 1934 (pp.41-42) Après l'AG de 1933, l'Étoile participe activement aux côtés de la gauche socialiste aux manifestations contre les émeutiers du 6 février 1934. Le ministère de l'Intérieur cherche alors à mieux connaître le chef de l'Étoile, à un moment où la propagande allemande s'effectue en direction des Musulmans d'Afrique du Nord. Insistons sur quatre points de ce rapport de police: Messali possède une «véritable culture» politique et générale, il n'a pas rompu tous les ponts avec le PCF, il n'est pas permanent de l'Étoile qui ne possède pas d'appareil (ce n'est donc pas un autocrate) mais ses directives, toujours discutées au comité directeur, sont appliquées par les militants et il a doté l'Étoile d'une doctrine.
« Rôle prépondérant du nouveau président de l'Étoile Nord-Africaine: Il est à coup sûr le seul qui dispose d'une influence réelle sur ses coreligionnaires; il est le seul qui jouisse d'un véritable ascendant sur les foules. Intelligent, l'esprit prompt, doué d'un certain magnétisme, il exerce sur tous ceux qui l'approchent une indéniable attraction personnelle. Grâce à elle, il a pu réunir autour de lui, une équipe de militants auxquels il inspire une sorte de mysticisme et qui, mi partisans, mi disciples, lui ont été jusqu'ici entièrement dévoués.

Quoique Messalin'ait fait presque aucune étude - il a appris à lire et à écrire à l'École primaire et il ne l'a fréquentée que fort peu - ses
connaissances sont à l'heure actuelle étendues et profondes. À force de travail, il est parvenu à acquérir une véritable culture, lisant énormément, prenant des notes, suivant assidûment des cours à la Sorbonne, à l'école des Langues orientales, au Collège de France. Depuis son arrivée en France, il a fait ainsi d'énormes progrès. Il est même devenu orateur et il a acquis une réputation de tribun. Recherchant sans cesse la conversation d'hommes instruits, il continue à s'efforcer par tous les moyens, d'enrichir ses connaissances. [...] Inscrit régulièrement au parti communiste, il était encore au mois de mai 1933, employé à la Coopérative communiste « La Famille Nouvelle» où avait été fixé le siège de l'Étoile Nord-Africaine. 21

Depuis, cette coopérative ayant disparu, il a exercé jusqu'à ces derniers mois, la profession de marchand ambulant, vendant des bas et des chaussettes sur les marchés de Nogent-sur-Marne et du Perreux. Il est très rare que ceux de ses coreligionnaires avec qui il engage des entretiens sortent de ces conversations, sans subir en quelque matière, son influence [...] ceux qu'il n'arrive pas à convaincre, ne manquent pas d'être troublés, tel est l'ascendant qu'il exerce sur ses interlocuteurs. En fait l'Étoile Nord-Africaine se confond avec la personnalité de Messali. Seul, il l'a réorganisée, seul, il a su lui donner, utilisant pour cela, avec une grande adresse les circonstances actuelles, le regain de popularité qu'elle a connu. Seul enfin, il lui a imprimé ses directives politiques. Si élémentaire qu'elle soit, il a donné à l'Étoile NordAfricaine, une doctrine. »

2. Daniel Guérin
[Fils de bourgeois parisiens dreyfusards, né en 1904 à Paris, Guérin s'intéresse au socialisme en suivant suit les cours d'Élie Halévy à Sciences Politique et devient militant anticolonialiste à la suite de séjours en Syrie, au Liban et en Indochine (1927-1930). En 1933, il se lie avec Pierre Monattel7 et il écrit dans la Révolution prolétarienne puis il rejoint Marceau Pivert, leader de la « Gauche révolutionnaire »18qu'il représente à la commission coloniale de la SFIO. Après l'exclusion de la « Gauche révolutionnaire» du parti socialiste, en juin 1938, il suit Marceau Pivert au parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP)19. Il soutient la révolution algérienne, milite à la « Nouvelle gauche» qui devient en 1957 « l'Union de la gauche socialiste» puis le Parti socialiste unifié (PSU). Daniel Guérin est l'auteur de plusieurs ouvrages importants sur les questions coloniales: « Au service des colonisés» (1954); « Les Antilles décolonisées» (1956); « Ci-gît le colonialisme» (1973); « Quand l'Algérie s'insurgeait, 1954-1962» (1979).]

Daniel Guérin a fait la connaissance de Messali à l'occasion de l'émeute fasciste du 6 février 1934. Il était venu au siège de la fédération socialiste de la Seine, pour lui « proposer d'empêcher ensemble le recrutement des travailleurs nord-africains par les « ligues» d'extrême droite. » Désormais. « l'Étoile nord-africaine sera présente à toutes les manifestations antifascistes, à la place de la Nation le 12 février 1934, au Mur des fédérés en mai 1934 et 1935, à celle du 14 juillet 1935 qui donne naissance au Rassemblementpopulaire, en février 1936 au défilé de
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protestation consécutif à l'attentat perpétré contre Léon Blum et encore mieux à l'immense cortège du 14 juillet 1936, où plus de 35 000 ouvriers algériens marchent en rangs serrés, aux acclamations d'une mer humaine qui ne connaît pas, ou a oublié, le racisme. » À partir de 1934, l'Étoile participe aux côtés de la gauche socialiste et révolutionnaire à la lutte des classes en France. « En septembre 1936, en tant que secrétaire du Comité intersyndical des Lilas, j'envoie un pneumatique à l'Étoile pour lui signaler que des émissaires du service de police spéciale de la rue Lecomte, qui contrôle alors l'émigration algérienne, incitent les travailleurs algériens à se désolidariser de leurs camarades en grève qui occupent une usine. Un délégué de l'Étoile vient aussitôt haranguer, en arabe dialectal, les grévistes nord-africains et les exhorte, avec succès, à continuer la lutte. Mais les activités de l'Étoile alarment les pouvoirs publics au point qu'ils font tomber sue elle une avalanche de poursuites. À maintes reprises; en 1929, 1934, début 1936, 1937, l'Étoile sera dissoute (cette dernière mesure en application d'une loi visant les ligues fascistes! » et devra se reconstituer sous une autre dénomination: celle du Parti du peuple algérien (PPA). Messali est arrêté, frappé de lourdes peines de prison, tour à tour interné par mesure administrative, condamné à seize ans de travaux forcés, déporté à Brazzaville, mis en résidence surveillé, assigné à résidence. Le gouvernement de Vichy, puis celui de « Libération» s'acharnent sur sa personne et sur son mouvement. Le Parti communiste est particulièrement empressé à réclamer et à obtenir, sa mise hors la loi. » [...] Pendant un quart de siècle, de 1934 à 1959, Messali ne jouira de la pleine liberté qu'à de brèves intermittences. Le vieux lion ne sera laissé en paix que du jour où il sera politiquement édenté. » Très proche de Messali et resté en toutes occasions son défenseur2o, Daniel Guérin s'est rapproché du FLN en 1957, sous l'influence de Mohammed Harbi, mais il a soutenu que les messalistes avaient tous combattu dans l' ALN et il conservera toujours estime et admiration pour « l'éternel enfermé ». On retiendra que pour Daniel Guérin, Messali a fondé le mouvement nationaliste algérien en France et que l'Étoile fut une véritable organisation prolétarienne. En I 934 puis pendant le Front Populaire, Messali a engagé l'Étoile dans la lutte des classes en France en liant le combat pour l'indépendance de l'Algérie à celui mené par la classe ouvrière française contre le fascisme, le racisme,

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